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The Void : Core

Publié le par Nébal

The Void : Core

The Void : Core, Wildfire, [2012] 2013, 237 p.

 

L'horreur lovecraftienne est susceptible de bien des déclinaisons rôlistiques, au-delà du classique L'Appel de Cthulhu, au-delà de la Nouvelle-Angleterre, au-delà des années 1920-1930. Le mouvement d'adaptation est ancien, et sans doute appelé à se développer plus encore au fil du temps. Les meilleures idées côtoient certes les pires en la matière, mais un amateur plus ou moins compulsif tel que votre serviteur est de la sorte attiré par pas mal de choses, plus ou moins fidèles à l'esprit des œuvres du Maître de Providence.

 

The Void en témoigne assurément : conçu par les gens de Wildfire (à qui l'on devait déjà Cthulhutech, qui me laisse plus que sceptique a priori...) à partir d'un supplément pour Traveller, il invite les joueurs à transposer l'univers lovecraftien dans un cadre de science-fiction « hard science » (c'est ce qu'ils disent, en tout cas, mais je ne suis pas très convaincu pour ma part...). Il s'agit par ailleurs, en théorie, du premier jeu du label « The Cthulhu Saga », qui vise à établir un univers cohérent permettant de jouer de la lovecrafterie dans bien des cadres différents, néanmoins liés entre eux. Ajoutons enfin, la belle idée, que ce livre de base est disponible gratuitement au téléchargement légal (ou, plus exactement, en tu-payes-quoi-tu-veux), et qu'il est sous licence Creative Commons, de même que l'ensemble de la gamme.

 

L'action débute en l'an 2159 après Jean-Claude, et prend pour cadre l'ensemble du système solaire, colonisé par l'humanité (et pas vraiment la transhumanité, et plus globalement c'est ce qui me gêne un peu dans le background tel qu'il est présenté ici : plus ou moins crédible, plus ou moins original – mais plutôt moins que plus –, The Void me paraît bien timide sur le plan de la prospective ; disons que la lecture de ce livre de base, après m'être enquillé presque toute la gamme d'Eclipse Phase, ou encore, côté littérature, l'excellent et bluffant Accelerando de Charles Stross, déçoit quelque peu...). Une ombre au tableau, pourtant : un étrange phénomène, totalement incompréhensible aux humains, se rapproche du système solaire ; et à mesure que cette « Étoile Chthonienne » franchit les distances astronomiques qui la rapprochent du berceau de l'humanité, de sombres mystères refont surface, et des choses inconnues de l'homme se rappellent à son attention...

 

Alors, oui, certes, tout cela fournit l'occasion d'exhumer bébêtes et autres entités dues à la plume de Lovecraft ou de ses épigones. Pour autant, on peut se demander si ce jeu est « si lovecraftien que ça »... Surtout dans la mesure où l'intention affichée par les créateurs est de livrer un jeu de « survival horror », très inspiré par les jeux vidéos type Resident Evil ou Silent Hill, mais probablement – à en juger par les nombreuses petites nouvelles qui émaillent ce Core, et par le scénario d'introduction qui y est proposé – plus encore par la saga Alien, et plus précisément par l'Aliens de James Cameron. Que j'adore, hein. Mais disons qu'il s'agit de sortir les gros flingues, quand même, dans l'espoir un peu vain de s'en tirer – pour cette fois. Et je redoute ainsi que le jeu souffre d'une tendance à la bourrinade, vite lassante, et assez peu « HPL-approved ». Mais bon : un jeu de rôle, c'est ce qu'on en fait, j'imagine et ose espérer qu'il y a moyen de biaiser quelque peu. Ce n'est cependant pas pour rien que ce livre de base insiste pour que les joueurs incarne des « Wardens », entre agents secrets et commandos, et que, dans les équipes d'intervention, les « Enforcers » sont censés être plus nombreux que les « Investigators » et plus encore que les « Researchers »... (Une note au passage : ces « Wardens » ont un statut officiel, quand bien même ils doivent rester discrets et faire en sorte que l'humain lambda n'apprenne rien des bizarreries qui justifient leur intervention ; pas forcément grand-chose à voir, finalement, avec la société secrète Firewall dans Eclipse Phase.) Ah, et par ailleurs, le chapitre consacré à l'équipement ne présente que des armes et armures, c'est quand même éloquent...

 

On appréciera par contre grandement la simplicité du système et, dans l'ensemble, la clarté dans l'exposition. Il est basé sur des d6, dont le nombre est déterminé en additionnant classiquement Attribut + Compétence (celles-ci ne sont pas excessivement nombreuses) ; chaque 5 ou 6 est un succès ; il faut alors comparer le nombre de succès à ce que réclame le maître de jeu. J'aime bien : simple, efficace, relativement intuitif. Cela vaut pour le combat aussi ; je n'ai par contre pas été convaincu par l'adaptation de ce système à ce qu'ils appellent le « combat social », qui me paraît inutilement compliqué et un peu trop artificiel, voire contraignant, à vue de nez...

 

En tout cas, la prise en main est aisée. Les auteurs prétendent qu'il suffit d'une heure après avoir acheté le livre pour pouvoir lancer une partie, en se basant sur la présentation générale des premiers chapitres, bientôt suivis par un scénario d'introduction. Ce qui est un peu absurde, mais bon... En tout cas, on appréciera l'absence de bavardages inutiles – je parle des règles, bavardez autant que vous le voulez pour ce qui est background – et de règles spéciales pointilleuses ; et, effectivement, se reporter aux rares encadrés, presque tous des « At a glance » qui synthétisent ce qui est développé de manière plus littéraire et classique autrement, permet de très vite trouver l'information nécessaire, et de jouer rapidement dans de bonnes conditions. Bon, le scénario d'introduction, comme souvent, est un peu bidon (et bourrin, donc), mais c'est une introduction...

 

Sous cet angle, donc, ce n'est pas mal fait. Du tout. L'ouvrage est en outre d'une lecture agréable – les brèves nouvelles comme les illustrations, assez réussies dans l'ensemble, participent de ce sentiment. Aussi veut-on bien laisser sa chance à cette énième déclinaison s'affichant comme lovecraftienne, en dépit des quelques bémols touchant au background que j'ai mentionnés, que l'on peut aisément mettre de côté pour un temps – ou, à terme, retravailler pour obtenir quelque chose de plus satisfaisant. Ce qui demande un peu de travail, mais on peut s'y lancer sans trop renâcler. Il faudra de toute façon voir avec les nombreux petits suppléments qui ont été publiés depuis, et qui sont peut-être à même de remédier à tout cela ; par exemple, je lis très bientôt Secrets of the Void, on va bien voir ce que ça va donner...

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