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Épées et sorciers, de Fritz Leiber

Publié le par Nébal

Épées et sorciers, de Fritz Leiber

LEIBER (Fritz), Épées et sorciers, [Swords Against Wizardry], traduit de l’américain par Jacques de Tersac, Paris, Temps Futurs – Pocket, coll. Science-fiction, [1968, 1982] 1986, 252 p.

 

« Cycle des épées », tome 4. L’occasion de retrouver ces aimables crapules de Fafhrd et le Souricier Gris pour de nouvelles aventures riches en hauts-faits héroïques et basses mesquineries. Épées et sorciers comprend quatre nouvelles, de taille très variable ; mais deux novellas dominent l’ensemble du recueil, la dernière en constituant à elle seule la moitié…

 

« Dans la tente de la sorcière », qui introduit brièvement le volume en quelques pages, n’a à vrai dire pas grand intérêt ; en fait, l’aventure du « Quai des Étoiles » y a déjà commencé, et il ne s’agit guère que d’une scène d’exposition tournant vite à la baston, au-delà d’une aimable satire de la superstition via la prophétie rimée de ladite sorcière, qui en impose nettement moins que Sheelba ou Ningauble.

 

Autant passer directement au « Quai des Étoiles », donc. Fafhrd et le Souricier Gris, interpellés par un message bienvenu promettant la découverte d’un trésor incomparable, se rendent, benêts qu’ils sont, dans les montagnes du Septentrion, peu ou prou la terre natale de Fafhrd, afin d’y escalader le Quai des Étoiles, montagne inaccessible et pétrie de légendes – on dit que c’est de là que les dieux ont lancé les étoiles dans le ciel, d’où son nom… Mais leur quête s’avère bientôt plus compliquée qu’une simple partie d’alpinisme… car ils ne sont pas les seuls à avoir été opportunément avertis de l’existence d’un butin à rafler. C’est ainsi dans une véritable course au trésor que se lancent tous ces personnages, une course sans foi ni loi, où tous les moyens sont bons pour l’emporter. Et, sans surprise, il pourrait bien se cacher un étrange dessein imprévu dans cette quête… car la montagne est habitée, et l’on compte bien réclamer quelque chose à nos héros avant qu’ils accèdent au sommet ; une chose dont ils pourraient volontiers se départir, d’ailleurs, mais il y a plusieurs méthodes pour la récupérer…

 

La novella, à mon sens, vaut surtout pour son ambiance assez délicieuse, notamment lors de l’arrivée de Fafhrd et du Souricier Gris au pied des montagnes, et dans les séquences de pur alpinisme, étrangement, qui sont très bien rendues. La rencontre avec les habitants du Quai aurait tout pour être savoureuse, elle l’est à certains égards, mais, se montrant nettement moins subtile – c’est rien de le dire –, elle m’a un peu moins convaincu… Cela reste cela dit une bonne novella du « cycle des épées ».

 

Côté saveur, j’ai tout de même nettement préféré la nouvelle de transition « Les Deux Voleurs de Lankhmar », où l’on retrouve temporairement la cité emblématique, et qui s’inscrit nettement dans la veine la plus humoristique du cycle. Fafhrd et le Souricier Gris, qui tendent à nouveau à se séparer, y cherchent des receleurs pour leur butin du Quai, et, comme de juste, se font pigeonner, « les deux voleurs de Lankhmar » n’étant bien évidemment pas ceux que l’on pourrait naïvement croire. Car nos héros, décidément, tendent à perdre tous leurs moyens devant un joli jupon à froisser… Amusant et très sympathique.

 

Le gros morceau, néanmoins, et qui fait le principal intérêt de ce quatrième tome, c’est « Les Seigneurs de Quarmall ». Une partie de cette novella avait été écrite en 1936, à l’origine, par Harry Otto Fischer ; et, des années plus tard, Fritz Leiber a construit tout un récit de Fafhrd et du Souricier Gris pour achever ce qui avait été laissé en plan, avec la bénédiction du premier auteur. Et cela donne un récit parfaitement cohérent, qui s’intègre à merveille dans le cycle. Quarmall tient du « donjon » tel qu’on l’envisagera ultérieurement dans les jeux de rôle de fantasy, et en premier lieu dans Donjons & Dragons. Cette forteresse est en effet essentiellement souterraine, riche en tunnels glauques et bourrés de pièges mortels. Il faut dire qu’elle est le théâtre d’un affrontement impitoyable entre ses seigneurs : le vieux maître Quarmal a en effet maille à partir avec ses deux fils, Hasjarl le brutal et Gwaay le taciturne, qui ne songent qu’à s’entretuer, afin qu’il n’en reste plus qu’un pour dominer le donjon. Mais dans les traditions – il y a des règles à respecter… Quoi qu’il en soit, ces différents membres d’une même famille sont entourés de sorciers passant leur temps à balancer des sortilèges sur le rival, et à protéger leur maître contre les tours de magie qui le visent. Mais Hasjarl recrute en outre Fafhrd pour se débarrasser de son encombrant de frère, tandis que Gwaay, comme de juste, porte son dévolu sur le Souricier Gris pour la même tâche (effet classique de la séparation des deux lascars ; dans un sens, c’est une reprise en plus brutale et violente de leur relation à Sheelba et Ningauble…). Et, accessoirement, nous sommes dans le « cycle des épées » : il y a donc en outre des jupons à froisser, qui viennent un peu tout compliquer…

 

« Les Seigneurs de Quarmall » est clairement une excellente novella, et Fritz Leiber a su achever le texte pour qu’il s’intègre au mieux dans son cycle ; je crois même que c’est – pour l’instant en tout cas – un de mes récits préférés de l’ensemble (mais probablement derrière « Jours maigres à Lankhmar », quand même). Aventure pleine d’astuces, riche en personnages hauts en couleurs mais malgré tout terriblement humains et en rebondissements imprévus, « Les Seigneurs de Quarmall » a un côté visionnaire, mais constitue aussi une jolie satire politique, tout en conservant une essentielle dimension de divertissement baroque ; on a rarement fait aussi bien, dans ce format, en matière d’heroic fantasy (ou sword’n’sorcery, comme vous voudrez).

 

Épées et sorciers constitue donc à nouveau une belle réussite, même si la longue dernière novella phagocyte un peu l’ensemble. Très chouette, globalement. Suite avec Le Royaume de Lankhmar

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VP 04/07/2015 22:01

Mes premieres lectures Sword & Sorcery ! Et voilà ravivée l'envie de reprendre une série lue il y a 30 ans...