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Le Crépuscule des épées, de Fritz Leiber

Publié le par Nébal

Le Crépuscule des épées, de Fritz Leiber

LEIBER (Fritz), Le Crépuscule des épées, traduit [de l’américain] par Dominique Haas, Paris, Pocket, coll. Science-fiction, [1977-1978, 1983, 1988] 1991, 345 p.

 

Suite et fin du « cycle des épées », avec ce septième tome qu’est Le Crépuscule des épées. J’avoue que je redoutais quelque peu cette conclusion, ayant été passablement déçu par Le Royaume de Lankhmar et La Magie des glaces, à mon sens bien inférieurs aux quatre tomes précédents (qui constituent vraiment l’époque « classique » des aventures de sword’n’sorcery de Fafhrd et du Souricier Gris). Je ne m’attendais cependant pas à une telle déconvenue… En effet, inutile de faire des mystères, j’ai trouvé Le Crépuscule des épées… mauvais. Cette fois, le qualificatif, sévère, me paraît s’imposer de lui-même. En tout cas, sa lecture a été un véritable calvaire ; j’ai ramé dessus pendant des jours et des jours, peinant à trouver la motivation pour aller jusqu’au bout ; si ce livre n’avait pas occupé une place particulière dans un cycle qui m’avait franchement séduit dans l’ensemble, je n’aurais sans doute pas fait cet effort, d’ailleurs ; et j’ai finalement craqué à une trentaine de pages de la fin, lisant dès lors en diagonales pour pouvoir enfin refermer le bouzin et passer à autre chose.

 

L’idée présidant à ce dernier tome, telle que je l’ai conçue en tout cas, n’est pourtant pas mauvaise. Certes, le cadre de ces quatre récits (le dernier, « La Descente aux abîmes du Souricier », faisant à lui seul dans les 200 pages, on pourrait très légitimement parler de roman), l’île de Givre (découverte dans le dernier texte de La Magie des glaces), n’a pas à mon sens l’attrait du lieu « classique » qu’est la cité de Lankhmar, mais dispose d’un certain cachet malgré tout. Et ce choix peut sans doute se concevoir d’autant plus qu’il s’agit à bien des égards de narrer ici la retraite de Fafhrd et du Souricier Gris (le premier étant d’ailleurs manchot depuis le tome précédent), héros qui se font vieux et ont trouvé à Givre une atmosphère à leur convenance – sans oublier, comme de juste, leurs amours avec Afreyt et Cif – et peut-être aussi leur position de « notables », et capitaines, qu’ils n’auraient sans doute pu espérer à Lankhmar. L’idée, donc, de ces héros qui en ont assez et cherchent – ou laissent venir – une fin de vie paisible dans un lieu qu’ils apprécient et où on les apprécie, est tout à fait convaincante. Hélas, le rendu n’est pas à la hauteur…

 

Seul un de ces quatre textes m’a paru correct – le troisième, « La Malédiction des Riens et des Étoiles », qui est d’ailleurs, sans surprise, celui qui joue le plus de la thématique que je viens d’exposer. On y développe une tension qui apparaît plus ou moins dans les autres récits, où le monde de Newhon se retrouve partagé quand au sort attendu pour les deux gaillards : d’aucuns (notamment Sheelba et Ningauble, simples figurants hélas) aimeraient bien qu’ils abandonnent leur retraite pour revenir à Lankhmar ; d’autres sont au contraire heureux de cet exil ; mais il en est pour souhaiter leur mener la vie dure, et notamment leurs trois dieux délaissés : en résulte cette étonnante malédiction, manifestation outrancière de sénilité, qui pousse Fafhrd à se passionner pour l’astronomie, là où le Souricier Gris, fasciné par les détails les plus anodins, ne quitte plus le sol des yeux. La Guilde des Assassins de Lankhmar, cependant, lance à leurs trousses deux brillants sicaires, qui s’approprient leurs victimes en incarnant leur rôle afin de mieux les connaître et combattre, et ne répondent plus dès lords qu’aux noms de Mort de Fafhrd et Mort du Souricier Gris. Mais, même atteints de sénilité, nos héros ne manquent pas de ressources pour gérer au mieux cette menace…

 

Voilà, à mon sens, le seul récit convenable du Crépuscule des épées. Des deux premiers, « Magie de la mer » et « Elle-de-Mer », je n’ai rien à dire, n’en ayant rien retenu qui mérite d’être souligné (on notera une inévitable femme fatale dans le deuxième, mais sans intérêt aucun).

 

Reste le cas de « La Descente aux abîmes du Souricier » (texte qui reprend un peu les malédictions du précédent, mais de manière plus concrète), qui fait dans les 200 pages, et constitue dès lors l’essentiel de cet ultime recueil. Et c’est horriblement long… Un texte étrange, reposant sur une idée loufoque : la disparition sous terre, pour des raisons indiscernables, du Souricier. Ses compagnons de l’île de Givre, ayant marqué l’endroit où il s’est enfoncé, s’empressent de creuser le sol pour le retrouver (quand Fafhrd ne va pas faire un brin d’escalade…) ; le Souricier, quant à lui, pour être coincé sous terre, n’en est pas moins toujours vivant, lui qui surveille en permanence sa respiration ; mais il est bientôt amené à vivre une étrange odyssée souterraine… qui, comme souvent dans les textes les plus récents, l’amènera à se pencher avec une nostalgie insupportable sur ses innombrables aventures antérieures, et plus encore sur ses histoires de cul, dont l’évocation répétitive est horriblement lassante (on a d’ailleurs droit à une scène sado-maso lesbienne avec Hisvet et deux de ses servantes, qui constitue peut-être le fait le plus notable de cette odyssée, mais n’en est pas moins ridicule…). Texte bien trop long, qui donne une fâcheuse impression de sans queue ni tête, répétitif et sans grand enjeu, et ne s’épargnant même pas quelques retournements hasardeux (avec le fils du Souricier Gris…), « La Descente aux abîmes du Souricier » m’a considérablement ennuyé.

 

Le bilan, dès lors, ne saurait faire de doute : à l’exception de « La Malédiction des Riens et des Étoiles », Le Crépuscule des épées se montre au mieux vide et ennuyeux, au pire franchement agaçant. Loin d’être une conclusion en forme d’apothéose, il donne une vague impression de radotage finalement assez triste ; la nostalgie qui l’imprègne aurait pu donner quelque chose d’intéressant, mais c’est loin d’être le cas. Un volume de trop, en somme, dont les amateurs des excellents premiers livres du « cycle des épées » pourront allègrement se passer ; car si cette saga au long cours mérite à coup sûr qu’on s’y attarde, c’est surtout vrai pour les textes « classiques » des quatre premiers tomes (et éventuellement du cinquième, faut voir) : les deux derniers, bien plus tardifs, très différents mais guère convaincants, ne se montrent vraiment pas à la hauteur de ce qui précède.

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