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A Game of Thrones, de George R.R. Martin

Publié le par Nébal

A Game of Thrones, de George R.R. Martin

MARTIN (George R.R.), A Game of Thrones, New York, Bantam Books, coll. Fantasy, [1996, 1999] 2011, 835 p.

 

Ayé. J’aurai mis le temps, attendant encore après le succès énorme de la série TV qui s’en inspire (dont je n’ai toujours pas vu le moindre épisode, ça passera – peut-être – après les bouquins), mais je me suis enfin lancé dans « Le Trône de Fer », puisque tel est le nom du cycle en français (« A Song of Ice and Fire » en VO).

 

Cela faisait pourtant longtemps que l’on me disait le plus grand bien de cette monumentale série de fantasy – bien avant l’adaptation par HBO –, qu’on m’assurait être autrement plus intéressante que 90 % facile des cycles polluant le genre à force de séquelles interminables… Depuis, j’avais lu pas mal de George R.R. Martin, en fait, mais sur des formats autrement plus resserrés (et dans tous les genres ; et généralement c’était bien, voire très bien), mais je n’avais toujours pas trouvé la motivation pour me lancer dans le grand-œuvre… Parce que ces putains de livres énormes m’effrayaient, sans doute ; j’aime bien les formats courts, moi ; et peut-être même de plus en plus…

 

Je m’étais pourtant procuré les quatre premiers tomes en VO il y a de ça un moment (ce qui évitait d’avoir maille à partir avec le charcutage des tomes dans la langue de Marc Lévy – pratique lamentable sur laquelle on est heureusement revenus en partie aujourd’hui, puisque sont désormais vendus sous la désignation d’ « intégrales »… les tomes originaux ; en outre, on m’avait dit le plus grand mal de la traduction des premiers volumes – avant que Patrick Marcel ne s’y mette –, abusant semble-t-il de tournures médiévalisantes totalement absentes de l’original, et sombrant plus qu’à son tour dans les contresens fâcheux…). Mais je n’ai trouvé la motivation pour affronter ces pavés que tout récemment, mon exil interminable se prolongeant, propice à ce genre de choses.

 

J’arrive donc bien après la bataille ; j’ai lu A Game of Thrones, le premier tome, alors que tout le monde l’a déjà lu cinq fois au moins et a succombé à l’adaptation télévisuelle (j’exagère à peine) ; il est vieux de 20 ans, en même temps (bordel… OLD !). Bon, grosso merdo, j’ai pu échapper à la plupart des spoilers – LA TERRIBLE MALÉDICTION ! –, même si certains noms (Tyrion Lannister, Jon Snow…) ou expressions (« Winter is coming »…), etc., sont devenus entretemps des références communes et inévitables ; sans même parler du procédé devenu typiquement martinien, faut croire, qui en a surpris quelques-uns avant qu’on ne s’en empare pour en faire une blague, selon lequel les personnages auxquels on tend à s’attacher vont nécessairement mourir d’ici la fin du machin…

 

Peut-être est-ce un peu vain, du coup, que de consacrer un texticule seulement aujourd’hui à un livre que vous avez très probablement lu… Je ne risque pas de vous apprendre grand-chose, en tout cas. Il me paraîtrait donc un peu absurde de résumer la chose… On se contentera de dire, pour la forme, que le roman adopte un cadre de fantasy très « réaliste » (le surnaturel y est largement absent, même si, dès le prologue, plane une menace plus ou moins indéfinissable tout au nord du monde…), les Sept Royaumes qui n’en forment plus qu’un depuis longtemps, sur un territoire à l’ouest du reste, colonisé il y a de cela pas mal de temps déjà ; on y suit essentiellement la famille Stark, de Winterfell (la région la plus septentrionale du royaume), avec à sa tête Eddard, un modèle d’intégrité, proche du roi Robert Baratheon, qui avait renversé l’ancien roi de la dynastie Targaryen ; mais les Sept Royaumes sont un vrai nid de vipères, le théâtre de magouilles politiques fort complexes (à rapporter aux tout aussi complexes arbres généalogiques décidant des liens des grandes familles nobles) ; la puissante et ambitieuse maison Lannister, notamment, joue un grand rôle dans ces sordides affaires, incarnant un pragmatisme politicien dénué de toute morale, contrastant avec la rigueur et la droiture (supposées) des Stark. Bon, je ne vais pas rentrer davantage dans le détail de ces 800 pages denses et touffues…

 

On a parfois affirmé que George R.R. Martin s’était ici pas mal inspiré des « Rois maudits », le célèbre cycle de Maurice Druon, que j’ai lu, relu, et adoré (c’est pour moi un vrai modèle de roman historique – genre qui aurait tout pour me plaire en principe, moi qui fus longtemps passionné d’histoire, mais qui m’a si souvent déçu à force de sous-écriture, de didactisme à la noix et de simplifications douteuses que j’ai presque totalement lâché l’affaire depuis bien des années…). Je ne saurais dire ce qu’il en est au juste, mais les deux cycles n’en sont pas moins comparables, effectivement. On trouve dans les deux une focalisation sur des intrigues politiques à grande échelle, entreprises par toute une kyrielle de personnages hauts en couleurs, quand bien même c’est dans l’ombre qu’ils agissent, et que l’on prend vite plaisir à aimer… ou à détester.

 

À vrai dire, je crois que cela faisait assez longtemps que je n’avais pas entretenu des rapports aussi passionnels avec des personnages de fiction. Si George R.R. Martin ne brille pas vraiment ici par le style (au sens le plus strict, en tout cas : sa plume est utilitaire, et c’est très bien comme ça), on ne peut que lui reconnaître, au-delà d’un immense talent de conteur (il fallait au moins ça pour agencer tout cet univers, au fil d’un récit très habile, dont on ne s’étonnera pas qu’il ait donné lieu à une série, tant les procédés et les effets produits sont semblables), une vraie aptitude à peindre des personnages entiers et fascinants. Il y a ceux que l’on aime, donc (pas mal de Stark, dont Eddard et Arya au premier chef, mais aussi Jon Snow, et quelques autres au-delà de la seule famille des seigneurs de Winterfell), ceux que l’on déteste (Joffrey Baratheon, Viserys Targaryen… peut-être aussi, même si pour d’autres raisons, Sansa Stark…), mais aussi d’autres plus difficiles à cerner, et qui sont sans doute les plus intéressants (en tête, Tyrion Lannister, inévitablement, probablement aussi Daenerys Targaryen…). Certains, à tout prendre, peuvent bien être perçus comme trop unilatéraux… mais je préfère ne présager de rien, tant j’imagine que des surprises peuvent apparaître dans les tomes suivants. Et peu importe, si ça se trouve ; car on entretient très vite une relation privilégiée avec tous ces « héros » et « salauds », l’admiration comme la répulsion passant par un ressenti foncièrement viscéral, assez exceptionnel tout de même (par ailleurs, ces personnages sont tous ou presque tellement caractérisés, et de manière astucieuse, qu’on ne se noie pas dans la masse, ce que l’on pouvait craindre a priori devant leur très grand nombre). Un autre trait que j’aime bien, par ailleurs, concerne l’âge de ces protagonistes : nombre d’entre eux sont à l’origine des enfants, qui se retrouvent confrontés brutalement aux responsabilités et tragédies de l’âge adulte – dans une fresque typée « médiévale », où l’adolescence en tant que stade intermédiaire n’est même pas concevable –, et George R.R. Martin se montre très adroit pour cerner cet état de faits (on pourrait peut-être dire la même chose de ses personnages féminins, Daenerys et Arya en tête – même si cette dernière a quelque chose de « masculin », mais là encore l’auteur sait jouer du thème avec talent et intelligence).

 

Que dire de plus ? Tout a sans doute déjà été dit… Mais, au risque de faire dans l’évidence, on pourra bien rappeler ici, réaffirmer disons, que ce premier tome en tout cas est un modèle de récit feuilletonnesque, brillamment conçu, et dirigé avec toute la compétence d’un grand metteur en scène. Moi qui rechigne régulièrement à me lancer dans des romans-fleuves, je ne peux que constater à quel point je me suis laissé entraîner dans A Game of Thrones, avec un plaisir de tous les instants, une jubilation savoureuse face aux rebondissements et cliffhangers du récit ; je me suis fait manipuler, et j’ai aimé ça. Je n’apprécie pas trop en temps normal l’expression de page-turner (sans doute parce que je l’associe malgré moi aux thrillers les plus poussifs et artificiels), mais le fait est que là, ça marche vraiment très bien. Et dans la catégorie « divertissement » (sans jugement de valeur, merci), on est là clairement au sommet de la pyramide.

 

Donc, oui : A Game of Thrones est bien aussi chouette qu’on le dit. Et, si je vais m’accorder une toute petite pause au cas où, nul doute que je ne tarderai pas trop non plus à poursuivre l’aventure avec A Clash of Kings.

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