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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Onzième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Sur Terre, Patrick, Fran et moi sommes sur la route entre Boston et Arkham ; je me gare à côté des deux voitures débordant d’Irlandais qui nous ont rejoint (Big Eddie est accompagné de trois solides sbires, Seth de quelques autres). Sans être à proprement parler sur les nerfs, ils ont bien conscience que la situation est tendue. Ils nous disent de nous abriter derrière les voitures, qu’on ne puisse pas nous voir depuis la route. Big Eddie, voyant Fran, nous demande sèchement qui elle est – elle est pour sa part un peu surprise par la tournure des événements, voire inquiète devant la carrure et le ton de Big Eddie. Je réponds que nous l’avons rencontrée dans notre excursion inattendue, qu’elle a beaucoup de choses intéressantes à nous dire, et par ailleurs qu’elle s’est montrée compétente et fiable. Mais Big Eddie affirme que, si nous ne parvenons pas à la faire parler, il s’en chargera personnellement… Big Eddie nous interroge alors sur la voiture que nous avions en quittant Boston, je lui dis que nous avons dû la laisser un peu plus loin sur la route – avec dans le coffre la conductrice bien intentionnée dont nous avons réquisitionné le véhicule… Les sbires de Big Eddie s’y rendent pour dissimuler nos traces. D’autres restent avec nous, dont Seth, qui demande à Patrick : « Vous l’avez revu ? Le… Le démon ? Sans tête ? » Patrick acquiesce, disant en outre que nous lui avons concocté une petite surprise – et il brandit sa mitraillette. « Il est fini ? » Patrick répond qu’on ne peut pas en être sûr… Mais il a bien impressionné Seth, qui lui donne une tape amicale dans le dos (malvenue, Patrick étant toujours dérangé…), et dit aux autres que ça, c’est un vrai Irlandais, un vrai de l’IRA ! Je m’impatiente, dis que nous manquons de temps – notamment Patrick, d’ailleurs, qui a besoin d’un médecin… Mais ce sont les ordres de Danny, nous répond Seth ; Patrick lui demande alors si Danny sait dans quel état il se trouve… Il répète qu’il a besoin d’un médecin, et de toute urgence.

 

Nous voyons alors apparaître un grand semi-remorque, qui roule dans notre direction, et arbore le logo de la boisson à la mode, le « Miska-Tonic ! » ; le camion se gare à la suite des autres voitures, fait une marche arrière, et deux types vont ouvrir la double-porte de la remorque ; on distingue à l’intérieur nombre de caisses et palettes. Les Irlandais nous font signe de monter à bord – un couloir se faufile entre les caisses. Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander quelles sont les conditions de sécurité aux abords d’Arkham pour imposer ce procédé… Je monte, en faisant signe à Fran de me suivre – elle obéit, mais a de nouveau peur, et mordille encore ses doigts… Patrick nous suit à son tour : il ne demande que ça, bouger… Au fond de la remorque, au bout du passage, se trouve, dissimulé aux regards extérieurs, un espace plus dégagé, avec cinq chaises relativement confortables autour d’une table, une lampe au plafond, et un panier comportant des bières et du whisky. Le camion redémarre, et nous nous asseyons. Fran nous adresse tout d’abord un regard interrogatif, puis se sert d’elle-même une bière dans le panier : « Les Irlandais font les meilleures bières, à ce qu’il paraît ? Prost ! » Pour ma part, je préfère un whisky – quant à Patrick, il ne se sent pas d’avaler quoi que ce soit…

 

Sur l’astéroïde, Pete O’Reilly, plus ou moins dissimulé, par atavisme, dans un trou du sol, est fébrile, fatigué, affamé, assoiffé, son teint est brunâtre… Il hésitait à suivre Johnny, Clive et Moira, mais cette dernière l’a convaincu. Ils restent à l’abri du bâtiment, derrière les cuisines – sauf Clive, dont ils ont perdu le contact à l’intérieur.

 

Les « navigateurs », ou « commerçants », les bêtes lunaires, se dirigent vers le jardin, comptant mettre la main sur d’éventuels survivants pour les « ramener ». Leur peau est blafarde comme la lune, par ailleurs semée de cratères ; leur nombre d’yeux est variable (un, deux, trois…), et ils sont de forme ovale ; elles n’ont pas de nez, pas d’oreilles, pas de sexe, pas d’anus ; leurs bouches sont de taille variable, laissant parfois entrevoir des dents hérissées de manière chaotique ; ils sont par ailleurs nus ou presque, et d’apparence grossière – pouvant évoquer des dessins d’enfants ; on devine une certaine hiérarchie – certains sont clairement des exécutants ; le rang social semble indiqué par le nombre de harnais et autres bandes de cuir qu’elles arborent, auxquels sont attachés des armes (harpons, crochets destinés à la torture, chaînes noires de crasse, des colliers et des menottes également…). Elles sont suivies par des « satyres », clairement des esclaves, qui ont l’air mal nourris et épuisés, et obéissent par réflexe. Arrivés au jardin, elles s’arrêtent, et lâchent, avec une délectation sadique : « Vous venez prendre vos chaînes, ou nous venons vous enchaîner ? »

 

Moira, tétanisée par ce spectacle et ce qu’il implique, s’effondre au sol et ne peut s’empêcher de vomir. Johnny n’a plus confiance qu’en son arme, il est possédé par le désir de violence. Il dit froidement à Moira de partir, rien de plus, et marche en direction des bêtes lunaires. Elles s’en réjouissent tout d’abord… mais saisissent bientôt l’état de Johnny, et sortent leurs armes : « Humain ! Rends-toi ou meurs ! » Johnny ne répond pas, il continue d’avancer… Pete aide Moira à se relever ; elle est toujours affolée, mais a conscience qu’il leur faut profiter de ce que les bêtes lunaires vont se jeter sur Johnny ; elle envisage de rejoindre directement le bâtiment des cages, mais, pour Pete, c’est du suicide : mieux vaut faire le détour par l’autre côté, sous peine d’être repérés, quoi que fasse Johnny…

 

Devant Johnny, les bêtes lunaires forment un demi-cercle – au centre se trouve une d’entre elles, d’allure un peu différente, et portant notamment des sortes de vêtements ; elle n’a par ailleurs pas de lame, seulement un bâton – mais aussi deux livres enchaînés à sa ceinture et dotés de fermoirs en métal. Une des bêtes lunaires tient des esclaves en laisse, tire sur la chaîne de l’un d’eux et lui ordonne d’attaquer ; le satyre ne comprend tout d’abord pas ce qu’il doit faire, et se fait fouetter en conséquence ; il s’empare alors d’un sabre et charge Johnny… mais il est trop fatigué pour porter des coups efficaces, et son sabre s’échappe même de ses mains trop faibles ! Johnny en profite, et l’éviscère.

 

Pete et Moira ont atteint l’autre extrémité du grand bâtiment – prêts à traverser jusqu’à l’arrière de l’atelier ; mais Pete a besoin qu’un adulte lui dise quand traverser… Moira prend l’initiative, et leur discrétion n’est pas prise en défaut, ils agissent au meilleur moment.

 

Les bêtes lunaires s’amusent de la mort de leur esclave, qui les fait rire aux éclats… Johnny dégage sa hache du cadavre, et attend la suite des opérations, restant sur place. La bête lunaire au centre du demi-cercle, de sa main gauche, soulève un de ses livres, et entame une litanie, tout en se dirigeant, accompagnée d’esclaves, vers la cabane où se trouve l’autel…

 

De retour sur Terre, dans le camion en route pour Arkham. Fran, qui a décidément soif, est curieuse du goût du Miska-Tonic !, et nous demande si elle peut se servir. Je lui réponds qu’à ce stade, je ne pense pas qu’une caisse ouverte pose problème… Elle en ouvre une à l’aide d’un pied de biche, et prend une cannette. Elle nous demande si nous en voulons, nous répondons négativement ; Patrick l’étonne, à ne rien boire, elle trouve ça bizarre pour un Irlandais… Je lui réponds qu’il boit ce qu’il veut. Fran sirote sa boisson, semble lui trouver un goût étrange… puis s’évanouit. Je me précipite sur elle, et reconnais dans son état une crise allergique (j’avais déjà vu ça chez une de mes collègues, du temps où j’étais femme de ménage) ; sa respiration est hachée, ses yeux sont retournés sous ses paupières closes ; je m’assure qu’elle respire mieux, lui prends le pouls (d’abord frénétique, mais qui tient bon), et m’empare d’une cannette, que je dissimule sur moi.

 

Cela fait longtemps que nous roulons – en fait, nous avons probablement du retard, nous aurions déjà dû être arrivés… Les cahots sont tout particulièrement ressentis par Patrick toujours dérangé – il suppose que nous nous trouvons désormais sur un chemin de terre. Je reste sur mes gardes, guettant l’ouverture de la porte arrière de la remorque. Trente minutes plus tard, nous roulons toujours… Fran se sent probablement un peu mieux, ou du moins le plus gros de la crise est passé, mais elle est toujours inconsciente. Patrick s’interroge sur le Miska-Tonic ! Quelques minutes après, le camion s’arrête enfin – nous supposons être dans la périphérie rurale d’Arkham. J’entends, à quelque distance, des cris de porcs… et Fran qui gémit dans son sommeil, appelant son père. Puis des pas qui se rapprochent… La porte arrière est ouverte, une personne est montée à bord et s’avance dans notre direction. Je me planque sur le côté, derrière des caisses, à tout hasard, tandis que Patrick arme sa Thompson… Mais c’est Danny O’Bannion ! Il semble amusé par la mitraillette de Patrick… et me repère immédiatement ; il m’adresse un clin d’œil, et m’invite à m’assoir.

 

Il voit Fran au sol, se penche sur elle, puis nous adresse un regard interrogatif, en sortant un cigare ; il attend visiblement des explications. Patrick lui dit : « Elle revient comme nous de l’Enfer, et est maintenant à nos côtés. Ça te suffit ? » O’Bannion demande si nous pouvons lui faire confiance ; je lui explique qu’elle est une victime d’Hippolyte Templesmith, et qu’elle a beaucoup de choses à raconter. Patrick dit qu’il a plus confiance en elle que dans ce Miska-Tonic ! Mais O’Bannion se contente de dire que ce n’est pas le sien… Puis il prend la direction de la conversation – en nous expliquant que, parfois, avec Elaine, il se livrait à des « jeux de rôle » au cours desquels ils échangeaient leurs personnages (à la suggestion d’un psychiatre, tabassé pour la forme – O’Bannion acceptant difficilement qu’on lui dise de faire la femme…) ; c’était amusant, cependant, peut-être même utile… On joue ? Nous devinons la présence d’hommes armés, tout près… Patrick dit qu’il a tout d’abord besoin d’un médecin. O’Bannion en convient, mais nous parle alors de son oncle (par ailleurs le grand-père de Big Eddie) qui, quand il avait des doutes, embarquait tous les suspects dans sa ferme, et les torturait à mort avant de les donner aux cochons… quand il avait obtenu toutes les informations utiles. Il nous demande si c’est là une « bonne réaction ». Il a certes été éduqué comme ça, mais je me demande s’il n’a pas conscience que ce comportement ne serait rien d’autre qu’un gâchis sanguinolent… Je lui réponds qu’il serait dommage de se séparer ainsi d’éléments utiles ; jouer des rôles, par ailleurs, j’ai fait ça toute ma vie, je veux bien continuer, mais pense néanmoins que la sincérité serait autrement plus utile… Patrick se contente de lui dire que nous sommes des rescapés de l’Enfer où O’Bannion lui-même nous a envoyés… Ce dernier sourit, et dit qu’il pense que j’ai raison… Il prend Fran, la soulève sur son épaule, et s’en va vers la porte du camion en nous faisant signe de le suivre.

 

Dehors, Patrick repère huit hommes armés (certains avec des pistolets, d’autres avec des mitraillettes) ; O’Bannion leur adresse un signe négatif de la tête – ils cessent de nous regarder, et se dirigent vers une très belle ferme. On devine Arkham a une dizaine de kilomètres de là, au-delà des champs. La ferme – qui comprend notamment un grand enclos à cochons – est une sorte de résidence secondaire d’O’Bannion. On y reconnaît quelques Irlandais – des types grillés qui ont besoin de se mettre temporairement au vert, leur présence n’étant plus souhaitable à Arkham, mais quelques « débiles » aussi, qui n’ont pas vraiment d’autre utilité et travaillent ici…

 

O’Bannion nous dit que nous vivrons désormais ici, le temps que les choses se calment (même si, à tout hasard, il me jette un porte-clés, celui d’un luxueux appartement de French Hill, en ville). Et, à l’intérieur de la ferme, nous trouverons du papier et des stylos : à nous d’écrire… Je dis cependant à O’Bannion qu’une conversation, en plus, serait sans doute utile… Dans l’immédiat, les hommes d’O’Bannion ont récupéré des affaires chez nous (nos divers logements à Arkham sont bien sûr sous surveillance) ; on y trouvera aussi un mot des frères Fletcher, qui nous ont même laissé une partie de leur butin après avoir braqué une banque (O’Bannion s’est visiblement servi dans le magot, prélevant sa part, et il n’y a rien à y redire, c’est très correct). O’Bannion nous dit aussi qu’un « curieux », qui s’inquiétait de nous, se trouve à l’intérieur, à l’étage, ligoté… Patrick insiste : il a besoin d’un médecin ! O’Bannion dit à Seth de contacter Nick (son toubib personnel, en principe jamais en lien avec ses hommes de main), et lui refile Fran au passage.

 

O’Bannion me demande si je désire lui parler ; c’est le cas, je me dirige à sa suite dans les champs. Je lui laisse entendre qu’à l’évidence il savait bien des choses sur Templesmith, des choses qu’il nous a caché : ce n’était pas un simple rival en affaires ou en amour, mais bien plus que ça… O’Bannion admet qu’il s’en doutait. Nous en a-t-il assez dit ? Car Patrick a raison : c’est bien en Enfer qu’il nous a envoyés ! Avec l’affaire de la bague, cela fait deux fois que Johnny et moi nous coltinons des missions hors-normes, clairement surnaturelles, et terriblement dangereuses ! Ne peut-il pas nous faire confiance, nous dire ce qu’il sait avant de nous ordonner de nous jeter dans la gueule du loup ? Cette histoire de confiance vexe visiblement O’Bannion… Je lui explique que je ne doute pas de sa confiance à la base – sans quoi il ne nous aurait pas confié ce genre de boulots délicats – mais que davantage de cette confiance serait profitable à tout le monde… O’Bannion attend que nous lui fassions notre rapport, afin d’en savoir davantage. Il ajoute que, si nous réussissons ce travail, la récompense sera à la hauteur : on aura le poste qu’on souhaite, pépère ou plus risqué à notre convenance, ou même la possibilité de se retirer avec un joli magot… Je suppose que ça en vaut la chandelle. Je lui promets un rapport complet, exhaustif. Je lui demande aussi s’il a une idée d’où sont passés les autres, mais ce n’est pas le cas… C’est la fin de la promenade, sans ambiguïté à cet égard – O’Bannion me tend son cigare entamé, je l’accepte, il me fait une légère courbette, m’invite à me détendre quelque peu en profitant de la sécurité de la ferme, puis à écrire mon compte rendu – il repassera alors pour en parler avec nous. Il évoque brièvement Drexler, notant qu’il nous en veut visiblement, mais ne s’étend pas davantage sur la question… Je lui glisse que j’ai lancé des recherches à l’Université Miskatonic, où je ne peux pas me rendre en l’état… Mais il me dit qu’il n’est pas Dieu, juste un conseiller municipal : il ne peut pas tout faire… Il m’adresse un clin d’œil, puis marche d’un pas plus pressé vers sa voiture, où son chauffeur l’attend.

 

Sur l’astéroïde, tandis que Moira et Pete contournent l’atelier (vers lequel se dirigent le « chef » des bêtes lunaires et ses esclaves), Johnny est en plein combat contre les esclavagistes. Les bêtes lunaires visent sans hésitation son bras droit – ou ce qu’il en reste. L’une d’entre elles est armée d’un fouet d’un cuir inconnu s’achevant par des griffes de métal, tandis qu’une autre manie un sabre, et une autre encore un harpon. Johnny bondit sur le côté et évite leurs assauts. Mais différents végétaux autour de lui émettent des bruissements, et semblent se tisser entre eux, jusqu’à former une sorte de tresse préhensile, qui cherche à s’enrouler autour des pieds de Johnny – mais celui-ci voit venir et l’évite. Il attaque la bête lunaire armée d’un fouet, mais elle esquive elle aussi.

 

Moira et Pete voient tout cela – Johnny est visiblement mal parti, submergé par ses adversaires… Pete dit clairement à Moira qu’il va se faire massacrer ! Mais Moira lui répond qu’ils ne peuvent plus rien faire pour lui… Le temps que la situation se décante, ils restent cachés derrière l’atelier.

 

La tresse s’enroule enfin autour de la jambe gauche de Johnny – qui a la sensation que son pied s’enterre. La bête lunaire au fouet, en voulant porter un nouveau coup, fait cependant un faux mouvement et se griffe le visage ! Mais Johnny se fait harponner – et il est maintenant aux portes de la mort… Deux bêtes lunaires, qui se trouvaient derrière le sorcier (lequel a arrêté de psalmodier – son invocation concernait sans doute les plantes), constatent l’inefficacité de leurs lames, et s’avancent vers Johnny au sol avec des filets. Celui-ci tire sur la chaîne du harpon, visant le sorcier… Sans grand effet, si ce n’est que ce dernier ordonne à ses sbires de tuer Johnny pour cette insulte. Johnny est maintenant prisonnier d’un filet, qui le sépare en outre de sa hache. Les bêtes lunaires s’emparent de chaînes pour l’immobiliser encore davantage, et usent de leur poids pour le maintenir au sol, tandis que d’autres s’approchent armées de lames ; le sorcier est ravi, arborant un rictus sadique : « Regarde-moi, humain ! »

 

Moira voit et entend ce qui se passe tandis que le petit groupe entre dans l’atelier. Pete la serre de plus en plus fort. Moira lui demande s’il a une arme, ce n’est pas le cas, et elle lui donne la plus petite de ses deux dagues. Puis ils foncent à toute allure vers les cages… mais celles-ci sont très loin, et ils ne vont pas aussi vite qu’ils le voudraient – ils sont épuisés, et incapables de conserver ce rythme, ils doivent reprendre leur souffle… Une bête lunaire les aperçoit quand ils sont contraints de ralentir voire de s’arrêter, et prévient ses congénères.

 

Johnny, immobilisé, ne peut quasiment rien faire – à peine peut-il éviter un premier assaut en usant de sa force pour se déplacer au sol ; il cherche à mordre ses agresseurs aux mollets, mais sans succès…

 

Moira et Pete aperçoivent alors quelque chose de petit qui s’approche de l’astéroïde, et qui scintille, d’une certaine manière : c’est Radzak (mais Moira ne l’avait encore jamais vu, elle était inconsciente quand le chat, Johnny et Clive ont eu leur petite conversation), qui se pose tranquillement au sol avec une élégance toute féline. Il secoue sa fourrure cristalline, presque transparente, et balaye la scène du regard, un sourire cruel et sadique vissé sur sa face. Les bêtes lunaires l’ont vu arriver, et semblent terrifiées. Radzak s’avance dans leur direction : « Chers… anciens… collègues… » Les bêtes lunaires reculent, et semblent même oublier Johnny. Une d’entre elles s’avance, cependant, comme pour négocier, et appelle le chat par son nom… Moira et Pete en profitent pour reprendre leur course vers les cages – Moira a repris suffisamment de souffle et parvient à destination, mais ce n’est pas le cas de Pete, qui s’arrête stupéfait à mi-chemin… Radzak se jette alors sur les bêtes lunaires, semblant presque voler de l’une à l’autre, et les massacre… Il écrase littéralement le crâne d’une d’entre elles d’un simple coup de patte. Pete vomit…

 

Moira fouille la cabane aux cages, mais n’y trouve rien d’utile – et pas la moindre « porte »… Les esclaves lobotomisés dans une cage s’agitent, mais n’ont pas l’air menaçants – ils sont trop paumés pour ça. Par contre, Moira entend des hurlements dehors, qui s’arrêtent petit à petit… et un miaulement de ravissement sauvage. Elle sort la tête par la porte d’entrée pour avoir un aperçu de ce qui se passe : elle voit Pete en train de vomir, et le chat qui se déplace à une vitesse telle qu’il semble se dédoubler – comme s’il avait un don d’ubiquité ; une fois qu’il a achevé toutes les bêtes lunaires, il se pose, l’air satisfait, et lèche sa peau cristalline recouverte d’un sang jaunâtre…

 

Johnny se secoue, essayant vainement de se libérer des chaînes, mais n’y parvient pas…

 

Moira tourne autour du bâtiment, se demandant si la porte qu’elle cherchait ne se trouverait pas à l’extérieur… Pete l’aperçoit et, en sanglots, l’appelle à l’aide ; mais Moira se contente de lui faire signe de venir…

 

Radzak s’approche doucement de Johnny, qui lui lance : « T’arrives un peu tard… » Radzak lui répond : « Vous me prenez pour un sauveur ? Toi mal en point, humain… » Il le regarde, curieux : « Tes amis ont subi le même sort ? » Johnny répond qu’il n’en sait rien… Radzak indique d’un geste Pete, et demande à Johnny : « Il est à vous, ce gamin ?

­— Ouais, il vient de chez moi…

— Tu aimerais qu’il y retourne ?

— Ouais… »

Radzak appelle Moira : « Tu ne veux pas assister aux derniers moments de ton ami ? » Sa voix est éventuellement chargée d’un certain sadisme, mais pas menaçante pour autant. Moira ne répond pas de suite : elle essaye de grimper sur le bâtiment, cherchant la « porte » sur son toit, mais n’y parvient pas. Ce n’est qu’alors qu’elle va chercher Pete : « Viens, gamin… » Radzak pose alors sa patte avant droite sur la tête de Johnny, qui perd conscience, puis il se retourne pour faire face à Moira et Pete, qui approchent enfin, résignés. « Je croyais les humains plus respectueux… Le laisser comme ça… » Moira lui demande comment ils peuvent rentrer chez eux. Radzak : « Je t’aime bien, toi… » Il se rapproche d’elle, se frotte contre ses jambes, tandis que Pete avale sa salive. Radzak demande à Moira : « Que pensez-vous donc de notre ami commun, ce cher Hippolyte ? » Tandis que Johnny s’éveille vaguement et crache du sang, Moira reprend, obsédée : « C’est sérieux… Dis-moi comment rentrer sur Terre… »

— Quel intérêt aurais-je à vous laisser repartir ?

— Je ne sais pas, dis-moi ce que tu veux… »

Johnny, dans le vague, crache : « T’as le gosse ! » Mais il se reprend aussitôt : « Non, touche pas au gosse… » Radzak dit qu’il souhaite la mort de « 6X », et demande à Moira si elle peut la lui promettre. Moira acquiesce – et Radzak semble développer une relative estime pour elle ; il lui dit que, pour partir, il faut prononcer une phrase rituelle… et faire un sacrifice humain. Moira, écœurée, demande s’il n’y en a pas déjà eu assez… Radzak lui dit que, dans ce cas, ils ont ce beau navire, désormais vide – ils pourraient devenir des explorateurs, faire de magnifiques découvertes ? Mais visiblement, ils n’en ont guère envie…

 

Radzak hausse les épaules, et s’approche à nouveau de Johnny, tandis que Moira serre Pete contre elle, et lui cache les yeux de la main. Radzak, de toute façon, ne manque pas de le dire : « Ce spectacle ne vous plaira pas, vous feriez mieux d’aller m’attendre dans les cages… » Ils s’éloignent… Johnny lui dit de faire vite. Radzak lui demande pourtant un instant, saute et disparaît dans le vide, réapparaît devant l’atelier, disparaît à nouveau, et se rematérialise enfin à côté de Johnny – il a maintenant dans ses griffes des petits cubes de bois, qu’il assemble grossièrement. « Maintenant, nous savons tous ce qu’il reste à faire… » Il sort une griffe, et regarde Johnny dans les yeux : « Un dernier mot, Terrien ? » Mais Johnny ne parvient à rien dire. Radzak dit qu’il ne voudrait pas qu’on lui attribue une réputation de pitié… mais tanche la gorge de Johnny d’un coup rapide et précis : « La Brique » meurt en quelques instants…

 

Radzak rejoint alors Moira et Pete, fait une litanie, et les regarde : « Je vous en prie, détournez les yeux, c’est assez gênant… » Moira lui tourne le dos, et se protège les narines du bras – ce qui ne suffit pas à masquer la très forte odeur de pisse de chat… « C’est bon », dit enfin Radzak. Moira se retourne, et une porte se précise de plus en plus. Radzak l’interrompt : « J’ai failli oublier… En tant qu’alliée, tu vas devoir tenir ta promesse… » Il tend une patte à Moira, contenant une sorte de cristal transparent. « Prends-en soin. Quand tu seras proche de la réalisation de ta promesse, plonge-le dans une flaque de sang, et j’apparaîtrai… Mais tu connais le caractère des chats : ne compte pas sur moi pour arriver dans la seconde… » Puis il tend une boîte à Moira (abritant cette fois de la cervelle…) : « Bon retour chez vous, Terriens… Passez le bonjour à ʺ6Xʺ… » Moira se tient devant la porte – exactement semblable à celle qui se trouvait chez Templesmith ; elle l’ouvre, et la franchit avec Pete – sans plus se soucier de Clive, qui ne s’est pas manifesté depuis qu’il s’est réfugié dans le grand bâtiment. Elle perd à nouveau connaissance, ainsi que Pete à ses côtés…

 

De retour sur Terre, à la ferme d’O’Bannion. La propriété est scindée en deux : à gauche se trouve un ensemble plutôt luxueux, ou du moins cossu (meubles de qualité, fauteuils confortables…), qui nous est réservé, tandis que les « fermiers » disposent de la partie de droite. Patrick s’est installé dans le salon ; il est bien mal en point, et Seth appelle Nick, le médecin personnel de Danny O’Bannion, pour qu’il s’en occupe, après avoir déposé Fran inconsciente sur un canapé. Je les rejoins après m’être entretenue avec O’Bannion dans le champ.

 

Seth nous dit qu’il y a un « nouveau », destiné à intégrer notre « petit groupe d’élite » : il s’agit de Dwayne, qui nous attendait dans le salon.

 

[C’est le personnage qu’incarne désormais le joueur qui était jusqu’alors Johnny « La Brique ».]

 

C’est un homme assez grand, que nous avions déjà croisé à l’occasion. Patrick lui trouve un regard semblable au sien, peut-être un brin cynique ou blasé – le regard d’un homme qui a vu des atrocités… Nous savons que c’est un ancien militaire, et qu’il a fait de la prison dans ce cadre. Je sais aussi qu’il est en couple avec une certaine Brienne, avec qui j’étais en classe… Il donne en tout cas l’impression d’être ouvert ; il fume beaucoup, boit s’il en a la possibilité, apprécie le cas échéant la musique folklorique irlandaise : Seth, à sa demande appuyée par Pete, en met un disque ; j’aurais pour ma part préféré du jazz, mais bon…

 

Seth revient bientôt nous dire que Nick est en route. Patrick demande ce qui est arrivé aux autres, je lui dis que je l’ai demandé à O’Bannion, mais qu’il n’en a pas la moindre idée. Patrick est obsédé par l’idée d’aller les aider – mais je lui dis que nous ne savons même pas où ils sont… Et O’Bannion attend notre rapport. Patrick insiste : on ne laisse pas des amis en arrière ! Mais je lui dis qu’il n’est visiblement pas en état de partir à leur rescousse, et, à vrai dire, moi probablement pas beaucoup plus… Dwayne est intrigué par ce que nous disons de nos camarades disparus, mais ne s’implique pas davantage pour le moment.

 

Fran se réveille. Je lui pose doucement une main sur l’épaule, ce qui la fait sursauter. Elle émerge, prend conscience de la musique, nous voit, nous demande ce qui s’est passé. Je lui dis qu’elle semble avoir fait une réaction allergique en buvant du Miska-Tonic !, et lui demande si ça lui était déjà arrivé. Elle avance doucement que ça l’a fait penser à ce que Hippolyte Templesmith lui donnait à manger… Je lui demande si elle peut en dire davantage, mais pas ici : Fran me guide vers la salle de bains pour une « discussion entre filles ». Elle enlève ses vêtements et s’assied dans la baignoire, prostrée. Le soda lui a provoqué des aphtes, et un mal de ventre extrême. Elle m’explique que Templesmith lui donnait à manger de la « viande hachée », sans qu’elle se fasse d’illusions quant à sa provenance : une fois, il lui aurait même donné un morceau de la jambe de son propre père ! Je compatis, mais lui dis qu’elle ne doit rien nous cacher, c’est important. Elle ne pensait de toute façon pas en parler à qui que ce soit un jour… Elle semble avoir confiance en moi ; elle me demande si elle pourra être embauchée par O’Bannion, je lui dis que j’y veillerai, mais qu’auparavant elle doit elle aussi rédiger un rapport circonstancié. Nous papotons quand même un peu, à propos d’O’Bannion… Fran a l’air surprise à chaque allusion ou presque. Elle me demande de lui laisser une heure pour se remettre, après quoi elle se lancera dans le rapport.

 

Je rejoins les autres dans le salon. La musique folklorique irlandaise me tape sur les nerfs, je vais changer le disque sans demander son avis à qui que ce soit, et mets du jazz ! Nick arrive peu après – un homme bedonnant, avec des lunettes, vêtu d’une blouse blanche, et portant une mallette ornée d’un caducée. On avait besoin de ses services ? Patrick le confirme, lui disant qu’il est tout cassé, ou haché menu, de l’intérieur… Nick sort un stéthoscope tandis que Patrick ôte sa chemise, et Nick l’ausculte, lui prenant aussi la température et lui palpant le torse : « Ça vient des tripes ? Peux-tu localiser la douleur ? » Patrick ne peut rien indiquer de précis, mais a l’impression de pisser le sang de toutes parts… Nick palpe alors du côté des viscères, et Patrick hurle de douleur – comme si des centaines d’aiguilles s’étaient plantées dans son estomac et ses intestins… Je m’approche et regarde tout cela de plus près. Nick demande à Patrick s’il veut quelque chose dans quoi mordre, et lui tend de quoi faire, puis palpe à nouveau, très doucement, là où Patrick a ressenti la plus vive douleur. « Tu as mangé quelque chose de louche, Patrick ? » Celui-ci répond que non, qu’il n’a de toute façon rien mangé, ou presque : quelques choses chez Otto, mais la douleur était déjà là – elle vient de ce qu’il a franchi des « portes »… Il ne veut pas mourir, pas comme ça. Nick continue de l’interroger : a-t-il vomi récemment ? Oui, il y avait un peu de sang dans la bile… Même chose pour ses selles et son urine. Peut-être y avait-il aussi d’autres choses, en plus du sang, des choses qu’il ne saurait définir… Nick lui laisse entendre que la pensée peut avoir des conséquences physiques, sans s’étendre davantage sur le sujet ; il lui donne deux cachets : un à prendre de suite, un autre après le dîner. Il nous fait l’effet d’être très professionnel, à la hauteur de sa réputation… mais Patrick suspecte qu’il n’a aucune idée de ce dont il souffre, que cela le dépasse complètement, ou peut-être qu’il entend dissimuler ses craintes ; quant au médicament, c’est très probablement un placebo… Patrick le gobe néanmoins (il a goût de sucre). Nick lui dit qu’O’Bannion l’a visiblement à la bonne, et qu’il faudra qu’il donne de ses nouvelles. Patrick lui répond : « Tu seras invité à mon enterrement… » Fran nous rejoint au moment où Nick s’en va.

 

De retour à Moira. Celle-ci reprend conscience avant Pete, et sent l’odeur d’une boîte « consumée ». Elle est étendue par terre, sur de la moquette. Elle comprend bientôt qu’elle est de retour dans le bureau de Hippolyte Templesmith, à côté de la porte « donnant sur le vide »… Et elle entend plusieurs personnes dans la pièce d’à côté. Pete gémit faiblement, et Moira lui plaque la main sur la bouche. Pete se réveille enfin, et Moira lui chuchote qu’ils ont « réussi »… Pete lui demande où ils se trouvent, et Moira ne lui cache pas qu’ils sont dans le bureau de « 6X », et qu’ils ne sont pas seuls… Mais elle cherche à le rassurer, lui disant de ne pas s’en faire. Elle se rapproche doucement de la porte… mais n’est pas assez discrète, et on la repère dès qu’elle l’entrouvre ! Un homme en costume se trouve dans la grande pièce à côté, accompagné de quatre autres personnes vêtues de manteaux longs à haut col et de gants… et ils puent le poisson. Ils la regardent, interloqués… Puis l’homme au milieu crie : « Chopez-la ! » Moira, instinctivement, se retourne, s’empare de Pete, voulant tenter de sauter par la fenêtre avec lui (il fait nuit dehors… et ils sont à quatre mètres de hauteur) ! Mais leurs jambes s’emmêlent dans leur course, tandis que les quatre sbires s’approchent…

 

[La joueuse incarnant Moira a dû s’arrêter là pour cette séance. Les personnages de Dwayne, Patrick et Tess étant ensemble, nous avons néanmoins poursuivi de notre côté.]

 

De retour à la ferme d’O’Bannion. Fran, qui ne connaît pas Dwayne et est quelque peu méfiante, joue la garçonne, lui laissant bien vite comprendre qu’il n’a aucune chance de la draguer. Elle se présente tout de même, mais sèchement, et va s’asseoir.

 

Avant de rédiger mon rapport, je vais faire un tour dans ma chambre à l’étage – curieuse de voir précisément ce qui a été récupéré chez moi. Mais, dans le petit salon entre les chambres, je trouve le « curieux » ligoté, les yeux bandés et un journal roulé enfoncé dans la bouche, dont parlait O’Bannion ; il sursaute quand je m’approche de lui – et je le reconnais : c’est Stanley, mon contact à la bibliothèque de l’Université Miskatonic ! Je m’approche encore, lui ôte le journal de la bouche et le bandeau de ses yeux. Il est terrifié, avançant sans trop y croire qu’il ne faut pas lui faire de mal, qu’il a des relations à l’Université ! Et il me reconnaît, stupéfait : je serais donc une… criminelle ? « Tout de suite les grands mots… » Je l’invite à se calmer et se reprendre, lui tends ses lunettes et le libère de ses cordes. Je lui offre même un thé, quand il se montre trop paniqué pour me répondre – il veut bien, et je lui en sers un, délibérément trop chaud (il se brûle)… Il est terrifié, ne cesse de répéter que, ne sachant pas de toute façon qui l’a enlevé, il ne témoignera contre personne, on peut lui faire confiance ! Mais je coupe court à ses promesses et jérémiades, et lui demande s’il a pu travailler sur le livre que je lui avais confié. Il est interloqué… mais me répond : ce livre, du nom de Magie véritable, est tout bonnement affreux… Ce n’est pas, contrairement à ce qu’il croyait tout d’abord, l’œuvre d’un dément, mais le journal d’un « chasseur de sorcières » du Massachusetts, probablement jeune, vers 1700, au cours d’un voyage entre Boston et Arkham – il y exprime ses « doutes » quant aux femmes soupçonnées de sorcellerie alors, et torturées pour cette raison ; l’idée, c’est qu’il aimerait « comprendre » plutôt que de simplement « combattre »… On trouve dans son livre la retranscription de rituels et autres sortilèges ; Stanley lui-même n’est pas bien sûr d’y croire, mais ne cache pas que ça l’angoisse… tout en l’intéressant, à son corps défendant peut-être. Il s’attarde notamment sur ce qui y est dit des « anges », ou « ailes savantes », ainsi que sur la création de signes de défense occulte contre la « magie » des « créatures » (il me tend un papier reproduisant ce signe – une étoile à cinq branches avec un œil enflammé en son centre – et accompagné de notes). Je le remercie pour son bon travail, et me félicite de ce qu’il dispose maintenant d’un endroit au calme pour avancer dans ses recherches… Il n’en revient pas : est-il notre prisonnier ? Non, non, disons, un « invité »… Il est pour le moins déçu, grommelle qu’il ne me voyait pas comme ça… Mais je lui dis que rien de tout cela ne dépend de moi, et lui assure que, le moment venu, il retrouvera son travail et son quotidien, comme si de rien n’était. En attendant, il peut envisager son séjour ici comme des « vacances studieuses »… Qu’il finisse donc de travailler sur le livre ; ceci étant, j’en ai récupéré d’autres qui pourraient l’intéresser (je pense surtout au livre de mathématiques de Stuart, et aux notes de son étudiant Mortimer Campbell ; mais Patrick avait rassemblé encore d’autres ouvrages lors de notre périple). Cette surcharge de travail – laissant entendre qu’il ne quittera pas son nouveau foyer de sitôt – l’effraie, bien sûr, mais tout en l’intéressant quelque peu… Il me demande si je crois à tout cela, mais je lui dis que ça n’a aucune espèce d’importance – et de même pour lui, bien sûr. Je l’effraie, en tout cas – et m’en délecte… Quand je lui tends les autres ouvrages (je suis tout particulièrement curieuse en ce qui concerne les notes), il me dit cependant qu’il ne peut pas tout étudier à la fois, il vaut mieux qu’il se concentre sur un seul livre, sans quoi il ne pourra pas se montrer efficace… Déjà qu’il y travaille six heures par jour… Six ? Je lui dis que ce n’est pas suffisant ; disons huit – et quelqu’un de dispos pour lui servir thés et collations, qu’il ne manque surtout de rien. Stanley, trop effrayé pour protester, accepte – je vais alors trouver un des gardes de la ferme, lui confiant la mission de surveiller Stanley et de veiller à l’assister.

 

Puis je me mets à la rédaction de mon rapport : je m’applique, je veux faire quelque chose de très sérieux, très complet. Je précise d’emblée que seul O’Bannion doit le lire – après quoi je ne dissimule rien des événements surnaturels auxquels nous avons été confrontés.

 

Patrick, de son côté, met quatre heures à rédiger son propre compte rendu. Il souffre d’un léger inconfort, constamment, même si supportable dès l’instant qu’il ne s’agite pas ; il n’est en tout cas guère concentré, et bâcle un peu les choses : son récit n’est guère circonstancié, il va succinctement à l’essentiel. Il évoque le surnaturel sans ambages, de même pour toutes les horreurs qu’il a vécues. Il a conscience que ses convictions, qu’elles concernent la foi ou plus largement la philosophie, ont été rudement affectées par ce qu’il a vu, et il est plus que jamais dans le doute…

 

Fran rédige son rapport de son côté, tandis que Dwayne tue le temps en buvant des bières avec les « fermiers » (il peut loger ici, même si, n’étant pas recherché pour sa part, il n’a aucune difficulté pour retourner chez lui à Arkham).

 

Seth nous retrouve plus tard, et s’empare de nos récits. Il nous tend aussi un journal : Hippolyte Templesmith fait les gros titres – suite aux ignominies dont sa famille a été la victime (la mort de ses parents lui conférant une popularité supplémentaire), il a tenu un discours démagogique au possible en plein centre-ville d’Arkham, annonçant qu’il se portait candidat au poste de maire de la ville, qu’il entend bien « nettoyer ». Le journaliste ne tarit pas d’éloges à son sujet, et se fait l’écho des acclamations de la foule (nous sommes fin décembre, les élections auront lieu en février).

 

En attendant, que faire ? Patrick y revient sans cesse : il nous faut retrouver nos camarades ! Le dialogue de sourds se poursuit : je répète bien sûr qu’il sera pour le moins difficile de retourner chez Templesmith (où la sécurité est probablement encore accrue), à supposer même que nous pourrions y retrouver Clive, Moira et Johnny : nous n’en savons rien, nous n’avons aucune idée d’où ils sont ! C’est tout juste si je concède que les hommes de Templesmith pourraient quant à eux en avoir une idée, mais je ne suis guère convaincue… Patrick, plus va-t’en guerre que jamais, brandit même sa mitraillette. Alors je m’avance auprès de lui… et le touche brièvement là où ça lui avait fait mal quand le médecin le palpait – il hurle de douleur ! Après quoi je lui demande s’il croit vraiment être en état de se rendre chez Templesmith… Tout à sa souffrance, Patrick ne répond pas. Dwayne, de son côté, se dit prêt à nous suivre – même s’il est loin de connaître tous les tenants et aboutissants de notre aventure ; mais il ne cache pas que se jeter comme ça dans la gueule du loup lui paraît « un peu chaud »… Mais Patrick reprend, sur un autre terrain : il semble croire que, s’il est un endroit où son état pourra s’améliorer, c’est sans doute chez Templesmith ; et son obsession de retrouver les autres ne le lâche pas une seconde. Fran, à maints égards, l’admire vraiment pour son esprit chevaleresque – d’autant qu’il l’a sauvée et s’est toujours montré très sympathique envers elle –, mais elle ne peut dissimuler son inquiétude à l’idée de retourner en Enfer… J’insiste : peut-être nous faut-il effectivement y retourner, mais pas question de s’y rendre comme des brutes, il nous faut nous préparer, avec le plus grand soin. Fran renvoie aux conseils que lui donnait son père : on pourrait attirer le pigeon sur notre terrain – il est en effet trop risqué d’aller le débusquer chez lui… Dwayne l’appuie, tandis que Patrick s’effondre dans un fauteuil en grommelant. Je dis qu’il nous faut préciser nos objectifs. Sauver les copains, oui, mais est-ce qu’attirer Hippolyte Templesmith nous serait vraiment utile à cet effet ?

 

Nous avons peut-être une aide inattendue cependant : je montre aux autres, en le leur résumant, le rituel de protection retranscrit par Stanley – le symbole doit être gravé ou peint sur n’importe quelle matière… mais sa création implique aussi un sacrifice (celui d’un humain, ou d’un grand animal éventuellement, voire un sacrifice « spirituel » consistant en longues heures de méditation). L’auteur de Magie véritable semble convaincu de son efficacité, mais, au fond, pour notre part, nous n’en savons rien… Patrick demande à Fran si ce symbole lui dit quelque chose, mais ce n’est pas le cas, c’est la première fois qu’elle le voit. Dwayne trouve ça « flippant »… Patrick me demande si j’y crois, mais je n’en sais rien – je ne sais plus que croire après tout ce que nous avons traversé…

 

Patrick va voir Seth, tandis que je vais me livrer à une revue de presse, avec l’assistance de Fran. Dwayne, de son côté, étudie les documents que nous avons ramené de chez Templesmith, et tout particulièrement la liste de noms que j’avais recopiée dans son bureau. Nous connaissons tous Robert Carlyle, richissime playboy, connu par ailleurs pour ses déboires alcooliques – même si la presse, tout en jouant le jeu du scandale, ne se montre pas forcément hostile à l’encontre du puissant personnage. Dwayne a aussi entendu parler du docteur Herbert West, médecin qui avait quitté Arkham il y a quelques années de cela, après avoir été soupçonné de profanations de sépultures, ce qui n’avait pas manqué de révulser ses collègues de l’Université Miskatonic… Le nom de Charles Reis, nous l’avons croisé : le carnet de notes récupéré chez Templesmith est à son nom. Mais nous ne savons pour l’instant rien des autres : Mortimer Campbell (que nous redoutons certes d’avoir rencontré sous forme de rat…) et Kristen Johnson, Tina Perkins, et enfin Pierce Hawthorne…

 

Patrick, Fran et moi regagnons l’étage, où Stanley est en plein travail. Patrick lui demande ce qu’il pense de ce qu’il a « traduit », mais Stanley, visiblement mal à l’aise, dit qu’il est aussi perdu que nous à ce sujet, sinon plus… Mais y comprend-il quelque chose ? Il ne voit pas quoi rajouter, il fait ce qu’il peut…

 

Je me mets à ma revue de presse. Fran s’ennuie, elle me demande si elle peut m’aider – volontiers, et je lui laisse les journaux de Boston, ville qu’elle connaît autrement mieux que moi. Je ne trouve rien de bien utile de mon côté… mais Fran se tend subitement, pousse un bref cri et éclate en sanglots : un article lui a révélé que le garage d’Otto a subi une mystérieuse attaque… et que des cartes d’as de pique ont été disséminées sur les cadavres, un vrai massacre. Dwayne, attiré par le cri, vient voir ce qui se passe… Mais Fran se reprend un peu, et va fumer une cigarette dehors ; je l’accompagne pour fumer moi aussi, sans dire un mot… Ma présence lui pèse visiblement, elle a besoin de rester seule, et je ne tarde pas à rentrer et à rejoindre les autres.

 

Patrick aimerait appeler O’Bannion, mais il n’est pas joignable pour le moment ; il peut lui laisser un message, mais il faut que le contenu soit précis, il n’appréciera pas un lapidaire « Danny, viens »… Patrick dit simplement : « On a toujours des soucis. » Mais Seth lui dit que ce genre de message, justement, ne lui plairait guère… Peut-il préciser ? « On était cinq, on n’est plus que deux… »

 

De mon côté, j’essaye de travailler sur les notes de Mortimer Campbell – voir du moins si je parviens à repérer des termes précis, les grandes lignes, ce genre de choses… C’est visiblement le brouillon d’une thèse, développant une théorie assez fantasque en vertu de laquelle les émotions pourraient agir physiquement. Mortimer y parle de l’expérience « des poussins », qu’il a réalisée. Les poussins, instinctivement, prennent la première chose qu’ils voient pour leur mère, et la suivent instinctivement. Mortimer, ainsi, a conçu un bâton avec de la peinture rouge et bleue en guise de repère maternel et, effectivement, c’est bien ainsi que les poussins l’ont envisagé. Mais, plus tard, il a complexifié l’expérience en confectionnant une toupie aux mêmes couleurs, et a établi des statistiques déconcertantes : non seulement les poussins voient dans la toupie leur mère… mais, en outre et surtout, celle-ci réagit comme si les émotions des poussins l’attiraient, et elle s’avance dans leur direction ! À l’en croire, il y a là la base d’un système « expliquant » la magie… J’en parle aux autres.

 

Dwayne compte retourner à Arkham pour se renseigner sur les noms inconnus de la liste – d’abord à l’état civil, le cas échéant au commissariat pour consulter le casier judiciaire, ou dans les archives des journaux… Je redoute pour ma part de retourner à Arkham dans ma situation – mais finis par me persuader que mon habileté pour le déguisement devrait se montrer suffisante pour que je ne risque rien ; un peu à regrets, je décide donc d’aller moi aussi à Arkham, avec en tête de recourir une nouvelle fois à mon réseau de femmes de ménage, voir s’il y en aurait parmi elles qui pourraient m’apprendre des choses quant aux noms inconnus figurant sur la liste… Patrick, à certains égards, n’a pas besoin de se déguiser outre-mesure, depuis qu’il a perdu ses cheveux en franchissant la porte chez Templesmith ; il se trouve même quelques lourdauds à la ferme pour le chambrer à ce sujet, lui proposant une perruque… Rien de bien méchant sans doute, mais Patrick n’est pas d’humeur, et ne répond pas à ces blagues – ce qui jette un froid. Il envisageait d’accompagner Dwayne – mais, même dans ces conditions, ce dernier n’a guère envie de se promener dans les institutions d’Arkham en compagnie d’un criminel recherché… Patrick reste donc ici, tandis que Dwayne et Fran d’un côté, moi de l’autre, nous rendons à Arkham – j’ai bien pris soin de me déguiser au mieux, avec des vêtements relativement stricts, et d’adopter une coiffure, non seulement très différente de celles que j’arbore habituellement, mais aussi mieux à même, grâce à une frange, de dissimuler mes traits…

 

Il est environ 17h quand Dwayne arrive à la mairie, accompagné de Fran. L’employé du registre de l’état civil lui adresse un regard sombre, il est en train de fermer… Mais Dwayne lui propose de faire un peu d’heures supplémentaires, sortant 2$ en billets… Tout se négocie, laisse entendre l’employé : si, par mégarde, un usager venait à oublier un billet de 5$ sur place, il pourrait accorder au dit usager un peu de temps pour faire ses recherches à des heures indues… Mais Dwayne s’en tient à sa première offre : si l’employé n’en veut pas, tant pis pour lui… Fran rajoute cependant 1$ de sa poche, et l’employé accepte le marché : il leur laisse une heure pour fouiller les registres portant sur les vingt dernières années. Dwayne et Fran se penchent d’abord sur le cas de Herbert West ; celui-ci a vécu et étudié à Arkham ; issu d’une classe moyenne pauvre, il a sans doute bénéficié de bourses universitaires, laissant supposer qu’il était très compétent dans son domaine (la médecine) ; mais il a donc disparu après les accusations de profanations de sépultures portées à son encontre – il semblerait qu’on l’ait vu pour la dernière fois dans un « lieu de contrebande », à savoir la ferme des Tulliver… où nous savons que se trouve un certain docteur East.

 

Je me rends chez Carol et Abbey. Je toque à leur porte, au rez-de-chaussée ; j’entends Carol demander qui est là, et réponds que c’est Tess. Silence. Je retoque… « J’arrive », entends-je. La porte s’ouvre. Carol est visiblement très inquiète, et ne maintient pas le contact visuel, ses yeux sont fuyants – rien à voir avec son comportement jusqu’alors, elle qui se montrait très chaleureuse à mon encontre… Abbey n’est guère plus rassurée, cependant… Elles me demandent si ce que l’on raconte dans les journaux est vrai, en montrant la photo du cambriolage chez Templesmith ; je leur dis, sur le ton de la plaisanterie ambiguë, qu’elles voient bien que la femme sur cette photo n’a pas du tout la même allure que moi… Elles ne sont bien sûr pas dupes, mais je ne l’espérais pas. Carol quitte la pièce – j’ai l’impression qu’elle a une douleur à la bouche… Abbey, gênée, me demande si j’ai tué les parents de Templesmith, comme on le dit – je lui réponds que non, et qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on lit dans les journaux… Mais je remarque alors que la porte d’entrée est entrouverte. J’appelle Carol, qui ne répond pas… Je comprends que je ne peux pas rester plus longtemps ; je laisse une copie de la liste de noms à Abbey, à tout hasard, lui disant que je repasserai plus tard pour voir ce qu’elle peut m’apprendre à leur sujet – mais je doute de pouvoir le faire… Je sors de l’appartement ; la porte du concierge est entrouverte ; j’entends Carol : « Elle est là, je vous dis ! » La porte s’ouvre quand je la dépasse, Carol me voit, m’adresse un regard haineux, et dit au concierge que je suis en train de m’enfuir… Pourquoi ai-je fait ça aux pauvres parents de Hippolyte Templesmith ? Je la traite de pauvre conne, et accélère le pas, tandis qu’elle se met à hurler, signalant ma présence à tout l’immeuble… Mais je monte en voiture, prends soin de faire quelques détours pour m’assurer que je ne suis pas suivie, et décide alors d’aller jeter un œil à l’appartement de French Hill.

 

Dwayne se penche maintenant sur le cas de Tina Perkins : c’est une fleuriste à Arkham, sur French Hill Street, qui tient une boutique de qualité, appelée Au Jardin d’Eden. Après quoi l’employé de mairie incite Dwayne et Fran à quitter les lieux. Dwayne le remercie, puis va acheter des cigarettes pour Fran. Il compte cependant passer devant la boutique, faire un repérage. Fran l’accompagne, et c’est elle qui me voit, en voiture, non loin de leur destination. Dwayne s’arrête à ma hauteur pour me dire ce qu’ils ont trouvé – le nom de la boutique ne m’est pas inconnu, j’ai subi bien des prétendants pénibles qui avaient le mauvais goût de dire que les fleurs qu’ils m’offraient venaient de cette très bonne et très coûteuse boutique…

 

Dwayne redémarre, et je poursuis ma route jusqu’à l’appartement ; il se trouve dans un hôtel particulier de luxe, c’est une garçonnière de Danny O’Bannion. Un gardien, en bas, me fait signe de la tête : il est de la maison. L’appartement est au premier étage, tranche sur l’allure géorgienne du quartier par ses éléments art déco ; une grande baie vitrée donne sur la rue toujours très animée. Il y a deux chambres avec des grands lits – l’une d’entre elles est clairement… « romantique ». Je fouine un peu, afin de voir si l’on n’y aurait pas laissé quelque chose à notre intention ; j’y trouve quelques bonnes bouteilles, comme celle que Big Eddie a été contraint de m’offrir… Il y a aussi des tenues de ville basiques, pour femmes et pour hommes, et enfin des produits de base, ainsi que quelques conserves… Je décide de retourner à la ferme.

 

La boutique Au Jardin d’Eden est toujours ouverte – ou du moins elle est toujours allumée, et il y a des clients à l’intérieur, Tina Perkins semble faire des heures supplémentaires. Dwayne pénètre à l’intérieur, accompagné de Fran ; mais les vendeuses disent qu’elles sont désolées, elles vont devoir fermer… Mais la boutique sera ouverte le lendemain, et ils peuvent s’ils le souhaitent laisser une commande. Mais Dwayne n’y tient pas, et dit qu’il reviendra. Il fait le tour du bâtiment avec Fran afin de s’en faire une idée et de repérer l’arrière de la boutique. Sans doute la fleuriste habite-t-elle au premier étage. Derrière, il y a une petite cour, avec un mur de 2m de haut – Dwayne repère une arrière-salle en dur, rajoutée plus récemment au bâtiment autrement plus ancien. Puis Dwayne et Fran rentrent eux aussi à la ferme.

 

Nous nous y retrouvons tous, et dînons ensemble. Dwayne parle de Tina Perkins et de sa boutique, ainsi que de Herbert West en mentionnant la ferme Tulliver – ce qui fait tiquer Patrick, qui avait rencontré le Docteur East…

 

Après quoi je vais voir Stanley, à l’étage, qui continue de travailler tout en mangeant. Je l’interroge sur Herbert West ; il ne sait plus comment s’adresser à moi, mais je lui dis que « Tess » fera l’affaire ; il me parle des rumeurs sur son compte qui couraient à l’Université Miskatonic, et dit qu’il valait mieux ne pas le fréquenter… Mais ce n’était pas un mauvais élève en ce qui concerne ses résultats, bien au contraire, il était très compétent… Mais Herbert était un dément, qui pensait pouvoir vaincre scientifiquement la mort ! Il faisait office de croquemitaine sur le campus, d’une certaine manière. Quelqu’un le connaissait bien, sans doute… mais il est mort, et sa tête a même disparu ! Il s’agissait de Smith Hawthorne, son ancien professeur (de la famille du Pierce Hawthorne figurant sur la liste de Templesmith ?).

 

Je redescends. Patrick s’est endormi. Dwayne envisage d’aller visiter la boutique de Tina Perkins dans la nuit ; quant à moi, je pense me rendre à la ferme des Tulliver… mais peut-être vaudrait-il mieux y aller accompagnée.

 

À suivre…

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