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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (12)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (12)

Douzième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

La joueuse incarnant la flingueuse Moira était absente. Étaient donc présents le bootlegger Clive (mais il passe ici très vite à un nouveau personnage, Michael Bosworth), Dwayne (qui remplace l’homme de main Johnny « La Brique »), le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Sur l’astéroïde, Clive a été laissé en arrière par Moira – il s’était planqué dans le grand bâtiment, prêt à faire feu sur quiconque se présenterait, et ne s’est pas manifesté depuis ; à entendre ce qu’il percevait de l’extérieur, il supposait que des individus inconnus étaient arrivés sur l’astéroïde – des esclavagistes, semble-t-il ? Il a ensuite entendu des cris de combat… et puis les miaulements de Radzak. Le calme plat s’en est suivi depuis une bonne heure. Au bout d’un moment, toutefois, Clive décide d’appeler Moira et Johnny, sans succès ; il sort, et voit les dépouilles des bêtes lunaires, massacrées, puis entend des voix humaines en provenance du bateau …

 

À la ferme d’O’Bannion, outre Harry, que j’ai assigné à la surveillance et l’assistance de Stanley, et Pete, autre figure connue, il y a un nouveau venu, assigné à notre groupe « d’élite » : il s’agit de Michael Bosworth, un homme de taille et de carrure moyennes et aux traits quelconques ; il est plutôt bien habillé, mais toujours de vêtements sombres ; son comportement, enfin, est discret – mais peut-être nous jauge-t-il ? Nous l’avions déjà croisé à l’occasion, mais il n’est pas du genre à se mettre en avant ; nous savons toutefois qu’il a fait de la prison, et qu’il a des tatouages qui peuvent en témoigner. Fran, quand elle l’aborde, conserve son comportement asexué destiné aux relations professionnelles ; peut-être est-elle un peu intimidée, en outre.

 

Nous entendons les ouvriers agricoles évoquer des actes xénophobes à l’encontre de la communauté irlandaise, suite aux déboires et au populisme de Templesmith… Quand j’entre dans la cuisine, à la suite de Dwayne, l’un d’entre eux me regarde avec un grand sourire et lâche : « Ah, voilà enfin une serveuse ! » Je lui adresse un regard noir qui le calme direct, et ses camarades se foutent un peu de sa gueule… Patrick se réveille à peu près au même moment et les odeurs de nourriture l’attirent ; il est toujours un peu dérangé, mais semble s’en accommoder – il a trouvé comment se déplacer sans trop souffrir. Les ouvriers se moquent également de lui – du fait de sa calvitie récente ; mais il n’y prête pas attention. Dwayne et Michael voudraient en savoir davantage sur ce que nous avons vécu, Patrick, Fran et moi – mais nous demeurons rétifs à évoquer les éléments surnaturels (sauf peut-être en ce qui concerne Drexler – les rumeurs vont de toute façon bon train le concernant) ; Patrick, par exemple, dit qu’il ne se sent pas assez en forme pour parler de « l’enfer »… Il me demande ensuite ce que j’ai pu dégoter lors de ma virée à Arkham, et je lui dis que mon réseau de femmes de ménage est sans doute hors-service pour un moment, que je ne peux pas leur faire confiance, quand ça comptait beaucoup pour moi… Fran, subitement, alors qu’elle mangeait une boîte de haricots, se met à cracher un peu de sang ; elle dit que « ça recommence », et demande vite s’il y a une pharmacie dans la ferme – c’est bien le cas, les ouvriers la lui indiquent et Fran s’y rend ; elle parle de ses aphtes… et je fais le lien avec le Miska-Tonic ! ; j’avoue à mes camarades que je m’en méfie énormément…

 

Dwayne envisageait de se rendre au domicile de Tina Perkins, mais, finalement, tous m’accompagnent pour le moment à la ferme abandonnée des Tulliver, afin de nous entretenir avec le docteur East, que nous soupçonnons d’être le docteur Herbert West figurant sur la liste de noms trouvée dans le bureau de Hippolyte Templesmith. Je prends ma voiture (ou plus exactement celle qu’on m’a prêtée – la mienne est toujours du côté de la demeure de Templesmith, ou du moins c’est là que je l’avais laissée…), et Patrick monte avec moi (il a pris soin de se munir de la Thompson et de deux chargeurs), tandis que Michael monte dans la voiture de Dwayne. Nous commençons à rouler sur les chemins de terre séparant les deux fermes… mais je dois bientôt m’arrêter, victime d’une panne totale que je ne m’explique pas (le moteur fume, le capot est brûlant) ; Dwayne et Michael s’arrêtent à mes côtés, mais nous ne pouvons visiblement rien tenter sur place pour dépanner cette voiture à la mécanique déjà drastiquement bidouillée… Nous l’abandonnons donc sur place, montons tous dans la voiture de Dwayne (Patrick y transfère son matériel), et reprenons la route à travers champs.

 

Non loin de la ferme abandonnée, Patrick dit à Dwayne de s’arrêter – il a vu quelque chose, et comprend que c’est aussi le cas de Michael : une ombre sur le bord du chemin, qui se serait abaissée lors de notre passage, une vingtaine de mètres en arrière… Dwayne fait demi-tour, Patrick sort pour y jeter un œil (Michael lui demande s’il s’en sent capable, mais Patrick lui répond qu’il est parfaitement apte à se déplacer et à appuyer sur la gâchette le cas échéant…) ; il sent une très légère odeur de cadavre, bientôt dissipée par le vent… Nous attrapons discrètement nos armes, aux aguets. Patrick ressent brièvement une vive douleur, après quoi, il lance : « Hey ! » Mais pas de réponse… Michael murmure, demandant ce qui se passe, et lâche à Dwayne que Patrick et moi avons dû vivre des trucs vraiment bizarres…

 

Nous reprenons la route, la ferme est toute proche maintenant. Il n’y a pas de lumière – mais nous savons que East a pris soin d’aménager son repaire pour que la lumière ne donne pas sur l’extérieur, rien que de très normal, donc. Patrick a un temps l’impression de discerner une lumière rouge en provenance de la porte d’entrée… mais non, ça vient sans doute de lui. Il nous suggère alors d’arriver avec un « motif », à savoir un malade – lui-même…

 

Dwayne toque à la porte. Une vingtaine de secondes plus tard, East l’ouvre. Je repère une réaction minime et brève sur son visage froid et sec – un haussement de sourcil, peut-être accompagné d’un semblant de sourire ? Mais je ne peux pas en déterminer le sens… Il regarde plus particulièrement Patrick et moi, et dit que, au vu des conditions, ses tarifs ne peuvent qu’augmenter… Nous entrons, il referme derrière nous, puis nous conduit jusqu’à son laboratoire, en sous-sol – on y accède via une trappe, donnant sur un tunnel, au bout duquel se trouve une grande porte en fer forgé – tandis que sa « salle d’opération », ou laboratoire, se trouve sur notre droite, au bout d’un petit couloir : elle bénéficie d’un équipement médical plus que correct, et consciencieusement entretenu. East demande à Patrick ce dont il souffre, et il lui répond qu’il se sent « déstructuré de l’intérieur », avec l’impression que ses organes seraient « broyés » ; East le palpe avec grand soin (sans provoquer de douleurs), et il a l’air intéressé par ce qu’il constate : « Dites-moi, où étiez-vous donc pendant mes premières années de médecine, quand je m’ennuyais à mourir ? » Patrick lui dit qu’il a vécu des choses étranges, mais n’ose pas en dire beaucoup plus ; East l’invite cependant à en dire autant que possible, ce qui pourrait s’avérer très utile, et Patrick évoque alors les « portes »… East le regarde fixement : Patrick a captivé son attention de médecin. Puis il émet un diagnostic : les organes de Patrick ont été déplacés – son foie et sa vessie, notamment, qui se sont dissimulés au niveau de l’intestin grêle. À l’en croire, Patrick ne survivra guère longtemps dans cet état… Une semaine ou deux seulement, si ça se trouve… East est captivé ; Dwayne essaye d’en profiter pour quitter la salle, mais East l’intercepte aussitôt et le lui interdit : soit il reste ici, soit East le raccompagne dehors, et il n’y a pas d’alternative. Puis il revient à Patrick, disant qu’il a bien de la chance de le connaître… Il envisage une opération. Patrick lui dit que le paiement ne sera pas un problème, mais East lui dit qu’il attend autre chose de notre part – un échange de services… À quoi pense-t-il ? Il dit avoir rencontré des individus… particuliers, dont les buts sont en conflit avec les siens ; il sait comment régler le problème, mais n’a pas la carrure pour s’en charger lui-même. Nous lui disons que c’est bien vague… Dwayne lâche que nous aurions peut-être des questions à lui poser au préalable, ce qui le braque – mais Dwayne le rassure en en restant au domaine médical. Quoi qu’il en soit, East ajoute que l’opération ne peut être effectuée ici : il lui faut une salle d’opération bien davantage aux normes, et bénéficiant du meilleur matériel. Patrick suggère « d’emprunter » une salle d’opération dans un hôpital, la nuit – oui, c’est bien ce qu’il faut faire… Michael lui demande s’il bénéficie de la qualification pour exercer dans un hôpital – ce qui le fait rire. Puis il lui demande où il a exercé, et East se braque à nouveau : « Vous êtes de la police ? » Il tient de manière générale à ce que tout le monde fasse preuve de discrétion… De toute façon, il ne peut pas se rendre à Arkham « normalement » (mais n’en dit pas davantage). Nous acceptons de lui rendre ce service, pour le principe et sans en savoir davantage – ce qui ne me plaît pas… Il en dit un peu plus : il s’agit d’effectuer une livraison auprès de ce « groupe » qu’il mentionnait, après quoi nous devrons nous occuper des « restes »… Il nous dit de repasser dans une petite heure, le temps qu’il prépare ce dont nous aurons besoin. Dwayne entend (une fois de plus ?) un léger mugissement, et, quand il demande à East ce dont il s’agit, ce dernier prétend que le vent est parfois trompeur… Il nous escorte à l’extérieur – et, dans le tunnel, nous revoyons donc la grande porte de fer. Dwayne, sur le ton de la rigolade, demande à East si c’est pour ses patients récalcitrants ; East soupire, vaguement agacé : nous venons bien pour des soins, pas pour des questions ? Il revient à la mission qu’il nous confie, disant qu’il n’est pas forcément nécessaire que nous y prenions tous part…

 

Nous attendons dehors. Tandis que Dwayne, Patrick et moi remontons dans la voiture, Michael fait le tour de la ferme abandonnée, passablement délabrée, mais ne repère pas d’autre accès que la porte principale. Puis il nous retrouve, et demande à Patrick des explications à propos de ce qu’il a raconté à East (cette histoire de « portes », surtout), mais Patrick reste évasif. Nous réfléchissons alors à l’hôpital le plus approprié pour l’opération – l’Université Miskatonic doit avoir une salle d’opération réservée, nous supposons que ce serait probablement la plus facile à « réquisitionner » une nuit.

 

Au bout d’un moment, East sort de la porte unique, en traînant derrière lui (avec un peu de peine, mais probablement moins qu’on aurait pu le croire à en juger par sa carrure apparente) une sorte de grande bâche remplie d’on ne sait quoi. Dwayne s’approche pour l’aider – et sent bientôt une odeur de putréfaction. Il y a effectivement dans la bâche des cadavres – ou plutôt des morceaux de cadavres – en décomposition avancée. Dwayne, toujours sur le ton de la rigolade, demande à East s’il est un médecin si compétent que ça ; East se contente de dire que « ce n’était pas de ses patients », puis marmonne quelque chose d’indistinct… « Vous disiez ? » Il parlait pour lui-même… La bâche doit peser entre trente et cinquante kilogrammes – Michael va les aider à son tour, tout en demandant à East quelles sont ses instructions ; il nous tend alors un papier les récapitulant, ainsi que deux enveloppes : nous sommes supposés apporter la « livraison » devant le caveau des Curwen, famille de pionniers, dans le plus vieux cimetière d’Arkham (correspondant à l’ancien centre historique, passablement délabré maintenant, le cœur de l’activité urbaine s’étant déplacé), et y ajouter la première enveloppe ; après quoi nous devons attendre dix à vingt minutes, puis pénétrer dans le caveau pour « finir les restes » (il ne faut pas laisser de « survivants »), et y déposer alors la deuxième enveloppe. Quand nous lui demandons plus d’informations sur le « groupe » qui est censé s’y trouver, il parle d’individus « dérangés » qui vouent un culte à la mort… Le coffre est trop petit pour la bâche – son contenu dépasse, même si nous pouvons utiliser des cordes pour le sceller au mieux, et c’est finalement ce que nous faisons (après avoir envisagé d’utiliser une remorque, mais East n’en a pas).

 

En attendant, une fois East reparti, je me confie enfin : je rappelle aux autres que Herbert West était accusé de profanations de sépultures, ce qui ne laisse plus guère de doutes quant à la véritable identité du prétendu « docteur East » ; or c’était bien pour cela que nous étions venus ! Nous nous engageons dans une mission suspecte, au mépris de nos priorités, et cela ne me plaît pas du tout… Michael ajoute qu’une mission « simple », mais valant un bon million de dollars (tarif que East nous avait mentionné), c’est vraiment très louche… Je poursuis : est-ce qu’ils veulent vraiment faire ce que East nous impose ? Nous nous éloignons de nos préoccupations principales – nous étions venus pour identifier Herbert West, et déterminer son rapport avec Hippolyte Templesmith ; et maintenant nous lui confions Patrick ? Je veux bien croire que ce dernier est dans un sale état, mais, sans remettre en cause les compétences médicales du docteur East, je ne peux m’empêcher de me demander si nous souhaitons vraiment laisser Patrick entre les mains d’un type aussi louche… D’autant que la « réquisition » d’une salle d’opération s’annonce elle aussi dangereuse – surtout pour Patrick et moi qui sommes recherchés… East avait laissé entendre que, sinon, nous pourrions nous contenter de lui fournir un bon matériel médical, mais les conditions, à l’en croire, ne seraient alors pas optimales pour opérer Patrick… Mais ce dernier prend la parole : lui pense qu’il a besoin d’être soigné par East ; il me dit qu’après tout lui et moi en avons vu d’autres… mais, très discrètement, à ses seules oreilles, je lui réponds que, justement, j’ai pour ma part déjà eu affaire à des morts qui ne l’étaient pas complètement, et la mission saugrenue que nous impose East me ramène à cette expérience traumatisante – je ne la sens vraiment pas… Mais, bien sûr, je ne laisserai pas tomber Patrick ; alors, même si cela me déplaît au plus haut point, j’accepte de suivre les autres pour remplir ce petit boulot…

 

Nous prenons donc la route du vieux cimetière. Mais nous n’avons décidément pas de chance avec nos voitures : on crève un pneu… Il faut prendre un peu de temps pour changer la roue. Nous arrivons enfin à Arkham ; le quartier où se trouve le vieux cimetière est effectivement plutôt délaissé, donnant une image de pauvreté – associée par ailleurs à la communauté afro-américaine qui y réside (tandis que le quartier à côté est passablement huppé). Nous nous montrons très discrets ; à un feu, nous nous retrouvons pourtant juste à côté d’une voiture de policiers ; un des flics s’étonne visiblement de notre chargement, et, méfiant, essaye de discerner nos visages… Mais nous entendons subitement des coups de feu plus loin – les policiers nous oublient aussitôt, et, le feu passant au vert, ils foncent en direction des échos de violence en activant leur sirène…

 

Le vieux cimetière est assez éloigné des zones résidentielles – les premières lumières sont bien à 150 mètres. Dwayne gare la voiture près du portail. Il y a quelques lanternes anciennes à l’intérieur, mais seules les plus proches du portail sont allumées, et il n’y a par ailleurs pas de gardien. Nous ne savons pas exactement où se trouve le caveau des Curwen… Michael suppose que les parcelles les plus anciennes doivent se trouver vers le fond, et lui, Patrick et moi nous répartissons pour trouver le caveau, tandis que Dwayne retourne auprès de la voiture pour la surveiller ainsi que son chargement. Je finis par trouver le caveau ; le nom « Curwen » est à demi effacé par le passage du temps. Michael jette un œil aux tombes environnantes – mais elles sont toutes délabrées au possible, et illisibles. Après quoi il retourne auprès de Dwayne, lui dit que nous avons trouvé le caveau, et tous deux déchargent la bâche. Je les rejoins et les éclaire pendant qu’ils transportent la « livraison ». Ils posent la bâche, devant le caveau. Dwayne, alors qu’il allait déposer comme convenu la première des deux, remarque que les enveloppes ne sont pas fermées… Il lit la première : East y présente ses excuses, et dit qu’ « ils » n’auront plus à craindre qu’il empiète sur « leur » domaine. La deuxième est bien différente : « Vous savez maintenant ce qu’il en coûte de me menacer. Le choix final vous revient, me laisser en paix ou découvrir et subir une nouvelle peur : celle de vos propres repas… » Dwayne dépose la première enveloppe sur la bâche, toque au caveau, allume des lanternes à proximité, puis s’éloigne.

 

Nous nous répartissons un peu partout, à quelque distance. Michael suppose que les corps de la bâche sont empoisonnés, et que les gens du caveau vont les manger… Dwayne installe son silencieux sur son .38. Au bout d’un moment, nous entendons le grincement de la porte du caveau en train de s’ouvrir… Patrick est le seul à avoir une vraie vue sur les événements (même à travers les quelques arbres qui l’en séparent) : il distingue une silhouette à la peau brune, noueuse et fripée, dénuée de cheveux, d’allure voutée, nue, un peu canine, avec une mâchoire inférieure proéminente ; certains de ses ongles sont peu ou prou longs comme des griffes, ses jambes présentent des articulations inversées… La créature se penche sur la bâche et entrouvre l’enveloppe ; puis elle se redresse, reniflant bruyamment, comme à la recherche d’une odeur. Elle retourne alors dans le caveau, sans en fermer la porte, nous entendons un sifflement, et trois autres créatures arrivent, qui traînent la bâche à l’intérieur, puis ferment la porte. Patrick chancèle un peu à ce spectacle… Dwayne s’approche de moi tandis que Michael rejoint Patrick, et lui demande ce qui se passe ; Patrick lui répond qu’il a à nouveau vu des choses monstrueuses, quelque part entre l’homme et le chien – et voir une telle ignominie associée aux racines mêmes d’Arkham le perturbe d’autant plus… Nous attendons vingt minutes dans un silence de mort, tout juste interrompu de temps à autres par les disputes de lointains passants…

 

Puis la porte du caveau s’ouvre à nouveau. La première silhouette en sort en hurlant de douleur et en crachant ou vomissant un liquide verdâtre, un peu phosphorescent – et quelque chose l’étrangle. D’autres cris de souffrance jaillissent du caveau – ils m’attirent, je m’avance un peu… Je vois les créatures à l’agonie, et que l’une d’entre elles a un bras coupé serré autour de sa gorge, qui semble s’animer de lui-même… La créature essaye de s’en libérer, et y parvient finalement, l’arrachant de ses deux mains et le jetant dans le caveau – qu’elle essaye de fermer, mais sans succès. Écœurée, elle se met à quatre pattes et se précipite à toute allure en direction d’une faille dans le mur entourant le cimetière ; Michael court aussi dans cette direction, et jette un couteau de lancer sur la créature – il lui cloue la patte avant droite ; elle pousse un hurlement essentiellement canin mais non dénué de déconcertants traits humains, et essaye de se de dégager avec son autre patte avant. Je sors mon couteau et vais me plaquer contre le bord du caveau des Curwen. Dwayne court dans sa direction, pistolet au poing. La créature blessée parvient à se dégager et reprend sa fuite – mais Patrick lui tire dessus avec sa Thompson : le recul lui fait tout d’abord un peu mal, mais il parvient à faire exploser le crâne de sa cible.

 

Nous entendons encore des bruits d’agonie en provenance du caveau. Patrick dit à Michael qu’il faut s’en occuper. Lui et Dwayne entendent cependant aussi des cris de surprise en dehors du cimetière – des riverains alertés par la rafale de la Thompson… Michael redoute d’entrer dans le caveau, mais Patrick n’hésite pas et fonce. À l’intérieur, on trouve diverses tombes, et un escalier qui descend – une pièce plus vaste donne sur les tombeaux des premières générations des Curwen, tandis que de nombreux cercueils sont empilés sur les côtés ; au centre se trouve un amas de ces créatures, mortes ou agonisantes – une d’entre elles a les yeux dans le vide, et le ventre percé par des doigts ; une autre est étranglée par une jambe enroulée autour de son cou ; des membres s’agitent sur le tas de cadavres…

 

Une créature parvient à extraire sa jambe d’une autre qui l’enserrait, mais elle a visiblement des côtes brisées, crache du sang et le liquide verdâtre plus ou moins phosphorescent ; elle voit Patrick et Dwayne, et est terrorisée – on voit par ailleurs qu’il s’agit d’une femelle. Patrick lui demande qui elle est, tandis que Dwayne pose sa lanterne et que je m’avance en brandissant ma lame. La créature répond qu’elle était Elizabeth Curwen, et qu’elle était libre avant qu’on arrive. Elle a les yeux fixés sur nos armes. Elle dit que East leur volait leurs repas – et elle a une portée à nourrir… Pourquoi East leur en veut-il autant ? Il a volé leur nourriture… Les ancêtres dont ils « prenaient soin » depuis des siècles… Je dis que nous devons « éliminer les restes » et m’avance vers la femelle – les morceaux de corps humains, à côté, bougent de moins en moins, et j’enjambe le tas, tandis que la créature essaye vainement de reculer. Patrick dit qu’il faut lui donner l’enveloppe – ce que l’on fait ; mais je continue d’agiter mon couteau sous ses yeux. Elle dit qu’elle a compris pourquoi elle devrait avoir peur de ses repas, et qu’elle le dira aux autres. Michael lui demande si nous pourrons compter sur elle et ses semblables en cas de besoin ; Patrick baisse sa Thompson. La goule demande ce qu’elle pourrait bien nous apporter, et laisse tomber la lettre ; j’essaye de lui donner un coup de couteau au moment exact où elle tente de me griffer de sa main droite en hurlant : « Voilà ce que j’ai pour vous ! » Je manque mon coup, elle était sur le point de réussir le sien, mais quelque chose de douloureux la fait subitement hurler et l’interrompt dans son élan – elle crache du sang mêlé de substance verdâtre, tandis que son ventre est secoué de spasmes. « Voilà ce que vous nous offrez… », lâche-t-elle, avant de vomir ses propres tripes et de s’étouffer dans ses renvois – je distingue brièvement des morceaux de chair qui s’agitent encore un peu dans ce qu’elle a rejeté… Patrick s’approche de moi pour m’attraper et me conduire en arrière – je me dégage violemment de son emprise, mais le suis quand même ainsi que Dwayne.

 

En dehors du cimetière, nous entendons des gens crier d’une fenêtre à l’autre – ils semblent se demander s’il n’y aurait pas des profanateurs de sépultures dans le vieux cimetière, des pervers qui s’amusent avec les cadavres… Un homme ajoute même que « ça doit être ces ordures d’Irlandais »… et Dwayne leur balance une insulte en italien. Une vieille femme nous menace, dit que son mari descend… Mais nous rejoignons la voiture ; à quarante mètres de là, se trouve un groupe de jeunes essentiellement afro-américains, intrigués par les cris ; mais ils ont peur en voyant la Thompson de Patrick et s’en vont en courant. Nous entendons une sirène de police à quelque distance ; Dwayne démarre, et part dans la direction opposée – nous voyons quand même la voiture de police derrière nous… et distinguons même Harrigan à l’intérieur ! Il hurle : « Arrêtez-vous ! » Mais Dwayne accélère, pénètre dans les quartiers pauvres, et parvient à distancer les flics, qui, à un moment, se trompent de direction – ils ont beau faire demi-tour, il est trop tard, Dwayne a pris de l’avance ; le son de la sirène s’amenuise et, quand Dwayne s’engage dans les chemins de terre entre les champs autour d’Arkham, les flics sont définitivement semés depuis un moment. Il prend la direction de la ferme abandonnée des Tulliver – tandis que je me souviens du tableau de Pickman chez Hippolyte Templesmith, de ce festin des goules…

 

Dwayne, à 500 mètres de la ferme, s’arrête après avoir manqué rouler sur un cadavre. Il descend de voiture, et étudie le corps – la décomposition est récente, le corps est nu, criblé de balles… et on a déposé sur lui une carte d’as de pique ; comme si cela n’était pas suffisant, Dwayne ne manque pas de remarquer que le cadavre donne l’impression d’être mort deux fois – les impacts de balles sont tout récents (sans doute cinq à vingt minutes plus tôt), mais il a une cicatrice au ventre pour le moins éloquente… Dwayne pousse le cadavre et reprend le volant, roulant doucement en direction de la ferme. Nous remarquons alors que la porte d’entrée a été défoncée… Nous nous avançons – et je suis furieuse. Il y a une légère odeur de brûlé ; à l’intérieur, des meubles sont renversés, témoignant d’un affrontement ; la trappe du souterrain est ouverte, et ses gonds ont sauté au passage. Nous entendons du bruit en dessous, quelque chose qui toque de manière presque régulière – évoquant le son mat de quelque chose d’organique heurtant du solide. Et il y a aussi une odeur de cadavres… Dwayne s’accroupit pour y jeter un œil : de la fumée s’en échappe…

 

En descendant, il voit que celle-ci vient du laboratoire du docteur East – dans le couloir y menant se trouve un cadavre des plus massifs, arborant lui aussi une carte d’as de pique. De l’autre côté, la grande porte de fer git par terre – de nombreux cadavres criblés de balles encombrent le passage ; et Dwayne remarque qu’ils maintiennent au sol, de leur poids, une silhouette en imperméable, sans tête… Drexler, cependant, n’a semble-t-il plus de munitions : on entend le cliquetis de ses armes vides… Nous cherchons de quoi mettre le feu au tas de cadavres et au démon en dessous : Patrick trouve une lampe à pétrole, tandis que je m’empare d’un bidon de carburant dans la pièce principale, au rez-de-chaussée. Je le donne à Dwayne, et essaye quant à moi d’aller dans le laboratoire. Il y a un début d’incendie dans un coin ; là encore, des meubles chamboulés témoignent d’un violent affrontement, et la table d’opération est renversée : il y a un trou dessous, et j’en déduis que c’était là que se trouvait originellement le cadavre massif reposant maintenant dans le couloir, qui s’était « réveillé » au moment de l’assaut – témoignant une fois de plus des précautions adoptées par le docteur East ; et il y a plus en la matière : je vois un tunnel étroit, dissimulé auparavant par un placard maintenant renversé… Je dis à Patrick de s’occuper de l’incendie (il parvient à détourner une canalisation et guide le jet d’eau afin d’éteindre les flammes), tandis que je m’avance vers le tunnel – très mince, au point d’en être étouffant… Mais Dwayne voit alors que Drexler a réussi à dégager son bras gauche (armé d’un calibre .45, heureusement vide) – et, même si le démon n’a pas de tête, il a la conviction d’avoir été repéré…

 

Dehors, Michael aperçoit une silhouette avec un manteau et un chapeau, qui s’avance d’un pas lent mais imperturbable dans sa direction. Il se dissimule derrière la voiture et observe ; la silhouette s’arrête à quelques pas – et elle pue la mort…

 

Dwayne ouvre le bidon de carburant et en répand le contenu sur le tas de cadavres. J’hésite à m’engager dans le tunnel si étroit, et y vois par ailleurs des traces de sang… Patrick et moi entendons Dwayne, qui hurle que le démon est en train de se dégager ; je décide alors de ne pas courir le risque de m’engager dans le tunnel, et repars en arrière en essayant de déterminer où il pourrait déboucher… mais Patrick, lui, pénètre à l’intérieur – les traces de sang s’arrêtent bientôt, mais il y a des traces de genoux et de coudes, à mesure que le tunnel se fait plus ascendant ; Patrick doit cependant s’arrêter au bout d’un moment pour reprendre sa respiration – c’est douloureux, il manque d’air dans cet espace confiné… Dwayne crie à Patrick qu’il va boucher la trappe !

 

Michael, dehors, crie : « Qui va là ? » Il se tient prêt à faire usage de son couteau de lancer à la moindre menace… Mais la silhouette soulève son manteau, révélant des bandages en dessous – l’odeur de putréfaction est plus forte que jamais… Elle sort un bout de papier qu’elle tend à Michael, en s’avançant lentement vers lui. Michael fait quelques pas et s’empare du papier – la silhouette s’en va alors, mais Michael a eu le temps de constater qu’une bonne partie de son visage était enfoncée, témoignant d’un accident forcément mortel… Michael lit le papier – qui est accompagné d’une clef de boîte postale ; il reconnaît l’écriture du docteur East : « Reprendrai contact avec vous bientôt, si vous neutralisez la taupe – Templesmith sait. » Michael retourne vers le seuil de la maison et nous gueule de nous ramener…

 

Dwayne veut mettre le feu à l’ensemble du bâtiment, mais je lui dis qu’il faut d’abord chercher l’issue du tunnel où s’est engagé Patrick ; mais quand je pense en avoir repéré la trajectoire, donnant sur l’extérieur de la maison, je lui dis qu’il peut s’y mettre. L’incendie, de toute façon, a déjà pris, et, sauf pluie, toute la maison devrait y passer… Nous remontons dans la voiture, et je guide Dwayne dans la direction où je pense retrouver Patrick – c’est bien le cas, on le voit s’extraire du sol à environ 200 mètres de la maison… Patrick a trouvé la chemise du docteur East, abandonnée et recouverte de terre, à la sortie du tunnel ; Michael nous dit alors que East est vivant, et qu’il nous attend – il y a encore un espoir pour les viscères de Patrick…

 

Dwayne nous ramène à la ferme de Danny O’Bannion, avant de rentrer chez lui (où il retrouve son épouse, Brienne, qui l’attendait – bien qu’il soit 2 heures du matin… Elle a gardé de la viande pour lui, et, si Dwayne mange volontiers, il ne peut s’empêcher d’avoir un autre festin en tête…). Harry me dit que Stanley dort, et qu’il fait visiblement flipper le bibliothécaire (inquiet par ailleurs de ses parents)… Ce dernier lui a cependant remis une petite liste de courses – rien d’exceptionnel, du thé, ce genre de choses, simplement le témoignage des habitudes du bibliothécaire ; je dis à Harry de lui procurer tout ça, il tend la main, et je lui donne la somme nécessaire. Par contre, nous apprenons que Fran est partie – elle a semble-t-il convaincu un type de la ferme d’aller faire la fête en ville… Nous partons tous nous coucher, très perturbés par ce que nous avons vécu…

 

Et je fais un cauchemar… Je me réveille tout doucement, c’est le matin, il fait beau – nous ne sommes plus en hiver, c’est le printemps. J’ai l’impression d’une autre ligne temporelle – mais ancienne ? Moderne ? J’entends du piano, au loin – je reconnais la façon de jouer de Ted, mon fiancé… Le décor est faste, luxueux – j’y reconnais la résidence secondaire de mes beaux-parents (qui me haïssent, et c’est réciproque…) ; je me souviens de vacances avec mon fiancé… Je suis affectée par la légère paresse des gens heureux. J’ai un souvenir délicieux du repas galant de la veille au soir – et du cunnilingus qui avait suivi… Je sors de la chambre – je suis vêtue d’une élégante robe de chambre, pouvant faire penser à celle de Danny O’Bannion ; je me souviens que c’est Ted qui me l’avait achetée, et m’y love avec plaisir – ignorant mes vêtements sales jetés par terre, ceux que je portais à la ferme abandonnée des Tulliver… L’odeur agréable me saisit, irrémédiablement associée à l’époque où je vivais avec Ted… Je me dirige lentement et le sourire aux lèvres vers le piano – que je sais se trouver au rez-de-chaussée, je suis à l’étage. La décoration est un peu différente de ce dont je me souvenais : les statuettes, les tableaux, m’évoquent des endroits visités récemment – et notamment la ferme de Danny O’Bannion… et la demeure d’Hippolyte Templesmith. J’entends çà et là des sortes de beuglements, des tintements de chaînes, le bruit régulier d’une pelle s’enfonçant dans la terre… Puis je réalise que quelque chose se promène sur moi puis glisse à mes pieds – je recule, et vois que c’est une mèche de mes cheveux… J’essaye de la ramasser – mais elle s’agite, se tresse et m’inflige une brûlure avant de s’éloigner – je laisse filer. J’entends toujours les bruits de pelle…

 

Le bureau se trouve à gauche, et je m’y rends ; la bibliothèque est immense, semble même déborder, et abonde en angles étranges et biscornus ; à l’un de ces angles se trouve un trou, où le béton a été enlevé sur une trentaine de centimètres, révélant d’épais barreaux ; je me mets sur la pointe des pieds pour y jeter un œil, et entrevois le plancher d’un étage supérieur, sur dix à quinze centimètres environ. Je vois des pieds nus traînant pesamment des chaînes, j’entends des meuglements, des corps qui s’entrechoquent… Une autre mèche de mes cheveux s’agite ; je recule instinctivement, ce qui n’y change rien – et la mèche se détache, puis grimpe sur le mur et passe dans le trou… J’ai alors un souvenir de quand j’étais petite – j’avais commencé à faire des ménages très tôt, pas le choix… Et c’est alors que je me suis confectionné mes premières armes, pour me protéger des avances pénibles des garçons, en détachant les deux lames d’une paire de ciseaux… Je les sens sur ma jambe, attachées à ma jarretière – un contact froid, mais aussi réconfortant. La pelle comble le trou dans le mur avec de la terre. Je retourne dans le couloir du rez-de-chaussée, toujours attirée par la mélodie du piano ; je reconnais le tableau de Pickman, accroché dans une chambre d’ami entrouverte.

 

Non loin se trouve la porte d’entrée, où l’on toque ; j’y jette un œil par le judas, et vois mes détestables beaux-parents. Ma belle-mère hurle, haineuse : « Je sais que vous êtes là ! » Derrière elle se tient son époux, empâté – elle lui dit de taper lui aussi à la porte. Je ne veux pas leur ouvrir, et pense poursuivre mon chemin. Mais ma belle-mère hurle : « J’ai les clefs ! » Elle déverrouille la porte, pénètre dans la demeure, et me pointe du doigt en m’insultant, me traitant de catin, insistant sur mon origine irlandaise et sur mon milieu social indigent… Puis elle me jette au visage le journal où figure en première page la photographie du cambriolage chez Hippolyte Templesmith : « Tout le monde le sait, maintenant ! Tu retourneras à la fange d’où tu viens ! » Elle veut me bousculer d’un coup d’épaule, je l’évite, et la repousse – je veux lui faire mal, et tout autant l’humilier : elle chute en hurlant dans une pièce ouverte, et brise du verre en tombant à la renverse, ce qui la blesse – elle pleure… Son mari s’anime enfin – mais je l’ignore et reprends le chemin du piano. Ma belle-mère crie : « Herbert, massacre-la ! » Il me charge, j’essaye de l’éviter, mais il parvient à me heurter d’un coup d’épaule, et me fait mal… Je me rappelle tous les coups que des hommes lourds et stupides ont pu m’infliger – le dernier en date étant Big Eddie, mais, avant cela, ça ne m’était pas arrivé depuis très longtemps… J’attrape une de mes lames de ciseaux à ma jarretière, et la lui plante dans la cuisse, en pleine artère fémorale – je sens le sang gicler… Je tourne la lame dans la plaie, la retire, et continue d’avancer vers le piano tandis que mon beau-père se vide de son sang – je sais qu’il va mourir. Ma belle-mère aussi, qui ajoute « assassin ! » dans la litanie de ses insultes…

 

La décoration a de nouveau changé : elle m’évoque maintenant surtout l’appartement de Carol et Abbey. Mais je vois mon fiancé, qui me tourne le dos, en train de jouer du piano – d’une forme très étrange, comme celui de Hippolyte Templesmith. Il ne me voit pas ; je m’avance vers lui avec un grand sourire… mais je sens à nouveau mes cheveux s’amalgamer en tresse à l’arrière de mon crâne – j’essaye de les démêler mais m’y brûle une fois de plus : la mèche tombe et se réfugie sous un meuble… Je m’inquiète de mon allure devant mon fiancé, avec tous ces cheveux que j’ai perdus, mais ai plus que jamais besoin de réconfort – je pose tendrement la main sur son épaule. Il continue de jouer mais tourne la tête vers moi – un froid visage métallique, dont les yeux vides d’expression sont comme des billes, et qui a le numéro 5 gravé sur le front. Il me dit, d’une voix mécanique, froide et monocorde : « Je t’aime. » Je lui réponds que je l’aime aussi. Il poursuit de ce ton détaché et automatique, me demandant si je vais bien ; je lui réponds que oui, je le crois, j’ai enfin fait des choses que je voulais faire depuis longtemps… Il me dit qu’il a peur de ses parents, et je lui réponds qu’ils ne poseront jamais de problème entre nous. De son ton horriblement froid et dénué d’émotion, il me dit enfin qu’il veut me faire des enfants – des enfants qui seront aussi beaux que je suis belle…

 

Quelque chose me gratte au niveau de la cuisse – je passe la main sous ma robe de chambre et y trouve quelque chose de métallique, que je devine être une fermeture éclair ; je tire dessus par réflexe, tandis que « N° 5 » reprend son cycle de répliques atones à partir du début : « Je t’aime », etc. Sous la fermeture éclair, je devine un élégant pantalon noir, et sens dessous des muscles qui s’agitent sans que je leur en aie donné l’ordre. Je me recule, sens la forme d’une main d’homme qui se faufile à travers la fermeture éclair. Je retourne auprès de mes beaux-parents : lui s’est vidé de son sang, je ne vois pas son épouse, mais repère des traces de larmes qui se dirigent vers la porte d’entrée. Je sens de plus en plus la main qui essaye de sortir de la fermeture éclair – j’essaye maintenant de la fermer, violemment ; je sens une douleur, du sang qui goutte… Mais la main s’est faufilée à travers, bientôt suivie par un coude, qui agrandit l’ouverture jusqu’à la naissance de mon bras gauche – et c’est enfin Hippolyte Templesmith entier qui sort de mon corps, je ne suis qu’une enveloppe de peau… Il a un visage ravi, m’empoigne au niveau de la nuque, ouvre mes paupières en grand ; mais je ne peux plus parler – je n’ai plus de cordes vocales… Il me sourit, me dit : « Je vous vois ! » J’essaye de lui planter ma deuxième lame de ciseaux en plein cœur, mais n’y parviens pas ; il s’empare de la lame et la broie dans son poing – peu importe qu’il saigne. Il s’adresse à nouveau à moi : « Vous direz à Patrick que je passerai bientôt le voir, lui aussi… » Mes cheveux continuent de tomber, et se réunissent au pied de Templesmith, comme s’ils le servaient, et forment bientôt comme un anneau rouge. « Réellement, est-ce l’avenir que vous souhaitez ? » Je vois maintenant à ses pieds le cadavre de Johnny « La Brique », sa gorge est tranchée, son bras doit n’est plus qu’une répugnante masse molle et invraisemblablement tordue ; j’entends aussi Moira qui crie, au loin… J’essaye de me reprendre, et gifle Templesmith… ce qui le fait rire. Puis il soupire : « Je me montre créatif pour la forme, mais pourrais simplement me baser sur tout ce que votre espèce a pu inventer en termes de torture – mes préférées sont le pressoir à olives et le baril de méduses ! » Puis il change radicalement de ton, et me hurle qu’il veut récupérer ses parchemins ! Et il m’offre une « mise en bouche » : « Vous vous êtes demandé ce que l’on ressent quand on n’est plus qu’une perception enfermée dans les ténèbres, et hurlant en silence pour toujours ? » Ma perception change, j’ai l’impression d’être une des petites boîtes trouvées chez lui et contenant des cerveaux, et que cette boîte se referme… Il dit qu’il gardera toutefois mes yeux si magnifiques pour sa collection privée (« Peut-être Fran les reconnaitra-t-elle ? Suis-je bête ! Vous le verrez vous-même… »), et me remercie enfin pour m’être débarrassé des parents – ce qui lui fait gagner du temps. Et c’est alors, tandis que ma perception au sein de la boîte devient de plus en plus obscure, que je me réveille en hurlant – tirant tous les habitants de la ferme de leur sommeil…

 

À suivre…

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