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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (13)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (13)

Treizième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Tous les joueurs étaient présents : le bootlegger Clive et la flingueuse Moira n’apparaissent en tant que PJ qu’au tout début, leurs joueurs incarnant désormais Michael Bosworth et un nouveau personnage, la chanteuse Leah McNamara ; les autres PJ sont Dwayne (qui remplace l’homme de main Johnny « La Brique »), le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Clive se trouve au centre de l’astéroïde, entouré par les cadavres d’enfants et de bêtes lunaires – mais s’y trouve aussi celui de Johnny « La Brique »… Il entend des voix étranges, surtout en raison de leur accent bizarre, en provenance des cales du bateau. Il ramasse l’arme d’une bête lunaire, et se dirige vers le bateau (dont le pont est désert). Il remarque des traces de pas félines sur le chemin. Arrivé sur le quai, il monte prudemment à bord du navire, et comprend mieux les voix : ce sont des appels à l’aide. Le bateau est globalement très bien entretenu, notamment ce que Clive suppose être la cabine des bêtes lunaires. Il entend aussi, désormais, des bruits de chaînes agitées nerveusement. Il y a des ornements sur la coque intérieure ainsi que sur le mat : des représentations grossières de scènes de torture, de mutilation, de viol, de meurtre… On trouve des taches de sang séché brunes un peu partout, et une vingtaine de menottes au pied du mat. Clive trouve une écoutille entrouverte ; en y jetant un œil, il voit deux grandes cellules dans la cale, dont les occupants ont l’air vivants pour la plupart : trois humains, plus un cadavre, d’un côté (qui semblent porter des vêtements « médiévaux » ?), de l’autre six individus humanoïdes mais présentant des détails troublants dans leur anatomie, évoquant les satyres (et ils sont davantage enchaînés). Les humains aperçoivent Clive et l’appellent à l’aide…

 

Moira et le gamin Peter se trouvent dans le manoir d’Hippolyte Templesmith. Elle sait que l’homme ayant donné des ordres dans la pièce d’à côté correspond à la description qu’on lui avait faite quand elle avait enquêté sur le Corail d’ébène. Quant aux hommes qui l’entourent, engoncés dans leurs grands manteaux et chapeaux, ils sentent le poisson pourri… Moira et Peter ont tenté de fuir vers la fenêtre, mais se sont gênés dans leur course au point de s’affaler dans le bureau. Ils se relèvent tant bien que mal, et tentent à nouveau de gagner la fenêtre… Peter dépasse Moira, qui a pu lui donner un peu d’élan, et il atteint la fenêtre, tandis qu’elle reste en arrière : un des sbires, le plus vif, l’attrape par l’épaule, après que ses collègues ont repoussé un des leurs qui les gênait dans leur déplacement. Moira essaye de lui donner un coup de pied bien placé… mais il esquive sans même la lâcher. Les autres la rejoignent, et commencent à la ruer de coups, tandis qu’elle crie à Peter de sauter par la fenêtre. Elle finit par s’évanouir… Elle a le temps, toutefois, d’entendre le donneur d’ordres, ravi : « Excellent. » Elle croit aussi voir des objets qui bougent tout seuls, et c’est comme si une créature invisible retenait Peter tentant de franchir la fenêtre, avant de lâcher prise : Peter s’écrase par terre, dehors, et la dernière chose qu’entend Moira est les cris des oies du jardin…

 

À la ferme de Danny O’Bannion, je réveille tout le monde en sursaut en hurlant… Michael se précipite dans ma chambre, armé – même chose pour Patrick. Je cligne des yeux, leur raconte mon cauchemar, avant tout à Patrick ; je suis confuse, parlant de rêve, de visite, de menace, de message (je transmets à Patrick). Michael est plus perplexe encore que Patrick et dit que, menace ou pas menace « psychique », l’état physique de ce dernier est à soigner en priorité de toute façon… Il le tance d’ailleurs un peu pour ses prises de risque à la ferme abandonnée des Tulliver… Je leur dis également que j’ai vu le cadavre de Johnny « La Brique » dans mon cauchemar. Michael est déstabilisé, mais a bien conscience que je n’arbore pas de « masque » à mon habitude, je suis parfaitement sincère, véritablement troublée… Je vérifie régulièrement que j’ai toujours mes cheveux… Un des gardes monte, Michael lui dit que ce n’est rien, il s’en occupe – et je ne suis pas du genre à apprécier qu’on me dorlote trop, il ne faut pas trop en faire avec moi, je pourrais finir par riposter avec un coup de genou bien senti… Le garde s’en va – après avoir signalé que j’ai également réveillé Stanley, particulièrement affolé…

 

Il est environ 6h, et je ne compte certainement pas me rendormir : je vais me préparer un café très corsé. Les ouvriers agricoles, déjà debout, n’osent pas s’adresser à moi – je les inquiète –, mais ils demandent à Michael ce qui s’est passé (ils précisent que j’ai même réveillé Jerry, le simplet de la ferme) ; mais Michael n’épilogue pas… Dwayne nous rejoint vers 7h. Seth arrive lui aussi, un paquet de journaux sous le bras, qu’il dépose dans le salon (j’avais demandé à en avoir régulièrement) ; il nous présente aussi Leah McNamara, une jeune artiste/chanteuse irlandaise (on la connaissait vaguement, sans savoir spécialement qu’elle était liée au milieu – au-delà du fait qu’elle chante dans les speakeasies, du moins), que Danny O’Bannion nous envoie pour compléter notre petit groupe. Elle est joviale, resplendissante, mais peut-être un peu timide ; elle porte des vêtements à la mode, est très élégante ; elle fait penser à une sorte de poupée plantureuse… Michael espère qu’elle n’a pas froid aux yeux, vu ce que nous vivons ; Leah avoue qu’elle ne connaît pas forcément grand-chose en dehors de la scène et de sa maison… Faut-il y voir un message de Danny O’Bannion, préférant plus que jamais qu’on la joue discrètement ? C’est un remplacement inattendu pour la brute Johnny « La Brique » et la flingueuse Moira… Michael est curieux de ma réaction, se demandant si je ne ressens pas une pointe de jalousie pour la jeune femme ; mais, à me voir, je suis plutôt vaguement méprisante et incrédule… Sans me montrer hostile ou méchante toutefois.

 

Michael parle alors de la « boite postale » de Herbert West ; Dwayne lui dit qu’il ferait bien de se montrer plus discret, s’il y a donc une « taupe »…

 

Après quoi Dwayne va voir si on a des nouvelles de Fran et de celui qui l’avait accompagnée en ville – un certain Jamie. Il va se renseigner auprès des ouvriers agricoles, partis dans les champs armés de pelles. Il semblerait qu’ils ne soient pas rentrés. Les ouvriers disent que Jamie ne sera pas payé à rien foutre…

 

Je fais ma revue de presse, pour me changer les idées : je tombe tout d’abord sur une interview de Carol, haineuse et puérile : elle a rejoint avec enthousiasme le camp des adulateurs de Templesmith, et se répand dans la dénonciation de faits gênants me concernant (par exemple, un jour, au collège, où j’étais arrivée saoule de la veille – ce qui est exact –, mais elle rajoute des détails complètement faux et graveleux : je me serais uriné dessus, je ne portais pas de culotte…). On évoque aussi la préparation d’un gala de financement à Boston ; la date n’est pas encore précisée, mais il y a de beaux noms dans la liste des invités, dont les Carlyle (le frère, la sœur, les deux ?), les Petersen, les Hardwicke (en provenance du Pays-de-Galles), le « conseiller municipal » d’Arkham Potrello (mais son rival O’Bannion, lui, n’y figure pas)… On évoque la construction d’une usine de Miska-Tonic ! à Arkham (on loue Hippolyte Templesmith pour cette boisson « légale »)… J’en parle aux autres – sauf pour ce qui concerne Carol…

 

Michael dit que nous devrions peut-être faire notre rapport à O’Bannion concernant la mort de Drexler ; mais Dwayne et moi ne sommes pas si sûrs de sa fin, il ne faudrait pas crier victoire trop tôt… Peut-être faudrait-il voir ce qu’il en est à la ferme abandonnée des Tulliver ? En faisant attention : l’incendie a pu attirer du monde… Dwayne envisage pour sa part de poursuivre ses recherches dans les registres de la mairie, à partir de la liste de noms trouvée chez Hippolyte Templesmith. Patrick se demande s’il ne faudrait pas rédiger un message pour West, et Michael dit qu’il va s’en charger, et essayer d’obtenir un rendez-vous. Il ne cesse cependant de taquiner/draguer lourdement Leah, un peu perdue – il va jusqu’à dire que nous avons croisé de « beaux chiens », qui lui auraient plu (il parle en fait des créatures du cimetière, ce qui ne nous échappe pas : Patrick lui fait les gros yeux tandis que je lève brièvement les miens au ciel…). Quand nous nous demandons si nous devons tous nous entasser dans une seule voiture pour nous rendre à la ferme incendiée, Michael persévère, avançant que Leah est menue ; celle-ci lui demande enfin s’il se moque d’elle…

 

Nous sortons, au moment où arrive une voiture. Un homme en sort, le cou serré dans une minerve et l’air énervé par sa situation : c’est Vinnie, le bras droit de Danny O’Bannion, que celui-ci avait violemment tabassé il y a quelque temps de cela… Il est accompagné d’un petit enfant roux à l’air perdu, les yeux dans le vague, les joues creusées : c’est Peter O’Reilly, qui aurait des choses à nous dire. Il s’avance vers nous, bredouille, confus. Leah se montre gentille et maternelle avec lui, il s’approche instinctivement d’elle, se serrant contre ses jambes – rien de salace, cela donne plutôt l’impression d’une régression à une enfance encore antérieure. Danny lui a dit qu’il devrait nous parler de certaines choses… Michael l’incite à le faire. Le petit, dans un discours très perturbé, évoque ce qu’il a vécu sur « l’astéroïde » (qu’il ne désigne pas ainsi) : il était amoureux de la petite Bridget, qui l’avait mis au défi de la suivre là-bas… Mais ce qu’il a vu sur place ne lui a pas plu, et l’a même bien vite effrayé. Il dit avoir passé deux ou trois jours à se terrer comme un rat dans les sous-sols, s’aménageant des cachettes. Puis il parle de l’arrivée de nos camarades, et de ce qui s’en est suivi, dont le massacre des enfants, et l’arrivée de ceux qu’il appelle des « collègues commerçants de Templesmith ». Quand il évoque Johnny « La Brique », je lui demande, très pressante, de me décrire précisément ce qui lui est arrivé – avançant moi-même des éléments : son trou dans le crâne, son bras flasque, sa gorge tranchée… Peter est surpris par ma réaction, mais confirme tout cela (sauf l’égorgement, il n’a pas fait attention) ; je me tourne vers Patrick et hoche la tête d’un air entendu… Après quoi Peter (qui dit que Moira l’a sauvé ?) ajoute qu’il s’est endormi dans la voiture de Vinnie, en route pour ici ; il avait mal au ventre, et a senti comme un « chat » se poser sur lui… et qui lui a parlé, se présentant comme étant « Radzak » ; le chat a affirmé que Moira lui avait promis de tuer Templesmith ; si elle n’est pas en mesure de le faire, a-t-il ajouté évasivement, alors c’est à nous d’honorer cette promesse – sinon, il y aura des comptes à rendre… Le « chat » a alors donné à Peter un cristal destiné à « l’appeler », et l’enfant nous le montre ; Michael le prend et le garde. Peter est visiblement à bout de force. Il en vient à nous supplier de le laisser rentrer chez ses parents (le fait que je me sois montrée aussi sèche et pressante en a rajouté dans son état) ; il sait que son père va lui filer une rouste pour avoir fugué, mais peu importe… Michael dit à Vinnie de le ramener – le bras droit lui adresse un regard noir, il ne se voit guère en commis… Il s’en va cependant avec Peter.

 

Nous avons une nouvelle voiture. Patrick et moi, recherchés, préférons éviter pour le moment de nous rendre à Arkham, nous pensons donc aller à la ferme abandonnée des Tulliver. Je donne la deuxième clef de l’appartement de French Hill à Michael, à tout hasard ; lui, Dwayne et Leah se rendent donc en ville : ils vont déposer un message à la boîte postale, passer à l’état civil, se renseigner pour ce qui est de la salle d’opération de l’Université Miskatonic…

 

En arrivant à Arkham, ils voient une petite foule, rassemblée autour d’une sorte de tribune, ornée d’affiches « artisanales » en faveur de Hippolyte Templesmith. Il y a aussi deux flics sur place. Dwayne continue à rouler – mais il aperçoit un petit vieux qui, lors d’un précédent contrat, l’avait pris en flagrant délit, l’arme au poing encore fumante, après qu’il avait éliminé un livreur indélicat ; il avait voulu l’abattre également, mais le vieil homme avait pu s’échapper… Or ce témoin gênant le reconnaît lui aussi, et il se met à hurler : « Assassin ! Saleté d’Irlandais ! » La foule se tourne progressivement vers eux, surprise d’abord, puis en colère… Dwayne continue de rouler (lentement, il ne peut pas faire autrement), mais la vitre arrière de la voiture est soudain brisée par une brique jetée par un citoyen en colère – Leah reçoit même des éclats de verre, sans gravité cependant. Et les policiers ne réagissent pas… Dwayne pile, Michael lui dit qu’il pense que ce n’est vraiment pas une bonne idée… Mais Dwayne veut que les flics fassent quelque chose : on a caillassé sa voiture sous leurs yeux et ils n’ont pas réagi ! Il les interpelle… mais repart aussitôt, tandis que le vieux accoste les policiers stupéfaits, voulant visiblement faire un témoignage direct contre Dwayne ; un flic sort un calepin, et note ce que lui dit le vieux….

 

Patrick et moi arrivons aux abords de la ferme des Tulliver vers 9h30, et nous arrêtons à 500 mètres environ de là : nous voyons une voiture de police qui s’en va ; mais restent un homme et une femme sur place, sans uniforme, qui rentrent dans la ferme (entourée de banderoles de police désignant une scène de crime) – nous supposons qu’il s’agit de journalistes, une fourgonnette arborant le logo de la Gazette d’Arkham. Patrick me suggère de m’éloigner, et de trouver un endroit d’où les observer ; je vais me garer dans une ferme en ruine un peu plus loin, d’où nous pourrons surveiller la scène à loisir. Nous entrapercevons de temps à autre des flash lumineux – sans doute prennent-ils des photographies. Ils ne s’en vont qu’au bout d’une heure et demie environ. Je leur laisse cinq minutes de marge, puis me rends à la ferme en voiture. Patrick et moi franchissant les banderoles, non sans remarquer des traces de véhicule – sans doute un gros camion a-t-il été nécessaire pour embarquer tous les cadavres… Ceux-ci ont en effet disparu – y compris le corps de Drexler. Nous trouvons quelques traces de craie çà et là (notamment pour Drexler, justement). Je me rends dans la pièce au-delà de la grande porte de fer – c’est une salle de taille moyenne, creusée à même la terre : on y trouve quelques chaînes, des poteaux fichés dans le sol, quelques colliers aussi – mais très peu nombreux, finalement. Il y a aussi une sorte de bac renversé et brisé, d’où partent des tuyaux s’achevant par des aiguilles, avec des résidus d’un liquide vert et légèrement phosphorescent (qui nous rappelle ce que nous avions vu dans le souterrain « infernal », et aussi les créatures du cimetière). Après quoi je me rends dans le laboratoire, où le matériel médical a été emporté ; il y a quelques traces de passage devant le tunnel d’évacuation, et de fumée au plafond.

 

La plaque d’immatriculation de la voiture de Dwayne a visiblement été notée. Il décide donc de se rendre aux garages Hammer pour y laisser sa voiture, afin de changer la plaque et la vitre arrière, et de modifier la peinture… Michael, Leah et lui se rendent alors en taxi à la boîte postale, pour y déposer le message conçu par Michael : « Les chiens sont tombés, nous souhaitons vous voir au plus vite et obtenir notre os. » Mais, quand ils ouvrent la boîte, s’y trouve déjà un message de West, disant qu’il est prêt à honorer sa promesse, dès qu’on pourra lui fournir une adresse pour l’opération de Patrick, et la confirmation que les « problèmes d’information » ont été « désinfectés »… Il ne laisse pas d’adresse.

 

Dwayne veut retourner à l’état civil. Michael et Leah se décident pour l’Université Miskatonic, afin le cas échéant d’effectuer des recherches dans la bibliothèque, mais d’abord de trouver la salle d’opération.

 

Le taxi dépose d’abord Dwayne, qui croise le fonctionnaire de la veille – lequel n’a cette fois aucune raison de lui faire payer l’accès aux registres… Il cherche des informations concernant Pierce Hawthorne : il s’agit d’un professeur d’histoire et d’anthropologie à l’Université Miskatonic, âgé de 55 ans – c’est a priori quelqu’un de respecté ; Dwayne trouve une adresse dans un quartier bourgeois d’Arkham ; Hawthorne est un vieux célibataire, ses parents sont décédés, on ne lui connaît pour famille que de lointains cousins à New York.

 

Michael et Leah sont à leur tour déposés devant l’Université Miskatonic. L’accès aux parcs est libre, mais on trouve une petite guérite avec un garde devant chaque bâtiment, ainsi qu’aux entrées principales. Leah, qui a 22 ans, se fait passer pour une étudiante ; Michael, un peu plus âgé (la trentaine), envisage d’abord d’incarner son petit ami… mais le contraste entre leurs apparences (Leah est superbe, Michael plutôt laid…) rend leur couple quelque peu improbable, et il décide donc de se faire passer pour un simple ami en visite, venue soutenir la jeune femme dans sa découverte du campus. Ils ont pensé contacter l’étudiant en médecine Lewis Garden, mais celui-ci n’est notoirement disponible qu’en soirée, aussi se dirigent-ils d’eux-mêmes vers le grand bâtiment abritant les amphithéâtres et autres salles de cours.

 

Patrick et moi quittons la ferme des Tulliver – je jette un coup d’œil à la sortie du tunnel d’évacuation, qui est un peu élargie, mais rien d’autre à signaler. Les démangeaisons de Patrick à l’œil droit le reprennent, provoquant une légère migraine et de vagues troubles de la perception. Que faire, maintenant ? Mais à peine nous posons-nous la question que Patrick repère, malgré sa condition, à l’endroit où nous nous étions cachés pour guetter les journalistes, un visage qui s’éclipse derrière une « meurtrière » ; à regarder de plus près, il distingue aussi l’arrière d’une voiture qui dépasse d’un mur en ruine… Il me le signale, et nous nous rendons sur place, en voiture (courir serait bien trop douloureux pour Patrick, toujours affecté par un inconfort dans ses viscères). Je m’arrête à côté d’une Ford T qui vient de démarrer. Deux types en sortent aussitôt, qui profitent du couvert offert par leur véhicule pour sortir leurs armes – ils sont vêtus de grands manteaux, et portent des chapeaux enfoncés sur leur crâne. Patrick et moi sortons de son côté pour nous abriter, et dégainons également nos armes (Patrick n’avait pas emporté la Thompson). Les hommes en planque nous tirent dessus, mais ils ratent, la voiture nous protégeant ; nous sentons une odeur de poisson pourri, qui nous rappelle les marins du Corail d’ébène – ils ont les mêmes yeux globuleux, l’un des deux n’a plus de nez mais une simple arête dotée d’énormes narines. Je tire deux balles à mon tour, mais rate – eux aussi bénéficient d’un abri… Patrick est autrement plus efficace, et parvient à loger une balle en plein cœur dans un des sbires, qui s’écroule d’un seul coup ; il touche aussi l’autre à l’épaule – qui nous insulte alors d’une voix clapoteuse, avec un curieux problème d’élocution laissant supposer des malformations internes… Il tire à son tour, et une balle m’érafle légèrement à la hanche. Je riposte, lui loge une balle en haut du torse, après quoi mon arme s’enraye… Notre cible se terre derrière la voiture ; on entend la portière côté passager qui s’ouvre, et des bruits précipités de fouille. Patrick se rapproche en contournant la voiture ; il entend un gloussement « spongieux » quand le type, après avoir sorti beaucoup de choses inutiles de la voiture… met la main sur une grenade ! Il la dégoupille aussitôt, mais sans relâcher la sécurité. Un gloussement plus sauvage, il prend une grande inspiration, et se jette sur Patrick pour le plaquer au sol. Toutefois, en plein mouvement, sa douleur le fait s’interrompre. J’en profite : je contourne la voiture par l’autre côté, et lui tire dessus – la balle lui traverse la gorge, et il s’effondre… en lâchant la sécurité de la grenade. Je parviens à éviter le souffle de l’explosion sans souci… mais Patrick, déjà submergé par la douleur, n’est pas en mesure de s’éloigner suffisamment ; heureusement, le type adopte un comportement inattendu dans les dernières fractions de seconde de sa vie : il plaque la grenade contre son torse et encaisse l’essentiel du choc – Patrick a le sentiment que c’est comme s’il l’avait « reconnu », s’était souvenu de quelque chose, et avait su qu’il fallait l’épargner… Patrick, en conséquence, n’est donc pas blessé par l’explosion. Je suis pour ma part très perturbée – me rendant bien compte que ça n’est pas passé loin pour lui, et que j’y ai sans doute eu ma part… Notre audition est temporairement affectée par un sifflement. Une fois certaine de ce que Patrick va bien (ou du moins qu’il n’a pas été victime de l’explosion, car d’autres douleurs l’affligent), je prends soin de me calmer, prenant de grandes inspirations, et vais voir ce qu’il reste des cadavres…

 

Dwayne, à l’état civil, fait maintenant des recherches sur Charles Reis : c’est un métis de 33 ans, un gardien de nuit à l’asile d’Arkham (il y est employé depuis sept ans, après avoir achevé ses études à Boston) ; il a disparu il y a trois ou quatre jours de cela ; on lui connaît une tante, Marla Reis, qui vit dans le ghetto afro-américain d’Arkham ; Dwayne note les deux adresses.

 

Michael et Leah pénètrent dans le grand bâtiment abritant les salles de cours. Ils se dirigent vers les salles de recherche de la faculté de Médecine. Il y a un garde à l’entrée, la quarantaine, empâté… Michael et Leah le baratinent sans souci, et entrent dans la section ; les salles qu’ils cherchent sont tout au fond. Mais une femme dans la quarantaine (portant un badge la désignant comme étant Kate) les interpelle, et leur demande où ils vont : elle ne les reconnait pas… Leah dit être une nouvelle étudiante, ce qui surprend Kate : à cette époque de l’année ? Sans se montrer forcément inquisitrice ou hostile, elle lui demande son nom, ajoutant qu’il lui faudra un badge. Michael se présente sous le nom de Dexter Miller, venu accompagner sa camarade ; la femme lui dit que cela ne se passe pas comme ça, et attend que Leah se présente : elle dit être Susan Braugan. Kate trouve bien une Braugan dans la liste des étudiants, mais pas de Susan – une relative ? Leah dit que c’est peut-être une erreur de l’administration, que le prénom est mauvais… Kate appelle une collègue : « Tu connais cette jeune fille ? » Et une troisième collègue approche. Michael dit qu’il doit y avoir eu une erreur… Leah précise qu’elle rejoint le cours aussi tard en raison de problèmes de santé. Kate lui demande le nom de son professeur ; Michael dit que c’est Finch… La femme est de plus en plus méfiante : Finch est en congé maladie… Elle leur dit alors de la suivre à l’administration pour tirer ça au clair… Michael dit qu’il veut bien, mais qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe… Ils la suivent, toutefois ; elle dit au garde de la section (qu’elle appelle Joseph) qu’il lui faut vérifier quelque chose, et qu’elle l’informera s’il y a un problème. Ils sortent du bâtiment, prenant la direction de l’administration. Michael, en chemin, se plaint un peu : « Ce n’est pas dans nos habitudes d’être reçus de cette manière… » Mais Kate insiste sur la rigueur de l’Université, la nécessité d’en suivre strictement les règles. Arrivée au bâtiment, elle interpelle des collègues, leur disant de chercher tout ce qui pourrait concerner une Susan Braugan. Leah fait mine de patienter… Kate leur dit d’attendre pendant que ses collègues poursuivent, et va quant à elle voir son supérieur. Leah tente alors une autre approche : l’erreur est peut-être de son fait… Pourrait-elle avoir un nouveau formulaire d’inscription ? Mais c’est un procédé bien cavalier, et ce n’est pas la période des inscriptions… Leah dit qu’il s’agit seulement de s’inscrire pour le prochain semestre, au cas où ; s’il y a un souci… On lui donne enfin un formulaire (et lui demande de régler 5$ de frais de dossier). Michael et Leah entendent parler dans le bureau du supérieur. Michael dit qu’il comprend ces difficultés, mais avec un air déçu… Il veut maintenant s’en aller – mais les fonctionnaires protestent : Kate leur a dit d’attendre ! Michael dit vouloir aller voir ce qu’il en est à la bibliothèque, supposant qu’il faudra y accomplir d’autres formalités, du coup… Les collègues de Kate trouvent visiblement ça très louche, mais Michael et Leah s’en vont néanmoins – mais pas pour se rendre à la bibliothèque : ils s’empressent de quitter le campus, et retournent aux garages Hammer pour y attendre Dwayne…

 

Je vais voir ce qui reste des cadavres ; je trouve diverses choses : 10$, un cran d’arrêt, un couteau de chasse, un carton vide de Miska-Tonic !, des tabloïds divers, une revue pornographique vendue sous le manteau… Pas de papiers. En écartant leurs vêtements pour les fouiller, je vois leur corps difforme et d’une texture étrange – évoquant plus des écailles que de la peau, un tissu squameux, abrasif, rêche ; leurs chaussures sont d’une taille spéciale (au moins du 50, et prévues pour de gros orteils) ; le bas du corps du cadavre le mieux conservé a quelque chose de marin, tandis que ce qui est au-dessus est plus humain. Celui qui s’est fait sauter présente pour sa part une dichotomie entre la gauche et la droite – sa peau est bleutée et pâle d’un côté. Sur lui, je trouve un plan grossièrement dessiné au crayon, figurant les champs aux alentours d’Arkham ; une croix y désigne la ferme des Tulliver, tandis qu’un rond englobe la direction de la ferme de Danny O’Bannion (mais elle n’est pas localisée précisément ; il y a plusieurs points d’interrogation en périphérie). Je montre tout ça à Patrick, en prenant soin de le préparer au peu ragoûtant spectacle… Je fouille alors la voiture, y trouvant des chargeurs de .38 et de .45, ainsi que des cannettes de Miska-Tonic !. Patrick me dit qu’il pense que ces types ne sont pas liés à Hippolyte Templesmith, mais je n’en suis pas si sûre ; je me demande même, à reculons et sans trop savoir moi-même ce que j’avance, si les désagréments internes de Patrick ne seraient pas la cause de la réaction incompréhensible de son assaillant – est-ce qu’ils ne l’auraient pas changé à leurs yeux ? Patrick n’est pas convaincu : c’est interne, comment pourraient-ils le savoir ? Je n’en sais rien…

 

Je me demande alors si ramener la voiture et les corps à la ferme de Danny O’Bannion ne pourrait pas nous aider à débusquer la « taupe » – peut-être quelqu’un aura-t-il une réaction particulière à cette découverte ? Nous manquons de pistes… Patrick veut bien tenter le coup. Je rentre avec la voiture qu’on nous a prêtée, tandis que Patrick conduit la Ford T, les cadavres dans le coffre. Arrivée à la ferme, je prends bien soin de guetter les réactions de chacun. Un des gardes – Cagney – nous approche, intrigué par l’odeur, qui lui fait penser, à ce qu’il nous dit, à une virée dans la région d’Innsmouth qu’il avait faite il y a quelque temps de cela… Lui et ses deux collègues (Eric et Mathias) sont viscéralement écœurés quand ils voient les cadavres dans le coffre. Que faut-il faire des corps ? Faut-il les faire disparaître ? Je demande s’il n’y aurait pas une chambre froide à la ferme, mais ils n’en savent rien ; il faudrait demander aux ouvriers agricoles… Patrick suggère de faire venir ces derniers et de leur montrer les corps. Cagney, narquois, comprend très vite que nous cherchons à identifier une « taupe »… ce qui ne manque pas de l’inquiéter : il veut en savoir davantage, pour remplir au mieux sa mission de sécurité. Je comprends, à son attitude, que O’Bannion leur a dit de nous laisser gérer les « trucs bizarres », et de s’assurer pour leur part de la sécurité de manière plus « traditionnelle ». Mais cette situation le met mal à l’aise – il adresse çà et là des regards nerveux… Quand on a commencé à parler par allusions de la possibilité d’une « taupe », j’ai même relevé chez lui un regard assez antipathique… À côté de lui, Mathias, joufflu et un peu benêt, contemple ses pieds, l’air de réfléchir avec difficulté… Le troisième garde, Eric, se plaint de l’odeur, et dit qu’on serait fous de ramener les paysans voir ça. Mathias demande alors si nous avons des preuves qu’il y a une « taupe » ; je lui demande si lui en a ; il s’en offusque, comprenant que c’est une suspicion… Mais, à bien l’observer, il me paraît trop bête pour remplir ce rôle. Cagney, clairement, ne me revient pas, mais je ne peux rien en déduire. Quant à Eric, c’est quelqu’un qui suit les ordres et la hiérarchie, qui veut bien faire les choses sans prendre de risques. Patrick a en gros la même image de Mathias et Cagney, mais Eric lui paraît bien trop lèche-bottes, au point d’en être suspect – il disait vouloir téléphoner à O’Bannion, mais n’était-ce pas un prétexte pour s’éclipser et éventuellement communiquer avec quelqu’un d’autre ? Patrick leur dit d’aller rassembler les ouvriers agricoles. Eric va cependant téléphoner à O’Bannion, comme il l’avait dit. Patrick et Cagney échangent des mots violents, en parlant de « coopération »… Puis Cagney va prendre le guet devant la route de la ferme, en adressant des regards méchants à Patrick. Je m’éloigne de mon côté pour épier Eric au téléphone. J’entends ses répliques : « Seth est là ? Big Eddie ? Pas Vinnie ? » Il semble obtenir enfin ce dernier : il lui dit qu’on aurait une « taupe », et qu’il ne sait pas quoi faire, et s’il faut nous croire – il demande des instructions ; après quoi il acquiesce à quelques réponses, et raccroche enfin, sans s’attarder dans la salle. Patrick, qui tourne le dos à Cagney, s’avance dans ma direction tandis qu’Eric sort de la ferme. Lui aussi s’offusque de ce qu’on semble le soupçonner : on ne lui fait pas confiance ? C’est un type réglo, qui fait juste son job… L’ambiance est assurément pesante.

 

Mathias revient avec les ouvriers agricoles, curieux de ce qu’on les appelle. Patrick dit à Eric de surveiller les cadavres, et me rejoint – mais il s’interrompt en chemin : il a une vision…

 

Mais j’entends exactement au même moment des vomissements à l’étage, et m’y rends : c’est Fran, visiblement en train de cuver… Je lui dis que je suppose qu’elle a passé une nuit agitée ; c’est bien le cas, elle a la migraine et me dit de parler moins fort… Elle dit s’être bien amusée – mais je perçois un fond de tristesse inavouée… Elle s’excuse de son comportement ; je lui dis que ce n’est pas à moi de la juger, mais qu’il vaudrait sans doute mieux que ça ne se reproduise pas trop souvent – pour elle… Fran me remercie de ma gentillesse, et va se reposer, promettant d’être fraîche et disponible pour la soirée, quoi qu’on compte faire.

 

Puis j’entends Patrick crier : « Non ! » Je redescends précipitamment. Patrick me dit qu’il vient de voir Moira sur une table de dissection, et un scalpel qui s’approchait d’elle… Je suis troublée par cette vision – j’ai tendance à croire Patrick après mon cauchemar… Mais je dois m’occuper des ouvriers : à la réflexion, je préfère qu’ils ne voient pas les cadavres… Je leur dis que c’est bon, qu’il me faudrait seulement savoir s’il y a une chambre froide. C’est bien le cas, mais ils me disent aussitôt qu’avec cette odeur atroce, ça va tout gâcher ! J’essaye d’étudier leurs réactions, mais rien de suspect a priori. Je leur dis de disposer et ils s’en vont, pour partie perplexes, certains visiblement un peu courroucés…

 

Dwayne, Michael et Leah rentrent à leur tour. Ils ressentent bien la tension qui affecte tout le monde à la ferme…

 

Nous discutons en privé de l’identité possible de la « taupe ». Michael aurait plutôt tendance à suspecter, en dehors de la ferme, quelqu’un qui nous connaîtrait bien : surtout Seth, messager au courant de tout, mais peut-être aussi Big Eddie, qui a clairement une dent contre Patrick et moi ? À ce compte-là, je dis que Vinnie aussi pourrait être suspect, lui a des raisons d’en vouloir à O’Bannion… Mais Dwayne et moi, globalement, penchons plutôt pour quelqu’un de la ferme : après tout, nous nous étions décidés au dernier moment pour aller voir le docteur East, et a priori personne d’extérieur ne pouvait le savoir… Dwayne suggère de tendre un piège afin de débusquer la « taupe », en donnant une fausse information pour voir qui va la transmettre. Par ailleurs, peut-être Elaine pourrait-elle nous renseigner, elle qui voit avec qui Hippolyte Templesmith s’entretient ? Hypothèse guère discutée cependant.

 

Harry descend nous rejoindre, il dit qu’il aurait besoin de me parler ; je lui suggère de le faire en public… Stanley lui a dit, en se pissant dessus, qu’il aurait besoin de « détente », ce qui le fait beaucoup rire… Je lui dis que je vais voir ça avec lui. Harry me donne alors les derniers travaux de Stanley, et je me mets à les étudier avant de monter le retrouver.

 

Patrick ressent de nouveau son trouble à l’œil, provoquant la même migraine – et une vision, du souterrain « infernal », reconnaissable avec ses cages, ses mutilés, ses peaux écorchées… Mais il voit aussi, cette fois, la silhouette de Templesmith, de dos, habillé très soigneusement, et qui danse avec élégance ; il se retourne subitement… mais son visage est celui de « La Brique », qui lui adresse un sourire et un clin d’œil ! Patrick hurle : « Salopard ! Salopard ! » Michael lui demande, interloqué, si ça va, et Patrick lui répond avoir eu une autre vision « infernale »… Il se calme un peu, puis dit qu’il faut à tout prix retourner chez Templesmith, chercher Moira et liquider ce type ! Michael lui dit qu’il n’est pas en état, que ce ne serait pas sage – il faut d’abord l’opérer… Mais Patrick se sait condamné : si l’opération n’a pas lieu bientôt, il y ira – et seul s’il le faut…

 

Michael continue de s’interroger sur la « taupe »… et avance qu’il suspecte aussi Fran. Je prends tout d’abord sa défense, mais quand Michael me demande si nous sommes bien certains qu’elle nous a dit la vérité, le fait est que je ne sais pas quoi lui répondre – et je suppose enfin qu’on ne peut pas exclure cette possibilité. Pour Patrick, c’est impossible, et cette suspicion le choque profondément – il se souvient du père de Fran, qu’il avait fallu achever… J’avance timidement que je n’y crois pas trop, notamment en raison de son rapport à Otto quand nous sommes retournés à Boston, et de la visite que le garagiste a ensuite subie… Mais je suis perplexe.

 

Je décide de me replonger dans les trouvailles de Stanley sur Magie véritable : le chasseur de sorcières y évoque sa rencontre avec Goody Fowler quand il arrive à Arkham ; Stanley mentionne de longs passages sentimentaux, montrant que l’auteur avait été séduit par la sorcière… Elle lui aurait proposé de participer à un rituel d’ « échange » avec des êtres supérieurs, permettant d’atteindre une forme de transcendance ; le chasseur de sorcières a refusé, mais à regrets… Et il a retranscrit l’intégralité du rituel permettant d’entrer en contact avec les « ailes savantes » : il faut le faire dans un endroit où il y a beaucoup de métal, et y psalmodier des mots difficiles à rendre en anglais, en employant des aimants frottés et posés sur front ; plus il y en a, plus on en retire de « vérités » du contact, des « révélations », ou l’opportunité de « voyages inattendus »…

 

Vinnie arrive à la ferme, semble-t-il un peu moins énervé que tout à l’heure – mais c’est son état qui l’affecte, il ne nous fait pas forcément la gueule. Il pose un papier avec un stylo sur la table autour de laquelle nous sommes assis. Danny veut les noms des suspects pour la « taupe » – et les raisons de le croire. Nous comprenons qu’il nous faut y inscrire quelque chose, sinon O’Bannion risque de mal le prendre… Vinnie va se faire un café, et veut la réponse quand il reviendra. Nous expliquons nos raisons de croire qu’il y a une « taupe », et supposons enfin qu’elle se trouve à la ferme, mais nous ne pouvons pas donner véritablement de noms pour le moment…

 

Dwayne entend alors quelqu’un qui parle au téléphone du salon de la partie de la ferme réservée aux ouvriers agricoles ; moi aussi, et je reconnais la voix de Cagney : « Sont tarés, j’vous jure… OK, demain à l’Université. Quelle heure ? N’oublie pas ce dont on avait parlé. » Cagney note un rendez-vous et raccroche. Je le dis aux autres. Dwayne attend que Cagney s’en aille, et va au téléphone – il rappelle l’opératrice afin d’identifier le dernier correspondant ; c’est un numéro à l’Université Miskatonic, ne renvoyant à aucun nom spécifique, et simplement désigné par le numéro « 3 ». Dwayne demande à être mis en communication. Après huit sonneries, quelqu’un décroche – une voix jeune et féminine… Il demande à qui il a l’honneur de parler – et la femme lui répond que c’est une cabine publique de l’Université…

 

Je monte voir Stanley. Je le taquine cruellement sur la « détente » dont il a besoin, faisant l’innocente, comme si je ne comprenais pas ce qu’il veut dire par là… Ce qui le fait rougir et le met très mal à l’aise – je lui fais peut-être même plus peur que Harry, désormais… Il finit par lâcher qu’il fréquente des prostituées aux Lilas ; je poursuis mon petit jeu, disant qu’il a des goûts de luxe, et avançant que sa maman n’est probablement pas au courant… Je lui demande s’il a une préférence particulière, et il nomme enfin une certaine Jasmine, une prostituée métisse. « Exotique. C’est intéressant… » Je le quitte en lui donnant de petites tapes amicales à la joue – il se sent profondément humilié… Mais je compte bien lui procurer sa Jasmine et en parle à Harry.

 

Michael, en bas, déchiffre les empreintes dans le calepin du téléphone : il peut comprendre ce qu’a noté Cagney : « Demain 8h, dortoir 3B. » Puis le téléphone sonne ; Dwayne, toujours là, décroche ; la voix féminine et jeune est cette fois un brin outrée ; elle demande : « Oui ? Vous êtes qui ? Cagney est là ? » Dwayne dit qu’il va le chercher… et essaye de se faire passer pour lui. Mais la femme lui dit alors : « T’as fait le coup à combien de personnes ? Je suis pas la seule, c’est ça ? Tu peux m’oublier, demain ! Salopard ! » Et elle raccroche.

 

Nous évoquons nos pistes : il faudrait donc rendre une visite à Tina Perkins, comme prévu ; nous avons aussi les adresses concernant Charles Reis (dont nous avons aussi les notes, trouvées par Patrick dans le souterrain « infernal ») ainsi que Pierce Hawthorne. Par ailleurs, les noms de Mortimer Campbell et Kristen Johnson n’ont pas fait l’objet de recherches dans les registres. Sans doute aussi faudrait-il fouiller les archives des journaux ?

 

Je redoute de me rendre à Arkham… Mais, au cas où, je prends soin de me grimer pour avoir l’air très différente de ce que je suis en temps normal, moins élégante, portant des vêtements plus simples, avec une perruque noire à frange, et un maquillage plus vulgaire…

 

Nous décidons de mettre en place un leurre. Dwayne part avant nous pour surveiller la route. Patrick joue alors le malade, et s’écroule par terre. Michael lui donne des petites claques pour essayer de le « réveiller ». Nous entendons un pas lourd du côté du réfectoire, non loin ; Jerry le simplet en sort, avec un bandage à l’avant-bras gauche. « Problème ? » Michael dit qu’il va falloir emmener Patrick chez le médecin… Harry descend, demande si nous nous en chargeons. Michael lui dit que nous allons voir le docteur East. Leah joue la comédie pour amplifier la mise en scène. Je viens aider Michael pour monter Patrick dans la voiture…

 

Mais Dwayne, qui s’est éloigné de la ferme, voit bientôt une voiture qui fonce dans sa direction. Il tourne pour l’éviter, mais la voiture – sans conducteur ! – bifurque pour l’emboutir… Il klaxonne.

 

Nous voyons alors la silhouette de Cagney qui se précipite vers nous ; il dit qu’il a entendu un klaxon et qu’il a vu dans ses jumelles une voiture avancer à toute vitesse vers la ferme. Il gueule : « Eric ! Mathias ! À vos postes ! » Et il sort son arme. Michael met notre voiture en travers de la route pour faire barrage. Eric et Mathias arrivent, armés de Thompson. Patrick, à ce stade, arrête de faire l’inconscient… Harry descend à son tour.

 

La voiture, d’allure renforcée, cherche clairement à défoncer celle de Dwayne. Il tente donc de l’esquiver en passant dans le chemin trop rapidement pour être intercepté… mais rate, et l’autre véhicule lui rentre dedans de plein fouet – Dwayne s’en sort quand même bien pour ce qui est des blessures… mais son front heurte le pare-brise et il s’évanouit. L’autre voiture repousse alors celle de Dwayne et poursuit sa route vers la ferme à toute vitesse.

 

On voit qu’il n’y a personne au volant, mais il y a une petite boîte au-dessus du tableau de bord… Nous nous sommes tous écartés du chemin, et notre voiture est disposée en travers ; le véhicule-bélier lui rentre dedans de plein fouet et explose aussitôt, repoussant l’autre, qui fait plusieurs tonneaux en arrière et prend feu – elle ne va pas tarder à exploser à son tour. Michael et moi avons cependant distingué une silhouette massive sauter du siège arrière dans les hautes herbes (ce n’est pas la même carrure que Drexler – quelqu’un de costaud, entre 1m80 et 2m, bardé d’objets métalliques). Je le signale aux autres, et dis à Cagney d’aller jeter un œil. Eric et Mathias le suivent, très professionnels. Nous voyons alors la silhouette se lever… et nous reconnaissons le corps de Johnny « La Brique ». Dans sa main droite, il tient une Thompson, et dans la gauche une grande hache. Mais ce n’est pas la tête de Johnny… C’est celle de Moira, greffée sur le corps de « La Brique » ! Les gardes lui tirent tous dessus, en pleine tête – celle-ci ne tarde pas à se détacher et à tomber ; mais le corps de « La Brique », toujours animé, se met face à Cagney et fait feu… Le garde se fait littéralement déchirer, et tombe dans un immonde gargouillis…

 

À suivre…

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