Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Madame de Sade, de Yukio Mishima

Publié le par Nébal

Madame de Sade, de Yukio Mishima

MISHIMA Yukio, Madame de Sade, [Sado kôshaku fujin], version française d’André Pieyre de Mandiargues, établie d’après la traduction littérale effectuée à partir du texte original japonais par Nobutaka Miura, postface de l’auteur, Paris, Gallimard, coll. Du monde entier, série Théâtre, [1969, 1976] 2001, 133 p.

 

Pas tous les jours que je lis et chronique du théâtre, moi… Mais cette rencontre incongrue entre Sade et Mishima ne pouvait qu’attiser ma curiosité. En fait, cela faisait un moment que je souhaitais y jeter un œil – sans doute depuis ma première frénésie japonaise, qui m’avait amené à lire notamment Le Pavillon d’or (à n’en pas douter, il faudrait que je le relise…) et quelques autres textes de l’auteur (qu’il faudrait que je relise tout autant…) ; l’occasion ne s’était pas présentée, cependant, et je découvre donc ce texte maintenant seulement.

 

LE SUJET

 

La pièce a été composée par Mishima en 1969, suite à la lecture de La Vie du Marquis de Sade, de Shibusawa Tatsuhiko (il s’en explique en postface). Au-delà de la personnalité aussi trouble que fascinante du Divin Marquis, Mishima en avait conçu un profond étonnement concernant l’attitude à son égard de son épouse, Renée-Pélagie de Sade.

 

Il est vrai que c’est là un beau sujet littéraire, qui ressortira de toute biographie ou presque, quand bien même le personnage ne serait entraperçu que par la bande – j’en avais moi-même retiré cette impression, notamment, en lisant la biographie de Maurice Lever, après tout. Car il y a bien là une psychologie profondément complexe – et dès lors humaine.

 

On sait que la pauvre Madame de Sade a considérablement souffert du comportement de son époux : celui-ci, membre d’une vielle famille de la noblesse d’épée, avait été acculé à cette alliance avec une famille de la noblesse de robe – dès lors parvenue – pour de pures et viles raisons financières, ce qui n’a sans doute rien d’exceptionnel, c’était même peu ou prou l’usage… Mais il vouait une haine à l’état pur à l’encontre notamment de sa belle-mère, Madame de Montreuil, qui le lui rendait bien – à moins que ce soit prendre les choses à l’envers… Renée-Pélagie, quoi qu’il en soit, était le jouet des caprices du marquis, et il l’a humiliée, d’une manière ou d’une autre, plus qu’à son tour – que ce soit par ses tromperies innombrables, ou simplement la satisfaction de ses désirs charnels, ou encore, tandis que le marquis engrossait en prison, en en faisant la cible de violentes lettres où la paranoïa et la haine accablaient horriblement la pauvre créature ; ces lettres alternaient toutefois avec d’autres bien plus respectueuses, voire aimables, voire aimantes…

 

Mais, au fond, cela ne changeait rien pour la digne épouse : quel que fut son époux, quels que furent ses crimes, elle ne lui en a pas moins témoigné, tout au long de ses soucis judiciaires et de ses emprisonnements sous l’Ancien Régime, une fidélité absolue et de tous les instants.

 

Par contre, quand la Révolution éclata, qui devait amener à la libération temporaire du fauteur de troubles (mais il ne tarderait guère à retourner en prison, et à risquer de nouveau sa tête…), elle refusa de vivre à ses côtés – de même que ses enfants ; je crois me souvenir qu’elle avait fait usage de la législation tout juste adoptée, et guère catholique, libéralisant le divorce, avant d’émigrer ? Ce n’est pas tout à fait ce qui se produit ici.

 

Mais, quoi qu’il en soit, il y a là une tension entre deux attitudes que l’on pourrait supposer contradictoires, mais qui n’en font que rendre le personnage d’autant plus intéressant.

 

LES CHOIX NARRATIFS DE MISHIMA

 

D’où la pièce de Mishima, qui, au-delà de la bizarrerie de cet auteur japonais traitant d’un sujet français à destination de comédiens et de spectateurs japonais d’abord, vaut notamment pour son approche « féminine » de Sade. Tous les personnages sont en effet des femmes : Renée de Sade, donc, sa mère Madame de Montreuil, sa sœur Anne-Prospère de Launay, sont trois personnages « authentiques » (quand bien même Mishima n’avait pas ici vocation d’historien, et a pu tordre les faits – il l’assume pleinement, et à bon droit ; on relève quand même une certaine documentation, tout n’est pas ici le produit de ses propres fantasmes) ; il faut y ajouter trois personnages inventés, la baronne de Simiane et la comtesse de Saint-Fond, comme les deux revers d’une même pièce (j’y reviens), et la discrète Charlotte, servante de Madame de Montreuil après l’avoir été de la comtesse, incarnant un point de vue populaire caractérisé d’abord par l’effacement, mais que la Révolution tend à rendre plus hardie… Sade lui-même n’apparaît pas – tout au plus l’annonce-t-on à la fin, sans qu’il monte sur scène ; mais il est bien l’objet de toutes les conversations, le centre unique autour duquel gravitent les six femmes.

 

La pièce emploie un unique décor, qui est un salon chez Madame de Montreuil, à Paris. L’unité de lieu est respectée, mais pas l’unité de temps : si l’on revient toujours à ce décor, c’est au fil d’une longue période – le premier acte a lieu à l’automne 1772, juste après « l’affaire de Marseille » qui fournit le prétexte de la pièce ; le deuxième acte a lieu à la fin de l’été 1778 ; le troisième, enfin, se tient au printemps 1790, alors que l’Ancien Régime s’écroule devant une Révolution qui est loin d’avoir encore acquis toute sa mesure.

 

La pièce, par ailleurs, se veut anti-spectaculaire – dans sa brève postface, Mishima lui-même dit que l’exotisme des costumes devrait bien suffire… Il a délibérément conçu sa pièce comme un exercice oratoire, ou intellectuel : les mouvements sont limités, il s’agit pour l’essentiel de personnages qui débattent, voire dissertent – dimension qui rejoint peut-être l’art de Sade doublement, son goût des « tableaux vivants », et les longues et outrancières dissertations philosophiques si caractéristiques de ses romans, et notamment des plus pornographiques… C’est à vrai dire une approche tout à fait bienvenue, notamment dans l’ultime acte, où se dessine une dimension absente jusqu’alors – celle du Sade écrivain, dans une sorte de révélation tenant du tableau cauchemardesque autant que séduisant…

 

Je note enfin une particularité chromatique – la référence perpétuelle au rouge, avec toutes ses connotations ; sans doute y a-t-il aussi du blanc, associé à la lumière divine mais pas seulement, et du noir en contraste, mais je ne sais absolument pas ce qu’il faut en déduire, s’il faut en déduire quelque chose…

 

« L’AFFAIRE DE MARSEILLE » ET SES CONSÉQUENCES

 

La pièce s’ouvre au lendemain de « l’affaire de Marseille », décisive dans les ennuis judicaires du Divin Marquis. Certes, il n’en était pas à ses premières frasques – et il faut au moins mentionner le fâcheux précédent de « l’affaire d’Arcueil », rapidement évoquée ici ; les deux, d’ailleurs, témoignent autant des crimes réels du marquis que de la magnifique matière à fantasmes que sa vie dissolue suscitait déjà à l’époque, auprès d’un public avide de scabreux (voyez les accusations de vivisection sur la pauvre Rose Keller, où les rapports délirants sur l’orgie homicide de Marseille, avec ces fous furieux enivrés et empoisonnées qui se tuent à tours de bras…).

 

Quoi qu’il en soit, les pastilles de cantharide données par le marquis aux six compagnes de ses vices qu’avait choisies pour lui et pour une nuit son valet Latour ont eu un effet sans doute non désiré : Sade, qui connaissait leur réputation aphrodisiaque, et en attendait peut-être encore davantage de ces vents qui faisaient ses délices, n’avait probablement pas l’intention d’empoisonner les prostituées, mais la surdose leur a été très douloureuse, et on n’a guère tarder à accuser le marquis d’avoir voulu les tuer…

 

Sade fuit en Italie avec son valet, mais aussi tant qu’à faire avec Anne-Prospère de Launay, personnage de la pièce, qui avait le bon goût d’être tout à la fois chanoinesse et sa propre belle-sœur…

 

En son absence, le Parlement de Provence le condamne à la peine de mort par décapitation – et le brûle en effigie ainsi que Latour. De cela, en Italie, notamment à Venise, Sade se moque bien – son séjour avec Anne-Prospère, qui a lui aussi atteint des proportions mythiques, a parfois été présenté comme l’amour de sa vie…

 

Revenu en France, toutefois, il risque sa tête. Mais il est soustrait à l’application de la sentence du Parlement de Provence par une de ces lettres de cachet, qui deviendront bientôt l’exemple suprême de l’arbitraire royal, mais qui étaient susceptibles alors de nombreuses applications, tout particulièrement dans ces affaires de mœurs impliquant la noblesse, et souvent à la demande même des familles des détenus ; et, en l’espèce, en l’emprisonnant, on lui a sauvé la vie…

 

Par contre, c’est bien ainsi que Sade entame sa vie carcérale – il aura le douteux privilège, dans cette période confuse, d’être pensionnaire des geôles des trois régimes qui se succèdent rapidement, l’Ancien Régime, la Révolution, enfin l’Empire…

 

LE RÉCIT DE LA COMTESSE

 

Mais nous n’en sommes pas encore là. Quand la pièce débute, Sade est en Italie, à distance de la loi française ; mais « l’affaire de Marseille » est encore toute chaude, et fait les délices des amateurs de ragots scabreux.

 

Rien d’étonnant, sans doute, si la pièce s’ouvre sur le récit, par la comtesse de Saint-Fond, des abominations commises par ce Donatien qu’elle apprécie tant – lui qui était un si charmant enfant, avec ses belles boucles blondes…

 

La comtesse est armée d’une cravache d’équitation, qu’elle agite avant même de prononcer le moindre mot (on peut redouter un Sade à la façon du Grand-Guignol, mais la pièce se montre bien vite plus subtile, si l’auteur s’amuse sans doute quelque peu ici…) ; elle-même d’une vilaine réputation, et qui assume volontiers sa vie dissolue, elle se réjouit sans doute d’autant plus de la présence à ses côtés de la bigote baronne de Simiane – laquelle écoutera bien son récit, quand bien même elle lui ordonne de se boucher les oreilles : en cela, la baronne incarne bien toute une hypocrisie d’essence religieuse, qui blâme vertueusement mais prête l’oreille aux méfaits avec une fascination passablement perverse…

 

L’ORDRE ET LA RÉPUTATION

 

Les deux femmes ont été convoquées par Madame de Montreuil, mère de la pauvre Renée – laquelle fait cependant une apparition surprise, ayant tout juste gagné Paris depuis son château de La Coste tristement désert…

 

L’ambiguïté de Renée ne tarde guère à se révéler – on la devine complice de la fuite du marquis son époux… Et cette connivence changera sans doute l’attitude de Madame de Montreuil : la parlementaire avait requis l’aide de la comtesse et de la baronne afin que chacune, à sa manière on ne peut plus distincte, intervienne pour préserver, sinon la vie de ce gendre qu’elle feint parfois d’aimer mais qu’elle déteste bien plus probablement, du moins la réputation de la maison.

 

La réputation est sans doute ce qui compte le plus à ses yeux : en tant que telle, elle incarne la société, l’ordre moral qui va avec, l’hypocrisie qui lui est inhérente. En cela, peut-être y a-t-il quelque chose de japonais dans le personnage ; je lis en parallèle Le Chrysanthème et le Sabre, de Ruth Benedict, et l’anthropologue me paraît toucher quelque chose d’essentiel quand elle signifie les conséquences éventuellement opposées, en tout cas bien différemment fondées, de la culture de la culpabilité et de la culture de la honte… Disons, plus exactement, que son comportement a quelque chose de cohérent dans les deux cultures, exceptionnellement peut-être.

 

Quoi qu’il en soit, c’est bien sa fille qui a quelque chose d’incompréhensible dans sa démarche : pourquoi protège-t-elle donc ce mari qui l’humilie sans cesse ? C’est bien cette psychologie complexe qui est au cœur de la pièce. Et sans doute justifie-t-elle dès lors les manipulations de la fourbe Madame de Montreuil, qui, pour afficher sa décence avant tout, n’a rien à envier à une Madame de Merteuil… Au prétexte du bonheur de sa fille, elle n’entend après tout que défendre son image ; à moins que, dans son esprit, ce ne soit la même chose ?

 

LE RETOURNEMENT

 

La suite sera donc tout autant une affaire de rivalités – de Renée contre Anne-Prospère, et la jalousie y a sa part, de Renée contre sa mère surtout. Mais, les années passant, le rapport à Sade et à ses crimes évolue. C’est sans doute là que réside une des forces essentielles de la pièce, qui sait inscrire dans son récit une cohérence évolutive, où la psychologie des personnages demeure intègre dans un monde qui bouge, et qui de ce seul fait change la donne.

 

Au troisième acte, Renée apparaît vieillie. La nouvelle de la proche libération de son époux, qu’elle a si souvent tenté d’obtenir en vain depuis sa première incarcération, et éventuellement en dépit des manœuvres de sa mère, ne la laisse pas indifférente, mais elle ne peut l’envisager de la même manière qu’auparavant. Elle est consciente d’un changement – chez elle, chez son époux, dans la France entière.

 

Elle est surtout rattrapée en définitive par la baronne de Simiane – la comtesse de Saint-Fond a quant à elle péri dans l’agitation populaire, alors qu’elle avait revêtu les atours d’une prostituée pour satisfaire à ses désirs envahissants et à leur vilénie affichée : on en a fait une sainte putain de la Révolution en marche… La baronne est-elle victorieuse par défaut ? Elle a en tout cas peut-être transcendé sa bigoterie – à moins qu’il ne s’agisse que d’accepter une évolution fatidique ? Toujours est-il qu’elle est rentrée dans les ordres, et incite Madame de Sade à faire de même – laquelle y semble résolue (ici, je crois qu’il y a une entorse à l’histoire ? Il me semble que Renée-Pélagie s’était contentée d’obtenir le divorce, puis d’émigrer avec sa famille et ses enfants…).

 

Sa mère, plus que jamais à cheval sur les conventions, s’inquiète de ce choix de se retirer du monde – elle en vient même, maintenant, à recommander à sa fille de rester avec son époux, quand elle l’avait en vain intimée de se séparer de lui au long de toutes ces années ! La situation est donc soudainement inversée.

 

Mais sans doute les arrière-pensées y sont-elles pour quelque chose ? Madame de Montreuil, toujours à tirer des ficelles, redoute que l’alliance avec les Sade, et indirectement avec la famille royale, s’avère périlleuse en ces temps troublés… Mais on lui a dit que Donatien avait quelques connaissances dans le nouveau régime, et peut-être pourrait-il les en faire profiter ? On l’a dit intime de Mirabeau, lui-même incarcéré pour des motifs assez proches… Il se seraient disputés, en fait – mais n’est-ce pas là preuve d’intimité ?

 

L’APOCALYPSE DE L’ÉCRIVAIN

 

Le point de vue de Renée est tout autre – elle n’en est plus là. C’est qu’elle, sinon les autres et notamment sa mère, a perçu le changement chez Sade, enfin – produisant une lumière éblouissante, autant que la lumière divine dont la baronne lui assure qu’elle est la seule concevable.

 

C’est que le Divin Marquis s’est fait écrivain, et qu’elle a lu sa Justine – en fait, sauf erreur, Sade n’avait pas encore écrit ce roman, son plus célèbre ; peut-être faut-il y voir son premier état, Les Infortunes de la vertu ? Celui-ci, par contre, était bien rédigé alors. C’est sans doute de peu d’importance – encore une fois, Mishima n’est pas historien. Le thème de Justine est suffisamment fort et en rapport avec les déboires de Renée pour qu’on y fasse référence de préférence à tout autre texte qui aurait été plus historique – ce qui inclut Les Cent Vingt Journées de Sodome.

 

Renée en retire en tout cas une révélation qui pourrait bien avoir la force irrépressible d’une apocalypse, dans tous les sens du terme (pp. 124-125) :

 

« À force de se concentrer en pensée et d'écrire page sur page, Donatien, dans sa prison, a fini par m'enfermer dans un récit. C'est nous, ceux du dehors, qui sont emprisonnés par lui. Nos vies, nos souffrances, nos efforts ont été vains. Nous avons vécu, agi, crié, pleuré, uniquement pour lui donner matière à compléter son affreux roman.

 

« Quant à lui... Ah ! La lecture de son livre m'a permis de me rendre compte de ce qu'il avait fait pendant sa détention. La Bastille a été prise de l'extérieur, mais il en avait ruiné les murs de l'intérieur, sans même s'être servi d'une lime. Sa seule force avait effondré la prison. S'il ne s'échappait pas de ce débris, ce n'est que par libre choix d'y rester. Ma longue peine, ma lutte pour l'aider à fuir, mes démarches en vue de sa rémission, mes cadeaux aux geôliers pour les séduire, mes suppliques aux autorités, temps perdu que tout cela !

 

« Donatien, plutôt que de rechercher la futilité du plaisir charnel évanoui sitôt que goûté, essayait de construire une impérissable cathédrale du vice. Il essayait de soumettre ce monde à un véritable code du mal au lieu d'y commettre simplement des crimes ou de mauvaises actions, car il aime moins les actes que les principes, moins les nuits voluptueuses qu'une nuit si vaste qu'elle puisse recouvrir l'éternité, moins les esclaves du fouet que le royaume de la fustigation. Sa manie de détruire est devenue passion de créer. Quelque chose d'indescriptible, mais qui est inné chez lui, a donné naissance à de transparentes formes du mal, à une pure cristallisation du mal.

 

« Le monde où nous sommes en train de vivre, ma mère, est un monde créé par le marquis de Sade. »

 

SADE À LA PORTE, LE RÉEL ET L’IDÉAL

 

On ne saurait mieux conclure… ou presque. Car voici soudain que le marquis, libéré, se présente à la porte de Madame de Montreuil. Il a changé, oui – pas seulement parce qu’il a réveillé l’écrivain en lui… Il est un homme vieilli, et un obèse – il a considérablement engrossé durant ses séjours en prison, imposant à ses geôliers des menus délirants, où participaient pleinement les efforts de Renée pour adoucir sa détention. Pâle et mou, nerveux… Où sont passés ses rires d’enfant, et ses mèches blondes ?

 

Ce marquis s’est conçu un monde idéal – il ne cessera, par la suite, d’en rajouter dans les fantasmes de papier, au gré d’utopies carcérales où la raison triomphante et amorale balaie les conventions d’un monde finissant, et tente illico d’avorter celles de monde qui s’annonce… Mais lui-même n’a plus rien d’un idéal, et sans doute Renée, fatiguée, entend-elle conserver malgré tout de son difficile époux une image devenue tout aussi romanesque : elle refuse de le voir, et lui signifie qu’il ne la verra plus jamais.

 

LE TEXTE

 

La pièce est assez habile, qui joue intelligemment de son sujet, de ses personnages et de son cadre. On n’en fera pas pour autant un chef-d’œuvre, mais probablement plus qu’une simple curiosité.

 

Reste une question qui m’intrigue : que faut-il penser de cette « version française d’André Pieyre de Mandiargues » ? Faut-il en déduire des libertés par rapport au texte original ? Je n’en ai aucune idée, et, si vous en savez davantage, ça m’intéresse… Je me souviens que Mishima, sauf erreur, avait recommandé voire ordonné que ses traductions, française et autres, se basent sur la version anglaise, mais c’est semble-t-il encore autre chose ici…

 

Quoi qu’il en soit, « la plume » a ses bons moments – ainsi dans le passage que je viens de citer. Elle peut cependant s’avérer inégale – notamment au gré de comparaisons un peu tordues…

 

CONCLUSION

 

Reste que tout cela se lit bien. Cette rencontre assez saugrenue entre Sade et Mishima a produit ses fruits ; et le thème subtil de la pièce est bien servir par des personnages joliment rendus, tant dans leur complexité que dans leur caractère archétypal ou allégorique – que ces deux dimensions s’accordent n’est pas la moindre réussite de cette Madame de Sade.

Commenter cet article