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Atlas du Japon : après Fukushima, une société fragilisée, de Philippe Pelletier

Publié le par Nébal

Atlas du Japon : après Fukushima, une société fragilisée, de Philippe Pelletier

PELLETIER (Philippe), Atlas du Japon : après Fukushima, une société fragilisée, nouvelle édition augmentée, cartographie de Carine Fournier, avec la participation de Rémi Scoccimarro, Paris, Autrement, coll. Atlas/Monde, [2008] 2012, 96 p.

 

Un livre qui ne se prête pas vraiment à la chronique, j’imagine que je n’ai pas grand-chose à en dire…

 

Adonc, après ma déconvenue relative avec la Géographie du Japon de Jacques Pezeu-Massabuau, trop technique pour ma pomme, et trop datée aussi, il me fallait un autre ouvrage consacré au sujet – d’autant que j’avais entamé mes cours en la matière (passionnants, dois-je dire), et souhaitais les compléter un brin.

 

On avait attiré mon attention sur les ouvrages du géographe (libertaire) Philippe Pelletier, visiblement le spécialiste français du domaine (à noter, le deuxième nom qu’on me citait était probablement Rémi Scoccimarro, qui a participé à cette nouvelle édition augmentée, et tout particulièrement concernant le thème mis en avant dans le sous-titre) ; et on avait mentionné notamment ce petit volume abondamment illustré et riche en documents – dans les 120 cartes, en principe dues à Carine Fournier, mais aussi de nombreux graphiques, schémas, etc. C’est donc une optique passablement différente du vieux « Que sais-je ? » : cette fois, la documentation prime, si le texte (succinct – probablement beaucoup trop à mon goût…) l’encadre.

 

Mais c’est aussi ce qui le rend d’autant plus difficile à chroniquer : le plan d’ensemble a en effet ses limites, et, si l’on trouve cinq grands « thèmes », ils sont eux-mêmes subdivisés en études de cas passablement pointues, tenant toujours en deux pages, et qui n’ont du coup aucune prétention à l’exhaustivité – ces études relevant ainsi à leur manière de l’illustration, encore que le mot soit à débattre, tant le texte ainsi illustré est réduit à un essentiel lapidaire… au point peut-être de lui conférer sans ambiguïté un statut résolument secondaire. Aussi n’était-ce probablement pas, là non plus, exactement ce que je cherchais…

 

Cela reste une documentation bienvenue, d’un propos assuré, mais témoignant en même temps, au-delà des clichés inévitablement véhiculés sur le Japon et son histoire (tout particulièrement contemporaine), et qu’il est toujours bon de réévaluer, de ce que le pays et donc la matière évoluent sans cesse. Cette « nouvelle édition augmentée », avec son sous-titre éloquent, en témoigne d’autant plus : la catastrophe récente de Fukushima est ainsi perçue et affichée comme un jalon essentiel de ces dernières années. Le livre est à vrai dire un bon moyen de (re)prendre conscience de la gravité de l’événement – j’avoue, un peu honteux, qu’il avait suffi du passage de quelques années à peine pour que la portée du drame m’échappe… Au-delà, dans bien d’autres domaines (mais sans doute tout particulièrement en matière économique et sociale), l’évolution rapide des situations est ainsi mise en avant, qui rompt avec les idées reçues des époques antérieures (l’emploi à vie, etc.), et met éventuellement en lumière des phénomènes inattendus voire surprenants.

 

Le premier thème s’intitule « Les héritages territoriaux », et a une dimension avant tout historique ; on prend la mesure de ce que ces sujets traités en deux pages peuvent impliquer de lacunes en passant du premier « chapitre », protohistorique, au deuxième, portant sur l’époque Edo… et donc rien entre les deux. On ne s’attarde d’ailleurs guère auprès des Tokugawa, et la suite porte essentiellement sur la délimitation géopolitique du territoire japonais, matière complexifiée par les ambitions coloniales du Japon de Meiji à la défaite, et qui laisse des traces aujourd’hui – au travers de nombreux litiges frontaliers, insulaires… parfois pour quelques rochers perdus dans la mer, et inhabités.

 

On passe ensuite à l’étude des ressources et de l’environnement – en tordant éventuellement le cou à quelques clichés sur la pauvreté en ressources du territoire : l’eau, par exemple, est mise en avant – grande richesse du pays –, ainsi bien sûr que l’ichtyophagie des Japonais, avec ses corollaires en termes de flottes, etc. Ce n’est qu’après, bizarrement ou pas, que sont évoqués les périls communément associés à la situation géographique de l’archipel nippon, tremblements de terre au premier chef – et c’est donc à la fin de cette partie que nous trouvons les deux brèves études de Rémi Scoccimarro sur Fukushima, et, au-delà, la question du nucléaire, avant et depuis la catastrophe.

 

C’est ensuite la société qui est décortiquée, sous des angles divers – d’abord démographiques et/ou en relation avec l’économie (cela inclut le dépeuplement de l’arrière-pays aussi bien que le vieillissement de la population ou les écarts de revenus qui se creusent), ensuite dans une optique davantage culturelle, avec des aires spécifiques plus ou moins bien définies, à même le cas échéant de susciter des identités locales – les variations linguistiques pouvant aider. L’étude de cas peut alors se montrer très précise, au-delà de ces grandes lignes, en envisageant, par exemple, la question des îles et montagnes sacrées, ou encore le « délassement » (tourisme, stations thermales).

 

Un trait majeur de la géographie contemporaine du Japon est bien sûr la mégalopole, qui se voit accorder ensuite de nombreux développements – probablement les plus pointus de l’ouvrage, d’ailleurs. L’optique économique et sociale, forcément mêlée de démographie, autorise des approches variées d’une thématique trop vaste pour être exposée dans sa globalité. Se dessine néanmoins un tableau suffisamment consistant pour indiquer les traits les plus saillants (de la mobilisation des ressources aux avancées sur la mer), et appelant ainsi à des développements complémentaires.

 

Enfin, le dernier dossier est consacré à la puissance du Japon – entendue sur le plan international pour l’essentiel (on trouve cependant au milieu une étude plus « intérieure », portant sur les « héritages politiques », et notamment sur la mainmise longtemps irrésistible du PLD sur le pays – c’est aussi l’occasion d’envisager, très succinctement, la question du Yasukuni, je vous renvoie à mon compte rendu de l’essai de Takahashi Tetsuya Morts pour l’empereur). Les fluctuations rapides du commerce international y occupent bien sûr une place importante, mais aussi, de manière peut-être plus surprenante, la puissance militaire de ce pays qui a pourtant renoncé à jamais à la guerre dans sa Constitution au lendemain de la défaite… et cela va bien plus loin que la seule image d’un archipel « porte-avions » des États-Unis, expression qui s’applique surtout (et encore aujourd’hui) à Okinawa – étrange ironie de l’histoire…

 

Ouvrage riche assurément, mais d’une lecture suivie guère à propos, tant il est avant tout propice à l’étude de cas, cet Atlas du Japon, là encore, ne correspond pas pleinement à mes attentes. Il est certes « bien fait », je ne le nie pas… Et il m’a éclairé sur un certain nombre de points, oui. Bon, je vais continuer à fouiner, au cas où…

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