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One-Punch Man, t. 01 : Un poing c'est tout !, de Yusuke Murata

Publié le par Nébal

One-Punch Man, t. 01 : Un poing c'est tout !, de Yusuke Murata

MURATA Yusuke, One-Punch Man, t. 01 : Un poing c’est tout !, [ワンパンマン, Wanpanman], œuvre originale de One, traduction [du japonais par] Frédéric Malet, Paris, Kurokawa, [2012] 2016, 192 p.

 

Akira mis à part – mais c’était il y a plusieurs décennies… –, j’ai somme toute rarement lu de gros cartons commerciaux dans le domaine du manga (d’autant bien sûr que je n’ai pas lu beaucoup de mangas, certes). C’est d’autant plus vrai pour les œuvres les plus récentes… Les gros machins tels les Naruto, les One Piece et compagnie, je n’y connais absolument rien, mais alors rien de rien.

 

Il en va forcément de même pour les séries plus récentes encore, dont ce One-Punch Man à la genèse particulière, qui a débuté ses aventures en 2012 seulement (ce qui n’a rien changé au fait que les lecteurs francophones se plaignaient partout d’un retard inqualifiable dans la traduction française – mazette, le monde change…). La curiosité, via la recommandation enthousiaste d’un camarade, m’a donc amené à faire la tentative du premier tome de cette série, paru en France début 2016 (sauf erreur, au moins trois autres volumes lui ont déjà succédé – mazette, là encore…).

 

Genèse particulière, disais-je : à l’origine, One-Punch Man est l’œuvre d’un certain One, et est une série quelque peu iconoclaste diffusée sur Internet – où elle a rencontré un grand succès. Les éditeurs plus « traditionnels » n’ont pas manqué de s’intéresser à ce phénomène qu’ils supposaient fort rémunérateur, et il en est résulté une adaptation en manga « papier », confiée au mangaka Murata Yusuke – dont le trait plus précis et dynamique par rapport à celui, plus simpliste, de One, est considéré comme un atout essentiel à ce mode de diffusion. Étrange approche, tout de même, à la limite du paradoxe au regard des intentions initiales de l’œuvre… Mais c’est donc de cette adaptation que je vais vous parler aujourd’hui. L’histoire, globalement, est semble-t-il très proche de celle concoctée par One sur son site Internet, mais, d’allure, c’est donc passablement différent… Par ailleurs, il en est aussi résulté, inévitablement, un anime à succès (pas vu, aucune idée de ce que ça donne).

 

Qu’est-ce qui peut bien attirer, dans une série pareille, et la distinguer du lot ? Son pitch, tout d’abord, aussi idiot qu’enthousiasmant – disons « génialement idiot », j’aime bien, souvent, ce qui est « génialement idiot »… mais c’est sans doute aussi un brin périlleux.

 

Nous y « suivons » (encore que, j’y reviendrai, ce verbe n’est probablement guère approprié…) les aventures d’un certain Saitama (le nom n’apparaît pas dans les premiers épisodes, sauf erreur). Au fil de ce premier tome (qui pratique autrement l’attaque en force et, trait tout particulièrement essentiel, j’y reviendrai là encore, ne s’embarrasse guère de background), nous en apprendrons un minimum sur cet étrange bonhomme tout chauve, et dont le dessin simpliste et naïf dans un cadre qui l’est nettement moins (cette dichotomie entre le héros et son univers, dans un domaine bien différent, a pu me rappeler l’excellent Bone de Jeff Smith) suffit amplement, tant à le singulariser qu’à le rendre étrangement anti-charismatique, et probablement un tantinet ridicule.

 

Suite à une rencontre de mauvais augure, Saitama a décidé de devenir un super-héros (dans un monde qui en a bien besoin, systématiquement en proie aux déprédations de super-vilains tous plus super et vilains les uns que les autres) ; un simple entrainement quotidien, sans que s’y mêlent piqûres d’araignées mutantes ou exposition aux rayons gamma, a suffi à le transformer en cet improbable personnage au costume bidon… qui s’avère le plus puissant des super-héros : en effet, Saitama est en mesure de terrasser n’importe quel adversaire en un unique coup de poing. C’est pratique… mais bien ennuyeux, aussi – et Saitama se fait chier, ferme.

 

Le lecteur tel que votre serviteur, attiré par ce pitch tout con, court cependant le risque de s’ennuyer lui aussi, dès lors que ce shônen railleur affiche dans son postulat même que rien ni personne ne saurait vaincre Saitama, et qu’il lui suffira toujours de cet unique coup de poing pour triompher – mais tu parles d’un triomphe…

 

En fait, c’est là que le principe même de la série (ce qui englobe le pitch, mais va au-delà) laisse entrevoir tout à la fois ce qui le rend pertinent, et ce qui peut faire décrocher un béotien dans mon genre… Mais cela relève en fait peut-être de l’ambiguïté de la série au regard des codes du shônen – qu’il entend en principe démonter, façon vandalisme jubilatoire, tout en étant sans doute amené à composer avec, et ce plus ou moins malgré lui…

 

Car One-Punch Man demeure un shônen – et un shônen d’action. Genre qui m’est donc largement inconnu, et qui, pour ressembler à certains égards aux comics de super-héros dont je me suis longtemps régalé, me laisse cependant sur le carreau pour tout un tas de bonnes ou moins bonnes raisons.

 

J’ai lu ou vu ici et là des articles ou vidéos fort intéressants quant au sujet véritable de la série – « révélant » des choses que j’avais pu deviner inconsciemment, parfois, mais pour en tirer des critiques plus abouties, et toutes extrêmement laudatives. Le fait est que One-Punch Man, avec son pitch briseur de tout suspense (Saitama l’emporte toujours, et d’un seul coup), le caractère nécessairement décousu de la narration (puisque les antagonistes de Saitama, par principe, ne font pas long feu, et que la répétition du schéma est inscrite dans son principe même), enfin et surtout en ce qui me concerne sa dimension graphique essentielle, qui lui confère une forme d’immédiateté fondamentale (refusant délibérément de s’embarrasser de tout contexte ou background), est réduit, plus que jamais, à la substance même du shônen d’action le plus caricatural : la baston.

 

Tout, ici, n’est que baston. En dehors des inévitables onomatopées (riches comme il se doit), le texte est réduit au minimum syndical, voire bien moins encore en ce qui me concerne. La « lecture » est dès lors limitée dans son principe, et, en fait de bande dessinée, conjuguant par essence texte et dessin, j’ai eu l’impression d’un… imagier, disons – de baston. Trait éventuellement récurrent du shônen – et qui pourrait l’être également des comics de super-héros précités… à ceci près que mes tapettes en collant adorées sont autrement bavardes, jusqu’en plein assaut, et leurs histoires au long cours, faite de rivalités récurrentes et de mystère toujours plus nombreux, me paraissent bien autrement palpitantes. Je plaide coupable…

 

J’ai probablement davantage de difficultés avec le traitement de cette dimension dans les mangas, pour le peu que j’en sais – et si l’action graphique d’un Akira me fascine (avec un petit bémol : le tome 2, le plus ouvertement tourné vers l’action sans véritablement de mise en contexte, demeure celui qui me botte le moins, et de très loin), d’autres œuvres, à l’instar de ce One-Punch Man et au-delà de ses railleries plus ou moins fondées, me laissent bien autrement sur le carreau ; en fait, ça m’a quelque peu rappelé ces animes tels Dragon Ball Z ou Les Chevaliers du Zodiaque (je ne me prononcerai pas sur les mangas) qui, déjà à l’époque, alors que j’étais tout gamin (soit aux environs du XIVe siècle), me paraissaient d’un intérêt pour le moins limité – je ne m’expliquais dès lors pas leur succès auprès de mes petits camarades, enthousiastes sur la durée, quand j’en avais vite marre de regarder toujours le même épisode, jour après jour, pendant des années…

 

C’est un peu ça, ici – et, pour le coup, la moquerie à l’égard des codes du shônen, paradoxalement ou pas, renforce en fait cette dimension. Saitama tombe sur un gros monstre, on ne sait rien du monstre comme on ne sait rien de Saitama, le monstre fait s’effondrer deux ou trois immeubles pour le principe, Saitama a l’air con, il lui colle quand même sa mandale définitive, fin. Et c’est l’épisode suivant : Saitama tombe sur un gros monstre, on ne sait rien du monstre comme on ne sait rien de Saitama, le monstre fait s’effondrer deux ou trois immeubles pour le principe, Saitama a l’air con, il lui colle quand même sa mandale définitive, fin. Et ainsi de suite.

 

Or la portion congrue réservée au texte, au-delà, plus globalement, du récit, ne fait qu’appuyer davantage sur le bouton à cet égard. C’en est au point où, quand Saitama rencontre son camarade à venir Genos, le cyborg mélancolique, qui lui raconte toute son histoire (ridicule et percluse de clichés) avec force détails en deux grandes cases ironiquement submergées par le texte, notre petit chauve sans âme pète un câble, et explose : « C’est quoi cette intro de relou ! Refais-moi ça en une dizaine de mots, OK ? » Je dois dire que j’ai plus ou moins pris ça pour une attaque personnelle, du coup…

 

Mais c’est bien là le problème à mes yeux : en raillant les codes, dont ici ceux des backgrounds à formule sans doute, One-Punch Man se réduit à sa plus simple expression : baston, baston, baston. L’iconoclasme, c’est bien, globalement – mais, pour le coup, la BD a probablement sacrifié des aspects qui me bottent, avec tous leurs travers archétypaux dont je suis bien conscient, pour sublimer ce qui me botte moins : l’action systématique. Grosso merdo, c’est peut-être échanger une formule pour une autre, et sans vrai bénéfice – d’autant que, par principe, il s’agit d’une action sans suspense, sans enjeux… Bien sûr, dans les autres séries du genre le héros gagne, sans quoi il ne serait pas un héros – One-Punch Man pointe donc ici ce que l’on pourrait qualifier d’hypocrisie du genre… en en reproduisant pourtant la formule, mais débarrassée du moindre semblant d’illusion : c’est du frontal.

 

D’où cet aveu inévitable me concernant : je ne dis pas que One-Punch Man est mauvais, je dis que, au-delà de son pitch amusant, la BD m’apparaît bien trop répétitive pour susciter mon enthousiasme – et son ambiguïté finalement guère enthousiasmante au regard de mes attentes.

 

S’agit-il pour autant d’une BD « primaire » ? Là, c’est peut-être plus compliqué… Au fond, dans sa lucidité quant aux codes, la série est probablement bien moins primaire qu’elle n’en donne l’impression, à la survoler hâtivement. En fait, à prendre avec le recul nécessaire, c’est même probablement assez malin… Mais, à ce stade, je tends quand même à y voir une bonne grosse mauvaise blague : c’est réjouissant sur le moment, je ne crache certes pas sur les bonnes grosses mauvaises blagues en tant que telles, mais je doute d’y trouver beaucoup d’intérêt au fil de je ne sais combien de tomes…

 

Pourtant, je n’exclus pas totalement de lire au moins le tome suivant : le fait est que, si les premiers épisodes m’ont fait l’effet d’être globalement… eh bien, chiantissimes et sans enjeux, les derniers, dans ce premier tome, m’ont davantage parlé – en étant finalement plutôt drôles, enfin. À maints égards, c’était d’ailleurs ce que j’en attendais… Mais la série, ici, ne gagne-t-elle pas en intérêt en sacrifiant paradoxalement ses propres principes ? L’histoire commence à me botter quand elle devient vraiment « histoire », quand un contexte, aussi vague soit-il, commence à se dessiner, quand, en dépit des protestations outrées de Saitama qui ne veut pas qu’on l’emmerde avec quelque chose d’aussi futile qu’un passé et une histoire personnelle, des backgrounds commencent pourtant à être mis en lumière – le cas échéant au travers de longs flashbacks… D’où cette crainte d’un autre ordre – que la série ne commence à me parler véritablement qu’en perdant paradoxalement sa singularité ; autant dire alors que, ne me parlant pas pour les bonnes raisons, elle ne me parle pas du tout ? Peut-être bien…

 

Et graphiquement, alors ? C’est bien fait – pas de doute là-dessus. C’est dynamique, assez précis mais sans excès, fluide avant tout, avec le principe de contraste, noté plus haut, concernant la représentation de Saitama, qui est assez joliment rendu… Les personnages oscillant entre le terrible et le parfaitement ridicule sont à propos, et participent sans doute de l’humour un peu tordu de la série – voir notamment les déclinaisons animalières, sur le tard (je ne compte pas la femme-moustique toute en formes généreuses, une flèche au bas du dos pointant sur son anus)…

 

Peut-être tenterai-je l’expérience avec le tome 2 – qui sera probablement décisif quant à ma poursuite ou non de la série. En l’état, One-Punch Man me laisse quand même un brin perplexe : je crains, là aussi, de ne pas m’expliquer le succès colossal de la chose – les 90 % de pages de baston finalement bien convenue écrasant sous leur poids les 10 % de moquerie, d’humour plus généralement, et d’inventivité, qui auraient dû faire briller la série et lui conférer toute sa saveur. Bon…

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Baroona 06/11/2016 16:54

L'origine du problème - que ce manga ne soit peut-être pas si incroyable que ça - vient justement de son origine. Il est écrit de base pour le plaisir, sur Internet, sans travail éditorial ni forcément l'envie d'en faire un monument mais juste un truc marrant. Et même si de petits changements et adaptations ont été faits à la marge, la base est restée fortement identique. Ce qui empêche quelque peu une vraie ambition supra-manga et critique.
Malgré tout, qu'il puisse faire parler de lui, et ne serait-ce même que tu le lises, en font un manga particulier, qui fait au moins se poser quelques questions. Et c'est déjà beaucoup dans un monde du shonen bien souvent insipide.
C'est d'ailleurs un peu ça qui peut expliquer son succès. Et plus que le shonen, c'est le nekketsu qui est en cause à mon avis, encore et toujours répété. J'imagine que la génération qui en a mangé à toutes les sauces (mais apprécie toujours l'ambiance) a envie de voir un coup de pied là-dedans et "One Punch Man" apporte ça.

Quant à la suite, je doute qu'elle te plaisir bien plus que ça. Dans mon souvenir, ça prend un peu d'ampleur avec le temps, y'a un peu plus de texte, mais ça reste encore très basique à ce niveau. Par contre, le travail de Murata est incroyable et mérite presque à lui seul de continuer la lecture.