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One-Punch Man, t. 02 : Le Secret de la Puissance, de Yusuke Murata

Publié le par Nébal

One-Punch Man, t. 02 : Le Secret de la Puissance, de Yusuke Murata

MURATA Yusuke, One-Punch Man, t. 02 : Le Secret de la Puissance, [ワンパンマン, Wanpanman], œuvre originale de One, traduction [du japonais par] Frédéric Malet, Paris, Kurokawa, [2012] 2016, 192 p.

 

Retour, parce que je suis faible et inconséquent, sur One-Punch Man, ce manga totalement hype qui m’avait pour le moins laissé perplexe au sortir du premier tome… Faible, inconséquent : l’occasion faisant le larron, j’ai chopé ce tome 2, pour voir si. Au cas où.

 

POUR FAIRE VITE – ET DE TOUTE FAÇON ÇA VA VITE

 

Et le bilan est peut-être un peu plus positif, aussi surprenant que cela puisse paraître. Pour ceux qui trouvent à bon droit mes articles trop longs, voici un résumé bien lapidaire comme il faut : c’est très con, même si peut-être pas autant que ça en a l’air ; c’est assez rigolo, ceci dit – probablement plus que le premier tome ; enfin, c’est aussi très agaçant, parfois : il y a un jeu pervers de One, sinon de Murata Yusuke, qui aboutit à cette même conclusion que dans le premier tome – l’impression que, régulièrement, les auteurs se foutent sciemment de ma misérable petite gueule de lecteur, en raillant le genre et ses poncifs… Et ça va peut-être plus loin que dans le premier tome, en fait.

 

Quant à l’histoire… Eh bien, elle a un peu plus de suivi que dans le premier tome, ce qui n’était pas dur, et n’est probablement pas plus mal – même si, d'une certaine manière, c’est du coup en porte à faux par rapport aux intentions affichées de la BD originelle.

 

CE QUI SE PASSE

 

On peut, dans ce deuxième tome, distinguer trois moments.

 

Dans le premier, qui prend directement la suite de la fin du tome 1 (même endroit, mêmes personnages), Saitama, le super-héros bidon mais qui terrasse tous ses adversaires, quels qu'ils soient, d'un seul coup de poing, accompagné du plat cyborg Genos, va péter la gueule au savant fou qui dirige la Maison de l’Évolution, d’où venaient les super-vilains animaliers qu’il vient de massacrer. Ledit savant fou est une sorte de transhumaniste, mf, non, disons nazillon, qui veut élever sans cesse l’espèce humaine, le con ; flippant à l’idée que Saitama, désireux de se venger de ses tentatives de kidnapping, lui démonte la gueule ainsi qu’au personnel de sa boîte (des clones de lui-même, forcément), il lâche sa création la plus redoutable, le Scaravageur – plus fort (ça se voit), plus intelligent (ça ne se voit vraiment pas, disons que c’est de la théorie), et surtout vraiment très, très moche…

 

L’affaire étant vite pliée (jusqu’à l’abus, mais pour le coup, oui, c’est assez rigolo), deuxième moment : la ville est en proie aux assauts violents d’un gang de feignasses chauves qui ne veulent pas travailler. Saitama, parce que chauve, est confondu avec ces types-là, ce qui lui pète les burnes ; mais, en voulant régler l’affaire largement pour ces motifs idiots et parfaitement personnels, il a maille à partir avec un « super-héros » parfaitement sadique, Sonic le Foudroyant, qui, forcément, n’a jamais entendu parler de ce con de Saitama… Et nous verrons qu’il y a une cause à cela.

 

Enfin, comme le tome 1, celui-ci se conclut sur un épisode bonus en forme de flashback revenant sur la formation de Saitama – son entraînement, révélé dans la première partie de ce volume (et qui est censé en être le point d’orgue, ainsi que le titre global le montre assez).

 

CE QUI MARCHE

 

Le dessin

 

Allez, commençons par ce qui fonctionne bien. Ce qui, une fois n’est pas coutume, impose sans doute de parler en priorité du dessin de Murata Yusuke.

 

N’étant certes pas un connaisseur en matière de mangas d’action, je ne suis sans doute guère en mesure de me livrer à un classement pertinent des illustrateurs du genre... Ce que je peux dire – pur ressenti renvoyant à cette seule expérience –, c’est que le dessin est d’une fluidité exemplaire, atteignant un juste milieu entre précision et simplification, au-delà même du seul Saitama minimaliste, généralement très bien intégré dans ces cases un peu plus complexes.

 

Le découpage n’est pas forcément très hardi, mais toujours à propos, l’action est agréablement lisible, jusque dans ses abus d’effets type floutage, finalement pertinents, et la part de caricature est appréciable, suffisamment bien dosée pour coller aux intentions du récit.

 

Les pages sont régulièrement émaillées de petits gags tout à fait bienvenus, et les personnages sont caractérisés en quelques traits efficaces – de la bêtise brutale du Scaravageur, tranchant délibérément sur son intelligence supposée, au sadisme de Sonic, exprimé à merveille dans son sourire « innocent » (dixit Saitama), délicieusement exagéré.

 

Un peu plus de suivi dans la narration

 

Au-delà du dessin, ce tome 2 bénéficie à mon sens d’une histoire plus développée – ce qui, donc, pourrait paradoxalement contrevenir aux intentions de la série originelle, mais s’avère plutôt plaisant en ce qui me concerne.

 

Les deux « mini arcs » de ce volume, s’ils ne brillent pas exactement par la complexité ou la subtilité, parviennent globalement à se montrer plus enthousiasmants que la seule succession d’affrontements rapides des premiers épisodes, en renouvelant le propos pile au moment où la lassitude était particulièrement à craindre.

 

L’humour – surtout

 

Surtout, ça m’a paru quand même beaucoup plus rigolo… Là encore, ce n’est pas fin – vraiment pas. Mais il y a bien des moments amusants, oui. Dans le premier arc, au-delà des détails graphiques mentionnés plus haut et qui jouent un grand rôle à cet égard, cela vaut par exemple pour le bourrinage super-héroïque de Genos (voir également le paragraphe suivant ; j’ai cru comprendre que certains lecteurs regrettaient que le cyborg soit aussi plat dans ce volume, mais à mes yeux c’est plutôt un atout, pour le moment du moins, que de le confiner à un rôle de figurant parfaitement caricatural), et bien sûr pour la motivation absurde de Saitama. Que la fin de l’arc soit expédiée aussi brutalement, après une mise en place étonnamment développée pour cette BD (mais constituant en elle-même un gag, voir plus loin), s’avère sans doute bien vu.

 

Entretemps, bien sûr, nous avons eu la « révélation » du « Secret de la Puissance » de Saitama. Que je connaissais déjà, en fait – les premières critiques s’en faisaient l’écho. Saitama grandiloquent expliquant son entraînement de muscu finalement assez banal, et Genos pétant un câble devant ce qui ne peut être qu’un mensonge particulièrement débile, oui, ça ne manque pas de saveur… Le flashback, comme de juste, y reviendra en fin de volume – avec un Saitama encore chevelu, mais dont les traits commencent à tendre vers le simplisme archétypal qui le caractérisera par la suite

 

Le postulat absurde du deuxième récit – avec ces terroristes chauves, et l’amalgame leur assimilant l’inconnu Saitama – est suffisamment crétin pour faire sourire (même si d’autres implications de ce passage me laissent davantage perplexe, j’y reviens de suite) ; et l’affrontement avec l’arrogant Sonic autorise une couche supplémentaire de raillerie à l’encontre du genre super-héroïque (shônen d’action ou comics, à ce stade), avec cet échappé de la vague « sombre » post-Watchmen et The Dark Knight Returns (pour m’en tenir à mes références habituelles, un connaisseur des mangas pourra sans doute vous trouver des comparaisons plus pertinentes), tranchant de manière bienvenue sur le ridicule de Saitama – d’autant que nous y croisons en chemin plus ridicule encore, l’improbable Roulette Rider, dont l’apparition est tout de même des plus cocasse.

 

Je ne suis pas bien certain d’apprécier pleinement les jeux de mots débiles dont regorge ce tome 2 – avec les inévitables « chauves-sourires » et « chauve qui peut », le pire étant probablement et de très loin « Mante le Joli »… Aucune idée de ce que le texte original peut donner à cet égard. Mais admettons – après tout, ça participe bien de la bêtise assumée du pitch…

 

CE QUI AGACE ?

 

Mais il est d’autres dimensions de la BD qui sont plus ambiguës… Je ne les dirais pas « mauvaises » à proprement parler, c'est peut-être même tout le contraire ; mais c'est surtout que ça n’a en fait rien à voir : nous sommes dans une autre sphère.

 

Voilà : si ce tome 2 m’a globalement amusé, il m’a aussi régulièrement agacé. Le problème, ou l’astuce – car il n’est donc pas dit que ce soit véritablement un problème –, étant que cet agacement est probablement en partie calculé : j’ai l’impression que One, sinon Murata Yusuke, joue en fait avec mes nerfs de lecteur… d’une manière un brin perverse, sinon hypocrite.

 

Des prolongements du premier volume

 

Ce qui commence sans doute, bien sûr, avec le gag initial (un bis, donc) où Saitama se lasse bien vite des explications à ses yeux trop détaillées (!) de Cyborgorilla concernant le savant fou et la Maison de l’Évolution. Genos, qui avait précédemment fait les frais de l’impatience absurde de son « maître », réclame de lui-même « un résumé en moins de dix mots » ! Rien d’étonnant, j’imagine, à ce que le graphomane Nébal (logorrhée, tout ça) ait du mal avec ce principe…

 

Peut-être faut-il mentionner aussi quelques gags un peu lourdauds, je ne sais pas... Sonic, androgyne, étant vaincu quand Saitama lui broie des couilles, ça n'est sans doute pas super fin, mais bon...

 

Plus loin, cependant, c’est – le mot peut paraître absurde dans ce contexte, mais tant pis – la « philosophie » de l’œuvre qui ma laisse un peu perplexe. Que Saitama, qui passe sempiternellement pour un crétin, ne soit guère un véhicule d’identification, en dépit de ses traits iconiques et de son rôle de « tête d’affiche », très bien. Que Genos soit peu ou prou inexistant, dans cette optique, de même. Mais d’autres points me chatouillent un peu plus – sans doute absurdement, hein…

 

Le Secret de la Puissance

 

Ainsi de la révélation du « Secret de la Puissance ». Certes, elle est avant tout un gag – le contrepied improbable des pourtant au moins aussi improbables sinon davantage araignées mutantes et expositions à des rayons gamma « créant » les super-héros de manière habituelle ; ce qui, en tant que tel, est sans doute bien vu. « Philosophiquement », cependant, cela peut participer d’un certain « you can get it if you really want », comme me le disaient mes camarades amateurs de reggae, qui m’a toujours laissé un peu perplexe – sans doute parce que je n’ai pas du tout le culte de l’effort.

 

Deux points Godwin

 

Mais justement : c’est que cette question se repose de nouveau de suite après, avec le gang des chauves-sourires, et Tête d’Enclume à leur tête, qui disent vouloir créer une société utopique où ils n’auraient pas besoin de travailler – « revendications absurdes », nous dit-on, et, sans surprise, l’arc se conclut sur la promesse que fait à sa maman la feignasse Tête d’Enclume, de trouver bientôt du travail… Que les chauves-sourires soient globalement ridicules, très bien – et la réalité de leurs exactions (quand ils se trompent de cible, tout particulièrement – gag qui passe plutôt bien) ne saurait faire de doute. Mais je redoute d’y déceler un propos sous-jacent qui ne me sied guère… sans doute parce que les revendications des « terroristes » ne me paraissent pas du tout absurdes, au fond. À moins qu’il ne s’agisse que de préparer le terrain à la thématique du super-héros « professionnel », sur laquelle se conclut le récit, laissant entrevoir la suite ?

 

Il n’en reste pas moins que les chauves-sourires, avec leur dégaine de skinheads tout de noir vêtus, tiennent d’une caricature fascistoïde peut-être malvenue, pour le coup. Or elle entre en résonance  avec la présentation du savant fou du premier arc, nécessairement nazillon dans ses délires de clonage et d’amélioration de l’homme. J’aurais pourtant tendance à croire que c’est plus compliqué que cela…

 

Certes, ce n’est sans doute pas la place, dans une BD pareille, que de se livrer à d’absurdes débats à ce sujet – que je ne réclame en rien. Somme toute, qu’elle ait la finesse et l’élégance d’un point Godwin en abordant ces problèmes, c’est cohérent – Saitama ne saurait sans doute « penser » autrement : les résumés en moins de dix mots n’y sont guère propices.

 

S’agit-il, alors, de pointer les soubassements idéologiques éventuels du genre super-héroïque ? Ça me paraît assez plausible, en fait, dans le cas du savant fou du moins – ça fait partie du truc. Mais est-ce pertinent ? Là, je ne sais pas…

 

Mais je suis curieux de voir comment tout cela évoluera par la suite – j’ai l’impression qu’il y a, sous-jacent, quelque chose d’insidieusement pervers… Mais ce n’est peut-être qu’un fantasme (crypto-fasciste, bien sûr) de ma part.

 

LA SUITE PEUT-ÊTRE : FAIBLESSE ET INCONSÉQUENCE DU NÉBAL

 

Du coup, eh bien, oui : je suis assez curieux de la suite. En même temps, en prenant cette BD pour ce qu’elle est à bien des égards – une lecture popcorn, qui distrait quelques dizaines de minutes, et c’est très bien comme ça. Au milieu des pattes et du Coca Zéro, je peux sans doute ménager une place dans mon panier de ménagère pour ce manga débile, dispo au supermarché du coin, et, finalement, oui, assez amusant…

 

Peut-être le tome 3 un de ces jours, donc – sans programme précis : occasion, larron. Hop.

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