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Raôul

Publié le par Nébal

Raôul

Raôul (Casus Belli HS #2), 2e édition, Black Book – Casus Belli, juin 2017, 135 p.

 

AU COMMENCEMENT ÉTAIT RAÔUL

 

Au commencement était Raôul, et Raôul était en Dieu, et Raôul était Dieu.

 

Raôul était une gloire des années 1990 – tout ce qui a eu lieu dans les années 1990 était une gloire ; c’était en tout cas le signe de ce que le loisir rôlistique FRANÇAIS était enfin parvenu à maturité, comme tant de choses dans les années 1990 (les années 1980, par exemple). Un tout petit jeu, formellement (mais colossal dans ses implications révolutionnaires), publié aux Rêveurs de Runes, et écrit par un certain Pat Larcenet, et illustré par un certain Manu Larcenet (qui a fait carrière depuis, comme quoi, le jeu de rôle peut servir votre Projet Professionnel). « Le jeu de rôle qui sent sous les bras », disaient-ils, et vous conviendrez qu’on ne saurait trouver meilleure accroche – globalement. « Un jeu de l’Art du Conteur », à côté, bon… « Quand ferez-vous rage ? », à la limite.

 

Raôul proposait d’incarner des Raôul (jusqu’ici tout va bien, et Mark ReinHagen est bien d’accord – les années 1990, hein). Les Raôul, dans l’idéal, c’est toi, c’est moi, c’est nous, c’est fou (ou presque). Les Raôul sont des bons Français – ils sont la France qui se lève trop. Comme toi, comme moi, ils écoutent RTL, et regardent le jité de Jean-Pierre Pernaud. Au moment du petit jaune au PMU du coin, quand ce satané bourrin a encore perdu, bien la peine de lui donner un nom pareil, là, il se trouve toujours un Raôul pour préparer le terrain à l’exposé scrupuleux de sa philosophie politique en précisant : « Je suis pas raciste, mais... » Cela dit, que Moussa se rassure : lui, c’est pas pareil, c’est un bon, il a le droit.

 

Au commencement était Raôul, et Raôul était en France, et Raôul était la France.

 

C’est l’été : les Raôul vont à la baille – chaque année, ils se rendent en procession au Campigne des Flots Bleus de la Mer, sis à Plouerel Zu Kernel (la Bretagne, ça vous gagne – un choix judicieux, trouvé-je). Ils s’y retrouvent entre Raôul – mais entre Raôul de bonne compagnie, on va quand même pas mélanger les bleu-bites et les habitués, hein, non mais oh. Ceci posé, la vie estivale des Raôul est rythmée par les parties de pétanque, les apéros précoces mais intenses, les barbecues qui veulent pas prendre, de temps en temps un petit adultère (c’est humain), et tant d’autres choses folles (dont une coutume québecoise qui fait froid dans le dos) : le quotidien des Raôul, c’est le mystère, c’est l’aventure, c’est la romance, ce sont les canons, et les érections pestilentielles.

 

Raôul.

 

Le jeu de rôle ultime.

 

Et il est de retour.

 

(C’est l’été, merde.)

 

Qu’est-ce que tu fais pour les vacances ?

 

Je joue à Raôul, 2e édition, dans le hors-série n° 2 de Casus Belli ! Un bon successeur à Chroniques Oubliées Fantasy, à l’évidence.

 

Enfin, j’y joue… Déjà, je le lis.

 

LE BEAUF EN MOI (OU PAS LOIN, GENRE LE PETIT DIABLOTIN SUR L’ÉPAULE)

 

En un mot, Raôul propose donc de jouer des beaufs – comme ceux de Cabu ou des Bronzés, ou, mieux en ce qui me concerne, les Bidochon, les Deschiens, les Grolandais ; les joueurs les plus extrémistes actor studio pourront, j’imagine, chercher de l’inspiration dans les films Camping, ou regarder Hanouna à la télé – mais attention, ce n’est pas sans risque (et je n’ose pas, car je suis un pleutre) (pis j'ai pas la télé). Mon expérience personnelle, ça serait plutôt l’écoute attentive de RTL : Julien Courbet et Les Grosses Têtes, ce genre de choses – plutôt à doses homéopathiques, hein, pour commencer, et attention à ne pas dériver sur RMC, c’est du violent. Indicible. Cyclopéen.

 

Bien sûr, c’est aussi l’occasion que vous attendiez désespérément de ressortir vos vieilles cassettes de tubes des années 80, l’époque où la musique ça voulait dire quelque chose (sauf, bien sûr, qu’en fait d’attente désespérée, vous les ressortez de toute façon dès qu’il y a cette étrange conjonction qui se met en place : des gens + de l’alcool ; je le sais parce que je fais pareil – ou je l’ai fait, bon...).

 

Le bob Ricard est forcément de la partie – mais je vous déconseillerais cependant de pousser le réalisme de l’expérience en enquillant les culs-secs de Pastaga (et plus encore, peut-être, le redoutable cocktail Pastis + Kas Orange – croyez-en mon expérience), mais ça j’y reviendrai.

 

D’aucuns trouveront que jouer des beaufs n’est pas très engageant – et qu’un Paladin-Voleur-Nécromancien de niveau 87/2/19 c’est beaucoup plus rigolo. Oh ben les goûts et les couleurs, hein… D’autres parleront sans doute de « mépris de classe », ce à quoi je répondrais : « Cependant, je ne crois pas. »

 

Ou, en fait, je laisserais plutôt répondre Cédric Ferrand, qui fait ça très bien : fan devant l’Éternel (Raôul, donc) du vieux jeu culte de Pat et Manu Larcenet, il les avait poussés au cul pour une réédition ; en vain… Sauf que finalement on lui a filé les clefs du campigne-car pour cette glorieuse deuxième édition de Raôul. Et, oui, il en parle vraiment très bien – son discours m’a beaucoup plu, et sous deux angles à envisager parallèlement : Raôul est un vrai jeu, pas simplement un bouquin rigolo en forme de (éventuellement mauvaise) blague ; et les Raôul sont des vrais gens (donc complexes) et sont nous – pas seulement parce qu’on les interprète, s’entend – et c’est bien pour ça qu’on peut en rire.

 

Une question de légitimité ? Je ne sais pas s’il est bien pertinent de l’exposer selon ces termes. Quoi qu’il en soit, Cédric Ferrand nous explique avec des larmes émues dans les yeux émus également que le campigne et tout ça, c’était son monde : il a vécu au milieu des Raôul et été un Raôul avant même de savoir ce qu’était le jeu de rôle (le truc sataniste dont parlait Mireille Dumas, là, à des téléspectateurs qui n’étaient certainement pas des Raôul). Raôul, dès lors, pour lui, ne consiste certes pas à pointer du doigt les beauferies du Raôul extérieur en ricanant, hin hin hin (ce qui pourrait certes se montrer assez vite sordide). Car, ainsi que le dit l’apôtre :

 

Au commencement était Raôul, et Raôul était en toi, et Raôul était toi.

 

Ou bien :

 

Non, mais toi, tu peux, c’est pas pareil, t’es un bon, t’as le droit.

 

Certes, mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, si l’expérience raôulienne est par essence commune, tout le monde ne peut pas forcément arguer de sa conscience de classe (inférieure) pour poser que, lui, il a le droit (parce que c’est un bon). Confidence pour confidence : le campigne est un monde qui m’est totalement inconnu (je n’y suis allé qu’une fois quand j’étais gamin, pour une seule nuit) ; ça n’est pas passé loin, hein, une bonne grosse moitié de ma famille est à fond là-dedans. Mais pas moi. J’ai mangé du barbeuc, mais suis infoutu d’en allumer un COMME UN HOMME. Tout ça. Ne puis-je donc pas rire avec Raôul, et jouer avec Raôul ? Eh bien, si, probablement – parce que la beauferie dépasse largement le seul campigne, et à vrai dire aussi les CSP ou toutes ces sortes de choses ; et elle ne m’épargne pas (eh, pourquoi le ferait-elle ?) : le Raôul est en moi. Le cliché du Franchouillard est universel après tout.

 

Pour un Franchouillard.

 

Si ça se trouve, ça pourrait même être une thérapie (presque). C’est le moment où il faut caler sans trop y réfléchir une citation aléatoire du Procureur de la République Desproges française : bien sûr qu’on peut, et même qu’on doit, rire de la bêtise – dont la sienne. Alors bon.

 

...

 

Et de toute façon j’ai quand même un lourd passif dans les fêtes de village de Canardland tels Castelnau-Barbarens et Pessan (peut-être certains, là-bas, tremblent-ils encore devant le nom maudit de Pastis Bertrand – moi je tremble encore, en tout cas, plus jamais ça), et je dois toujours avoir, pas bien loin, mes redoutables cassettes de tubes des années 1984 et 1985 – redoutables, vous dis-je ; quand on en arrivera à Rose Laurens, vous me supplierez d’arrêter. Et j’ai aussi une connaissance approfondie des meilleures émissions de RTL – incluant Ce Moment-Là où Philippe Bouvard a trouvé que les blagues de pet de Guy Montagné étaient quand même un peu vulgaires. Et j’ai même quelques souvenirs embrumés par l’alcool de Ce Moment-Là, où, bourré comme un coing, au mariage des voisins, j’ai fait un carreau à trois heures du mat’, juste là dans la cour – putain, si, parfaitement que c’est vrai ! Le talent, Messieurs Dames, le talent ! Comme disait le regretté Nagui. Et mes odeurs de dessous les bras, je vous raconte pas (non, non).

 

Alors finalement je crois que j’ai le droit – je ne suis peut-être pas un bon, mais j’ai le droit (c’est pas pareil).

MAIS SI, LÀ, COMME DANS LES FILMS DES DEUX BELGES, LES FRÈRES COEN, VOILÀ

 

Cela dit, si Raôul se veut « un jeu d’rôle » (bwaha), il n’impose pas de quota de blagues à la minute. Ou Minute. On pourrait même l’envisager un chouia différemment, en fait. Parce que les Raôul sont des vrais gens – et les vrais gens, ça ne vit pas que de babifoute et de petit rosé qui fait du bien par où ça passe. Et le campigne n’est pas un cirque – c’est le campigne ; soit : le monde.

 

Dit autrement, Raôul, dans l’exégèse ferrandienne du moins, autorise aussi le drama. Entre deux blagues, il y a de la place pour l’émotion – voire pire. Les moments où on ne rit plus – ou plus autant, parce qu’on voit bien qu’en dessous il y a… quelque chose.

 

Alors évidemment, le sous-titre du jeu n’a pas viré la référence aux odeurs d’aisselles pour quelque chose du genre : « Un drame social poignant Télérama 5/5 ». Parce que ça ne serait pas très fun. Il se présente logiquement comme « le jeu de rôle qui sent encore et toujours sous les bras ». MAIS ! Mais… Il est donc possible, voire fructueux, de tenter quelque chose du genre pour donner vie aux personnages. Exercice d’équilibriste peut-être, mais bienvenu.

 

Et, si l’on y réfléchit deux secondes, ils s’y prêtent particulièrement bien, les Raôul – bien plus en tout cas que tous les Paladins-Voleurs-Nécromanciens de niveau 88/2/19 (oui, il y a eu un meurtre de demi-dieu depuis la dernière fois) de la Création. Parce que, pour un Raôul, les petits soucis du quotidien, ça compte à un niveau fondamentalle campigne est un univers impitoyable, plus que bien des donjons ; et les relations du Raôul aux autres sont au cœur même de l’histoire, et souvent sa famille aussi, la nana (ou le mec) et les chiards : le Raôul n’est pas solitaire, le campigne est par essence grégaire. Et on peut en faire plein de choses folles, du coup – peut-être même des trucs pas complètement stupides, si ça se trouve.

 

Et c’est une dimension du jeu (bien vue) qui ressort notamment de son illustration, mais avec plus ou moins de réussite, et ça j’y reviendrai un peu plus tard.

 

UN VRAI JEU (ALORS ATTENTION)

 

Tout d’abord, une autre chose folle – un point crucial de l’exégèse puis de la variation ferrandiennes : Raôul est un vrai jeu – il a toujours été un vrai jeu, dès l’édition princeps, et l’est encore maintenant. Ce n’est pas qu’une blague, un truc (très) rigolo à lire : c’est un vrai jeu. Jouable. Avec des joueurs. Qui jouent.

 

Alors, sans se faire d’illusions, hein : Raôul ne se prête pas exactement au jeu en campagne (alors que de campigne à campagne...) – ni même au one-shot qui s’éternise. Il est calibré pour des parties courtes et vives, qui ne demandent pas de préparation, et, non, inutile de chercher des règles d’expérience (bande de vautours). Un coup d’un soir ? Peut-être – mais réalisé avec beaucoup d’attention, beaucoup de soin ; de sorte en fait que peut-être un peu plus qu’un coup d’un soir quand même, mais à consommer avec modération, pour que ça reste rigolo.

 

À propos de « à consommer avec modération »… C’est une évidence, hein. Mais peut-être de ces choses qui vont sans dire mais mieux en le disant. En mon temps (mais pas à l’époque héroïque, plus probablement aux environs de l’an 2000), j’avais lu l’édition originale de Raôul, trouvé ça très rigolo, et eu envie d’en faire une partie au débotté, lors d’une soirée, avec moi en Gros Con (GC, pour Maître de Jeu – le mérite de la franchise) complètement bourré, et des joueurs complètement bourrés. Genre immersion Pastaga, hein, warf warf…

 

Sauf que non. Ne surtout pas faire ça. C’est atroce. Pas drôle. Tout ce que Raôul ne doit pas être.

 

J’étais jeune et un Petit Con (Maigre, à l’époque, c’est fou), je suis moins jeune aujourd’hui (et beaucoup moins maigre) – j’ai sans doute régressé pour plein de trucs, mais là, maintenant, pour ça, je sais. Du vécu. Envisager Raôul comme un vrai jeu, ce qu’il est, ça implique aussi de le prendre au sérieux – la base pour en tirer des bonnes blagues.

 

Maintenant, cette précaution étant assurée, Raôul se prête bien à la FRANCHE DÉCONNADE. Je ne suis pas exactement fana des « rituels » en jeu de rôle, des costumes ou truc, mais là ça s’y prête particulièrement bien – tant que ça ne phagocyte pas le jeu mais vient, d’une certaine manière, l’assister, lui prêter main forte. Bob Ricard et barbeuc sont donc dans l’ordre des choses – mais n’abusez par sur la sangria, quoi. Et tout va bien – d’autant qu’il y a quelques mécaniques dans le jeu qui incitent à tout ça, genre une boucle de rétroaction de la beauferie version systémique complexe.

 

Mais tout ceci n’a cependant rien d’évident. Tout est là pour que l’on puisse jouer à Raôul. Davantage, en fait, que je ne m’y attendais – bien plus, oui. Mais est-ce vraiment jouable ? Je suppose que oui, dans l’absolu – je ne suis pas certain d’y arriver moi-même, ceci dit ; que ce soit en tant que Gros Con ou en tant que Raôul (PJ, du coup). Bon, on verra.

 

UN COUP D’ŒIL D’ABORD – DISCRETOS

 

Ramage et plumage – à quoi ça ressemble, Raôul, 2e édition, côté plaisir de l’œil ? Eh bien, c’est variable, trouvé-je.

 

Côté illustrations, nous avons affaire à trois auteurs, qui ont chacun leur style, très différent. Bien sûr, la couverture signée Simon Labrousse est Vachement Cool – Conan le Plagiste, ça cause à tout le monde. Dans son registre, ça marche très bien, au point où, mirac’ ! Je ne regrette finalement pas la cultissime couverture de Manu Larcenet (dans un style ô combien différant, mais ô combien chouette)

 

Les illustrations intérieures… C’est autre chose. Et là je ne me souviens plus ce que ça donnait dans la première édition, je ne peux pas comparer, du coup. Mais nous avons donc deux dessinateurs à l’intérieur – qui ne me font pas l’effet d’un Manu Larcenet (« c’était mieux avant », dicton très commun chez les Raôul).

 

Il y a Augustin Rogeret, qui signe aussi l’écran. Du dessin humoristique relativement banal sans doute, mais plutôt efficace – c’est dans le ton, ça ne brille sans doute pas par la subtilité, mais c’est (hyper) coloré et rigolo, ce qu’il faut.

 

Et il y a Monsieur Le Chien… et là j’ai davantage de mal. Il signe les illustrations plus « sérieuses », celles où le rire ne prime pas – avec un côté « tranches de vie dans le campigne », par opposition à la caricature outrée des illustrations rigolotes d’Augustin Rogeret ; du coup, les couleurs sont délibérément plus ternes, tout ça ; et ça n'est pas drôle, ou pas vraiment. Dans le principe, c’est intéressant – ça appuie sur la dimension drama du jeu, alors ça fait sens. Mais la réalisation ne me parle pas : ultra-subjectivement, je trouve ça plutôt moche, et de manière plus générale ça ne m’évoque rien, ça ne suscite aucune réaction chez moi – je tourne la page, comme si c’était du vulgaire remplissage, et ce n’était certainement pas l’objectif… Bon, faut voir, hein – mais moi…

 

Et le texte ? Sans rentrer dans le fond pour l'heure ? C’est la traditionnelle séance de décoquillage (on est à la plage, merde) de mes chroniques, également connue sous le sobriquet affectueux « Pissage dans un Violon ». Bon, c’est pas parfait, quoi… Raisonnable, c’est pas du 7e Cercle (oups…), mais c’est pas parfait. Avec des corrections visiblement mal intégrées (genre deux fois le même verbe mais à des temps différents dans la même proposition, ça revient régulièrement), et quelques autres bizarreries en sus – à moins bien sûr que le nom ésotérique du Campigne des Flots Bleus de la Mer soit bel et bien à la fois Mawenka et Wakenda, fonction des chapitres, c’est peut-être une blague, mais j’ai un humour de merde de toute façon.

 

Et, en fait d’humour, la lecture de ce Raôul nouveau est-elle drôle ? Eh bien, dans l’ensemble, oui – et parfois vraiment beaucoup. Mais pas toujours – des fois, c’est inutilement lourd, trouvé-je, et ça se traîne un peu ; mais, certes, sur la durée, l’exercice est forcément périlleux… Sauf que, pour le coup, ce sont les chapitres de bac à sable qui s’en tirent le mieux à mon avis probablement pas si humble que cela (la description par le menu du campigne, les synopsis, quelques PNJ) ; et comme c’est en fin de (bref) volume, et pour plus de sa moitié, ça remonte la note de l’ensemble – qui peinait un peu au démarrage, je trouvais ; bon, ça va, alors.

 

(Je note un truc au passage : c’est bourré d’allusions plus ou moins cryptiques au microcosme rôlistique françouais – je n’y suis sans doute pas assez intégré pour tout piger, loin de là, mais c’est un procédé qui m’a quand même tiré quelques ricanements, hin hin hin. Je ne sais pas du tout s’il y avait de ça dans la première édition, à l’époque j’étais innocent ; j’en doute un peu. Mais, pour le coup, ces clins d’œil échapperont sans doute pour la plupart aux innocents d’aujourd’hui, il y en a forcément – malgré la gabegie socialo-communiste et féminazie.)

APÉROCALYPSE CAMPIGNE (SYSTÈME A SON IMPORTANCE©)

 

Bien sûr, un jeu de rôle, c’est d’abord et avant tout le Système, hein – qui matteurse, tout le monde le sait. Pour le coup, Raôul ne va certes pas s’embarrasser avec des trucs compliqués, des scores partout qui servent à rien, des listes de compétences incluant le pilotage de bulldozer et la pratique écrite du gallo, et même des dés aux formes bizarres (pourtant une part essentielle du fun rôlistique ; franchement, les d6, c’est bon pour les Petits Chevaux). Ceci étant, pour autant que je me souvienne (c’est-à-dire : très mal), cette 2e édition est tout de même plus réfléchie et approfondie à cet égard que la première, et offre en tout cas un « nouveau » système, au-delà de quelques apparences de déjà-vu.

 

Et Raôul est donc maintenant un jeu « motorisé par l’Apérocalypse », c’est-à-dire une adaptation campignesque de l’Apocalypse World de Vincent D. Baker. Ce qui ne me dit pas forcément grand-chose, car, fondamentalement réactionnaire sans doute, j’ai pour l’heure réussi à passer à côté de toutes les apocalypseries ; c’est que chuis un rebelle, moi, je me laisse pas avoir par la hype (Don’t Believe the Hype) (old school). Enfin, presque, puisque j’avais bien jeté un œil à un (plus ou moins) dérivé : Tremulus. Ça ne m’avait pas parlé – sans doute parce que je n’y avais pas compris grand-chose (la VO anglaise n’aidant pas), voire rien du tout (et j’avais un souci avec le ton – pour le coup, sur ce tout dernier point, je suis quand même vaguement un tout petit peu sérieux). Oui, un de ces jours, il faudra rattraper ça – avec le bon jeu...

 

Mais l’Apérocalypse donc. Au commencement étaient trois Caractéristiques, pour le coup (sauf erreur) reprises de la première édition de Raôul : le Gras (pour les actions physiques), la Moelle (intellect et perception), et le Culot (social) ; chacune de ces Caractéristiques a un score de 4+, 5+ ou 6+, sachant que plus c’est bas, mieux c’est (les scores sont, euh, un peu bizarrement, ou pas car c’est donjonnesque, dérivés de l’Origine ethnique du Raôul...).

 

En effet, chacune de ces Caractéristiques se voit associer deux Actions (par exemple, pour le Gras, « Encaisser comme un homme » et « Cogner là où ça fait mal »), sans sous-score spécifique. Tous les Raôul peuvent donc employer ces six Actions de base, à partir des scores de leurs Caractéristiques. Pour cela, ils jettent 3d6 (comme aux Petits Chevaux) : chaque dé qui donne un résultat supérieur ou égal au score de Caractéristique compte pour une Réussite. Et, sur cette base, deux possibilités : soit on se fie à une table déterminant des effets précis en fonction du nombre de Réussites obtenu (donc zéro, une, deux ou trois ; ce sont des effets prévus à l’avance, listés dans le bouquin, indépendamment du contexte précis de l’action, et c’est donc un appel marqué au rebondissement et à l’improvisation), soit on use d’un système plus souple ou en tout cas plus généraliste, à base de « non » (aucun succès), « oui, mais... » (un succès), « oui » (deux succès), et « oui, et... » (trois succès top du top). C’est l’essentiel, et, comme vous le voyez, ça ne prend pas exactement beaucoup de place sur la fiche de perso.

 

Mais, outre l’Origine, d’autres traits, éventuellement générés aléatoirement (parce que les tables, c’est cool), personnalisent un peu plus le personnage (j’adore écrire des trucs du genre « personnalisent un peu plus le personnage »). Ainsi, le Mode de vie (de la tente minable qui prend l’eau à la maison de campigne avec tout le confort moderne) détermine le score de Baraka – en fait inversement proportionnel aux brouzoufs du Raôul. Plus la Baraka est élevée, plus on tire en début de partie de ces rigolotes petites cartes (héritées au moins en partie de la première édition ; on les trouve ici en planches cartonnées), qui permettent d’avoir un bonus ponctuel ou de créer un effet rigolo dans la narration ; par exemple, « Gourmette perdue », étant une atteinte fondamentale à la Classe Naturelle du Raôul, fait que ses jets de Culot ne se font plus qu’avec 2d6, etc.

 

Il y a ensuite le Métier, qui donne droit à une septième Action, spéciale, en plus des six Actions de base dont dispose tout Raôul. Ces nouvelles Actions fonctionnent sur le même principe que les précédentes, et ont généralement un nom éloquent. Par exemple, un personnage chauffeur (de taxi, routier, etc.), pourra utiliser l’Action de Moelle intitulée « Si, si, je l’ai entendu à RMC » pour se rappeler d’un truc et/ou convaincre les autres qu’il dit la vérité, tandis qu’un ouvrier sur une chaîne de montage se régalera à employer son action de Culot « Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! », l’occasion pour ses potes de lui filer un coup de main déterminant en situation plus ou moins critique – solidarité avec les camarades ! Tout ça, du coup, et un peu dans l’esprit des cartes de la Baraka, ça permet aux Raôul, davantage encore que les Actions de base, d’intervenir dans la narration végane et insoumise.

 

Puis vient le Passe-temps, qui offre quant à lui une occasion de relance sur une Action déterminée. Par exemple, un téléspectateur chevronné saura faire bon usage de sa relance « J’en rate pas une miette » sur un jet raté de « Faire gaffe à ce qui se passe ».

 

Dernier point de la création de personnage, mais pas « technique » : la Situation familiale, qui permet avant tout de créer des liens et éventuellement des PNJ. C’est très important, donc.

 

Et. C’est. Tout. Au Campigne des Flots Bleus de la Mer, on est pas du genre à se faire chier avec des PV (et des règles de baston plus généralement), du multiclassage, des bonus d’armure, des cyberjacks, de l'inventaire avec encombrement, des jauges de SAN, des XP et toutes ces conneries d’intello, bordel. Là t’as ton Raôul, à toi de le faire vivre – t’es un bonhomme ou t’es pas un bonhomme ?

 

Ah, d’ailleurs, tant que j’y pense – puisqu’on parle de bonhomme : le Gros Con ne jette jamais les dés, seuls les Raôul le font ; du coup, les PNJ n’ont pas besoin de caractéristiques chiffrées machin. Autant pour le bruit des dés derrière le paravent (et du coup, l’écran du GC ne contient pas la moindre technique de son côté, mais seulement des tables pour générer des PNJ, des situations, ou truc – euh, oui, du coup, en jetant éventuellement des dés, mais c’est pas pareil, c’est un bon, lui il a le droit).

 

C’est simple, c’est élégant (enfin, peut-être un autre adjectif, oui), c’est souple sans être creux, ça a pour but essentiel de susciter et jouer des situations rigolotes à base d’improvisation sauvage et participative®, et ça implique tout le monde dans la joie et la bonne humeur. Rien d’ultra-bandiforme, non, pas de révolution ludico-narrative, mais sans doute pile poil ce qu’il fallait pour Raôul.

 

SOCIOLOGIE DU CAMPIGNE À L’HEURE DU BARBEUC (ET LE CUL DANS LA GLACIÈRE) (ON EST BIEN, LÀ) (DÉCONTRACTÉS DU GLAND)

 

Ceci étant, à ce stade, ça n’est pas non plus über-folichon-enthousiasmant. Et, comme dit plus haut, l’humour mêlé à la technique, même simplissime, peine un peu à faire sourire dans ces pages – enfin, moi, j’ai trouvé, en tout cas.

 

Une dimension qui se vérifie aussi, j’ai l’impression, même si ça fait un peu office de transition, avec le scénario d’introduction « Les Raôul à la mer », qui débute par un embouteillage (oh ?) et s’achève sur une chasse au trésor dans la fistule de la Bretagne (je crois que c'est au moins pour partie repris de la première édition). De temps en temps un vague sourire, oui, mais…

 

(Soit une Réussite.)

 

Heureusement, les choses s’améliorent ensuite, et sacrément même : c’est pour moi le gros atout de ce Raôul nouveau – un très beau bac à sable (rien que le nom sent les vacances), en trois parties, et qui pour le coup occupe plus de la moitié du bouquin (tant mieux). Je ne vais pas rentrer dans les détails, ça serait fâcheux pour la saveur...

 

Nous avons tout d’abord une visite guidée, longue et drôle, du Campigne des Flots Bleus de la Mer – à Plouerel Zu Kernel, donc. Avec son passé inquiétant, sa direction un peu nazie (mais c’est parce que les uniformes étaient classes, quand même, on peut pas dire), sa ségrégation entre les bleu-bites, les occasionnels et les habitués (une discrimination fondée sur les impératifs de la nature, si t’es pas d’accord c’est que t’es un bisounours gauchiss’ de l’anti-France abruti par les merdias #RéveillezVous), et tant d’autres choses réjouissantes, incluant les toilettes. Des hauts, des bas, mais globalement c’est amusant (parfois vraiment beaucoup) et utilisable.

 

Mieux, mon chapitre chouchou : « Le drame quotidien du campigne », ou une vingtaine d’idées d’aventures palpitantes, dans le contexte du Campigne des Flots Bleus de la Mer, incluant synopsis, scènes possibles et conseils. On y trouve de tout, et même du parfaitement improbable. C’est bourré de chouettes idées, c’est vraiment drôle, et là encore directement utilisable. Vingt pages de bonheur au campigne (à défaut de dans le pré). Parfait.

 

Quelques pages enfin, avec des idées de PNJ surnuméraires, bleu-bites, occasionnels et habitués ; ça m’enthousiasme moins que ce qui précède immédiatement, mais ça reste bien.

 

Globalement, ça le fait, donc – parce que ce gros bac à sable, c’est que de la joie. Merci pour ce moment.

 

CADEAUX BONUX

 

Et quelques trucs en sus. Alors, bon, sans même parler des spécificités de la très, très brève précommande participative©, incluant bob, authentique barbecue en pdf et même une glorieuse sentorette (j’avais pas la moindre idée de ce que ça pouvait bien être, une sentorette).

 

Il y a les cartes de Baraka, en dur, et l’écran, en dur aussi – et dont j’ai déjà parlé.

 

Il y a aussi le Grand Bingo Raôul (qui commence forcément par « Je suis pas raciste, mais... »), et ça c'est tout bonnement putain d’indispensable.

 

En fait, j’ai rien de plus à dire concernant les cadeaux Bonux, mais je savais tout au font de moi qu’il fallait que je consacre une section à part de cette chronique bien trop bavarde, tout à la gloire du Grand Bingo Raôul.

 

C’EST LA CHENILLE QUI REDÉMARRE

 

Bilan globalement positif, comme on dit. J’ai eu quelques vagues hésitations concernant le ton, qui ne parvenait pas toujours à me faire rire, au début, même s’il essayait visiblement très fort – et il y avait donc ma perplexité devant les illustrations de Monsieur Le Chien. Mais le système fait bien le job, comme on dit là aussi, étant à propos et propice aux rebondissements rigolos.

 

Puis vient le feu d’artifice du bac à sable au Campigne des Flots Bleus de la Mer, entendu largement – et là j’ai beaucoup, beaucoup aimé. Laelith ? Chicago by night ? Seattle 2072 ? N’essayez même pas, c’est pas la peine : il y a le Campigne des Flots bleus de la Mer, et c’est forcément supérieur.

 

Maintenant, est-ce jouable, tout cela ? Je crois en tout cas que tout a été fait dans ce sens. Et que, sous cet angle, le Raôul nouveau est bien plus jouable que ne l'était l'ancêtre. Pas seulement un bouquin rigolo, donc. Ceci étant, jouer à Raôul implique sans doute de prendre quelques précautions... Quant à moi, j'en prends bonne note, et on verra ; clairement, je n'en fais pas une priorité... Mais j'ai apprécié ma lecture, et, oui, malgré tout, j'en suis ressorti en constatant que c'était bel bien jouable.

 

Alors bien ! Cool Raôul, quoi.

 

...

 

Au commencement était Raôul, et Raôul était en Dieu, et Raôul était Dieu.

 

Et Raôul regarda la nouvelle édition du jeu de rôle à Sa gloire, et Il regarda de plus près le Campigne des Flots Bleus de la Mer, et Il vit que cela était bon.

 

Amène (les merguez).

 

(Tant qu’y a d’la braise).

 

(Etc.)

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