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Retour sur Titan, de Stephen Baxter

Publié le par Nébal

Retour sur Titan, de Stephen Baxter

BAXTER (Stephen), Retour sur Titan – 3685 apr. J.-C., [Return to Titan], traduit de l’anglais par Éric Betsch, Saint Mammès, Le Bélial’, coll. Une heure-lumière, [2010] 2018, 157 p.

Seizième titre de la collection « Une heure-lumière » ! Mazette… déjà ?! J’ai quasiment l’impression qu’elle a été lancée avant-hier… Bon, bref : c’est l’occasion d’inscrire au catalogue de cette globalement très bonne collection de novellas un auteur que j’ai pas mal pratiqué, à savoir Stephen Baxter. Avec un texte dans un registre passablement « hard science » qu’on lui connaît bien, et pas si fréquent dans la collection (je ne vois guère que de deux vagues précédents, probablement Cookie Monster de Vernor Vinge, et Cérès et Vesta de Greg Egan, même si pour le coup c’était du Egan ultra-light et sans gluten, très bien quand même).

 

Et, à ce propos, sans doute faut-il commencer par donner quelques précisions quant à l’inscription de ce court roman dans la bibliographie de l’auteur ? Son titre ne doit en effet pas nous tromper : a priori, Retour sur Titan n’a aucun lien avec le roman Titan, deuxième titre de la « trilogie de la NASA » ; le satellite de Saturne est bien au cœur de ces deux récits, obviously comme disent les Français, mais c’est tout. Par contre, Retour sur Titan est lié au « cycle des Xeelees », dont l’essentiel est publié en français aux mêmes éditions du Bélial’ – et dont je n’ai lu que les deux premiers volumes, Gravité et Singularité, qui ne m’ont pas vraiment enthousiasmé… En fait, le seul roman de Baxter associé aux Xeelees à m’avoir vraiment emballé est « hors-cycle », c’est Exultant, le deuxième roman de la « trilogie des Enfants de la Destinée » (le bonhomme est à peine un peu compliqué, des fois !). Connaître tout cela n’est probablement pas un prérequis pour lire Retour sur Titan, mais nombre d’allusions, etc., risquent d’échapper au lecteur – ce qui a été mon cas, d’ailleurs, parce que les lectures évoquées remontent tout de même à pas mal de temps…

 

Nous sommes donc en 3685 – et, après avoir pas mal ramé, la conquête de l’espace tend alors à devenir une réalité très concrète, ceci surtout grâce aux inventions du brillant Michael Poole, à base de trous de vers et tutti quanti, le savant ayant bénéficié de la thune du paternel Harry Poole, et tous deux ayant engrangé encore plus de caillasse en conséquence. Désormais, les voyages au sein du système solaire, et éventuellement au-delà, ne prennent plus que quelques heures – le cosmos est incommensurable, mais, à l’échelle de l’homme, il a sacrément rétréci.

 

Mais nos ingénieux capitalistes sont par nature en mode « TOUJOURS PLUS ». Et, dans le système solaire même, il y a comme un point noir, un objet dont ils soupçonnent l’importance cruciale, et sacrément rémunératrice, et ils enragent d'autant plus de ne pas y avoir accès : il s’agit de Titan, le satellite de Saturne – où l’on sait depuis longtemps qu’il y a de la vie. Mais on subodore que cela va au-delà – qu’il n’y a pas seulement de la vie sur cette lune, mais aussi de la sentience ; et, dans ces conditions, les institutions humaines proscrivent toute ingérence, qui pourrait être fatale à l’écosystème du satellite.

 

Les Poole, en bons entrepreneurs/prédateurs, ne comptent pas se laisser brider par des régulations – forcément. Mais leur plan pour passer outre est passablement chelou, impliquant notamment d’enlever (?!) un « gardien de la sentience » pour Titan, Jovik Emry, qui est une pauvre merde, un dilettante lamentable ; ceci afin de se rendre, avec lui et deux autres (dont surtout Miriam, une scientifique dont la soif de connaissances a quelque chose de presque aussi rapace que la cupidité capitaliste des Poole), sur le satellite de Saturne, et voir par eux-mêmes ce qu’il en est – puisque les sondes ne durent pas sur cet astre. Mouais… Honnêtement, déjà au niveau de ce postulat, ça coince pas mal…

 

Vous vous en doutez, tout ne va pas se passer comme sur des roulettes : il y a bien une raison derrière la disparition de toutes ces sondes, et il y a forcément de la sentience sur Titan. Dès lors, la novella oscille entre récit catastrophe spatial façon Apollo XIII et exploration planétaire bourrée de révélations scientifiques, essentiellement d’ordre biologique (il y a un écosystème extrêmement complexe, comme de juste) mais pas que, pointant vers une Ultime Révélation Consistant En Gros Sense Of Wonder Dans Ta Face – un schéma relativement commun chez l’auteur.

 

En fait, pas mal de choses, dans Retour sur Titan, sont du Baxter typique – et je crains que, me concernant, ce soit pour partie ce qui m’a tenu à l’écart de cette novella. On y voit Baxter « faire son truc » ; sur la base de personnages globalement ineptes, et avec un style de la même eau, il accumule la Science Fascinante jusqu’à un finale tellement fou et intelligent et impossible et  pourtant si et grandiose, que le lecteur pris de vertige et limite les larmes aux yeux lui confère de bonne grâce l’absolution pour ses faiblesses récurrentes. Dans les meilleurs Baxter (comme, mettons, Voyage, Les Vaisseaux du temps, Évolution, Temps, Exultant…), les défauts basiques sont à ce point atténués que l’on s’en moque totalement ; dans d’autres moins réussis, la fin parvient éventuellement à sauver un roman autrement assez moyen et déficient par plein de côtés (je suppose que c’était le cas dans Espace voire dans Origine, par exemple, ou encore peut-être Coalescence). Ici ? Ici, outre que le style est vraiment, vraiment très utilitaire et parfois carrément lourdingue (je reviendrai sur les personnages ensuite), cela n’a pas fonctionné sur moi – le vertige est là, je suppose, déjà dans l’écologie de Titan, avant même que l’on ouvre la trappe littéralement au cœur du satellite pour en prendre plein les mirettes et bander du neurone, mais j’avais vraiment trop ce schéma en tête, ce qui m’a plus ou moins consciemment amené à « résister », peut-être ? Et peut-être une vague méfiance à l’encontre de la « méthode Baxter » m’a-t-elle incité à envisager Retour sur Titan de la sorte – après tout, ma plus récente lecture de l’auteur, Le Massacre de l’humanité, ne m’avait pas exactement convaincu… Du coup, j’ai eu une impression de… eh bien, de pétard mouillé, disons.

 

Il va de soi que mon ignorance en matière de sciences dures est problématique pour ce genre de lectures : parfois, je ne comprends tout simplement pas, et passe à côté de choses qui excitent les camarades plus au fait de ces matières – ça m’est arrivé à plusieurs reprises avec Greg Egan ou Peter Watts, surtout. Mais, avec Baxter, ça a souvent marché malgré tout, parce que j’entrevoyais généralement la signification du propos scientifique – quitte à le faire dériver vers la métaphysique, c’est fréquent avec le sense of wonder, notamment baxtérien, mais aussi clarkien, je suppose, etc. Cette fois ça n’a pas marché – et, oui, peut-être me serais-je montré plus réceptif avec davantage de connaissances en biologie (même si là, globalement, je crois que mes lacunes n’ont pas été si gênantes) ou surtout, disons, en astrophysique, pour le grandiose finale. Maintenant, il ne s’agit peut-être que d’excuses un peu navrantes à ce qui pourrait n’être qu’un défaut de concentration – après tout, je suis probablement passé à côté d’un élément du court roman détaché des seules connaissances scientifiques, sa dimension vernienne, je suppose que l’ami Gromovar a mis le doigt sur quelque chose à ce propos, et qui m’avait totalement échappé en cours de lecture…

 

Mais il est sans doute un dernier aspect à prendre en compte, ici – pas le moins du monde « hard science » : Stephen Baxter a choisi de mettre en scène des personnages tous plus détestables les uns que les autres. En temps normal, je n’ai aucun problème avec ça – j’aime bien, en fait : ça s’accorde avec mon pessimisme foncier, et ma méfiance envers les motivations humaines, quelque peu hobbesienne je suppose, même si c’est bien pédant de le formuler ainsi. Mais, dans le cas de Retour sur Titan, ça m’a bizarrement posé problème – sans doute parce que le côté haïssable des personnages laisse d’autant moins de prise à l’identification qu’ils sont en dehors de cela assez peu définis, et globalement inconsistants. Ce qui a d’ailleurs un impact sur la fin de la novella, quand, passé la vision vertigineuse, l’auteur nous enfonce brutalement la gueule dans la boue de l’humanité – ce qui est à la fois inévitable au regard de tout ce qui précède, et bizarrement pas convaincant du tout dans la forme… Peut-être en outre l'auteur en a-t-il trop fait ? C'était ce que je pensais à l'époque de... eh bien, de Titan, justement. Mais, depuis, Trump est devenu président, alors...

 

Non, Retour sur Titan ne m’a pas passionné. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une mauvaise novella – mais je l’ai trouvée plutôt médiocre. Trop médiocre. Baxter a sans l’ombre d’un doute fait bien mieux (s’il a quelquefois fait bien pire aussi). Ce court roman m’a même paru un peu fainéant – au sens où le contenu sense of wonder pâtit d’une formule un peu trop appuyée. Rien de scandaleux, mais rien d’enthousiasmant – est-ce Baxter qui fatigue, ces dernières années (cette novella date de 2010), ou est-ce que mes goûts ont changé ? Aucune idée – mais, après Le Massacre de l’humanité, ce Retour sur Titan m’incite encore un peu plus à me méfier… de cet auteur que j’ai vraiment beaucoup apprécié en d’autres temps, pas si lointains.

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chris 13/09/2018 13:51

Ah, cela m'a rappelé pourquoi je ne lisais pas Baxter. Ma seule expérience avec singularité avait été une catastrophe (finissant sur une mixture de sense of wonder new age). Il faudrait que je voie ce qui peut être intéressant hors de ce cycle.

Nébal 13/09/2018 15:16

Je n'avais pas aimé *Singularité* non plus, vraiment pas même (clairement le plus mauvais Baxter que j'ai lu), mais il a fait quelques très bons bouquins.