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Mardi 1 juillet 2008


MOORCOCK (Michael), Mother London, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Pugi, Paris, Denoël – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [1998, 2002] 2007, 679 p.

 

Je retire tout ce que j’ai pu dire sur Michael Moorcock. Enfin, tout ce que j’ai pu en dire de mal (par exemple ici, et indirectement ). Enfin, non, d’ailleurs, je continue de penser que ses cycles de fantasy sont écrits avec les pieds de la voisine et largement surestimés. Seulement, maintenant, je sais qu’il est capable d’écrire de bonnes choses. De très bonnes choses, même. Et de les écrire bien. Magnifiquement bien, même. Le petit mais joli London Bone m’avait déjà indiqué cette possibilité, confirmée ultérieurement par Déjeuners d’affaires avec l’Antéchrist. Mother London m’a enfin totalement convaincu du génie (si si) qu’est à même de déployer Moorcock, dès l’instant qu’il abandonne ses épéistes dépressifs. Parce qu’on est loin, très loin, on ne saurait être plus loin, ici, d’Elric et compagnie.

 

Je dois reconnaître, pourtant, que j’ai mis le temps avant d’aborder Mother London. C’est que c’est quand même un sacré pavé… et totalement dépourvu d’intrigue. De la part d’un auteur qui m’avait gavé dans ses cycles interminables, et qui ne m’avait vraiment séduit que dans la forme courte, ça me paraissait presque rédhibitoire. Mais les recommandations s’accumulant, j’ai fini par m’y jeter (plouf). Et cela fut bon.

 

Une précision, d’ores et déjà : en dépit du nom de l’auteur et de la collection (des collections, puisque Mother London a été publié en Lunes d’encre avant d’atterrir chez Folio-SF), j’ai franchement du mal à rattacher ce livre aux littératures de l’imaginaire en général et à la SF en particulier. Très honnêtement, c’est à mon sens un livre de « littérature générale », comme c’est qu’on dit, et un très bon, même. Le seul élément typique de la SF que l’on y retrouve est la télépathie des trois principaux protagonistes, mais celle-ci n’est pas vraiment fondamentale pour le récit, et n’est pas employée selon les codes classiques du genre (même si, à l’occasion, j’ai pu penser à l’excellent L’homme nu de Dan Simmons, bien autrement connoté cela dit ; et sans doute faudrait-il, avant de prendre clairement position sur ce point, que je lise notamment L’oreille interne de Robert Silverberg et L’homme démoli d’Alfred Bester, qui traînent depuis trop longtemps dans mon étagère de chevet…). Dans un sens, la plus grande utilité de la télépathie dans ce roman est d’ordre stylistique plutôt que narratif, les pensées environnantes des quidams venant régulièrement parasiter le récit, sous la forme de « bruits » confus, en italique, qu’il est impossible de rattacher à un personnage précis, les différentes pensées s’emmêlant sans cesse (pour un résultat étrangement poétique… qui m’a étrangement convaincu, moi qui suis en général fortement réfractaire à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la polésie, et qui voue aux pouètes une haine terrible, seulement égalée par mon exécration des adolescents, des couples, des gens heureux, des « journalistes », a fortiori télévisés, et des supporters de football/rugby/langues régionales). Peut-être faut-il alors considérer que c’est cette « transgression » stylistique qui justifie le rattachement aux « transfictions » évoquées par Francis Berthelot dans sa Bibliothèque de l’Entre-Mondes ? Mother London figure bien dans ce guide de lecture, mais, encore une fois, l’argumentaire ne m’ayant pas vraiment convaincu…

 

Passons. C’est une affaire d’étiquetage, sans conséquence en tant que telle. Mais je dirai simplement que les inconditionnels de la SF, réfractaires par principe à tout ce qui est labellisé « mainstream » (… c’est-à-dire, généralement, ce qui n’est pas labellisé du tout), ne vont probablement pas trouver leur bonheur dans ce livre, en dépit de l’auteur et de la tranche gris-métal. Et on reconnaîtra volontiers que c’est un livre « exigeant », comme on dit, qui réclame un brin d’efforts de la part du lecteur (au moins dans un premier temps), et dont la force indéniable est en même temps passablement mystérieuse. Quand je lisais ce livre, je savais que je l’aimais beaucoup, tout en étant à peu près incapable de dire pourquoi… Et je ne suis pas certain d’en être beaucoup plus capable aujourd’hui.

 

Mother London nous invite à suivre tout au long de leur vie ou presque trois personnages hauts en couleurs, tous trois télépathes (et pour cette raison souvent considérés comme fous et multipliant, à tort ou à raison, les internements dans des institutions psychiatriques) et tous trois profondément marqués par le Blitz.

 

Mary Gasalee, ainsi, fut gravement blessée lors d’un bombardement au cours duquel son jeune époux trouva la mort ; elle parvint à sauver sa petite fille, destinée à devenir un écrivain à succès, mais plongea quant à elle dans un mystérieux coma de quinze ans, au cours duquel elle n’a pas pris une ride ; elle vivait alors dans le Pays des Rêves, avatar féminin de Peter Pan, côtoyant le Peuple du Soleil, des stars hollywoodiennes de bon conseil…

 

David Mummery est né à la veille du Blitz, et n’en est réchappé que miraculeusement. Issu d’une famille de grands serviteurs de l’Etat, ce qui l’a amené à fréquenter dès son plus jeune âge le 10 Downing Street, il est finalement devenu journaliste et écrivain, spécialisé dans le folklore londonien.

 

Josef Kiss, enfin, l’excentrique dodu, entretint tout au long de sa vie une relation trouble avec le métier de comédien, et emprunta au cours de sa carrière bien des identités, de même qu’il logea dans d’innombrables appartements disséminés dans les quartiers les plus interlopes de Londres. Mais son heure de gloire, ce fut bien l’époque du Blitz, quand, de manière officieuse, il trouva enfin une utilité à sa faculté télépathique, pour repérer les blessés sous les décombres.

 

Ces trois personnages se croisent sempiternellement, du Blitz au mandat de Margaret Thatcher en passant par les swinging sixties, au travers d’incessants allers-retours entre le passé et le présent (chaque chapitre des deuxième, troisième, quatrième et cinquième parties correspond en principe à une année ; nous passons ainsi progressivement de 1957 à 1985, puis de 1956 à 1940, puis de 1940 à 1970, et enfin de 1985 à 1959). Mother London est ainsi dénué d’intrigue à proprement parler, il ne suit pas une trame linéaire, mais présente dans un ordre qui n’est véritablement confus qu’en apparence une succession de tranches de vie, qui s’éclairent mutuellement au fur et à mesure, dressant ainsi au fil des pages le portrait fascinant et en même temps si humain de ces trois personnages et, derrière eux, tout autour d’eux, de la véritable héroïne du roman : Londres.

 

Je dois dire que j’ai tendance à croire, bêtement peut-être, que seul un Londonien est à même d’apprécier totalement Mother London, de saisir parfaitement ce que Moorcock y développe. C’est que les références historiques, géographiques, culturelles, etc., abondent, dressant un saisissant portrait de la capitale anglaise, ne négligeant aucun aspect. Mother London a ici quelque chose de pictural, et en même temps très humain, très vivant ; c’est que Moorcock a su créer de superbes personnages, crédibles et attachant dans leur différence, et offrant un prétexte idéal à une multitude de tableaux de toute beauté. Certaines scènes, du coup, marquent durablement, ainsi la défense du ranch du 10 Downing Street par le cow-boy David Mummery, cet infirmier qui dévore un épisode de Captain Marvel en veillant Mary Gasalee qui erre au pays des rêves, ou encore Josef Kiss grimpant dans un palmier et refusant d’en descendre. Mais les scènes du Blitz sont, à mon sens, de très loin les plus frappantes. L’évocation de cette période hautement traumatisante est très fine, et son ombre plane sur l’ensemble du roman (voire de l’œuvre de Moorcock ; je comprends un peu mieux, maintenant, l’étrange préface de Jacques Goimard au « cycle d’Elric », quand bien même elle me paraît toujours assez capillotractée…). Moorcock, bien sûr, montre bien toute l’ampleur de ce drame, toute l’horreur des bombardements massifs, des V1 et V2 frappant quand on ne les attend pas, des corps meurtris ensevelis sous les décombres ; mais il sait éviter de verser dans le pathos, et garder à tout cela une dimension humaine remarquable… en ne lésinant éventuellement pas sur l’humour, d'une délicieuse manière so british. Que l’on pense à cette scène extraordinaire où les sœurs Scaramanga assistent prostrées au premier bombardement massif sur Londres, le souvenir de Guernica en tête, puis se voient contraintes de placer tous leurs espoirs en Josef Kiss, sauveteur improvisé et « illégal », qui les libère d’une bombe non explosée d’une manière on ne peut plus burlesque…

 

Alors, certes, Mother London est déroutant. L’absence d’intrigue, la construction audacieuse (plus ou moins en miroirs), les changements de points de vue (et éventuellement de personne : nous suivons régulièrement David Mummery écrivant ses mémoires à la première personne, là où le reste du roman est généralement à la troisième personne), le parasitage du récit par des « bruits » télépathiques, des poésies ou des chansons de corps de garde, tout cela commence par effrayer, voire noyer le lecteur dans un étouffant maelström d’émotions contradictoires, de discours sans queue ni tête et de visions colorées. Mais heureusement, la finesse de la plume de Moorcock (j’ai toujours du mal à croire que c’est au même auteur que l’on doit les insipides Elric et compagnie !) et sa profonde humanité font que l’on abandonne bientôt toute résistance, que l’on se laisse emporter dans cette vibrante évocation de Londres. Et, progressivement, ce ne sont plus tant les bizarreries stylistiques ou thématiques éparses qui déconcertent le lecteur, que la fluidité à laquelle parvient malgré tout Moorcock : tout au long de ces presque 700 pages, moi qui crains de plus en plus les pavés, et en dépit de l’absence « d’histoire » à proprement parler, je ne me suis pas ennuyé un seul instant, je n’ai pas trébuché sur la prose ou sur la construction, bref, j’ai été complètement possédé, envoûté, transporté...

Alors on peut bien le dire : Mother London est un grand, un très grand roman. Peut-être bien le chef-d’œuvre de Moorcock, effectivement.

par Nébal publié dans : Nébal lit des bons bouquins
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Samedi 28 juin 2008


MAMIER (Claude), Les contes du vagabond, préface de Patrick Eris, postfaces de Claude Mamier et Dul, Noisy-le-Sec, Malpertuis, coll. Brouillards, 2007, 253 p.

 

Retour à la folle séance de dédicaces de l’autre jour, avec ces Contes du vagabond de Claude Mamier. Je plaide coupable : en entrant dans la librairie, je ne connaissais ni l’auteur, ni son livre (ni même l’éditeur, d’ailleurs). La curiosité bibliophage (mes petits démons ne m’ont pas lâché, loin de là) m’a néanmoins incité à en faire l’acquisition. Le monsieur m’a fait une très sympathique dédicace, mais je n’ai guère pu m’entretenir avec lui (ma timidité maladive non plus ne m’a pas lâché, loin de là…). Après quoi, ici ou là, j’ai farfouillé un peu… et j’ai lu bien des choses flatteuses concernant cet ouvrage. Chouette !

 

Pourtant, pour être franc, je n’étais pas tout à fait convaincu, et je craignais même de n’être pas vraiment satisfait (voire pire) par ce recueil de nouvelles. Alors, déjà, oui, la couverture ne me paraissait pas du meilleur goût (les couleurs, surtout), mais, après tout, « don’t judge a boook by its cover », tout ça, et j’ai déjà lu bien des merveilles se cachant derrière des immondices paternostériens (entre autres), donc rien de rédhibitoire. Non, ce qui me faisait redouter le pire (bêtement, sans doute), c’était la genèse de cet ouvrage. Les contes du vagabond, deuxième recueil de nouvelles de Claude Mamier, est en effet le résultat d’un long périple autour du monde, au cours duquel ledit Claudio et son comparse Dul ont recueilli des dizaines et des dizaines de contes dans trente pays différents : un voyage de 1000 jours… et 1001 nuits, bien sûr (voyez plus de détails ici).

 

Or (attention, digression hautement dispensable contenant des vrais morceaux de 3615 Mavie, « fuyez, pauvres fous ! »), si les contes m’intéressent tout naturellement (enfin, plus précisément, la création mythologique, le folklore, etc. ; pour ce qui est de l’art du conteur au sens le plus strict, de l’oralité, je suis un peu moins enthousiaste, mais c’est sans doute à mettre en rapport avec mes bêtes préjugés contre la performance scénique en particulier et le contact humain en général…), les voyages, beaucoup moins. Je n’ai pas du tout l’esprit globe-trotter. Mais alors pas du tout. Casanier de tempérament, et qui plus est flemmard et asocial, j’ai toujours préféré le voyage autour de ma chambre à l’aventure autour du monde. Prévenons tout de suite les raccourcis nauséabonds : ce n’est certainement pas par fierté de coq de village (j’éprouve une jubilation puérile à souiller autant que possible le drapeau, la patrie et tout ce qui va avec, j’imagine que ça s’est vu…) et rejet des autres cultures… Loin de là, d’ailleurs : paradoxalement, la description d’autres cultures et d'autres lieux et les récits des grands voyageurs, de Marco Polo et Ibn Battûta à Peary, Scott, Amundsen et Schackleton en passant par Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan, Cook et compagnie, m'ont toujours passionné, et c’est d’ailleurs une des raisons expliquant mon attrait pour la science-fiction, notamment dans sa variante la plus ethnologique. Accessoirement, l’ethnologie est une discipline qui m’a toujours considérablement séduit (je me suis régalé à la lecture de Malaurie, Levi-Strauss, Evans-Pritchard, Malinowski, Clastres, Balandier, etc.), et qui m'attire encore aujourd'hui ; j’avais envisagé un temps de l’étudier (et je n’exclue toujours pas, à terme, d’obtenir un diplôme en anthropologie juridique, matière fascinante et hélas trop peu enseignée en France ; mais il existe néanmoins quelques passerelles – très hasardeuses sur le plan épistémologique, d’ailleurs, mais plus compréhensibles sur le plan global de l’utilité des « sciences auxiliaires du droit » – avec l’histoire du droit, ainsi qu’en témoignent des professeurs tels que Norbert Roulland ou, à Toulouse – et je ne le remercierai jamais assez, entre autres choses, d’enseigner cette matière en première année... en commençant par un conte japonais, d'ailleurs ! – Jacques Poumarède ; alors sait-on jamais…), mais le terrain, disons-le franchement, me fait peur… Je n’arrive à voyager – même en France ! – qu’au travers des livres ; le contact humain m’effraie, et « l’aventure » m’ennuie quand elle ne m’agace pas. Aussi n’ai-je que rarement mis les pieds hors de ma province… et n’ai-je quitté la France qu’à de bien rares reprises (trop rares, sans doute : Tunisie et Italie étant gamin dans un cadre organisé, yeurk ; Maroc et Espagne plus récemment et plus librement, avec plus ou moins de bons souvenirs ; pas vraiment « l’aventure », donc…). Parmi mes relations, les vagabonds ne manquent pas, pourtant… mais je ne peux pas les suivre dans leurs plus ou moins longs périples, et je me sens encore moins de partir seul. Malgré la propagande récurrente m’incitant à me bouger le cul (et je ne doute pas qu’elle soit sincère et désireuse de me sauver des flammes de l’enfer, i.e. l’obésité mélancolique, cloîtré dans mon cloaque étudiant) ; mais non : toutes ces destinations qui me font rêver (en vrac, le Japon et plus largement l’Extrême-Orient, mais aussi, allez, la Grèce, l’Egypte, la Turquie, ou encore l’Ecosse, le Canada, les Etats-Unis, la Sibérie, la Mongolie, le Groenland, l’Antarctique…), je ne peux me résoudre à m’y rendre. (En plus, je parie que la bouffe est bizarre, chez ces estrangers ; paraîtrait même que y’en aurait pour manger des escargots ou des grenouilles, yeurk…) J’ai bien, de temps à autre, des fantasmes bizarres, genre remonter la route de la soie ou la muraille de Chine, mais… non. Non, non, non. Dernier point : les récits de voyage qui m’intéressent sont généralement anciens ; à l’ère du village global, le voyage, plus accessible, me séduit peut-être encore moins. Et l’odyssée du routard, parfois (souvent ?) mêlée d’imposture pseudo-hippie, d’idéalisation résolument niaise et de condescendance bobo pour le non-occidental « qu’a su garder sa pureté, t’vois », ça, ça tend carrément à me les briser. D’autant que ces vagabonds-là, pour stigmatiser le bête touriste, ne valent souvent guère mieux à mon sens ; les slogans alter-mondialistes sans cesse répétés, la main sur le coeur et la barbe de trois jours (soigneusement entretenue pour être de trois jours, hein) n’y changent rien, c’est même à la limite encore pire.

 

Fin de la digression (pardon, pardon). Mais vous comprenez peut-être mieux maintenant pourquoi j’ai abordé ces Contes du vagabond d’un œil vaguement sceptique. Cela dit, vous savez depuis fort longtemps que Nébal est un con… En effet, ce bouquin, s’il n’est pas parfait, est néanmoins tout à fait sympathique : en ce qui me concerne, ce fut une bonne, et même une très bonne surprise.

 

Commençons par préciser que Les contes du vagabond n’est pas un recueil de contes, mais un recueil de nouvelles. Non, je ne pinaille pas ; j’entends simplement par-là que les contes relevés aux quatre coins du monde ne sont pas livrés directement à la face du lecteur, mais disséminés ça et là, parfois très discrètement, tout au long des neuf nouvelles (toutes inédites sauf une) généralement fantastiques (un brin de fantasy, juste un doigt de SF) qui composent ce recueil, et qui sont agrémentées de quelques photographies.

 

Les sept nouvelles du corps du texte sont encadrées par les deux récits de Vagabond à Liverpool, « Le conte des histoires du monde » (pp. 5-17) et « Le conte des pierres de la douleur » (pp. 221-235). En suivant le point de vue du fougueux Carlo, en manque de bastons footballistiques, nous y faisons la rencontre, dans un pub miteux, du mystérieux Vagabond, qui gagne sa pitance en racontant des histoires ; rien de plus opposés en apparence que ce manieur de mots et le hooligan bas du front… Mais celui-ci succombe pourtant au charme des récits de Vagabond, du premier conte rapportant toutes les histoires du monde, au dernier... et à ses conséquences imprévues. Ici, j’avouerai que le personnage de Vagabond m’a immanquablement fait penser au Sandman de Neil Gaiman ; c’est-à-dire à ce que Neil Gaiman a fait de mieux… Et les récits suivants, chacun dans un pays différent, et prenant souvent eux-mêmes la forme d’un voyage, partagent avec la géniale bande-dessinée cette atmosphère rare mêlant noirceur et crudité d'une part (l'humanité, où qu'elle soit, n'est guère envisagée sous un jour flatteur), et onirisme et symbolisme de l’autre.

 

La première « véritable » nouvelle, « Bokor Palace » (pp. 19-61), m’a littéralement bluffé. Nous y suivons Samrin, mi-Cambodgien, mi-Français, dans un périple en quête de ses origines, à partir de Phnom Penh, jusqu’à Bokor, ancienne station de villégiature de la bourgeoisie coloniale puis khmère, à la frontière thaïlandaise. Les exactions de Pol Pot et de ses sbires imprègnent encore durement le pays, et Samrin, en quête de son passé, affronte nécessairement les fantômes du drame cambodgien… entre autres. Un superbe récit, remarquablement adroit et juste, sachant traiter de l'identité et de l’horreur des Khmers rouges sans jamais tomber, ni dans le pathos, ni dans le racolage. Je ne crains pas de le dire : cette nouvelle m’a tout l’air d’un authentique chef-d’œuvre.

 

La suite, hélas, mais sans surprises, n’atteindra jamais à nouveau de tels sommets. Mais la plume de Claude Mamier, assez élégante, nous réserve encore de très bons moments. Je relèverai notamment deux excellentes nouvelles : la première, « Flammes de nos corps » (pp. 83-109), n’est pas sans rappeler « Bokor Palace », dans la mesure où nous y suivons, en Roumanie, un vieux rescapé de la Shoah confronté une nouvelle fois à l’officier allemand qui a autrefois anéanti sa vie ; la nouvelle est moins subtile que la précédente, peut-être un peu trop naïve dans sa conclusion, mais néanmoins très convaincante. Autre belle réussite, « Légendes de la Selva » (pp. 127-161), mêlant avec adresse trois intrigants récits amazoniens ; le deuxième, surtout, est une merveille : seule la conclusion à mon sens un peu trop abrupte de l’ensemble l’empêche d’atteindre le niveau de la première nouvelle, mais cela reste excellent.

 

D’autres récits sont tout à fait satisfaisants : « J’écris ton nom avec des ailes de papillon » (pp. 63-81), ainsi, est un très joli récit initiatique, celui d’une fuite en Turquie, cette fois, aboutissant néanmoins à du sens. Très correct. Il en va de même pour « L’image de mes désirs » (pp. 163-181), récit thaïlandais plus classique, sans doute, mais néanmoins convaincant.

 

Je serai un peu plus réservé concernant « Les cendres du monde » (pp. 111-125 ; c’est le seul texte à avoir été publié précédemment, en 2003 – et donc avant le voyage – dans l’anthologie Chimères, mais il s’agit là d’une version remaniée) ; cette quête initiatique africaine confrontant les hommes aux dieux n’est pas sans intérêt ni élégance, mais je l’ai trouvée tout de même un peu trop confuse…

 

La seule véritable fausse note dans ce très sympathique recueil… est en fait la nouvelle « française » intitulée « Je reviens » (pp. 183-219) : une vague anticipation zombifico-satanique au Père-Lachaise, très série Z, et qui détonne tristement dans l’ensemble, d’autant qu’elle se montre paradoxalement plus didactique dans sa dimension voyageuse, plus ou moins lourdingue dans ses références (Anton Lavaux...) et assez franchement « adolescente »… Peut-être dis-je des bêtises, mais je ne serais pas surpris d’apprendre que ce texte raté, pour n’avoir pas été publié précédemment, n’en est pas moins plus ancien que les autres. On n’y retrouve en tout cas rien de tout ce qui fait l’intérêt des plus belles réussites de ce recueil.

Mais cela ne saurait modifier excessivement le bilan : excellente surprise, donc, que ces Contes du vagabond aux antipodes de ce que je pouvais craindre. Alors je bats ma coulpe (oui, avec des orties fraîchement coupées), et je retiens le nom de Claude Mamier ; parce que ce vagabond-là est un conteur de talent, qui a bien des choses à nous rapporter.

par Nébal publié dans : Nébal lit des bons bouquins
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Mercredi 25 juin 2008


ROBINSON (Kim Stanley), Les Romans de Philip K. Dick, préface de Patrick Duvic, traduction [de l’américain] et postface de Laurent Queyssi, Lyon, Les moutons électriques, coll. Etudes et essais, [1984, 2000] 2005, 255 p.

 

Chose promise, chose due :

 

M. André-François Ruaud,

Dans le cadre de votre activité aux Moutons électriques, vous éditez des livres qu’ils sont ben chouettes. Mais, par pitié, faites des relectures ; embauchez un correcteur ! Vous ferez du bien à l’économie française et plus encore aux statistiques du Gouvernement, permettrez à un jeune imbécile de cotiser pour une retraite qu’il ne touchera jamais et, surtout, surtout, vous reposerez les yeux et les nerfs de vos lecteurs, et contribuerez ainsi à diminuer le trou de la Sécurité sociale. Vous l’aurez compris, Monsieur Ruaud : c’est à votre civisme que je fais appel. La France compte sur vous. La Nébalie aussi.

 

Cordialement,

 

Nébal (futur Empereur-Dieu de la galaxie).

 

Merci. Parce que là, quand même, y’avait comme qui dirait de l’abus. Comme qui dirait.

 

Mais bon. Passons.

 

Pour cette fois.

 

D’autant qu’on a pu constater des efforts de la part des Moutons, depuis quelque temps.

 

Les Romans de Philip K. Dick, donc. Un essai adapté de la thèse de Kim Stanley Robinson, l’auteur (plus tard) de l’excellente « Trilogie martienne » (complétée par le sympathique recueil Les Martiens) et des non moins excellentes Chroniques des années noires (… et des bien moins excellents Les quarante signes de la pluie et 50° au-dessous de zéro…). Bref : la rencontre de deux de mes auteurs de SF fétiches ; je pouvais difficilement passer à côté de ça… Et d’ailleurs, pourquoi aurais-je fait une chose pareille ?

 

… Il y aurait bien eu une raison, en même temps : la crainte de tomber sur du déjà-lu. C’est que l’on a beaucoup écrit sur Philip K. Dick, et fort bien à l’occasion : pour m’en tenir à ce que j’ai déjà pu évoquer dans ces pages, je citerai l’indispensable Invasions divines de Lawrence Sutin, ainsi que les Regards sur Philip K. Dick édités par Hélène Collon. On pourrait en effet se demander si Kim Stanley Robinson aurait quoi que ce soit à apporter de neuf… qui plus est dans une thèse déjà ancienne, puisque publiée originellement en 1984 (soit deux ans seulement après la mort du génial auteur d’Ubik et de Siva, entre autres merveilles). Mais soyons franc : cette crainte n’allait pas arrêter un dickien fanatique dans mon genre. D’où achat et lecture.

Et, en fait de déjà-lu anachronique, surprise : cet essai de Kim Stanley Robinson ne ressemble en rien (ou presque) à ce que j’avais déjà pu lire dans le genre. En effet, l’auteur adopte ici un parti-pris totalement différent : d’une part, ainsi que le titre de l’ouvrage l’indique, Kim Stanley Robinson ne s’intéresse ici qu’aux seuls romans de Philip K. Dick (pas les nouvelles ni les essais, donc) ; d’autre part et surtout, il se livre avant tout à une analyse critique, stylistique et thématique, collant aux textes, sans s’égarer dans les éclairages biographiques.

 

A priori, on pourrait considérer que c’est là une limite, une faiblesse de l’ouvrage : on sait bien, et Sutin, notamment, l’a confirmé, que les éléments autobiographiques fourmillent dans l’ensemble de l’œuvre dickienne, et que nombre de thèmes et procédés récurrents s’expliquent pour une bonne part par la vie de l’auteur : le traumatisme causé par la mort de sa sœur jumelle Jane, les relations conflictuelles avec sa mère, les difficultés sentimentales au long de ses cinq mariages et au-delà, les soucis financiers, les crises de dépression et de paranoïa, la drogue, « l’expérience religieuse » de 1974, etc. A l’occasion, un manque se fait donc sentir : on pourra ainsi trouver Kim Stanley Robinson assez léger en plusieurs endroits, notamment, pour ce qui est de la drogue, quand il traite du Dieu venu du Centaure et de Substance mort, par exemple, et, pour le trouble religieux, de la « trilogie divine », bien sûr (on notera par ailleurs que Kim Stanley Robinson ne traite pas de Radio Libre Albemuth, publié sans doute postérieurement ; il avait pourtant traité auparavant des romans « de littérature générale » de Philip K. Dick, et notamment des Voix de l’asphalte, le dernier roman de Dick à avoir été publié, tout récemment, auquel il consacre quelques intéressantes pages).

 

Mais, au final, ce parti-pris se révèle plutôt être un atout : la thèse de Kim Stanley Robinson ne sombre ainsi pas dans une (anachronique) redondance par rapport à Invasion divines, notamment, mais le complète utilement, et apporte un nouvel éclairage sur les romans dickiens, centré sur l’écriture pure et faisant fi du reste. Et Kim Stanley Robinson a néanmoins bien des choses à dire, souvent fort pertinentes. Il examine ainsi tous les romans de Philip K. Dick selon un plan chronologico-thématique très bien vu, avec une neutralité toute universitaire (l’auteur ne tombe pas dans l’admiration béate, il sait se montrer très critique à l’occasion, et même sévère parfois), et un remarquable talent pour l’analyse.

 

On en retiendra plusieurs éléments fort intéressants. Ainsi, si Kim Stanley Robinson, désireux de coller aux textes, ne s’attarde guère sur le contexte historique et politique général (il y aurait pourtant bien des choses à dire !), il réinsère par contre intelligemment Philip K. Dick dans l’histoire de la science-fiction, et dégage sa profonde singularité : il montre ainsi comment, pour diverses raisons, Dick fut un des premiers auteurs de SF à mélanger les thèmes dominants du genre dans ses romans, pour susciter un effet d’overdose particulièrement déroutant pour le lecteur ; on peut ici se référer à sa « table des éléments » composant le chapitre trois (pp. 54-75) : « dystopies ; mondes post-apocalyptiques ; extra-terrestres, robots et humains artificiels ; phénomènes psychiques ; voyage dans le temps ; colonies sur d’autres planètes ; uchronies ; vaisseaux spatiaux ; dérèglements de la réalité » (ce dernier thème étant la grande originalité de Dick, et le précédent très rare chez lui). Il en profite pour montrer en quelles circonstances le mélange fonctionne, et pourquoi, parfois, il ne prend pas ; il note au passage que le thème du voyage dans le temps, pourtant retenu par Pierre Versins dans son Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, certes datée, comme un thème fondamental chez Dick, ne lui réussit en fait guère, tombant souvent comme un cheveu sur la soupe et brisant parfois la cohérence du récit.

 

Mais il montre en même temps, et en cela Dick se distingue grandement de la plupart des auteurs « campbelliens », que la « cohérence » interne de ses œuvres, voire la rationalité, ne l’a jamais préoccupé outre-mesure (et Dick, ici, de mentionner l’influence déterminante de… Van Vogt. Certes, mais… bon, la poule à la dioxine a couvé un génial canard, on va dire…), de même que l’arrière-plan scientifique de ses récits est souvent très léger, ce qui amène à se poser, inévitablement, la question de la définition de la science-fiction… Sans en revenir au serpent de mer, on comprend néanmoins ainsi davantage l’hostilité affichée par certains auteurs ou critiques « classiques », notamment américains, à l’encontre de l’œuvre dickienne, et, en sens inverse, son plus grand succès dans une Europe moins imprégnée de la tradition de Gernsback et Campbell… ou, pour sortir de la seule référence géographique, et n’en déplaise aux intégristes, dans les rangs, aujourd’hui, d’une « littérature générale » qui l’avait pourtant rejeté de son vivant, à sa grande frustration. Et force est de constater que des romans tels que Le maître du haut-château ou Ubik, pour citer des classiques (le problème portant notamment ici sur l’ultime retournement, procédé pourtant typique des pulps et de la littérature de genre), mais aussi des ouvrages « mineurs », et notamment A rebrousse-temps, sont totalement inexplicables selon une grille d’interprétation classique en science-fiction. Certains critiques en ont été déroutés, et l’on peut suivre ainsi les errances de quelques-uns d’entre eux, et non des moindres, de l’admiration à la consternation, débouchant au mieux (ainsi chez Stanislaw Lem) sur la remise en question, au pire sur l’abandon pur et simple du vilain petit canard…

 

Sous cet angle, Robinson montre en quoi Dick, non content de se distinguer de ses illustres prédécesseurs jusqu’à susciter une certaine rupture (j’ai failli écrire « révolution paradigmatique »…), annonce parallèlement quelques évolutions ultérieures : ici, effectivement, Dick avait tout pour se poser en précurseur, sinon en parrain, de la New Wave of British Science-Fiction. Mais il est un autre aspect qui le rapproche de l’équipe de New Worlds : l’attention stylistique.

 

Oui, oui, nous parlons bien de Philip K. Dick.

 

On a souvent dit et répété que Dick « écrivait mal ». Assertion que j’ai toujours trouvé pour ma part très exagérée… Disons qu’on a souvent lu bien pire, notamment en SF… Mais il est vrai que, surtout dans ses premiers textes de SF et dans ses romans les plus alimentaires, Dick ne s’appliquait guère. Et je ne suivrai pas Jacques Goimard dans son analyse du style de Dick (pas inintéressante, mais quand même un peu poussée…). Il y a cependant des exceptions qui méritent d’être notées, et en premier lieu Le maître du haut-château, sur lequel Kim Stanley Robinson s’attarde un petit moment, et, à la même époque, Glissement de temps sur Mars. Plus tard, surtout, quand Dick prendra davantage son temps et s’aventurera sur les terres du réalisme avec plus de métier que dans ses laborieux romans de jeunesse, on peut mentionner également Coulez mes larmes, dit le policier et Substance Mort (voire Le Bal des schizos, un peu plus tôt) ; enfin, encore une fois, Siva et La transmigration de Thimothy Archer me paraissent franchement irréprochables, et même (osons, osons) très bien écrits. Kim Stanley Robinson, qui à vrai dire ne brille pas forcément lui-même par l’élégance (surtout dans ce texte austère, dont la traduction m’a par ailleurs paru assez douteuse…), décortique fort bien et avec une grande honnêteté le style et les méthodes d’écriture de Dick. Et c’est passionnant.

 

Il en va de même pour tout ce qui concerne le système de personnages (Laurent Queyssi y revient dans une sympathique postface, guère révolutionnaire cela dit) et la construction des intrigues. Mais, plus généralement, on suivra aussi le cheminement de Dick du politique vers l’ontologique, des premières dystopies sous forme de « vœux réalisés » aux troubles personnels des romans plus réalistes de sa fin de carrière, en passant par les dystopies que l’on ne saurait vaincre, mais dans lesquelles les personnages cherchent néanmoins à survivre, ou à éviter le pire. Certaines analyses, dans ce domaine, sont remarquablement fines, et Kim Stanley Robinson se montre en outre un excellent pédagogue : il révèle ainsi souvent des aspects qui m’avaient totalement échappé à la lecture de certains de ces romans, et qui me semblent désormais évidents (par exemple, la métaphore de l’écrivain de science-fiction dans Le temps désarticulé, comment ai-je pu ne pas voir ça…).

Et l’on pourrait continuer encore longtemps : l’essai de Kim Stanley Robinson est très riche, même si, à vrai dire, on en aurait souhaité encore davantage. Je ne le suivrai pas sur tout (certaines critiques me paraissent un peu trop sévères, d’autres trop enthousiastes – L’invasion divine, notamment, m’a fait l’effet d’un roman raté… –, la volonté de ne pas recourir à la biographie de Dick est parfois très contestable, et il en va de même pour certaines lectures – ainsi concernant l'aspect science-fictif de Siva, ou encore l’utopie et la dystopie, à l’occasion, ce qui m’a surpris, d’ailleurs, de la part de quelqu’un qui, ultérieurement, avec la « trilogie martienne », s’est montré si adroit pour traiter de ce thème). Mais le bilan est sans appel : Les Romans de Philip K. Dick est un essai très recommandable, foisonnant, pertinent, à peu près indispensable à tout amateur de Philip K. Dick qui se respecte (ou qui s’assume, comme vous voudrez).

par Nébal publié dans : Nébal lit des bons bouquins
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Dimanche 22 juin 2008


Bifrost, n° 49. Spécial Robert Silverberg, Saint Mammès, Le Bélial’, janvier 2008, 191 p.

 

J’ai longtemps hésité avant de rendre compte de mes lectures de Bifrost sur ce blog miteux, et je me suis abstenu pour plusieurs numéros. Et ce pour plusieurs raisons : déjà, invariablement, je les lis à la bourre (et cette fois ne déroge pas à la règle, désolé…) ; ensuite… eh bien, c’est une revue. Fiction aussi, me direz-vous, et pourtant j’en ai déjà causé à deux reprises… Oui, certes. Mais Fiction, comme c’est qu’y disent, c’est une anthologie périodique : on y trouve essentiellement des nouvelles, et quelques articles ; peu de rubriques à proprement parler. Une bonne partie de Bifrost, au contraire, est consacrée à la critique des parutions les plus récentes. Et là, que pourrais-je bien dire ? Mais il y a le reste : deux ou trois nouvelles, les articles de Fred Jaccaud et Roland Lehoucq, le dossier… Après tout, si je rédige des petites notes sur de minuscules ouvrages promotionnels comme les cadeaux du libraire pour Bragelonne (ici, ou ) ou Points-Fantasy (hop), je peux bien me fendre de quelques remarques sur Bifrost, non ?

 

Et c’est d’autant plus vrai en ce qui concerne ce n° 49, puisqu’il s’agit d’un numéro « spécial Robert Silverberg ». Robert Silverberg, le dernier des géants comme on dit parfois ; un auteur incontournable… que j’ai pourtant contourné jusqu’à présent. Ce Bobby-là est sans conteste ma plus grosse lacune science-fictionnelle. J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer sur ce bête blocage dans un compte rendu qui n’avait rien à voir ; depuis, je n’ai toujours pas lu le moindre roman de Robert Silverberg… Cela dit, les choses se sont sans doute un peu améliorées, puisque L’Oreille interne ainsi que son Livre d’or de la science-fiction ont entre-temps intégré mon étagère de chevet. Et ce numéro spécial de Bifrost, que j’ai donc lu en parfait béotien, m’a incité à franchir enfin le pas : cela a en effet été l’occasion de noter quelques titres, sur lesquels il faudra bien que je me jette un jour ou l’autre…

 

On doit à Robert Silverberg lui-même quatre textes au sommaire de ce numéro spécial, deux nouvelles et deux articles (pas d’entretien, cette fois-ci). La première nouvelle, « Apprenti en sorcellerie » (pp. 6-28) prend place dans l’univers du « cycle de Majipoor », mais se lit très bien indépendamment ; c’est néanmoins un récit de fantasy banal au possible, à peu près dénué de tout intérêt… Pas le meilleur moyen de convaincre du talent de l’auteur, donc. La deuxième nouvelle est déjà plus intéressante, sans être transcendante pour autant : « L’Eglise à Monte Saturno » (pp. 46-75) est un récit fantastique correct, sans plus ; c’est téléphoné, mais il y a une atmosphère… Bon… A la limite, dans la partie fictionnelle, c’est encore Lucas Moreno qui s’en sort le mieux avec son « PV » (pp. 30-45) pourtant assez moyen… ce qui, quelque part, la fout un peu mal, quand même.

 

Heureusement, les articles de Robert Silverberg m’ont semblé bien plus intéressants. Et tout d’abord le surprenant et réjouissant « Ma carrière de pornographe » (pp. 119-126), dans lequel le prolifique écrivain, bien connu pour avoir fait régulièrement dans l’alimentaire, raconte comment, de 1959 à 1964, il a écrit 150 (150 !!!) romans « pornographiques » (selon les critères vraiment très très chastes de l’époque, hein…) pour gagner sa vie. Un article passionnant, assez drôle, mais aussi instructif, que ce soit sous l’angle du métier d’écrivain, ou sous celui de la censure… Moins surprenant mais fort sympathique tout de même, « La genèse de Majipoor » (pp. 162-170) revient sur l’élaboration du monde de Majipoor qui a fourni un cadre idéal pour bon nombre des œuvres les plus récentes de Robert Silverberg, et probablement celles qui ont connu le plus de succès (commercial en tout cas ; la critique a semble-t-il été moins généreuse passés les premiers volumes…). J’ai lu cet article un peu « dans le vide », n’ayant jamais lu le cycle en question ; mais j’y ai trouvé néanmoins un beau modèle de construction d’univers, complexe et cohérent, et ma foi fort alléchant.

 

Outre un volumineux guide de lecture (« Petit guide touristique en terres de Silverberg », pp. 134-161) concocté par plein de gens dont quelques cafards et sur lequel je ne saurais guère revenir (si ce n’est pour noter qu’Ugo Bellagamba en profite pour glisser une note intéressante et plus approfondie que les autres critiques sur les nouvelles et novellae de Silverberg – pp. 157-161 – ; boah, allez, je peux bien citer tout de même quelques titres qui, du coup, me paraissent particulièrement tentants : Les déportés du Cambrien, Les monades urbaines – mais celui-là me bottait depuis un certain temps déjà –, et Roma Æterna, notamment), le dossier comprend également un article de Rachel Tanner sur L’Homme dans le labyrinthe (« L’Homme dans le labyrinthe. Mythe et space opera », pp. 127-133) ; n’ayant pas lu ledit bouquin, je ne saurais dire si cet article développant le parallèle entre le roman de science-fiction de Silverberg et le Philoctète de Sophocle est vraiment pertinent (ça m’en a tout l’air, cela dit) ni s’il apporte vraiment quelque chose (ça, c’est moins sûr, pour ce que j’en ai lu ici ou là…). Reste que c’est très intéressant, ma bonne dame, et qu’il va falloir que j’y jette un œil un de ces jours (à L’Homme dans le labyrinthe, hein, pas à Sophocle ; ça, c’est déjà fait… mais ça pourrait être une bonne idée d’y revenir, en fait…).

 

Et... c’est tout. C’est un peu court, peut-être, maintenant que j’y pense… Ou pas. Bon. Pas grave.

 

Quelques mots sur le reste. Pas question, bien entendu, de revenir ici sur le cahier critique (« Objectif runes », pp. 78-109), et sur les chroniques s’y rattachant de Thomas Day (« Le coin des revues », pp. 110-112) et de Pierre Stolze (« A la chandelle de Maître Doc Stolze. Un inédit indigeste et deux rééditions jubilatoires », pp. 113-116). Ah, si, juste une chose en passant : je tiens à préciser à Me Stolze que, bon, ça va pour cette fois, mais que, quand je deviendrai Empereur-Dieu de la galaxie, qualifier New York 1997 de John Carpenter de « nanar cinématographique » (p. 113 ; non mais ça va pas, la tête ?) sera passible de la peine de mort par lapidation à coups de figues molles. Il est prévenu.

 

Quelques mots, par contre, sur l’article de Roland Lehoucq (« Le Soleil dans l’œil », pp. 172-178). Le physicien démolit cette fois à raison le très décevant Sunshine de Danny Boyle : comme d’habitude, c’est à la fois passionnant et à peu près incompréhensible en ce qui me concerne. Seul petit regret : je m’attendais à quelque chose de plus saignant (je me souviens du papier sur Fusion – The Core…). Très bonne rubrique, cela dit (faut que je vous cause de SF : la science mène l’enquête un de ces jours…). Pas « d’Anticipateurs » de Fred Jaccaud pour ce numéro.

 

Mais reste une rubrique qui mérite bien qu’on en dise quelques mots : les Razzies, le prix du pire. Aaaaaaaaaah, les razzies… Beaucoup de gens estiment qu’il est nécessaire d’en dire du mal, de ce prix bête, méchant et de mauvaise foi (… et qui s’assume, ne l’oublions pas). Chaque année, ça suscite sa petite polémique, il y a des nominés qui le prennent très mal, et, au-delà, des pseudo-Bisounours slurpeux plus ou moins sincères et souvent eux-mêmes fort pédants qui s’empressent de stigmatiser cette évidente bêtise destinée uniquement aux jeunes connards prétentieux et élitistes (c’est ce qu’ils disent, hein ; y’a souvent des contradictions dans les termes, notez bien). Mais moi, j’aime bien, les razzies. En fait, dans la multitude des prix littéraires SF, c’est sans doute celui que je préfère ; parce que c’est le seul qui assume jusqu’au bout sa bêtise et sa mauvaise foi (on peut bien dire que les autres le valent sous cet angle, non ?) ; parce qu’il pointe à l’occasion des pratiques vraiment pas glorieuses, ce qui peut lui conférer une certaine utilité ; et parce que c’est drôle, enfin. Mais je plaide coupable : je suis un jeune connard, bête et (parfois) méchant, et à l’occasion élitiste.

 

Petit bilan sur le palmarès de cette année ? Allez. Je sais, j’ai comme qui dirait du retard, mais bon… Remuons le couteau dans la plaie. Une déception, tout d’abord : je l’ai trouvé un peu mou du genou, le bilan, cette fois… Dommage. Mais restent quelques jolies têtes de vainqueurs. Alain Damasio a gagné le prix de la pire nouvelle francophone pour « So phare away ». Pas lu, peux pas dire ; mais j’ai apprécié de voir parmi les nominés Daniel Walther pour sa bouse dans le précédent Bifrost… La pire nouvelle étrangère est censée avoir été choisie au pif dans les numéros de Lunatique de l’année écoulée ; pourquoi pas, après tout… Pour le pire roman français, Céline Minard a gagné avec Le Dernier monde ; je n’ose imaginer l’abomination que cela doit être, pour avoir battu Tous ne sont pas des monstres de Maud Tabachnik et Léviatown de Philip Le Roy (mes chouchous persos, dont je vous avais déjà vanté les indiscutables mérites ; Cold Gotha de Guillaume Lebeau, s'il n'est pas bon, n'est quand même pas aussi pathétique...). Pas grand chose à dire sur le pire roman étranger, si ce n’est que faire figurer dans la liste Rainbows End de Vernor Vinge, c’était quand même un peu pousser mémé dans les orties… mais bon, c’est le jeu. Ou alors, à ce compte-là, j'y aurais bien glissé La Théorie des cordes de José Carlos Somoza, ne serait-ce que pour faire suer Patrick Imbert (c'est à cause de lui, si j'ai acheté cette daube ; maudit, maudit !)... Pour la pire traduction, Sylvain Berthet a gagné : ça doit être du costaud, pour avoir enfoncé Karim Chergui (ainsi que Bernadette Emerich pour Le vieil homme et la guerre)… Pour la pire couverture, bien évidemment, c’est l’inénarrable Jackie Paternoster qui a gagné, pour ses abominations de Terremer et Rainbows End (j’y aurais bien rajouté ses immondices pour « le quatuor de Jérusalem », et plus particulièrement Le codex du Sinaï et surtout Ombres sur le nil, bel et bien paru cette année…) ; certes, quelques horreurs n’étaient pas de son fait (ainsi, nominé également, Gilles Francescano pour Quatre chemins de pardon), mais Miss Jackie a toujours une longueur d’avance : son indicible attentat au bon goût pour Unica me paraît déjà bien placé pour le prochain prix (idem pour Pavane, d’ailleurs…). On saluera également la nomination de Patrick Imbert pour son légendaire anus de robot, mais bon, moi je vous dis qu’il est bien, ah mais. Le prix de la pire non-fiction a été remporté par Lunatique (décidément…) ; je ne peux pas me prononcer… mais j’avais un autre chouchou, personnellement. Le « prix de l’incompétence éditorial » (sic) a été attribué aux Moutons électriques pour leurs innombrables coquilles ; y’a du vrai (même si Terre de Brume, notamment, est au moins aussi doué ; les deux publient des très chouettes bouquins, cela dit, hein…), mais en ce qui me concerne, l’abondance desdites coquilles dans chaque numéro de Bifrost, la bourde mentionnée à l’instant, et, dans ce même numéro, la jolie référence aux « Pensées de Montaigne » (re-sic, p. 92), désignaient un tout autre champion ; pour l’année prochaine peut-être ? Mais là, reconnaissons que Mnénémomos avait avait fait très fort fort, aussi. Le prix putassier, c’est mon préféré, personnellement : Pygmalion a très logiquement gagné pour ses pratiques de saucissonnage ; peu de concurrence, cette année, dommage (ou bien… ?). Enfin, le Grand Master Award a été remis au Divin Gérard Klein, pour plein de choses : là, les razzies ont été égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire particulièrement bêtes et méchants ; et du coup, ça m’a bien fait rire… Quant aux prix des lecteurs de Bifrost, ce fut un vrai raz-de-marée pour taper sur l’équipe de Galaxies, avec visiblement beaucoup de raisons ; mais n’ayant jamais lu ladite revue (« et pour cause ! »), je ne vais pas tirer sur l’ambulance.

N’empêche que : les razzies, une fois par an, ça défoule. Ne serait-ce que pour ça, merci Bifrost.

par Nébal publié dans : Nébal lit des bons bouquins
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Vendredi 20 juin 2008


GOMBROWICZ (Witold), La pornographie, traduit du polonais par Georges Lisowski, Paris, Gallimard, coll. Folio, [1960, 1980, 1995] 2006, 226 p.

 

Et non, pas de la SF, pour une fois. C’est que Dieu, dans son infinie bonté, a dépêché dans mon maigre entourage un ange, une de ces âmes charitables qui, quoi qu’il en coûte, et quelle que soit l’adversité, sont prêtes à tout pour sauver les pauvres pécheurs des flammes de l’Enfer auquel les condamne irrémédiablement leur ignorance crasse. Cette bonne chrétienne, ainsi, a pris sur elle de me faire lire des vrais livres : l’an dernier, profitant de la commémoration de ma venue au monde, elle m’offrit ainsi V. de Thomas Pynchon, et cela était bon ; et elle a tout récemment renouvelé la manœuvre, me glissant entre les pattes ce court roman de Witold Gombrowicz, qui est bel et bien Polonais, on ne peut rien vous cacher, court roman intitulé La pornographie. Et cela était bon : en effet, d’une part, la lecture récente de la Bibliothèque de l’Entre-Mondes de Francis Berthelot m’avait déjà incité à faire un de ces jours l’acquisition de Ferdydurke ; d’autre part, ce joli titre ne manquera pas, j’en suis sûr, de m’attirer bien des lecteurs.

 

(Quoique.)

 

(Ils sont déjà assez nombreux, notez, à débouler ici après avoir googlisé quelque chose du genre de « xXx sex haRd coshonn mandrun hénorm viole par 1 retraite père vert flajel avek des orties fraîchement coupées peaurno sex bit putte Ernest Renan gro sain collégienne japonaise avec des couettes susse daursel zob bruni apwal holoturie paternoster plan a 29 ludique ».)

 

(Heureusement, cela n’a rien à voir.)

 

(D’ailleurs : )

 

Heureusement, cela n’a rien à voir. Et en fait de pornographie, au sens le plus trivial tout du moins, on n’a pas forcément ici grand chose à se mettre sous la dent (ou ce que vous voulez, ça ne me regarde pas).

 

« Ah. Mais de quoi nous parle donc l’auteur, dans ce court roman ? »

 

Eh bien, nous pourrions avancer cet insipide résumé. 1943, la Pologne occupée par les nazis. Le narrateur, un écrivain quadra du nom de Witold Gombrowicz, et son ami Frédéric, tous deux peu intéressés par le soudain engouement de l’industrie lourde allemande pour les voyages organisés et les hauts-fourneaux, quittent l’ex-Varsovie pour un paisible exil provincial on ne peut plus bourgeois. Là, les deux hommes font la rencontre de deux charmants adolescents, Karol et Hénia. Las ! Les deux JEUNES, qui se connaissent depuis l’enfance, semblent ne pas avoir conscience qu’ils sont à l’évidence faits l’un pour l’autre ; la belle Hénia doit même épouser prochainement Albert, nécessairement notaire, et nécessairement moins jeune, sans que cela n'attise pour autant la jalousie de Karol. Voilà qui est intolérable pour nos deux esthètes (p. 86) :

 

« Je me rendis compte à la fin de ce conciliabule secret quel coup était pour lui et pour moi l’indifférence de ces deux-là, qui semblait malheureusement ne plus faire aucun doute. La jeune fille – fiancée à Albert. Le jeune homme – pas le moins du monde affecté.  Et tout cela baignant dans leur jeune aveuglement. La ruine de tous nos rêves ! »

 

Oui, c’est intolérable. Aussi Frédéric et Witold, au milieu du fracas du monde qui les indiffère au plus haut point, se mettent-ils à déployer des trésors d’ingéniosité pour rapprocher les deux JEUNES ; tout devient prétexte à manipulation ; le moindre événement, le moindre fait divers, doit être prestement saisi pour réparer la cruelle injustice. La venue du vieux Siemian, le résistant, est pour le coup tout à fait appropriée…

 

Voilà, voilà…

 

« Ouais, non, mais ça, on s’en fout. Con de Nébal ! Je t’ai demandé DE QUOI nous parlait l’auteur dans ce court roman… »

 

Ah. Oui, bien sûr. Mille excuses. Heureusement (?), l’auteur lui-même se fend d’une préface pour nous « expliquer » le sens profond de son roman. Citons-en à titre d’exemple le début (pp. 9-10) :

 

« Un écrivain polonais m’a écrit pour me demander quel est le sens philosophique de La pornographie.

 

« Je lui ai répondu :

 

« « Essayons de nous exprimer de la façon la plus simple. L’homme, on le sait, tend vers l’absolu. Vers la plénitude. Vers la vérité, vers Dieu, vers la maturité totale… Tout saisir, se réaliser entièrement – tel est son impératif.

 

« « Or, dans La pornographie se manifeste, il me semble, un autre but de l’homme, plus secret sans doute, en quelque sorte illégal : son besoin du Non-achevé… de l’Imperfection… de l’Infériorité… de la Jeunesse…

 

« « Une des scènes les plus explicites dans ce sens, c’est celle de l’église, où la cérémonie de la messe s’effondre sous l’effet de la conscience tendue de Frédéric et où avec elle s’effondre Dieu-l’absolu, tandis que, des ténèbres et du vide cosmique, sort une nouvelle idole terrestre, sensuelle, faite de deux êtres mineurs mais qui forment un cercle fermé – car ils subissent une mutuelle attraction.

 

« « Une autre scène importante, c’est le conciliabule qui précède le meurtre de Siemian, quand les adultes se sentent incapables de tuer, car ils connaissent le poids de l’assassinat. Le meurtre devra donc être accompli par des adolescents, déplacé vers la légèreté, l’irresponsabilité – ce n’est que de cette façon qu’il devient possible. » »

 

Notez que c’est là « la façon la plus simple de s’exprimer ».

 

(Au passage, je ne savais pas que l’homme tendait vers l’absolu, vers Dieu, et tout et tout… Pour moi, il tendait vers la bière, le salaire, la femme ou la mort ; bêtement.)

 

On pourrait citer d’autres passages de cette « explication » ; tenez, par exemple (p. 14) : « Et si La pornographie était une tentative pour renouveler l’érotisme polonais ? » Synthétisons (p. 15) :

 

« Je suis de plus en plus porté à présenter les thèmes qui me paraissent le plus complexes sous une forme simple, naïve même. La Pornographie est écrite un peu à la manière d’un « roman de province » polonais , c’est comme si je véhiculais sur un char à banc vieillot du venin « dernier cri » (cri de douleur, pas à la mode, cela va de soi). Ai-je raison de penser que plus la littérature est téméraire et d’un accès difficile, plus elle devrait retourner vers des formes anciennes, faciles, auxquelles les lecteurs se sont habitués ?

 

« K. A. Jelenski, à qui mon œuvre doit tant et de si précieuses suggestions, estimait que La pornographie se présentait de façon trop définie ; il me conseillait d’y effacer quelques-unes de mes traces, à la façon des animaux ou de certains peintres. Mais je suis déjà fatigué par tous les malentendus qui s’accumulent entre moi et mon lecteur et, si j’avais pu, j’aurais limité encore davantage sa liberté de m’interpréter. »

 

Voilà qui est clair. Allez, un petit dernier pour la route, qui me paraît particulièrement utile (p. 14) : « Je ne crois pas à une philosophie non érotique. Je ne me fie pas à une pensée désexualisée. »

 

Ah ? Parce que, tout persiflage mis à part (promis juré), c’est ici que se situe à mon sens le problème : tout cela est très très très froid, très très très intellectualisé, distant, détaché… désexualisé. On navigue dans les hautes sphères, jamais dans la chair. Et en ce qui me concerne – moi le jeune crétin qui n’oserais certainement pas « interpréter » Gombrowicz de crainte d’un « malentendu