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"Le Prestige", de Christopher Priest

Publié le par Nébal

 

PRIEST (Christopher), Le Prestige, [The Prestige], traduit de l’anglais par Michelle Charrier, [Paris], Denoël – [Gallimard], coll. Folio Science-fiction, [1995, 2001] 2006, 496 p.

 

Les hasards de ma liste de lecture scientifiquement établie m’ont amené à lire à nouveau du Christopher Priest peu de temps après La Séparation, qui fut mon premier véritable contact avec l’auteur. Pas un problème, dans la mesure où je me suis encore plus régalé avec Le Prestige.

 

Et c’était pas forcément gagné, dans la mesure où il y avait cette fois un biais : j’avais vu auparavant l’adaptation cinématographique dudit roman. Un bon film, d’ailleurs ; pas un chef-d’œuvre, mais une réussite certaine. Si l’atrocement surestimé Nolan reste à mes yeux un réalisateur médiocre (ses Batman sont en ce qui me concerne au mieux bof bof, au pire des purges, ça dépend de l’humeur du moment), et si son acteur fétiche Christian Bale me paraît tout aussi indûment plébiscité, le fait est que le résultat était cette fois plus que correct : un bon thriller victorien mâtiné de SF dans un très beau cadre, avec une belle ambiance, un Hugh Jackman et un Michael Caine très convaincants (Bale étant pour sa part supportable), une Scarlett Johansson très rhaaaaaaaaa lovely, et David Bowie en argument final pour convaincre les fans décérébrés dans mon genre. Nolan en fait toujours un peu trop, et son montage démonstratif n’échappe parfois pas au mauvais goût, mais ça ne m’a pas empêché de passer un très bon moment devant ce film.

 

L’inconvénient, c’était le risque de parasitage de la lecture (comme récemment pour Fight Club, par exemple). Mais finalement, pas tant que ça ; oh, j’avais bien tendance à coller les traits de Christian Bale, et – plus encore – de Hugh Jackman et David Bowie à Alfred Borden, Rupert Angier et Tesla, mais c’est à peu près tout. Et les « révélations » du film ne m’ont pas gêné outre mesure non plus. Tout simplement parce que le livre et le film sont bel et bien, cette fois, des œuvres subtilement différentes : le film a bien été une adaptation (bien pensée) du roman, et non une bête transposition. Et si l’histoire, dans ses grands traits, est bel et bien la même, le ton employé et la manière de l’aborder sont suffisamment différents pour préserver l’intérêt des deux œuvres, chacune dans son coin (quand bien même le roman l'emporte largement, hein).

 

Le roman de Priest, ainsi, fait nettement moins « thriller » que le film (ce qui explique d’ailleurs que les « révélations » n’en gênent pas la lecture, l’intérêt n’étant pas là : de toute façon, Priest balance le morceau très tôt pour certaines d’entre elles, et multiplie bien vite les indices pour la plupart de celles qui restent ; et les plus grandes « surprises » conservent ce caractère, puisque ne figurant pas dans le film). Et, parallèlement, il se montre bien autrement subtil. Il s’agit essentiellement d’une longue et riche variation sur le thème du double, où la science-fiction se teinte assez logiquement de fantastique (genre de prédilection de cette thématique), qui vient en perturber la lecture « purement rationnelle » ; mais c’est avant tout un roman éminemment priestien (la lecture de seulement deux ouvrages, étrangement, semble déjà m’autoriser à porter ce jugement), puisque cette réflexion – aha – emprunte le biais de la gémellité (réelle ou métaphorique) et, de manière particulièrement flagrante, de la confrontation des points de vue. Ici encore, de même que dans La Séparation, mais de manière plus frontale encore, la réalité semble affaire de perception, et se ramène largement à l’individu.

 

… ou à sa famille. C’est que la guerre entre les prestidigitateurs Alfred Borden et Rupert Angier s’étend sur des générations. C’est ce que découvre tardivement le journaliste Andrew Wesley quand il fait la rencontre de Lady Kate Angier. Wesley a été adopté dans son enfance, mais son « vrai » nom est Borden. Il a toujours été persuadé d’avoir un frère, mais n’a jamais pu en retrouver la trace. Mais, dans la maison de la Lady, il ressent plus que jamais l’appel de son double manquant.

Et il remonte ainsi un siècle en arrière, là où tout a commencé. La rivalité entre deux jeunes prestidigitateurs, bien différents, que nous verrons se développer à travers leurs écrits respectifs, révélant des personnalités opposées. Nous lisons d’abord Alfred Borden, issu d’un milieu populaire, fasciné dès son enfance par la magie, et théoricien du « pacte » de l’illusion, dont il a une compréhension intime. Rupert Angier est bien différent, que ce soit dans le regard que porte sur lui Borden, ou dans ce que ses propres écrits nous en révèlent (car Borden est loin de tout savoir sur Angier, de même qu’Angier est loin de tout savoir sur Borden) : le noble désargenté ressent la même fascination, mais en spectateur qui n’a peut-être jamais vraiment compris la nature de l’illusion ; sans doute est-ce pour cela que, confronté au conservateur Borden, Angier se montre plus iconoclaste, jouant le jeu du spiritisme, ou invitant la science dans ses spectacles, quitte à dépasser le stade de l’illusion… ou à la mettre en abyme. En Un Éclair diffère bel et bien du Nouvel Homme Transporté.

 

Deux points de vue radicalement différents, deux personnalités que tout distingue ; peut-être auraient-ils fait d’excellents collaborateurs, s’ils n’avaient pas été amenés à se livrer une guerre impitoyable… La faute à qui ? C’est affaire de point de vue, à l’instar de la sympathie que l’on porte aux rivaux.

 

La construction est irréprochable, le style excellent (et bien servi par la traduction), la lecture d’une fluidité exemplaire. Les deux personnages sont humains, leur affrontement n’en est que plus tragique. Le cadre est d'une richesse et d'une authenticité sans pareille. L'intrigue est d'une astuce diabolique. Et le résultat est palpitant et fascinant. Un superbe roman, original, et d’une maîtrise effarante.

 

Ayé, je suis converti.

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"Hellboy", t. 2. "Au nom du diable", de Mike Mignola

Publié le par Nébal

 

MIGNOLA (Mike), Hellboy, t. 2. Au nom du diable, [Mike Mignola’s Hellboy: Wake the Devil], introduction par Alan Moore, [s.l.], Delcourt, [1996-1998] 2003, [n.p.]

 

J’ai mis un peu de temps à accrocher à Hellboy, mais j’y suis venu, comme tout le monde, il y a de cela quelques années. Je ne porterai pas cette bande-dessinée au pinacle, comme on a pu le faire, notamment en raison de son scénario souvent un peu faiblard. Mais pour ce qui est du graphisme et de l’ambiance, y’a pas, Mike Mignola n’a de leçons à recevoir de personne. Aussi ai-je décidé récemment de me refaire la collec’, moi qui n’avais pour l’instant lu cette BD qu’en piochant ici ou là chez des potes.

 

(Par contre, au passage, je n’ai pas aimé le premier film, en-dehors de son premier quart d’heure assez funky avec des nazis occultistes qui font du kung fu : pour le reste, l’ambiance éminemment pulp et lovecraftienne de la BD avait disparu, et, si Ron Perlman était tout simplement parfait en Hellboy, les CGI souvent foireux, le sidekick jeunot et l’amourette insipide m’ont écœuré, au point que je n’ai eu aucune envie de voir le deuxième opus, qui, pour ce que j’ai pu en voir et en entendre dire, ne me semble pas avoir grand chose en commun avec le comic book original. Mais passons.)

 

Hellboy, c’est donc ce gros type rouge sur la couverture. Comme son nom le laisse assez entendre, c’est un démon. Mais un démon relativement gentil. À l’origine (voir le tome 1, Les Germes de la destruction), il avait été invoqué à la fin de la Deuxième Guerre mondiale par les nazis fantasques du projet Ragnarok, avec à leur tête le terrible Raspoutine (eh eh), pour réveiller le plus terrible encore, pour ne pas dire indicible, Ogdru Jahad, et, en somme, déclencher l’apocalypse. Rien que ça. Mais Hellboy avait été récupéré tout gamin par des soldats américains, et c’est ainsi qu’il a intégré le BPRD, le Bureau de Recherche et de Défense sur le Paranormal. Notre démon est ainsi devenu un chasseur de démons, vampires, et autres sales bêtes issues des Ténèbres. Mais sans pouvoir se libérer totalement de son passé… et Raspoutine comme les survivants de Ragnarok entendent bien l’amener à remplir un jour sa mission originale.

 

Dans le TPB qui nous intéresse, Hellboy se retrouve à nouveau confronté à ces salopards de nazis, et plus particulièrement à la sulfureuse Ilsa Haupstein. Celle-ci, durant la guerre, avait tenté de rallier au nazisme un vampire d’un genre particulier, Vladimir Giurescu, que Napoléon en son temps surnommait « le Diable » (au passage, notons la traduction stupide du titre ; hélas, ce n’est pas le seul moment où…). Hitler lui-même, effrayé, s’était débarrassé de la sinistre créature et de ses femmes, mais Ilsa (la bien nommée) semble aujourd’hui être en mesure de le ressusciter. Le BPRD part donc en chasse en Roumanie, Hellboy dans son coin, et deux autres équipes dans deux autres châteaux. Et c’est parti pour une aventure riche en explosions, en nazis, en goules, en vampires et en vieux mythes grecs (notons d’ailleurs cette réplique immortelle, p. 87 : « Ta gueule… s’passera pas comme ça… Pasque t’es très, très moche… et… T’AS UN CORPS DE SERPENT GÉANT ! »).

 

L’ambiance, comme d’habitude, est excellente, à la fois drôle et horrifique, magnifiquement servie par le dessin si particulier de Mike Mignola, tout en angles biscornus et (surtout) en gros aplats de noir (Mignola est bien avec Frank Miller le grand maître contemporain de l’ombre). Hellboy est toujours un aussi chouette personnage, d’autant plus qu’il se montre toujours un peu couillon, et a le bon goût de s’en prendre plein la gueule, mais alors vraiment. Du coup, ça fonctionne très bien.

 

Un regret, pourtant : le scénario, comme souvent, part un peu dans tous les sens. Ce n’est pas gênant (bien au contraire, à la limite) durant la majeure partie du TPB, et les événements annexes qui sont ici rapportés sont parfois de la plus grande importance pour la suite. Mais on avouera sans peine que la fin, méchamment expédiée, part totalement en vrille, et a de quoi laisser perplexe. Dommage…

Bilan très positif dans l’ensemble, malgré tout. À suivre…

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"Les Seigneurs de la guerre", de Gérard Klein

Publié le par Nébal

 

KLEIN (Gérard), Les Seigneurs de la guerre, Paris, Robert Laffont – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [1971] 2001, 222 p.

 

Ayé, j’ai enfin lu Les Seigneurs de la guerre. Malgré les mises en garde de Dieu lui-même, qui semblait « craindre » (si tant est que Dieu puisse « craindre » quoi que ce soit, disons simplement que je n’ai pas trouvé de meilleur terme) que je ne trouve ce roman, un classique de la SF française, par trop « vanvogtien ».

 

Il est vrai – et les plus fidèles d’entre vous sont probablement au courant – que je n’aime guère Van Vogt, pour rester poli. Cela dit, je reconnais volontiers que l’ignoble auteur du redoutable « cycle du Ā » et de l’infect diptyque des « Marchands d’armes » (pour m’en tenir au pire de ce que j’ai pu en lire) a exercé une influence certaine sur des auteurs nettement plus fréquentables, qui, même dans leurs moments les plus « vanvogtiens », ont pu produire des œuvres tout à fait lisibles, et plus si affinités : par exemple – et là encore les plus fidèles d’entre vous ont pu s’en apercevoir –, j’adule Philip K. Dick, lequel n’a jamais caché l’influence du terrible AEVV sur son œuvre (notamment de jeunesse), et son premier roman de SF, Loterie solaire, pour être effectivement assez « vanvogtien », n’en reste pas moins très lisible aujourd’hui.

 

De Gérard Klein en tant qu’auteur de fictions, je n’avais jusqu’à présent eu l’occasion de lire que des nouvelles, au travers de deux recueils, le moyen Mémoire vive, mémoire morte comprenant des textes écrits entre les années 1950 et l’aube du XXIe siècle, et le bien plus intéressant à mon sens La Loi du Talion, tout juste postérieur à ces Seigneurs de la guerre, ce qui tombait plutôt bien. Le roman ayant en outre le bon goût d’être court et étant auréolé d’une réputation plus que flatteuse, je n’avais pas grand chose à perdre. Alors, hop, et amen.

 

Pas facile de résumer la bête, et, d’ailleurs, je ne m’y risquerai pas. Contentons-nous du point de départ. Dans un lointain futur, Georges Corson est un militaire au service des Puissances Solaires, en guerre contre Uria. Il est chargé d’une mission secrète, destinée à assurer la victoire de son camp : convoyer un Monstre intrigant et pleureur (pour vous faire une idée de la dégaine de l’improbable bestiole, voyez la couverture sympathiquement pulp de Manchu) au cœur du camp ennemi, afin d’y foutre un sacré bordel. Car le Monstre a une faculté remarquable : il sait manipuler le temps. Et celui-ci recèle en son sein 18 000 de ses semblables à naître.

 

Problème : un accident se produit au cours de la mission. Et Corson se retrouve, avec le Monstre, plusieurs millénaires dans le futur, alors que sa guerre s’est achevée depuis longtemps et qu’humains et Uriens vivent en bonne intelligence (en apparence tout du moins). C’est déjà ennuyeux… mais ce n’est que le début des ennuis pour Corson, qui se retrouve dès lors embarqué dans une effroyable odyssée temporelle, le faisant quasiment changer d’époque à chaque chapitre ou presque : Corson est un pion aux mains des êtres quasi divins d’Aergistal, le lieu de toutes les guerres, et il se voit chargé d’une complexe mission qui le dépasse largement, et qui l’amènera à parcourir bien des époques incompréhensibles. Pour effacer la guerre, comprendre la guerre, sauver la guerre.

 

Les Seigneurs de la guerre est donc un roman sur le voyage dans le temps, paradoxes inclus (se pose essentiellement le problème de la communication des informations). Autant dire version qui fait mal au crâne, et soulève bien des problèmes logiques. Voilà pourquoi ce roman est si difficile à résumer : sa trame est d’une complexité et d’une densité impressionnantes. Autant dire que, sous ses dehors de divertissement de SF « old school », Les Seigneurs de la guerre est un roman nécessitant une concentration de tous les instants sous peine de décrochage irrémédiable. D’un chapitre à l’autre, on passe en apparence à tout autre chose, et le risque est grand de se perdre (ainsi que Corson ?) dans les méandres du temps. Le rythme soutenu et l’action omniprésente n’arrangeant rien à l’affaire.

 

Sans doute est-ce là un des aspects « vanvogtiens » des Seigneurs de la guerre. Mais avec une différence essentielle : pour peu que l’on s’accroche, Les Seigneurs de la guerre, sans être obnubilé par la « vraisemblance », reste cohérent dans son ensemble, et l’on peut s’y retrouver. Je n’ai donc pas souffert ici des pénibles ruptures et enchaînements du coq à l’âne des romans de Van Vogt, trahissant maladroitement leur caractère de fix-up pour bon nombre d’entre eux, et générateurs d’un ennui insurmontable. Les Seigneurs de la guerre est un divertissement exigeant, mais qui, pour peu que l’on fournisse en effort, reste palpitant de bout en bout.

 

Au-delà, on pourra cependant regretter un autre aspect « vanvogtien » – mais qui dépasse largement ce seul auteur… à vrai dire, j’ai surtout pensé ici à Jack Vance –, à savoir le caractère à la fois « super-héroïque » voire surhumain de Georges Corson, et par ailleurs sa triste fadeur. Sous cet angle, il vaut bien un Gosseyn (et peut-être plus encore un Adam Reith), et les autres personnages ne sont pas plus intéressants…

 

Autre regret du même genre, qui m’a davantage surpris (mais cela ne fait que témoigner de ma méconnaissance de l’œuvre du Divin Gérard Klein, j’imagine) : le style est franchement médiocre dans l’ensemble, et on ne retrouvera en rien dans ce roman l’attention apportée à l’écriture, parfois à la limite de l’expérimentation, qui caractérisait à mon sens les plus belles réussites de La Loi du Talion, surtout, et dans une moindre mesure de Mémoire vive, mémoire morte. Cela reste lisible – incomparablement plus que le tâcheron que vous savez –, mais le style ne participe clairement pas de l’intérêt du roman ; d’autant qu’il a à l’occasion pris un petit coup de vieux…

 

Mais le bilan reste néanmoins très positif : Gérard Klein use intelligemment du thème par ailleurs si casse-gueule du voyage dans le temps, pour construire un roman d’une densité et d’une complexité rares, et d’une grande richesse thématique, qui peut-être lu à la fois au premier degré comme un bon divertissement « à l’ancienne », et en même temps comme une réflexion intéressante sur, entre autres, le temps, la guerre, et le devenir lointain de l’humanité, avec une touche d’utopie. On relèvera par ailleurs quelques très bonnes idées durablement marquantes : le Monstre est une fort belle créature extraterrestre, originale, complexe et abondamment détaillée ; quant à Aergistal, c’est un cadre saisissant, propice aux scènes épiques et en même temps constitutif d’une parabole plus subtile qu’il n’y paraît.

Les Seigneurs de la guerre
, sans être un chef-d’œuvre, mérite donc bien dans l’ensemble ses lauriers. Ce roman très « américain », dont j’ai l’impression qu’il tranche assez sur la production française de l’époque, reste tout à fait intéressant aujourd’hui, son « classicisme » lui conférant d’ailleurs un charme particulier. Et, pour être « vanvogtien » par plusieurs aspects, il n’en est pas moins bon. Ouf. Ite, missa est.

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"Erik le Viking", de Terry Jones

Publié le par Nébal

 

JONES (Terry), Erik le Viking, [The Saga of Erik the Viking], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Varange, illustrations de Boulet, Paris, Bragelonne, [1983, 1988] 2008, 166 p.

 

Avant toute chose, il convient de rappeler que Terry Jones fut en son temps membre de l’illustre troupe des Monty Python, ce qui en fait un des êtres humains les plus considérables du XXe siècle.

 

Ensuite, on rappellera que le monsieur a plus d’une corde à son arc, ayant écrit divers ouvrages dans des genres variés, supervisé une improbable série documentaire sur Les Croisades, et réalisé un certain nombre de films, dont, pour les Monty Python, l’indispensable Sacré Graal, le génialissime La Vie de Brian et le nécessaire Le Sens de la vie, mais aussi, au-delà, un film certes moins marquant (et plus fauché encore, peut-être) du nom d’Erik le Viking, avec Tim Robbins dans le rôle titre.

 

Mais précisons que le livre qui nous intéresse (fort joli : relié, agréablement illustré en couleurs par Boulet), antérieur au film, n’a pas grand chose à voir avec ce dernier, au-delà de son titre et de deux ou trois scènes traitées de manière bien différente, sur un ton tout autre. Il en est presque à l’opposé, à vrai dire… Exit, ici, l’humour absurde ; pas de discussions frustrées sur la nécessité du viol et du pillage, pas de lignée de fous de guerre, pas de discrimination entre Vikings barbus et moustachus, pas de John Cleese sanguinaire mais poli, pas d’habitants d’Hy-Brazil hospitaliers mais lamentables musiciens, etc.

 

L’humour ne manque pas, certes, mais il est bien différent, très léger, consistant essentiellement en clins d’œil, codes et stéréotypes : avec son livre Erik le Viking, Terry Jones rend hommage, avec érudition et astuce, et un certain sérieux qui ne l'est pas totalement, aux sagas nordiques pleines de bruit et de fureur.

 

Le point de départ est proche de celui du film : il s’agit bien, pour le Viking Erik, de s’embarquer avec ses hommes pour une longue odyssée maritime vers l’Occident. Mais là où le pacifiste Tim Robbins entend bien réveiller les dieux pour mettre fin au Ragnarök et revoir enfin le soleil, le héros de cette saga, plus âgé, plus héroïque et en tout point « plus Viking », entend simplement, pour la gloire et pour l’honneur, aborder au pays où se couche le soleil le soir venu. C’est ainsi qu’il s’embarque sur le Dragon doré avec ses fiers camarades Ragnar Barbe-Fourchue, Sven le Fort, Thorkild, etc., pour un extraordinaire périple riche en dangers et merveilles.

 

Le roman, très bref (mais alors vraiment très : environ 160 pages en comptant les illustrations pleine-page de Boulet et les sauts entre les chapitres), est alors découpé en très courts chapitres détaillant un épisode précis, à la manière d’un conte ou d’une fable que l’on pourrait à peu de choses près lire indépendamment.

C’est ainsi que nous verrons Erik et ses compagnons faire face à l’Enchanteresse du Fjord, triompher du Dragon avec un édredon (cette scène, reprise dans le film, est à peu de choses près la seule où l’on retrouve le nonsense des Monty Python), affronter les cruels chantages du Vieil Homme de la Mer, escalader la Montagne du Loup, arpenter la Vallée qui Parle, passer par-dessus le Gouffre du Bord du Monde, etc. Ah, et il va de soi que la Mort y joue aux échecs.

 

Chacun de ces épisodes est conçu avec minutie et inventivité, et fait preuve tant d’imagination que d’érudition et d’à-propos. Ces petits contes imprégnés de merveilleux, infestés de créatures féeriques et d'objets magiques, se lisent généralement avec plaisir, d’autant que leur style également use et abuse des codes de la littérature médiévale : les répétitions abondent volontairement, dans l’ordonnancement des séquences comme dans leur présentation, le ton est perpétuellement grandiloquent et outrancier, et, inévitablement ou presque, l’épisode de la saga débouche sur une petite morale, le plus souvent sympathique et astucieuse, parfois amusante.

Tout cela n’en fait certainement pas un livre indispensable, mais bien une petite friandise appréciable, que l’on parcourt avec plaisir. Ni plus, ni moins.

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"Le Livre de sable", de Jorge Luis Borges

Publié le par Nébal

 

BORGES (Jorge Luis), Le Livre de sable, [El Libro de arena], traduit de l’espagnol par Françoise Rosset, [Paris], Gallimard, coll. Folio, [1975, 1978, 1983] 2007, 147 p.

 

Je me l’étais promis, j’allais me remettre à Borges. Ou m’y mettre véritablement, à la limite, puisque, en dehors de quelques textes ici ou là, je n’en avais guère lu (et relu, et c’est toujours au programme) que le phénoménal Fictions. Cet unique recueil riche en merveilles avait suffi à lui seul à me convertir, mais il était bien temps pour moi de passer à autre chose, et de découvrir d’autres nouvelles, notamment, du génial écrivain argentin. Dont acte, avec ce Livre de sable comportant treize nouvelles au ton unique.

 

Cela dit, c’est là un bref recueil, composé une fois de plus de textes très courts, et il me paraît difficile d’en parler de manière constructive, ou sans les déflorer excessivement… Ce compte rendu s’annonce donc plus court que d’habitude, mais cela ne saurait en aucun cas traduire un quelconque désintérêt de ma part ; si je n’y ai pas retrouvé la même puissance que dans l’inégalable Fictions, il va de soi que Le Livre de sable est une petite merveille qui vaut assurément le détour. Là, c’est dit.

 

On attaque en force avec « L’Autre » (pp. 7-19), un très joli texte où un vieux Borges rencontre le jeune poète qu’il était autrefois. Une superbe variation sur le thème du double, qui inscrit déjà Le Livre de sable dans le fantastique le plus subtil.

 

« Ulrica » (pp. 20-26) évoque une réminiscence d’un amour idéalisé ; si c’est à nouveau un texte d’une grande élégance formelle (et donc d’une grande sobriété, chez Borges), il m’a cependant beaucoup moins séduit.

 

Mais on retrouve immédiatement après le meilleur de Borges avec « Le Congrès » (pp. 27-57), une nouvelle plus ancienne qui ne manque pas d’évoquer la fameuse « Bibliothèque de Babel ». Nous y suivons l’ambitieux projet d’une société secrète qui, à l’instar de la carte parfaite de Lewis Carroll, en vient à englober le monde dans son ensemble…

 

Une curiosité, ensuite, avec « There are more things » (pp. 58-69), nouvelle dédiée à Lovecraft qu’elle pastiche astucieusement. Dans son « Épilogue » (pp. 145-147), Borges se montre toutefois quelque peu injuste avec son confrère américain, qu’il qualifie de « pasticheur involontaire d’Edgar Allan Poe », et avec son texte, qu’il traite de « lamentable fruit »… L’hommage est pourtant pleinement réussi, et doublement savoureux pour l’amateur de littérature fantastique.

 

« La Secte des Trente » (pp. 70-75) nous ramène à du Borges à l’état pur, puisqu’il se présente comme un extrait d’un manuscrit décrivant une étrange hérésie antique. Un texte érudit et profond.

 

« La Nuit des dons » (pp. 76-84), à l’instar « d’Ulrica », m’a moins séduit… Un récit initiatique élégant, mais guère marquant à mon sens.

 

« Le Miroir et le masque » (pp. 85-91), ensuite, est un joli conte rapportant la confection de trois poèmes de plus en plus proches de la perfection, avec ses conséquences terribles. Une nouvelle à rapprocher de la suivante, « UNDR » (pp. 92-100), là encore censément l’extrait d’un vieil ouvrage, décrivant la quête dans les pays nordiques du poème ultime, ne comprenant qu’un seul mot. Une merveille.

 

Mais suit immédiatement une autre merveille, avec « Utopie d’un homme qui est fatigué » (pp. 101-112), narrant la rencontre d’un contemporain et d’un homme du futur lui décrivant sa langoureuse utopie. Splendide.

 

C’est moins vrai pour ce qui est de la nouvelle suivante, « Le Stratagème » (pp. 113-123), nouvelle dotée d’un beau cadre et de personnages très détaillés, mais un peu surfaite dans son canevas vaguement « policier », ce qui la transforme en une fable certes bien vue et richement enluminée, mais néanmoins un peu décevante à mon sens.

 

« Avelino Arredondo » (pp. 124-132) est par contre une nouvelle saisissante, s’inspirant d’un assassinat politique bien réel. Nous y voyons un jeune homme se couper du monde pour que son plan atteigne à la perfection. Une nouvelle magnifique, d’une richesse thématique impressionnante.

 

Le recueil s’achève enfin sur deux textes de pur Borges absolument géniaux : « Le Disque » (pp. 132-136), évoquant un disque à une seule face, variante du ruban de Möbius, et enfin, bien sûr, « Le Livre de sable » (pp. 137-144), décrivant un livre infini contenant tous les livres ; on pense à nouveau à « La Bibliothèque de Babel » dans ce texte une nouvelle fois vertigineux, qui en constitue quelque part l’aboutissement… Chef-d’œuvre.

Et ça vaut pour l’ensemble. Je ne manquerai pas d’y revenir.

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"La Séparation", de Christopher Priest

Publié le par Nébal

 

PRIEST (Christopher), La Séparation, [The Separation], traduit de l’anglais par Michelle Charrier, [Paris], Denoël – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2002, 2005] 2008, 485 p.

 

Ça y est, j’ai enfin lu un roman de Christopher Priest. Il était temps, me direz-vous. Et pourquoi donc avoir attendu si longtemps ? Eh bien, pour une raison très précise, et un peu différente de mes confessions habituelles. Le fait est que j’avais énormément envie de lire Christopher Priest, mais, en même temps, que cela me faisait un peu peur. Pour une raison que vous pourrez très certainement trouver idiote. Mais voilà, quand je lisais les quatrièmes de couv’ du bonhomme, ou ses interviews, j’en arrivais toujours à la même conclusion : tout cela fait tout de même beaucoup penser à Philip K. Dick.

 

Or, mes très chers lecteurs, les plus fidèles et les moins distraits d’entre vous n’auront pas manqué de le noter, j’aime beaucoup Philip K. Dick. J’aime vraiment, vraiment beaucoup Philip K. Dick. En fait, je lui voue un véritable culte, car je sais que Philip K. Dick est Dieu.

 

Aussi, je craignais de me retrouver nécessairement à comparer les deux auteurs, et probablement en défaveur de Priest, que je ne pouvais imaginer aussi puissant que l’immense auteur américain. D’autant que – et ses interviews me semblaient l’indiquer de manière particulièrement nette – je l’imaginais travaillant des thématiques assez proches, mais d’une manière sans doute moins « populaire », plus « intellectualisée », moins spontanée, moins drôle aussi. Une récente interview me semblait même le confirmer, Priest confiant aux gens d’ActuSF (en substance) : « Dick était fou. Moi, je fais juste semblant. »

 

C’est bête, les préjugés, hein.

 

Ça ne pouvait plus durer. Il fallait que je lise enfin un roman de Christopher Priest. J’avais La Séparation sous la main, le camarade Spitz japonais en disait du bien récemment et m’intimait de le lire… Allez, hop.

 

Pas évident de présenter le bouquin. Il y a un sacré risque de « révélations »… Boah, de toute façon, je vais probablement devoir en passer par là : vous êtes prévenus. Le roman se présente donc comme une enquête menée par l’historien Stuart Gratton sur une anecdote de la seconde guerre mondiale, une confusion entre deux Anglais, deux frères jumeaux, Joe et Jack Sawyer. Ce qui amène l’historien à se poser la question de ce qui s’est réellement, précisément passé dans la nuit du 10 au 11 mai 1941, sujet d’un de ses précédents ouvrages. Cette nuit-là, en effet, et entre autres, Rudolf Hess quittait l’Allemagne en avion pour négocier une paix séparée avec le Royaume-Uni dirigé par le belliciste et charismatique Winston Churchill (au passage, j’aime beaucoup cette couverture). Et les deux jumeaux, l’un pilote de la RAF, l’autre objecteur de conscience travaillant pour la Croix-Rouge, tous deux anciens champions olympiques, ont joué un rôle dans l’affaire.

 

La séparation… Celle d’entre les deux jumeaux, sans doute (mais il y a d’autres doubles – d’autres « simulacres » ? – dans ce récit), d’entre les peuples également, mais aussi entre deux lignes temporelles confuses, se mêlant dans une transition floue. Ce qui fait de La Séparation une uchronie, une mise en abyme de l’uchronie, et en même temps tout autre chose.

 

Un premier constat : oui, tout cela est très dickien. Terriblement dickien, même. On ne peut, à la lecture de La Séparation, s’empêcher de penser à Philip K. Dick. Au Maître du Haut-Château, bien sûr, probablement la plus célèbre uchronie basée sur la seconde guerre mondiale (mais il y en a une infinité, c’est sans doute le thème le plus galvaudé du genre…). On y retrouve, après tout, quoique d’une manière très différente, cette idée d’uchronie dans l’uchronie (l’uchronie « de base » ne procédant cette fois que par petites touches et allusions disparates ; au passage, Priest m’a – presque – volé une idée, c’est scandaleux !), qui accentue le trouble et l’interrogation de la réalité jusqu’à rendre à peu de choses près illusoire toute tentative de lecture parfaitement rationnelle des deux romans, qui posent bien plus de questions qu’ils ne donnent de réponses. Kim Stanley Robinson, dans Les Romans de Philip K. Dick, en faisait très justement la remarque ; et sans doute peut-on considérer pour cette raison que Philip K. Dick, c’est à la fois de la science-fiction, et pas tout à fait, ou pas uniquement – ce qui s’applique très clairement à ce roman de Christopher Priest.

 

Mais on aurait tort de s’arrêter là. Si l’on ne devait retenir qu’un seul roman de Dick pour éclairer la lecture de La Séparation (et en être éclairé en retour… dans une certaine mesure, du moins, puisque le roman, là encore, échappe largement à l’explication rationnelle), ce serait probablement Ubik (et ses variantes diverses, sous formes de romans ou de nouvelles) : plus on avance dans La Séparation, et plus la comparaison se fait sensible, jusqu’au fameux « Je suis vivant et vous êtes morts » (et la conclusion inévitable et prévisible, qui n’a donc rien d’un twist de bas étage).

 

Au-delà, on pensera aussi énormément à une thématique ressortant clairement de certaines nouvelles de l’auteur américain, mais de manière particulièrement évidente de ses conférences sur la notion de réalité compilées dans Si ce monde vous déplaît… et autres écrits : celle du changement dans la trame historique « en train » de se produire, amenant une confusion temporaire entre deux univers, entre deux réalités (où l’on retrouve le plus célèbre passage du Maître du Haut-Château, d’ailleurs…), jusqu’à ce que l’une prenne « définitivement » le pas sur l’autre. Pour Dick, dans ses conférences hallucinées et mystiques (mais pas forcément ailleurs, loin de là…), un tel changement ne peut se produire que du pire vers le meilleur. Pour Priest aussi, dans un sens (dans un sens seulement), mais avec une différence fondamentale : sans doute (sans doute ?) n’est-ce pas tant la réalité elle-même qui est ici modifiée, que la perception que l’on en a (l'uchronie a une base individuelle, si ses conséquences sont globales), perception passant par un aveuglement de type « désir réalisé », certes non exempt d’angoisses et de cauchemars pouvant en définitive anéantir toutes les constructions fantasmées (où l’on retrouve Ubik…).

 

Oui, tout cela est très dickien, quoi qu’en dise le principal intéressé. Je ne me trompais donc pas sur ce point, en tout cas pour ce qui est de ce roman. Mais j’en ai aussi retrouvé le plaisir de lecture, quoique d’une manière très différente. Les deux auteurs sont d’une fluidité exemplaire, mais si Dick se montre plus « fou », plus anarchique, plus drôle aussi, sans doute Priest se montre-t-il plus subtil, plus adroit pour ce qui est de la construction, plus élégant dans la forme (en dépit de quelques répétitions ici ou là ; cela vient-il de la traduction, excellente par ailleurs ?).

 

Qu’on ne s’y trompe pas : au-delà de la comparaison qu’il m’a paru intéressant de dresser (en tant que fanatique décérébré, certes…), il n’en reste pas moins que Christopher Priest a sa voix, sa personnalité littéraire, et produit bien une œuvre qui lui est propre, et non un pastiche ou encore moins un « plagiat ». Sous cet angle, il a bien raison d’affirmer sa différence, et je ne voudrais pas donner l’impression de n’en faire que, disons, « l’ombre du Maître » : Priest est bien un maître à part entière, je le crois volontiers.

Si l’on ajoute à tout ce que j’ai pu dire une profonde émotion, de beaux personnages (d’une humanité saisissante), quelques tableaux poignants et, cerise sur le gâteau, une réflexion passionnante sur le pacifisme et l’objection de conscience, la conclusion ne se fait plus attendre : La Séparation est une vraie réussite, un excellent roman d’un auteur qui a décidément tout pour me plaire. Allez, hop, je m’y mets…

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La nécro du jour (7)

Publié le par Nébal


On lui devait la plus extraordinaire série TV de science-fiction de tous les temps. Le n° 6 s'est éteint à l'âge de 80 ans. Tristesse.

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"Le Génie et le crime", de Henry T.-F. Rhodes

Publié le par Nébal

 

RHODES (Henry T.-F.), Le Génie et le crime, [Genius and Criminal], traduit de l’anglais par Daniel Proust, Paris, éditions de la Nouvelle Revue Critique, coll. Bibliothèque de criminologie, 1936, 220 p.

Un ouvrage bien poussiéreux (mais dont j’ai découvert ultérieurement qu’il avait été réédité récemment), dégoté un peu au hasard chez un bouquiniste. Néanmoins, avec un sujet pareil, je pouvais difficilement passer à côté.

 

C’est que, voyez-vous, la criminologie m’intéresse énormément. Et je regrette amèrement que la France se montre aussi arriérée en cette matière, ne dispensant pas de véritable formation en criminologie, et se contentant d’un cours expédié dans les facultés de Droit, par des professeurs  juristes de formation et souvent guère qualifiés ; certes, on trouvera bien ici ou là des cours de sociologie ou de psychiatrie criminelles, notamment, mais, pour ce qui est des formations complètes et « intégrées », au carrefour de la biologie, de la sociologie et de la psychologie, que dalle (de « reconnu » en tout cas ; le certificat toulousain, que j’avais tenté à une mauvaise époque, ne compte donc guère… et s’intéresse de toute façon plus au droit pénal qu’à la criminologie). La criminologie francophone, pour l’essentiel, n’est pas française, mais canadienne. Et c’est absurde, mais, dans un sens, tristement compréhensible : d’une part, l’Université française, au lourd passif positiviste versant ultra-spécialisé, est particulièrement affectée par la phobie de la pluridisciplinarité ; d’autre part, la criminologie est une matière aux conséquences politiques nettes, à même d’effrayer tant les démagogues qui jouent du discours sécuritaire (ledit discours ayant de fortes chances de se trouver invalidé ; voyez ce qui est arrivé, si je ne m’abuse, à l’observatoire de la délinquance… [EDIT : je m'abusais]) que certains bien-pensants sclérosés dans leur bisounoursisme et hyper-tatillons du tabou. Bref, a priori, c’est pas près de changer. Et c’est bien dommage…

 

Car la criminologie vaut bien plus que ses caricatures. Inévitablement, quand on parle de criminologie, les blagues éculées ne tardent pas, sur l’homme criminel simiesque de Lombroso, le savant italien étant pour sa part réduit à un mesureur de crânes un peu couillon. Mais – et c’est une chose que Henry T.-F. Rhodes développe assez justement dans son introduction – il est aberrant de s’en tenir là. Et si Lombroso a dit beaucoup de bêtises, si, aujourd’hui, cela fait bien longtemps que les criminologues ne mesurent plus les cranes et ne délirent pas sur l’atavisme, il n’en reste pas moins que son intuition première, d’une criminalité ne résultant pas du libre-arbitre, mais pouvant être déterminée par des facteurs endogènes ou exogènes, reste pertinente aujourd’hui. Lombroso ne s’en tenait pas à l’étude du seul « criminel né », qu’il considérait lui-même comme minoritaire, mais prenait en compte dans sa théorie de la criminalité des facteurs sociologiques et psychologiques. Les deux autres grands positivistes italiens, Ferri et Garofalo, ont très vite accentué encore cette tendance. Idem, en France, pour Gabriel Tarde, longtemps oublié de par chez nous quand il était abondamment étudié à l’étranger. Mais pourtant, les blagues continuent ; et les fantasmes de pure déformation journalistique : le « gène du crime » (à partir d’une fameuse étude, certes foireuse, des anomalies chromosomiques), la « tolérance-zéro » réduite à la brève de comptoir, etc. C’est que les tabous jouent souvent un rôle dans l’histoire. Dommage…

 

Mais on reconnaîtra que certains criminologues sont allègrement responsables de cette mauvaise image, a fortiori les « criminologues du dimanche », qui se présentent parfois comme tels quand ils ne sont jamais que des scribouillards formés à l’école racoleuse du Nouveau Détective et assimilés. Et je ne parle même pas des délires à propos des soi-disant profilers… Mais, au-delà, chez des gens plus sérieux en apparence, on trouvera également de quoi sourire. Et c’est hélas le cas pour cette étude d’Henry T.-F. Rhodes.

 

C’est d’autant plus regrettable que ça partait plutôt bien. La thèse, pour faire simple, est la suivant. Il existe un « type du génie » de même qu’un « type du criminel ». Le génie comme le criminel sont foncièrement des « inadaptés » (Rhodes écrit : « anormaux »… mais voir plus bas), incapables de s’intégrer dans la société, dont ils n’acceptent pas les valeurs et les normes. Le génie comme le criminel, manifestant leur volonté de puissance (qui peut souvent s’accompagner d’un fort complexe d’infériorité), se retrouvent ainsi en lutte avec la société, cette lutte pouvant passer par la haine pure et simple et la volonté de destruction. Mais là où le génie parvient, grâce à son art (entendu au sens large : ce peut être la guerre ou la politique comme la peinture ou la littérature), à sublimer sa volonté de puissance, et, dans un sens, à triompher dans sa lutte (quand bien même de manière posthume ; mais il contribue à changer le monde), le criminel, lui, n’y parvient pas.

 

Bien évidemment, cette thèse reposant sur un « type » du criminel comme du génie ne peut concerner qu’une minorité de cas. En tant que telle, cependant, elle ne me paraît pas inintéressante (même si finalement guère originale), et aboutit à des conclusions non négligeables. On notera par exemple, outre la perception du crime en fonction du rang occupé dans la société, ou l’idée de la floraison de la Renaissance, que Rhodes (qui se montre assez « libéral » dans l’ensemble – les guillemets se justifient par la tradition de l’histoire des doctrines pénales opposant « libéraux » et « positivistes » ; mais il est bien des cas où les criminologues, « positivistes », se montrent finalement plus « libéraux », au sens politique, que ceux à qui l’on applique cette étiquette pour des raisons philosophiques…) achève en gros son ouvrage par un plaidoyer contre l’eugénisme, certainement pas innocent en 1936…

 

Le problème, c’est que la démonstration ne tient pas du tout la route, et prête régulièrement à sourire. Le gros de l’ouvrage est en effet constituée par une casuistique assez naïve, ultra-journalistique, saturée de clichés, et ne démontrant finalement rien. Rhodes dresse ainsi de rapides portraits de génies, de criminels, et d’individus situés quelque part entre les deux, sans qu’il soit véritablement possible de voir où il veut en venir. Citons-les : François Villon, François Vidocq, les empoisonneuses Anna-Maria Schonleben et Marie Jeanneret (pour le « type criminel », OK, mais…), Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, Oscar Wilde, Edgar Allan Poe, le cardinal de Richelieu, Auguste Strindberg, une flopée de personnalités de la Renaissance italienne mais essentiellement Lucrèce Borgia (tsk tsk tsk…), et, enfin, le « monstre » Raspoutine… Et c’est du pur journalisme de bas étage, régulièrement ridicule. Si l’on accepte bien souvent le génie (plus facilement que Rhodes, qui se montre assez sévère), on cherche parfois le crime… et on le trouve finalement dans la sexualité, « anormale » et « monstrueuse », pour Rhodes, dès l’instant qu’elle sort des liens sacrés du mariage et de la position du missionnaire… Bref, c’est assez risible, et ça ruine totalement la thèse.

Dommage. Le Génie et le crime aurait pu être intéressant, il l’est parfois dans son introduction et sa conclusion, mais se montre plutôt ridicule et en tout cas tristement faible dans sa longue et risible casuistique. On pourra en sourire, mais guère en tirer une image plus positive de la criminologie…

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"La Jeune Détective et autres histoires étranges", de Kelly Link

Publié le par Nébal

 

LINK (Kelly), La Jeune Détective et autres histoires étranges, traduit de l’américain par Michelle Charrier, [Paris], Denoël, coll. Lunes d’encre, [2001, 2005] 2008, 375 p.

 

Bon, une fois n’est pas coutume, on va faire comme le bandeau, et commencer par dresser la liste des récompenses prestigieuses. Sachez donc que La Jeune Détective et autres histoires étranges, premier recueil de Kelly Link à paraître en français, composé de textes de fantastique et de fantasy pris dans les originaux Stranger Things Happen et Magic for Beginners, contient une nouvelle qui a reçu le James Tiptree Award 1997, une autre le World Fantasy Award 1999, une autre le prix Nebula 2001, une autre encore les prix Hugo 2005 et Nebula 2006, et une dernière le prix de la British Science Fiction Association 2006 ; tandis que de par chez nous le recueil dans son ensemble a obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire 2009, et valu à l’excellente Michelle Charrier le Prix Jacques Chambon de la traduction 2009 aux mêmes Utopiales.

 

Avouez que ça calme. D’accord, les prix, c’est de la merde, mais autant de concentrés, ça veut peut-être dire quelque chose, tout de même.

 

Chose que, avant même de faire l’acquisition de ce précieux volume, je croyais d’autant plus volontiers que je m’étais déjà pris une énorme baffe à la lecture de « Magie pour débutants », dans une autre traduction, dans le tome 5 de Fiction. Inutile de revenir ici sur cette merveille ; et puis tant mieux, vu que c’est pas si évident que ça d’en parler.

 

 

Et à vrai dire, c’est un peu le problème pour l’ensemble des textes composant ce recueil. Le sous-titre « d’histoires étranges » est on ne peut plus approprié : tout cela, ma foi, est fort bizarre, comme c’est bizarre ; étrange, oui ; perturbant ; déstabilisant ; exigeant, des fois ; carrément hermétique, parfois ; WTF, si l’on y tient. Des « histoires », par contre ? ça, ça dépend : Kelly Link fait régulièrement dans la tranche de vie, dans le… bizarre.

 

Même son humour est bizarre. C’est dire si cette Jeune Détective est indispensable. Mais, assurément, ce n’est pas un livre facile. Cette fois, c’est vrai. Si, si. Pas insurmontable, certainement pas, encore moins pénible, mais demandeur. Sans épate ni prétention. Toujours avec élégance et justesse. Mais à ne pas lire dans le train.

 

Si l’on tient à jouer le jeu des références, on pourrait dire que ces nouvelles tantôt drôles tantôt morbides (et toujours… bizarres) se situent quelque part entre Borges et Lynch, avec une touche de Lewis Carroll, une autre de Lovecraft, une autre de Neil Gaiman, et par-dessus tout des trucs… bizarres. Du weird, pas forcément toujours new, mais vraiment très très weird. C’est étrangement angliche, pour une Ricaine. Mais c’est avant tout et en définitive quelque chose de profondément original, très personnel, et immédiatement identifiable.

 

Détailler la bête ne va pas être évident, mais ça reste encore probablement le meilleur moyen de vous en donner une petite idée. Commençons donc avec « Nymphéas, Lilas, Lilas, Iris » (pp. 9-25). Un mort qui se souvient. Enfin, qui essaye de se souvenir. C’est très fort. Très, très fort. Bizarre, parfois léger, souvent poignant. Très bon, en somme.

 

Suit « Le Chapeau du Spécialiste » (pp. 27-42 ; World Fantasy Award 1999) : deux nenfants qui s’amusent à jouer aux morts (…) dans une maison hantée, c’est malin. La maison d’un poète minable qui a fait une rencontre lovecraftienne. Un récit fantastique maniant astucieusement les clichés. C’est très bon, et juste un peu… bizarre.

 

Après quoi l’on passe à « Leçons de vol » (pp. 43-73), une fantasy déviante où la Grèce antique envahit l’Écosse à touristes. Avec une jolie – si, si – amourette adolescente par-dessus. C’est bizarre, mais beau.

 

Puis il y a « Voyages avec la reine des Neiges » (pp. 75-96 ; James Tiptree Award 1997), une fantasy vraiment très déviante et vraiment très bizarre, très drôle aussi, avec des clichés malmenés dans tous les coins. C’est assez unique en son genre, c’est très bon, et c’est bizarre.

 

Ensuite, « Chaussures et mariages » (pp. 97-120), nouvelle à sketches, nous confirme que Kelly Link est fétichiste des pieds, et aime l’humour bizarre. Je suis sûr qu’elle a un jour reçu la visite de Miss Texas, et que ladite greluche n’a pas dû faire la fière. C’est drôle, bon… bizarre.

 

« Le Fantôme de Louise » (pp. 121-157 ; prix Nebula 2001), alors là, c’est vraiment très bizarre. Il y a deux Louise, ou bien non ; une petite fille verte qui a été un chien ; huit violoncellistes ; et un fantôme velu et mélomane, sauf qu’il aime aussi la country. Peut-être un poil too much, mais en même temps fascinant.

 

Suit « La Jeune Détective » (pp. 159-184) qui, bien loin de ce que pourrait laisser supposer son titre, est de très loin le texte le plus bizarre du recueil. Cette fois, en ce qui me concerne, c’est vraiment too much… Non, là, j’avions point pu. Gasp. Bizarre ?

 

Heureusement, si l’on reste dans le bizarre avec « Le Sac à main féerique » (pp. 185-208 ; prix Hugo 2005 et Nebula 2006), on peine beaucoup moins avec ce très beau texte qui nous en apprend juste ce qu’il faut sur ce sac étrange contenant un village, et plus généralement sur le Balleziwhurlekistan, le Scrabble et la valeur respective des différents épisodes de Star Wars. Avec une mamie comme on en rêve. C’est bizarre, et c’est un des sommets du recueil.

 

On passe à tout autre chose avec « Animaux de pierre » (pp. 209-261), une novella beaucoup moins bizarre en apparence, avec une petite famille bobo qui s’installe dans une maison hantée à la campagne, avec des lapins partout. C’est mignon, les lapins. Les crocodiles, moins. Finalement, c’est assez bizarre aussi – on y boit de la peinture, après tout ; quant à la fin… ? –, au-delà de ce joli et poignant tableau d’une famille qui part en mille morceaux.

 

Suit « Plans d’urgence antizombies » (pp. 263-288), une nouvelle dont le titre ne pouvait que me parler. Il n’y a pas de zombies dedans, mais de bons personnages, et c’est bien. Sauf la fin, peut-être un peu trop bizarre.

 

« Peau de chat » (pp. 289-318) est un conte juste un brin déviant. Mouais. Le texte le plus faible du recueil, probablement.

 

Surtout si l’on compare à « Magie pour débutants » (pp. 319-375 ; prix de la British Science Fiction Association 2006), qui conclut le recueil sur la meilleure note possible. C’est bizarre, et grandiose. C’est un chef-d’œuvre.

J’ai beaucoup aimé, vous l’aurez compris. Mais ça, ça n’a rien de bizarre.

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"Fight Club", de Chuck Palahniuk

Publié le par Nébal

 

PALAHNIUK (Chuck), Fight Club, [Fight Club], traduit de l’américain par Freddy Michalski, [Paris], Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [1996, 1999, 2002] 2008, 290 p.

 

« La première règle du fight club est : il est interdit de parler du fight club. »

 

Ah ben comment on fait, alors, quand on est censé chroniquer le bouquin ?

 

(‘tain, tout le monde a dû la faire, celle-là…)

 

« La deuxième règle du fight club est : il est interdit de parler du fight club. »

 

Le dédoublement se justifie d’autant plus qu’il y a deux Fight Club. Et, comme beaucoup, j’ai d’abord vu le film de David Fincher avant de lire le (premier) roman de Chuck Palahniuk qui l’a inspiré. Dommage, d’ailleurs : si le film est bon, j’ai regretté de voir ma lecture du roman parasitée par les images et les sons du film ; voir Brad Pitt en Tyler Durden, entendre les monologues speedés d’Edward Norton… Dommage.

 

Bon, vous connaissez sans doute déjà tout ça, mais résumons quand même un brin à tout hasard. Le narrateur est un cadre tout ce qu’il y a de typique, i.e. dynamique, paumé, ridicule, répugnant. Il vit dans des avions, des hôtels où tout est à usage unique, ou dans un appart’ à mobilier Ikéa. Il souffre d’insomnies, et éprouve une certain fascination pour la douleur et la mort qui l’amène à s’immiscer dans des groupes de soutien pour cancéreux, etc. C’est là qu’il tombe sur la dingue Marla. Mais sa vie bascule véritablement le jour où il fait la rencontre de Tyler Durden. Car Tyler Durden est libre, intelligent, charismatique (manipulateur). Tyler et le narrateur fondent ensemble le premier fight club, assoc’ informelle de types qui se retrouvent pour se taper dessus, vivre au contact de la violence, et se libérer, s’assumer ; faire peur, aussi ; et être ensemble, partager un secret. Il y a bientôt des fight clubs. Succès foudroyant, surprenant, terrifiant. Et puis Tyler Durden transforme la chose en Projet Chaos : le réseau de fight clubs devient société secrète terroriste vaguement anarchiste ; la violence subie et infligée passe de l’individuel au global, dans une révolte au nihilisme juvénile.

 

« La troisième règle du fight club est : seulement deux hommes par combat. »

 

Vraiment ? Pas sûr. Parce que quiconque a vu le film sait parfaitement que [SPOILER QUE TOUT LE MONDE EST DÉJÀ AU COURANT] le narrateur est Tyler Durden. Quand on le sait, on ne peut s’empêcher de relever de nombreux indices dès les premières pages du roman. Mais je me demande ce qu’il en aurait été si je n’avais pas été au courant… Toujours est-il que cette révélation-qui-n’en-est-pas-vraiment-une est de toute façon de peu d’importance : l’intérêt du roman est ailleurs, pas dans ce twist bien mené mais – volontairement – convenu (avec le sourire et les références qui vont bien).

 

Mais il y a aussi un autre aspect, bien sûr : le délire masochiste d'autodestruction se mue en révolte masochiste globale, en entreprise terroriste à base de nitroglycérine à base de savon à base d’humain. Il y a bien plus de deux personnes pour s’envoyer des pains dans la tronche. Il y a vous, moi, tout le monde.

« La quatrième règle du fight club est : un combat à la fois. »

Donc, non. Il y a une multitude de combats qui se livrent en même temps. Le combat contre l’autre, c’est avant tout un combat contre soi-même, et pas seulement dans le cas du narrateur (tiens, on réifie de la métaphore ? c’est pour ça que SF ? mmmh… mouais, bof…). Une libération, paraît-il. Fausse, sans doute, comme beaucoup de libérations. Un prétexte.

Et c’est bien entendu en même temps un combat contre La Société (cette salope, c’est sa faute), qui se concrétise sur le tard dans le terrorisme adolescent et à la fois nihiliste et odieusement moraliste du Projet Chaos. La révolte du jeune cadre qui, inconsciemment, en a marre de s’en prendre tous les jours plein la gueule, n’accepte plus de s’en prendre tous les jours plein la gueule, décide de choisir les coups qu’il veut bien prendre (il y en a beaucoup) pour en retirer la légitimité plus ou moins authentique de les renvoyer.

 

Alors, un roman « adolescent », Fight Club ? Non. Ses personnages le sont. Nuance. Mais le regard posé sur tout ça, la critique générale, est d’une lucidité exemplaire, stigmatisant l’imposture et le ridicule là où ils se trouvent, dans les groupes de soutien hare krishna, dans les entreprises à pingouins propres et soumis, dans les catalogues Ikéa, chez les moutons du travail et les moutons des fight clubs, chez les nazillons du Projet Chaos qui ont besoin d’une figure messianique. Et on n’en a jamais fini de tuer le père.

 

« La cinquième règle du fight club est : pas de chemise ni de chaussures pour le combat. »

 

C’est un des points intéressants du roman « coup-de-poing » (aha ; tout journaliste digne de ce nom a dû la faire, obligé) de Chuck Palahniuk. Son matérialisme au sens vulgaire, catalogue Ikéa et réduction de l’humain en savon, cannibalisme global, d’une manière ou d’une autre, oui, déjà. Mais, au-delà de cet exemple précis très American Psycho, j’entends surtout parler en général de cette faculté remarquable de passer en apparence du coq à l’âne sans se perdre pour autant, de multiplier les détails sans jamais négliger le tableau d’ensemble, au travers de chapitres brefs et percutants, qui s’enchaînent comme des crochets et uppercuts (aha). Croyez-le ou non : il n’y a rien de gratuit dans Fight Club.

 

« La sixième règle du fight club est : les combats durent aussi longtemps que nécessaire. »

 

Une durée idéale, du coup. Fight Club, servi par une plume irréprochable, vive et intense, est un roman à la fois dense et puissant, alternativement ou en même temps drôle et grave, toujours juste, jusque dans ses excès et son outrance à moitié (à moitié seulement) hypocrite. C’est lu en quelques heures, et ça retourne sévère. C’est nécessaire.

 

« La septième règle du fight club est : si c’est votre première soirée au fight club, vous devez vous battre. »

 

Venez-y.

« Les paroles de Tyler sortent par ma bouche. Dire que j’étais quelqu’un de si gentil. »

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