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Mavitrepidante.fr

Publié le par Nébal




Tout d'abord, je suis vivant (et vous êtes morts, of course). Je ne voulais pas en dire trop parce que, ben, voilà, quoi, mais comme plusieurs d'entre vous se sont gentiment inquiétés de mon sort, quelques petites explications s'imposent, semble-t-il.

Adonc voilà : j'ai récemment fait une rechute de dépression, qui m'empêche à peu de choses près de faire quoi que ce soit, et notamment travailler et écrire des comptes rendus (lire, j'y arrive encore, sauf que ce !%$#&! de nouveau traitement me fait parfois voir double...). D'où, après quelque temps d'hésitation, je me suis rangé à l'avis de mon psychiatre, et suis parti refaire un petit exil dans une clinique de la banlieue de Toulouse (ah, nostalgie...) ; j'y suis depuis un peu plus d'une semaine, et ne sais pas combien de temps je vais y rester (probablement une ou deux semaines de plus, peut-être davantage). Or, là-bas, même si j'avais la force d'écrire sur mon blog (or, ben, non), cela ne serait quand même pas possible dans la mesure où je n'y dispose pas d'un accès Internet (si j'ai pu écrire ce message, c'est en raison d'une sortie exceptionnelle). Adonc voilà. D'où pause, d'une durée indéterminée. J'espère m'y remettre le plus tôt possible, mais je ne peux pas faire de promesse pour l'instant.

Merci encore aux gens qui m'ont fait part de leur inquiétude et/ou de leur soutien. Ca fait chaud au coeur. Merci, merci, merci.

Et à un de ces jours, j'espère (donc).

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Interruption momentanée des programmes

Publié le par Nébal


A un de ces jours. J'espère.

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"Perdido Street Station", de China Miéville

Publié le par Nébal

MIÉVILLE (China), Perdido Street Station, [Perdido Street Station], traduit de l’anglais par Nathalie Mège, Paris, Fleuve Noir – Pocket, coll. Science-fiction / Fantasy, [2000, 2003] 2006-2007, 2 vol., 434 et 533 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 53, dans le guide de lecture consacré à China Miéville (pp. 146-149).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Dès son second roman, China Miéville s’est fait un nom dans les littératures de l’imaginaire : Perdido Street Station a raflé outre-Manche le Prix Arthur C. Clarke et le British Fantasy Award, et de par chez nous le Grand Prix de l’Imaginaire. Joli palmarès, qui n’est certes pas un gage absolu de qualité, mais laisse néanmoins supposer que nous tenons là quelque chose qui sort de l’ordinaire. Et l’on reconnaîtra effectivement sans peine qu’il s’agit d’une œuvre ambitieuse et passablement iconoclaste : en effet, ce roman-fleuve (scindé en deux tomes pour son édition française), non content de se poser en modèle de livre-univers foisonnant, consiste également en une réjouissante entreprise de démolition des frontières un peu trop hâtivement établies entre science-fiction, fantasy et fantastique / horreur, et résiste ainsi aux classifications traditionnelles des forcenés de l’étiquette. Mais le roman n’a rien de bancal pour autant : l’univers décrit par China Miéville, d’une richesse rare, est d’une cohérence incontestable.

 

 Et cet univers, c’est essentiellement Nouvelle-Crobuzon. Une mégalopole étouffante et fascinante, immense cité industrielle aux murs couverts de suie, melting-pot ahurissant où l’on croise indifféremment, au milieu des humains, une foule de Xénians : des Khépri, femmes à la tête de scarabées, des Vodyanoi, batraciens géants exploités sur les docks, mais aussi des hommes-cactus, et même à l’occasion des Garuda, les hommes-aigles, fiers chasseurs dans le désert du Cymek, ici relégués dans le plus sordide des bidonvilles ; mais il y a aussi les recréés, victimes de la justice impitoyable du Parlement, tenant tantôt du cyborg, tantôt du résultat horrifiant d’expériences entreprises par le plus cruel avatar du Dr Moreau ; et encore des « artefacts », robots à l’efficacité parfois douteuse, mais dont on aura vite l’occasion de constater qu’ils sont bien plus que de vulgaires aspirateurs. Sans parler de créatures plus étranges encore ; mais il est vrai qu’à Nouvelle-Crobuzon, au détour d’un couloir de l’immense gare centrale de Perdido, on peut croiser le Diable en personne…et constater avec horreur que le Prince des Ténèbres lui-même est effrayé par les étranges abominations qui viennent à rôder, la nuit, par-dessus les toits de la cité endormie, au milieu des dirigeables et des voies aériennes, pour s’abreuver des rêves et susciter des cauchemars !

 

 Tout cela a de quoi déstabiliser l’étranger, débarqué brusquement dans la ville tentaculaire, et totalement ignorant de ses us et coutumes : tel est tout d’abord Yagharek, le Garuda aux ailes rognées pour son crime indicible, qui vient un jour frapper à la porte du savant farfelu Isaac Dan der Grimnebulin, dans l’espoir que l’universitaire hétérodoxe saura lui permettre de voler à nouveau. Et c’est ainsi que le lecteur, tout d’abord intimidé, partira à la découverte de Nouvelle-Crobuzon, abandonnant bien vite l’inévitable carte figurant en tête de l’ouvrage pour se laisser guider par les autochtones : on suivra ainsi Isaac dans son laboratoire du Marais-aux-Blaireaux, à l’Université où l’on enseigne tant la science que la magie, ou encore dans les tavernes plus ou moins interlopes qui font les délices de la bohême, et entre autres de Lin, la compagne d’Isaac, une artiste prometteuse… et une Khépri. Nous la suivrons à son tour, confrontée à des admirateurs pas toujours recommandables, ou errer en quête d’identité dans les ghettos khépris, qu’elle a décidé de fuir au risque de couper les ponts avec sa communauté. Mais nous suivrons également leur amie la journaliste révolutionnaire Derkhan, cherchant sur les quais où les dockers Vodyanoi menacent de se mettre en grève de la matière pour la feuille clandestine Le Fléau endémique. Sur l’île d’Horrore, nous verrons les dirigeants du Parlement, et en premier lieu le maire Buseroux, gérer d’une poigne de fer Nouvelle-Crobuzon, n’hésitant pas à recourir aux impitoyables miliciens et à leurs enlèvements nocturnes ; à l’autre bout de l’échelle, on parcourra le répugnant bidonville de Chiure, où quelques Garuda tentent tant bien que mal de conserver leur fierté. China Miéville, tout au long de son roman, nous guide à travers la ville monstrueuse et ses innombrables quartiers aux noms poétiques et grotesques, des grandes avenues aux ruelles coupe-gorges, du faîte des monuments aux égoûts les plus nauséabonds.

 

 Et c’est là la grande force de Perdido Street Station. L’auteur y fait preuve d’une imagination sidérante, celle qui n’appartient qu’aux grands créateurs d’univers, à un Tolkien, un Vance ou un Herbert. Il promène le lecteur partout sans jamais le perdre, il le bombarde d’idées toutes plus riches les unes que les autres sans jamais l’assommer. Et c’est avec délice que l’on s’abandonne à la découverte de Nouvelle-Crobuzon ; non pas comme à la lecture d’un vulgaire guide touristique, fatiguant d’exhaustivité, mais comme un voyageur emporté par la foule, et saisissant, au détour d’une ruelle, à l’ombre d’un porche ou autour d’un étal, une multitude de fragments authentiques et de saynètes saisissantes, facilitant l’immersion. Aussi Nouvelle-Crobuzon est-elle à bien des égards la véritable héroïne de Perdido Street Station, à l’instar de l’Ambregris de Jeff VanderMeer dans La Cité des saints et des fous (on comprend d’autant mieux la parenté affichée sous l’étiquette « New Weird »), mais aussi, pour citer des œuvres moins ouvertement fantaisistes, du Londres de Michael Moorcock dans Mother London (peut-être plus encore que de celui de Neil Gaiman dans Neverwhere), voire du Northampton d’Alan Moore dans La Voix du feu (mais à vrai dire, pour ce qui est de ce dernier auteur, on pensera peut-être encore davantage à From Hell et à V pour Vendetta, notamment avec le personnage de Jacques l’Exauceur…). On y trouvera peut-être même un soupçon d’Ankh-Morpork, à l’occasion de quelques scènes particulièrement loufoques… Mais tout cela se tient parfaitement, et cette longue promenade est un vrai régal pour le lecteur, qui en vient, insidieusement, à s’intégrer à la population de Nouvelle-Crobuzon (thématique essentielle du roman que celle de l’intégration, notamment pour les personnages de Yag et de Lin).

 

Du moins ceci est-il vrai pour celui qui n’attend pas avant tout d’un roman de fantasy ou de SF une action trépidante et sans temps mort. Le tronçonnage de la version française en deux volumes peut faire grincer des dents, mais il n’est clairement pas fait au hasard. Pour dire les choses franchement, dans le premier volume, il ne se passe à peu près rien : c’est un long prologue de près de 400 pages, permettant au lecteur de découvrir Nouvelle-Crobuzon et les personnages principaux (pas forcément très fouillés, d’ailleurs, à l’exception de Lin ; la domination de la ville ne s’en fait que plus sentir), tandis que l’intrigue ne se met que très lentement en place, par un jeu de coïncidences plus ou moins improbables, où, à la Brazil, le simple battement d’aile d’un papillon (si l’on ose dire !) génèrera progressivement le chaos apocalyptique du second volume, plaçant enfin l’aventure « héroïque » au premier plan, et reléguant Nouvelle-Crobuzon au simple rôle de cadre.

 

Dès lors, tout dépend de la sensibilité personnelle du lecteur, et de ses attentes. Ceux qui ne jurent que par l’action et la fluidité trouveront probablement l’exposition longue et laborieuse, au risque de les dissuader de s’attaquer au second volume ; d’autres – et j’avouerai que ce fut mon cas – regretteront au contraire que China Miéville sacrifie en fin de compte au romanesque et délaisse l’atmosphère à la fois picturale et vivante du premier volume au profit d’une trame finalement assez banale, et quasi « rôlistique » par moments. L’histoire n’est pas inintéressante, loin de là, et l’imagination de l’auteur tourne toujours à plein régime, mais l’effet est tout autre : les descriptions, tantôt longues, tantôt fragmentaires, participaient jusqu’alors de l’immersion du lecteur dans la fascinante Nouvelle-Crobuzon ; mais dans la seconde partie, le foisonnement d’idées géniales, à se noyer dans les sous-intrigues, se révèle souvent frustrant. China Miéville saisit régulièrement le lecteur avec un concept intriguant, un personnage séduisant, un cadre précis, mais s’empresse bien trop vite de passer à autre chose ; une autre idée géniale, le plus souvent, certes. Mais l’on passe ainsi un peu trop souvent du coq à l’âne, dans un déferlement d’inventivité qui tient quelque peu de la fuite en avant. Et l’on en vient à regretter, parfois, que tel personnage auquel on s’était progressivement attaché, ou telle sous-intrigue qui avait su nous accrocher, soit brusquement délaissé pour passer à tout autre chose, de plus ou moins vital à la narration. Au final, le récit devient ainsi plus ou moins feuilletonesque, à accumuler rebondissements et digressions : cela peut séduire, d’autant que la richesse de l’univers l’autorise assurément, mais peut aussi donner en fin de compte l’impression que l’auteur tire à la ligne… On ne s’ennuie pas, non, il y a trop de belles idées pour cela ; mais on regrette parfois que l’auteur n’aille pas jusqu’au bout de ses idées, ne se maîtrise pas davantage, en somme.

 

Le style de China Miéville, coloré, ampoulé, parfois émouvant, non dénué d’humour, mais quelque peu lourd à l’occasion (et plus ou moins bien servi par la traduction de Nathalie Mège, dans l’ensemble excellente, mais qui trébuche parfois sur des ruptures de ton incongrues ou des répétitions pénibles à l’oreille), renforce encore cette impression : les longues et riches descriptions de la première partie étaient tout à fait appropriées, souvent même remarquables ; mais quand l’intrigue débute véritablement, la persistance de certains de ces traits d’écriture en vient régulièrement à nuire au rythme du récit, en décomposant excessivement l’action ou en se livrant à de nouvelles digressions rendant l’ensemble confus.

 

Je ne ferai donc pas de Perdido Street Station un chef-d’œuvre. Mais c’est assurément un livre qui mérite d’être lu : foisonnant, inventif, original, il est une remarquable invitation au voyage comme on n’en rencontre que trop rarement. Si, en refermant la dernière page, on ne peut s’empêcher de formuler quelques critiques, on n’en est pas moins convaincu du talent de créateur d’univers et de conteur de China Miéville ; assurément de quoi donner envie de lire sa production ultérieure, et de se replonger avec délice dans le sombre et superbe univers de Nouvelle-Crobuzon.

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"Crépuscule d'acier", de Charles Stross

Publié le par Nébal

 

STROSS (Charles), Crépuscule d’acier, [Singularity Sky], traduit de l’anglais par Xavier Spinat, Paris, Mnémos – L.G.F., coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2003, 2006] 2008, 535 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 53 (pp. 90-91).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

 

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

« À suivre » avec Aube d’acier.

 

EDIT : Hop :

 

 Si le premier roman écrit par Charles Stross conserve à l’occasion de sa reprise en poche son titre français de Crépuscule d’acier – bien éloigné du Singularity Sky originel, mais annonçant plus directement sa « suite » Aube d’acier –, il n’en a pas moins subi au passage un relookage révélateur : la saynète steampunk du volume paru chez Mnémos en 2006 a laissé la place à un bon vieux vaisseau spatial des familles, toujours signé Manchu. C’est à croire que Pascal Godbillon, chroniquant le roman dans le Bifrost n° 42, a été entendu ; ou alors, peut-être est-ce une question de mode…  Mais on reconnaîtra que, ce que la couverture a perdu en originalité, elle l’a gagné en franchise.

 

 En effet, de prime abord, Crépuscule d’acier a tout du gros space op’ qui tache. Mais il faut y ajouter une louche de Singularité, une cuillerée de hard science, une pincée de steampunk (malgré tout), et un zeste d’utopie. Et, surtout, beaucoup d’humour : de manière très britannique, Crépuscule d’acier est avant tout une bonne grosse blague, jouant avec les codes propres au genre.

 

 La Singularité, ici, a essentiellement pris la forme d’une I.A. démiurgique du nom d’Eschaton. Au cours du XXIe siècle, l’Eschaton a du jour au lendemain fait disparaître les neuf-dixièmes de la population terrestre, les répartissant ensuite à travers toute la galaxie. Et l’I.A. a immédiatement décrété un commandement divin : les humains sont libres de faire bien des choses – et leur technologie post-Singularité leur permet de satisfaire bon nombre de leurs désirs –, mais sous aucun prétexte ils ne doivent provoquer une rupture de la causalité. Plus brutal que les Danelliens de Poul Anderson, l’Eschaton punit toute infraction à cette loi fondamentale garante de son existence par l’éradication pure et simple des contrevenants, à coups de pluies de météorites et autres joyeusetés apocalyptiques.

 

Un sort qui pourrait bientôt concerner la Nouvelle République et les systèmes voisins, Terre incluse. En effet, Planète Rochard, une colonie de la Nouvelle République, accueille un jour le Festival, une mystérieuse société itinérante qui la bombarde d’une pluie de téléphones portables, et se propose de satisfaire à toutes les demandes en échange de « divertissement ». Or la Nouvelle République est une autocratie farouchement réactionnaire et anti-technologique d’allure et de mœurs « victoriennes » (même si le vocabulaire, les noms, etc., évoquent plus encore la Russie tsariste, notamment) ; les quelques révolutionnaires exilés sur Planète Rochard saisissent bien vite l’offre alléchante du Festival, et il en résulte une singularité à l’échelle de la planète, qui fait un bond technologique de plusieurs siècles en l’espace de quelques heures, avec les conséquences désastreuses que l’on imagine.

 

Pour les autorités de la Nouvelle République, il ne saurait faire de doute que le Festival est un agresseur, et qu’une démonstration de force s’impose.  Ce qui est déjà faire preuve d’un aveuglement tout ce qu’il y a de militaire… Mais il y a pire : la stratégie élaborée par l’état-major de la Nouvelle République, en jouant des subtilités spatio-temporelles du voyage « faster than light », pourrait bien provoquer une rupture de la causalité, et susciter la colère de l’Eschaton. Cela, la diplomate et espionne terrienne Rachel Mansour ne saurait l’admettre ; assistée de son compatriote l’ingénieur Martin Springfield, qui a lui aussi bien des choses à cacher, elle va donc tenter l’impossible pour dissuader les militaires obtus, rétrogrades et inconscients de commettre l’irréparable…

 

L’action, très enlevée, se déroule essentiellement à bord des vaisseaux spatiaux archaïques de la Nouvelle République, avec quelques détours par Planète Rochard, où la Révolution échappe vite à ses promoteurs. Dans tous les cas, c’est l’occasion pour Charles Stross de s’amuser avec les clichés du space opera militariste (jusqu’à la caricature : les militaires du roman sont tous des crétins finis, l’amiral Kurtz étant même présenté sous les traits d’un grabataire sénile persuadé d’être enceint…) et de donner libre cours à son imagination, en multipliant trouvailles farfelues, gags invraisemblables et références jubilatoires (avec une prédilection pour le Docteur Folamour de Stanley Kubrick, auquel il emprunte largement son prétexte de thriller sombrant dans la farce caustique). Ainsi, si Crépuscule d’acier peut être lu au premier degré comme un honnête divertissement correspondant à la proverbiale « bonne série B »,  c’est pourtant avant tout une bouffonnerie irrévérencieuse et astucieuse qui ne se révèle qu’au travers d’une réjouissante lecture au second degré.

 

Mais pour être drôle, Crépuscule d’acier n’est pas idiot pour autant. Si les divagations hard science pourront laisser perplexe, passant largement au-dessus du lecteur moyen sans convaincre les critiques plus qualifiés, on reconnaîtra en effet que le thème ultra-classique de l’impossibilité de la communication y est assez joliment traité, de même que celui de la Singularité. Sous la grosse blague, on décèle régulièrement des aspects plus profonds, parfois graves. Le roman ne rattrape pas toujours tous ses boulons, et certains lieux communs peuvent être ennuyeux à la longue (je ne pense pas tant ici à la trame on ne peut plus linéaire et accumulant les révélations qui n’en sont pas, qu’aux nombreuses séquences saturées de jargon militaro-hiérarchico-technicoïde très Star Trek ou Battlestar Galactica, certes indispensables, et parfois amusantes, mais d’un hermétisme vite lassant) ; mais globalement le bilan est très positif et Crépuscule d’acier, sans être un chef-d’œuvre, constitue bien une lecture agréable et palpitante. Pour ma part, c’est avec plaisir que je retrouverai la charismatique Rachel Mansour pour de nouvelles aventures improbables dans Aube d’acier.

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"A la pointe de l'épée", d'Ellen Kushner

Publié le par Nébal

 

KUSHNER (Ellen), À la pointe de l’épée. Un mélodrame d’honneur, [Swordspoint], traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Marcel, Paris, Calmann-Lévy, coll. Fantasy, [1987] 2008, 297 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 53 (pp. 86-87).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Deuxième roman publié en France d’Ellen Kushner, après Thomas le Rimeur, À la pointe de l’épée n’est cependant en rien une nouveauté. Il s’agit en effet du premier roman de l’auteur, publié outre-Atlantique en 1987, et repris seulement aujourd’hui dans la collection « Fantasy » de Calmann-Lévy. Mais est-ce bien de la fantasy ? C’est à voir. On pourra y chercher longtemps la moindre queue de dragon, la moindre oreille d’elfe. Ce roman ne contient pas davantage de magie, de dieux ou de démons. Ni mythes, ni folklore. De la fantasy, alors ? Pas vraiment. Ou alors, oui, mais pas seulement… À la pointe de l’épée, impératifs commerciaux mis à part, aurait probablement tout autant si ce n’est davantage trouvé sa place dans l’autre (excellente) collection de Calmann-Lévy dirigée par Sébastien Guillot, « Interstices ». Rien d’étonnant à cela, dans la mesure où Ellen Kushner, notamment pour ce premier roman, est avec d’autres à l’origine du mouvement américain dit « interstitial art », préfigurant – mais avec une vision plus globale encore – les « transfictions » chères à Francis Berthelot. D’ailleurs, si l’on peut bien parler de fantasy pour À la pointe de l’épée, en se focalisant sur son univers « autre » et pré-industriel – oscillant en gros entre nos XVe et XVIIIe siècles européens –, il s’agit néanmoins d’une fantasy urbaine, non épique, et tout sauf manichéenne. Pour son « mélodrame d’honneur »,  Ellen Kushner retient de préférence l’expression de « fantasy de mœurs », calquée sur la so british « comédie de mœurs » (d’aucuns parlèrent même de « mannerpunk » !).

 

 L’intrigue se situe dans une ville anonyme disparaissant sous la neige, une sorte de république aristocratique dont la géographie témoigne des distinctions sociales : la Colline abrite les riches demeures des nobles à la tête de la cité et les commerces des bourgeois, tandis que les Bords-d’Eau sont une sorte de faubourg à la sinistre réputation, où s’entasse pêle-mêle, dans les bâtisses abandonnées, une faune interlope de prostituées et de pickpockets. Et c’est également dans les Bords-d’Eau que l’on trouve les bretteurs, ces épéistes farouches que les nobles – qui ne se battent plus eux-mêmes depuis fort longtemps – emploient pour régler à leur place et dans le sang leurs affaires « d’honneur »… c’est-à-dire de politique, d’argent ou de cœur, le plus souvent. Les bretteurs se donnent en spectacle, le temps de leur brève et tragique carrière de « champions » et d’assassins. Et Richard Saint-Vière est le plus fameux d’entre eux. Il est « à la mode », et les nobles de la Colline se l’arrachent. C’est ainsi qu’il se retrouvera bientôt entraîné, avec son jeune amant Alec (on notera, juste en passant – mais c’est assez rare pour être souligné –, que la bisexualité est la norme dans cet univers, ne suscitant aucun jugement moral, ce qui permet à l’auteur d’en traiter avec délicatesse et naturel, et nous fait donc des vacances…), dans un complexe maillage de complots, tantôt ambitieux, tantôt dérisoires, ourdis dans l’ombre par des nobles conscients de leur nécessaire supériorité sur la fange des Bords-d’Eau, et ne pouvant même pas imaginer qu’un bretteur puisse, lui aussi, avoir un « honneur ».

 

Un roman de cape et d’épée, alors ? En partie seulement : en suivant les combats de Richard Saint-Vière, on ne peut s’empêcher de penser, bien sûr, à quelques fameux escrimeurs littéraires, les mousquetaires de Dumas en tête. Mais Ellen Kushner, de son propre aveu, n’y voit pas une inspiration essentielle, et À la pointe de l’épée n’a effectivement pas grand chose d’un roman d’action. Et les joutes verbales prennent bien vite le pas sur les sanglants duels, dans cette brillante mise en abyme du spectacle (amoureux, théâtral, politique, judiciaire…). Aussi, quitte à citer une autre œuvre bien française, l’amoralité générale du roman, son attachement à décrire des personnages complexes et ambigus et leurs manipulations capillotractées, son érotisme diffus et la savoureuse préciosité de sa plume, m’ont plus encore fait penser aux Liaisons dangereuses. Les Merteuil et Valmont ne se comptent pas tout au long du roman, les conspirations y ont cette même touche à la fois mesquine et ludique, cynique et cruelle.

 

Mais À la pointe de l’épée, plus encore que le classique de Choderlos de Laclos, est un roman « gris », sans bons ni méchants. Les héros apparents ont leurs défauts, les fourbes sont davantage humains que monstrueux. Tous sont le jouet de leurs passions, de leurs émotions. Et c’est ainsi, paradoxalement peut-être, en tout cas à l’encontre des codes propres au genre, que le roman d’Ellen Kushner, à l’instar des « vieilles tragédies de sang et de vengeance » goûtées par le Chancelier du Croissant, parvient « à exprimer une stricte moralité, sans vous coller le museau dedans – à la différence de La Fin du roi, qui souligne son message à trois reprises dès la première tirade ». Le roman d’Ellen Kushner ne juge pas : dans sa « première tirade » (une magnifique introduction, très cinématographique), il se contente de poser qu’ici, il n’y a pas de bons ni de méchants, que cette histoire n’aura rien d’un conte de fées.

 

Fantasy, alors ? Peut-être. Ou peut-être pas. On rechigne d’autant plus à trancher que le roman, dans un perpétuel entre-deux, fait à bien des égards figure de manifeste opposé à toute forme d’étiquetage… Mais un très bon roman, à n’en pas douter. Et c’est bien l’essentiel. Ellen Kushner est ultérieurement revenue sur cet univers : si ces « suites » sont du même tonneau, on ne peut qu’espérer une prochaine traduction française.

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"La Nuit de la lumière", de Philip José Farmer

Publié le par Nébal

 

FARMER (Philip José), La Nuit de la lumière et autres aventures du Père Carmody, [Night of Light], traductions de l’anglais (États-Unis) par France-Marie Watkins, Arlette Rosenblum & Michel Deutsch, révisées par Minos Hubert, Rennes, Terre de brume – Paris, LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2006] 2008, 539 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 53 (pp. 77-79).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Sous une couverture de Jackie Paternoster d’un mauvais goût tel que le plus fauché des groupes de folk-metal breton n’en voudrait pas pour sa première démo, la collection SF du Livre de poche réédite aujourd’hui l’intégrale des aventures du père Carmody, composées par Philip José Farmer entre 1953 et 1961, soit un roman et quatre nouvelles (dont les traductions ont été révisées, mais sans doute pas assez…).

 

 John Carmody, à l’origine, était une ordure : voleur et meurtrier, cruel et sans scrupules, c’était un authentique psychopathe inaccessible à la morale et au repentir. Après une longue série de méfaits, il se retrouva sur la planète de la Joie de Dante, au service de deux prêtres catholiques entendant démasquer le faux messie de la religion locale. Ceci, à l’occasion de la Nuit de la lumière, un étrange phénomène durant lequel tous ceux qui ne sont pas plongés dans le Sommeil voient leurs rêves et cauchemars se réaliser, ce qui, généralement, les condamne à la folie ou à la mort… Au terme de cette étonnante aventure (contée dans la première partie du roman La Nuit de la lumière, inventive et enlevée, quand bien même on pourra lui reprocher quelques tics d’écriture, et notamment un certain didactisme), Carmody connaît une révélation, et compte dès lors expier ses innombrables péchés. Mais, étrangement (et il y a déjà là un problème rendant le personnage somme toute peu crédible…), ce n’est pas à la religion kareenienne qu’il se convertit ; après une nouvelle expérience mystique sur Terre dont on ne saura rien si ce n’est qu’elle a eu lieu, il embrasse la foi catholique, et se fait moine de l’ordre de saint Jairus.

 

 Dès lors, il sera amené à vivre de nombreuses aventures théologiques à travers la galaxie. Dans la deuxième partie du roman, ainsi, nous le retrouvons 27 ans plus tard sur la Joie de Dante, partagé entre sa foi et la religion kareenienne, et confronté à un complot pouvant rappeler celui dans lequel il avait lui-même trempé jadis. Dommage, en dépit d’intéressants questionnements sur la justice et la bonté divines ainsi que sur le prosélytisme et la rédemption, que tout ceci se résume assez vite à une sorte de thriller manichéen…

 

Suivent deux nouvelles composées postérieurement au roman, et nous présentant un John Carmody encore frère lai, au tout début de sa carrière ecclésiastique. « L’Œuf » est une nouvelle burlesque, parfois drôle, souvent lourdingue… Sa suite directe, « Prométhée », est bien plus intéressante : Carmody, sous un déguisement improbable, entreprend d’apprendre le langage et la technologie à une race d’oiseaux extraterrestres ; si le bond évolutif suscité par le prêtre n’est pas crédible pour un sou, il débouche néanmoins sur de passionnants débats, quand les oiseaux en viennent à lui demander où ils vont après leur mort, tandis que celui-ci, quasi divin à leurs yeux, n’ose pas déterminer s’ils ont une âme et s’il est en droit de leur enseigner la doctrine chrétienne… Si la nouvelle conserve les aspects humoristiques de la précédente, elle devient bien vite autrement plus profonde, et même émouvante.

 

Autre réussite, « Père », une novella cette fois antérieure à La Nuit de la lumière, dans laquelle le père Carmody, exilé sur un fascinant jardin d’Éden, en vient à rencontrer un être qui se prétend divin, et ne manque pas d’arguments pour cela. Point d’orgue : un virulent débat scolastique, et un questionnement plus général sur la perfection, le changement et la mort. Pas grand chose à dire par contre pour ce qui est « d’Attitudes », la dernière nouvelle du recueil mais la première à avoir été écrite (Carmody n’y joue d’ailleurs qu’un rôle secondaire), tout d’abord variation prometteuse sur le pari pascalien, mais sombrant bien vite dans la facilité…

 

Farmer, bien connu pour avoir introduit l’érotisme en SF, ne se montre pas ici si « transgressif » que le prétend la quatrième de couverture : s’il ne rechigne pas à l’humour, il esquisse néanmoins d’intéressantes questions éthiques et métaphysiques, et, s’il ne se montre bien sûr jamais bigot, il ne donne heureusement pas dans le bouffeur de curés pour autant. Cette pondération fait partie des atouts de ce recueil, qui se lit agréablement, mais peine néanmoins à convaincre totalement. En effet, outre une écriture purement fonctionnelle et parfois pénible, La Nuit de la lumière souffre de problèmes de cohérence et de crédibilité. Le problème, ici, n’est pas la légère touche de fantasy venant teinter la science-fiction, et jouant des limites de la rationalisation à tout crin. Seulement, tout va très vite, et sans doute trop vite : les tours de passe-passe abondent dans le récit (« Prométhée » en est un exemple flagrant, même si cela lui confère à la rigueur un caractère de fable ; mais on pourrait citer, plus gênantes, les conclusions de la première partie de La Nuit de la lumière ainsi que de « Père », etc.), les thèmes les plus intéressants sont parfois sacrifiés aux rebondissements, tandis que les personnages n’offrent pas davantage de points d’appui, Carmody en tête, plus inconstant que multiforme : tour à tour tueur psychopathe et grave vieillard, frère lai naïf et moine rabelaisien, il manque finalement de caractère, et ses aventures de même, à l’exception de « Prométhée » et de « Père », où il se montre attachant, car véritablement complexe. Tout n’étant pas du niveau de ces deux nouvelles, le recueil se montre finalement un brin décevant, accusant régulièrement son ancienneté, et, surtout, ne tenant pas véritablement ses promesses… Dommage. Mais La Nuit de la lumière fait ainsi figure de parfait exemple d’une bonne idée desservie par un traitement trop léger.

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"Seul dans le noir", de Paul Auster

Publié le par Nébal

 

AUSTER (Paul), Seul dans le noir, [Man in the Dark], traduit de l’américain par Christine Le Bœuf, Arles, Actes Sud – Leméac, coll. Lettres anglo-américaines, [2008] 2009, 181 p.

Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique.

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"Science-fiction. Les Frontières de la modernité", de Raphaël Colson & André-François Ruaud

Publié le par Nébal

 

COLSON (Raphaël) & RUAUD (André-François), Science-fiction. Les Frontières de la modernité, Paris, Mnémos, 2008, 349 p.

Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique.

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L'Effroyable Vengeance de Panthéra, de Pierre-Alexis Orloff

Publié le par Nébal

 

ORLOFF (Pierre-Alexis), L’Effroyable Vengeance de Panthéra, préface et postface de Jean-Marc Lofficier, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche – Noire, 2008, 197 p.

Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique. Je la republie ici au cas où...

 

On ne va pas se leurrer : ce titre pompier et cette couverture pour le moins, euh, « spéciale », n’ont effectivement rien de « connard élitiste » à vue de nez. Avec L’Effroyable Vengeance de Panthéra, le « mystérieux » Pierre-Alexis Orloff (pseudonyme évident, pouvant renvoyer tant à Bob Morane qu’à Jess Franco ; quant à savoir qui se cache derrière… eh bien, il semblerait que... mais chût !) fait dans le roman-feuilleton qui tache, dans la littérature populaire qui s’affiche, et il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Le ramage se rapporte bien au plumage, et on ne va pas s’en plaindre, parce que ça fait du bien par où ça passe.

 

Nous sommes en France, en 1963, l’époque des yéyés et du Général. Une France un peu différente, certes, où, durant la Deuxième Guerre mondiale, les mythiques Faëriens sont venus sur Terre combattre les démons invoqués par les nazis. Enfin, « démons », « Faërie », autant de termes que l’on n’emploie que par facilité : les uns comme les autres, à la différence des pauvres humains, savent que la réalité est tout autre, et n’a rien de surnaturel à proprement parler.

 

C’est dans cette France que sévit la terrible Panthéra, la voleuse et tueuse qui déchaîne bientôt les fantasmes, à mesure que les gros titres de la presse locale s’emparent de ses exactions. Mais, là aussi, la réalité est tout autre : sous la combinaison moulante et les griffes démoniaques se dissimule en fait l’aimable Alice, charmante jeune fille qui ne ferait pas de mal à une mouche… Mais voilà : pour élucider et venger le meurtre de ses parents, son mentor Félix, avant de décéder aux mains de ses ennemis, lui a confié un démon intermittent, et, en variante sexy – et un peu gourde… – du Dr. Jekyll, Alice ne contrôle pas toujours son terrifiant pouvoir…

 

Ainsi, alors qu’elle pénètre dans la riche demeure bourgeoise des Peupliers, en banlieue parisienne, pour récolter quelques renseignements, elle est bientôt amenée à commettre malgré elle son premier meurtre. En sus des mystérieux assassins de Félix, les Faëriens étaient déjà sur sa trace – l’improbable duo d’enquêteurs constitué d’un centaure peu amène et d’une nymphe nécessairement lubrique –, et voilà que la police entre dans la partie, en la personne de l’inspecteur débutant – et pas très doué… – Antoine Carlier. Et pendant ce temps…

 

Disons le tout de suite : L’Effroyable Vengeance de Panthéra n’est pas vraiment « effroyable ». Ce premier épisode se contente largement de poser le cadre et les personnages, avec astuce et sens du rythme, et il ne s’y passe pas forcément grand chose. Bien évidemment, tout cela finit sur un cliffhanger abominablement frustrant, qui fait saliver en attendant le deuxième épisode. Mais, en l’état, ce court roman, qui a la bonne idée de ne pas se prendre excessivement au sérieux, se montre déjà suffisamment enlevé et jubilatoire pour emporter l’adhésion.

 

Dans cet univers uchronique mêlant héros populaires, horreur, polar, fantasy et science-fiction (d’une manière qui peut faire penser à Xavier Mauméjean ou Johan Héliot, avec un soupçon d’Hellboy en prime), les clichés et clins d’œil complices abondent, généralement jouissifs. Panthéra, qui évoque tant La Féline de Jacques Tourneur que la Catwoman SM incarnée par Michelle Pfeiffer dans le second Batman de Tim Burton, s’inscrit dans une longue lignée de héros ambigus de la littérature populaire, comprenant entre autres Fantômas et Arsène Lupin. Tout droit sortie d’un fumetti neri, la trouble et sensuelle Alice, pour être passablement – et nécessairement – caricaturale, ne manque pas de charisme, à l’instar des autres protagonistes de ce premier épisode, et c’est tout naturellement que le lecteur s’y attache.

 

Le style agréable et pince-sans-rire de l’auteur – auquel on pourra cependant reprocher d’abuser un peu du subjonctif… –, son sens du rythme et l’humour léger (non exempt de quelques subits accès de mauvais goût plutôt réjouissants) distillé tout au long du roman font que l’on en tourne les pages avec un plaisir constant, un peu régressif mais indéniablement savoureux.

 

Le petit jeu entre Pierre-Alexis Orloff et ses éditeurs (à moins que… ?), encadrant le récit et le prolongeant, achève de convaincre le lecteur (p. 196) : « Mon seul espoir, c’est que le bouquin soit tellement mal distribué, et sous une couverture Dieu merci tellement vulgaire et bariolée, qu’il passera inaperçu… ». Trop tard, ah ah ah !

 

Hommage réussi à tout un pan de la littérature populaire, L’Effroyable Vengeance de Panthéra n’est certainement pas de ces livres majeurs et indispensables qui changent la vie, l’univers et le reste. Ça tombe bien, il n’en a pas la prétention… Mais c’est bien une très bonne surprise, un divertissement de qualité tout ce qu’il y a de sympathique, bien ficelé, joyeusement naïf et excessif, qui se lit tout seul, et on n’en demandait pas davantage. Vivement le deuxième épisode !

 

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Fog, de James Herbert

Publié le par Nébal

 

HERBERT (James), Fog, [The Fog], traduit de l’anglais par Anne Crichton, Paris, Bragelonne – Milady, [1975, 2008] 2009, 347 p.

Ma chronique se trouvait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

Au sein de la pléthorique et, euh, « peu ragoûtante » production du label Milady, il est cependant une dimension qui me paraît tout à fait louable : si l’on excepte quelques parutions épisodiques et hors-collection d’un Stephen King ou d’un Dan Simmons, l’éditeur est aujourd’hui le seul à publier en poche et pour un prix décent des romans de « terreur » (ou « mainstream horror »), et en l’occurrence des « classiques » depuis longtemps indisponibles du fait de la disparition de la totalité des collections dévouées au genre. En témoigne aujourd’hui, par exemple, cette réédition du deuxième roman du Britannique James Herbert, un best-seller de sa catégorie.

 

La couverture fait « étonnamment » penser au film éponyme réalisé par John Carpenter en 1980, mais, autant le préciser tout de suite, cela n’a en fait rien à voir du tout. Si l’on devait établir une comparaison cinématographique, ce serait bien plus probablement avec le nettement moins connu (et antérieur) The Crazies de George A. Romero, bêtement sorti en France en son temps sous le titre putassier et ridicule de La Nuit des fous vivants. L’horreur, en effet, ne relève en rien ici du fantastique, mais bien davantage de la science-fiction, le résultat n’est pas sans évoquer un « film de zombies » (ou « d’infectés »...) des plus classiques, et, sous le pur divertissement (car c’est bien d’un roman de gare qu’il s’agit), perce une charge anti-militariste et écologiste, plutôt grossière certes, mais qui n’est décidément pas sans évoquer le réalisateur de La Nuit des morts-vivants. Pour un roman de 1975, on avouera que c’est relativement original, si c’est convenu aujourd’hui.

Tout commence par un tremblement de terre pour le moins incongru en Angleterre. Au cours du séisme, le sous-sol libère une étrange brume jaunâtre qui se met à vagabonder de par le pays, emportée par un vent qui ne la dissipe pas. Or tous ceux qui se retrouvent au contact de ce brouillard sont pris à plus ou moins court terme d’une folie homicide et/ou suicidaire. Bientôt, dans le sillage de la nappe meurtrière, massacres sanglants et suicides collectifs s’enchaînent... et le brouillard semble progresser vers les zones les plus peuplées d’Angleterre.

John Holman fut un des premiers infectés, lors du séisme. Il tenta bien de se suicider, mais fut maîtrisé, et survécut au drame. Il est le premier à prendre conscience de l’étrange phénomène, et de ses terribles conséquences. Dès lors, le roman alterne en gros un chapitre sur deux les tentatives d’Holman pour éviter le pire, et les morts atroces de victimes par dizaines, par centaines, par milliers...

Construction qui tend à devenir rapidement assez lassante, trop systématique, tournant un peu à l’expédient permettant de tirer à la ligne. Pourtant, on avouera que James Herbert, à l’occasion, sait concocter des scènes de terreur pure absolument saisissantes, en jouant tant sur le « gore » que sur la violation des tabous (même si, pour ce qui est de la sexualité, le roman accuse son âge...) ou la froideur des statistiques (la superbe séquence de Bournemouth... et une cinglante « prémonition » des attentats du 11 septembre 2001 !), et que celles-ci se montrent de plus en plus efficaces à mesure que l’on avance dans le roman, tandis que le brouillard, inexorablement, inévitablement, se rapproche de Londres... Les derniers chapitres, impressionnants de chaos apocalyptique et de tension permanente, sont à cet égard tout à fait réussis, malgré quelques clichés ici ou là.

Mais il faut y arriver. Car, en dehors de ces morceaux de bravoure occasionnels, le roman n’a pas grand chose pour lui, et l’on voit bien ce qui fait toute la différence entre un James Herbert et un Stephen King ou un Dan Simmons. S’il parvient étonnamment à éviter de se montrer trop répétitif, en variant les saynètes d’horreur et les implications du brouillard avec une astuce indéniable, il a néanmoins pris un petit coup de vieux, et pèche surtout par de nombreux autres aspects : on regrettera, notamment, ces personnages insipides et unidimensionnels, et plus encore ce style au mieux médiocre, au pire laborieux...

 

Aussi Fog n’est-il pas le « chef-d’œuvre de la terreur » annoncé par la quatrième de couverture. Reste un roman de gare relativement correct, mais qui, en fonction de l’humeur du lecteur, fera presque autant bailler que frissonner.

 

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