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"Outrage et rébellion", de Catherine Dufour

Publié le par Nébal

 

DUFOUR (Catherine), Outrage et rébellion, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009, 385 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 54 (pp. 98-99).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Pour son nouveau roman (en Lunes d’encre, cette fois, sous une couverture d’un Daylon qu’on a connu plus inspiré, figurant un incongru fan de Tokyo Hotel) situé dans l’univers sino-glauque du très bon et justement plébiscité Le Goût de l’immortalité (mais on ne parlera pas vraiment de « suite » pour autant), Catherine Dufour délaisse les yourcenareries pour faire dans le nettement moins distingué, mais non moins efficace.

 

 Cette fois, on oublie les subjonctifs et autres tournures alambiquées, au profit de témoignages crus et gouailleurs, débordant de sexe, de drogue et de rock’n’roll (et de pisse et de vomi) (et de prothèses et de clones). La forme (quasi) épistolaire laisse la place à une succession d’entretiens, façon documentaire (mentions légales et générique de fin inclus), entièrement dénués de descriptions, de monologues intérieurs, etc.

 

 Bref, exeunt les Mémoires d’Hadrien ; Catherine Dufour fait cette fois l’éponge avec l’indispensable Please Kill Me de Legs McNeil et Gillian McCain, « histoire non censurée du punk » américain des origines à la décadence (enfin, on se comprend…), où des Lou Reed, Iggy Pop, Ron Asheton, Dee Dee Ramone et autres (producteurs, musiciens, groupies, journalistes…) nous entretiennent avec candeur et outrance de leurs frasques de gamins débiles (et somme toute fort peu de musique…).

 

 Catherine Dufour fait quelque peu l’éponge, oui ; elle ne s’en est jamais cachée, d’ailleurs, mais il est vrai que cela pourrait lui être nuisible à terme… Mais pas pour le moment. Car si Outrage et rébellion s’inspire largement de Please Kill Me, il n’en constitue certainement pas une adaptation servile, ni a fortiori un plagiat. Si Catherine Dufour emprunte au volumineux essai sa structure et quelques anecdotes ici ou là, elle n’en fournit pas moins un considérable travail d’écrivain en en faisant un roman. Un vrai roman, inventif dans la forme comme dans le fond, et qui se dévore et enthousiasme comme un riff des Ramones, avec la saleté de production des Stooges, et une outrance plus vraie que nature.

 

Car c’est là à vrai dire le tour de force de l’auteur. En nous contant l’épopée de marquis, de ses potes et des requins et margoulins divers et variés qui profitent de leur talent contestable, le tout dans un contexte science-fictif d’une noirceur organique et horrifique quelque part entre Ballard et Cronenberg, Catherine Dufour parvient à humaniser son propos, et à donner un sens aux idioties juvéniles des branleurs géniaux qui l’ont inspirée. marquis et ses zicos sont non seulement plus humains, tout en étant sensiblement plus trash, que leurs illustres modèles, mais, au delà, leur péripéties se voient ainsi conférer un sens, une portée immédiate, politique et cinglante, qui, quoi que le mythe ait pu en dire, faisait défaut au punk des origines.

 

Outrage et rébellion (tout est dans le titre) est donc bel et bien un (excellent) roman, fort de sa singularité, d’une humanité et d’une vivacité exemplaires, et autrement plus profond qu’il n’y paraît au premier abord.

 

Et c’est aussi, sans surprise de la part de Catherine Dufour, un roman superbement écrit. On a souvent eu l’occasion de le constater : il n’y a rien de pire que le pseudo-argot que les écrivaillons du dimanche se sentent obligés d’infuser dans leurs dialogues pour faire « populo ». Mais, ici, l’auteur maîtrise parfaitement sa technique, use des néologismes et barbarismes ave un naturel effarant, et le tout coule tout seul, avec une aisance verbale, une authenticité, rares dans un roman. Les interventions des divers personnages, tantôt écœurantes et déprimantes, tantôt (souvent) à hurler de rire, sont toujours d’une extrême justesse qui force le respect. Aussi Outrage et rébellion se lit-il avec un plaisir constant, et une aisance permanente comme on en a rarement vue.

 

Chef-d’œuvre, alors ? Non, quand même pas. Si Outrage et rébellion est bien un excellent roman, chaudement recommandé, il n’en est pas moins régulièrement victime de menus défauts qui l’empêchent d’accéder tout au sommet de la pyramide. Ainsi, si les emprunts et clins d’œil, nombreux, se montrent souvent jouissifs, il est à craindre que certains puristes ne jasent devant le procédé et le jugent quelque peu artificiel (sans parler des culs serrés à même de s’offusquer de la – oh mon Dieu – « vulgarité » du roman, mais ceux-là, n’est-ce pas, on les empapaoute, alors, bon…). Mais il y a plus gênant : notamment, si les très nombreux personnages sont tous aisément identifiables, solidement construits et cohérents, la structure même du roman en rend parfois le déroulement quelque peu confus. Et c’est à mon sens particulièrement vrai, et d’autant plus regrettable, pour ce qui est de la fin du roman, laquelle ne m’a à vrai dire pas convaincu : trop abrupte, trop confuse, et pas vraiment crédible… Dommage. Il s’en fallait de peu.

 

Mais, bordel, on parle de punk, que diable ! Alors ce n’est certainement pas le moment de faire la fine bouche. Dans l’ensemble, il ne saurait faire de doute qu’Outrage et rébellion est un excellent roman, qui vaut largement le détour ; il est même probablement meilleur que son illustre prédécesseur. Alors l’adage se vérifie encore une fois : Catherine Dufour, c’est bon, mangez-en.

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"Aube d'acier", de Charles Stross

Publié le par Nébal

 

STROSS (Charles), Aube d’acier, [Iron Sunrise], traduit de l’anglais par Bernadette Emerich et Xavier Spinat, Paris, Mnémos – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2004, 2006] 2008, 571 p.

 

Ma chronique de cette « suite » de Crépuscule d’acier se trouve dans le Bifrost n° 54 (pp. 86-87).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 « 1. Je suis l’Eschaton. Je ne suis pas ton dieu.

 

 « 2. Je descends de toi et j’existe dans ton futur.

 

 « 3. Tu ne violeras pas la causalité à l’intérieur de mon cône de lumière historique. Sinon… »

 

 On avouera que, pour n’être pas divine, l’I.A. mégalomane et paranoïaque post-singularité ne manque pas d’une certaine classe. Ce « Sinon… », notamment, est lourd de menaces. Quand une étoile explose et raye de la carte galactique la civilisation terriblement ennuyeuse et banale de la Nouvelle Moscou, on pense immédiatement au grand E. En s’étonnant, tout de même, de ce que les pacifiques néo-moscovites aient pu d’une manière ou d’une autre violer la causalité.

 

 Peut-être le coupable se trouve-t-il ailleurs, et l’Eschaton s’est-il en fait montré faillible ? Pour les survivants expatriés de la Nouvelle Moscou, il y a une cible toute désignée : la bien plus hargneuse Nouvelle Dresde. Aussi avait-elle établi à tout hasard un programme de dissuasion par riposte massive qui, à l’instant même où la planète-mère disparaissait dans une aube d’acier destinée à s’étendre sur plusieurs années-lumière, a précipité des missiles nucléaires NAFAL sur les coupables supposés, à leur tour menacés d’anéantissement d’ici une trentaine d’années (décidément, tout cela fait à nouveau énormément penser au Docteur Folamour de Stanley Kubrick). À tout cela, il faut encore ajouter les manœuvres mystérieuses d’improbables nazillons de l’espace, les Recompilés, nécessairement beaux, forts, et un peu crétins tout de même.

 

Une nouvelle mission de choix pour la charismatique espionne terrienne Rachel Mansour et son époux Martin Springfield, qui les amènera à faire bien des rencontres marquantes, et notamment celle de l’inénarrable et bien nommée Mercredi, ado gogoth à baffer au service de l’Eschaton (à moins qu’elle ne soit que schizophrène).

 

Après avoir torpillé les clichés du space opera militariste dans Crépuscule d’acier, Charles Stross retrouve son univers post-Singularité pour un détournement en règle des lieux communs du roman d’espionnage. On aura droit à tout : Rachel Mansour fait plus que jamais figure de James Bond doté d’une forte poitrine, l’intrigue est à la fois évidente et abominablement capillotractée, les méchants sont vraiment très méchants, et ont le bon goût de révéler aux héros l’intégralité de leur plan diabolique dans les dernières pages, en multipliant les indispensables ricanements sardoniques. Et c’est à nouveau passablement débile, et franchement jubilatoire.

 

Évidemment, c’est aussi quelque peu outrancier, ce qui ne sera probablement pas du goût de tous. Et Aube d’acier se montre sans doute moins directement efficace que son prédécesseur. Cette fois, le jargon hard science – assez superflu – en arrive même à rendre certaines pages proprement illisibles, notamment vers le début du roman, un tantinet laborieux. Il serait dommage, pourtant, de s’en tenir à cette mauvaise impression. Au fur et à mesure que les personnages et l’intrigue se mettent en place – ce qui n’exclut pas un brin de tirage à la ligne de temps à autre –, le roman se fait de plus en plus réjouissant, et, pour peu que l’on se montre bon public, on retrouve finalement assez vite le plaisir pur et simple de la lecture de Crépuscule d’acier, et l’indéracinable sourire vaguement régressif qui va avec.

 

Alors on peut bien faire la fine bouche à l’occasion, et notamment regretter que le roman, tout en conservant une certaine gravité qui ressurgit de temps à autre, délaisse largement les thématiques de la Singularité et de l’Eschaton pour s’en tenir au pur divertissement. Mais ce divertissement reste efficace, souvent drôle – quoique un peu inégal –, et parfois franchement enthousiasmant. Le ton de Charles Stross, entre humour absurde et pince-sans-rire plus britannique qu’un five o’clock tea, cynisme destructeur et punchlines à dix sous, fait régulièrement des merveilles.

 

En refermant Aube d’acier, on peut difficilement prétendre avoir lu un grand roman, et certainement pas un chef-d’œuvre. En même temps, on a dans l’ensemble passé un très bon moment. Et n’est-ce pas l’essentiel ?

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"Divergences 001", d'Alain Grousset (éd.)

Publié le par Nébal

 

GROUSSET (Alain) (éd.), Divergences 001, nouvelles réunies et présentées par Alain Grousset, préface d’Alain Grousset, postface d’Éric B. Henriet, Paris, Flammarion, coll. Ukronie, 2008, 299 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 54 (pp. 84-85).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Une bonne initiative dans le champ de la littérature jeunesse : avec sa toute nouvelle collection dédiée, Flammarion entend faire découvrir les merveilles de l’uchronie à nos chères petites têtes blondes (… et pourquoi blondes, d’ailleurs ? tiens, en voilà, un sujet d’uchronie…). Et pour étrenner cette collection judicieusement baptisée « Ukronie » (parce que le « k », ça fait plus djeunz), on trouve entre autres titres ce fort gouleyant Divergences 001 (appelant bel et bien à terme un Divergences 002), non pas un « roman jeunesse » comme l’indique un malencontreux sticker argenté sur la couverture, mais un recueil de nouvelles réunies et présentées par Alain Grousset, lequel s’enorgueillit (et pourquoi pas, après tout) du fait qu’il s’agit là d’une première en France.

 

 Et le moins qu’on puisse dire est qu’il a réuni du beau monde. Jugez plutôt : Pierre Pelot, Fabrice Colin, Johan Heliot, Xavier Mauméjean, Michel Pagel, Jean-Marc Ligny, Laurent Genefort, Roland C. Wagner, et, histoire de sortir du cadre strictement franco-français, une nouvelle de Paul J. McAuley (traduite par l’excellent Jean-Daniel Brèque). Eh oui, tout de même ! Sans oublier la cerise sur le gâteau : une postface d’Éric B. Henriet, spécialiste français de l’uchronie s’il en est, dont on ne recommandera jamais assez l’excellent L’Histoire revisitée. Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes. Une postface salutaire et du plus grand intérêt pour découvrir le genre ; on la préférera largement à la préface et aux présentations d’Alain Grousset, pour le coup excessivement juvéniles et saturées de points d’exclamation.

 

 Les nouvelles sont présentées selon l’ordre chronologique des points de divergence. Ce qui nous vaut une petite surprise pour la première, « Après le déluge » de Pierre Pelot, puisque la divergence n’est pas ici historique à proprement parler, mais religieuse : et si Noé et sa famille n’avaient pas été les seuls survivants du Déluge ? Un texte étrange, tantôt enthousiasmant, tantôt mollasson, parfois inventif, parfois convenu. Une introduction en demi-teinte, en somme.

 

 Jean-Marc Ligny se montre ensuite plus convaincant avec « Exode » (non, rien de religieux cette fois), en imaginant la disparition de l’homo sapiens au profit des Néanderthals. Un texte fort et émouvant.

 

 Fabrice Colin concocte ensuite un récit jeunesse tout ce qu’il y a d’efficace avec « Le Serpent qui changea le monde », et son Afrique civilisée l’emportant sur l’Europe barbare. Aventure et leçon de tolérance sont au programme, et cela fonctionne très bien.

 

On passe encore un cran au-dessus avec Michel Pagel, qui signe une des meilleures nouvelles du recueil avec « Le Petit Coup d’épée de Maurevert » ; le point de divergence se situe lors de la Saint-Barthélemy, et, au terme d’amusantes aventures type « cape et épées », les conséquences en seront d’autant plus réjouissantes qu’elles verseront allègrement dans l’utopie…

 

Une déception ensuite avec Johan Heliot, dont la « Pax Bonapartia » est une uchronie napoléonienne et américaine banale au possible et sans grand intérêt. Ce n’est guère original, et a de fâcheuses allures de synopsis…

 

Déception encore avec Laurent Genefort, « L’Affaire Marie Curie » étant probablement le texte le moins intéressant du recueil : une Première Guerre mondiale qui s’éternise, les Brigades du Tigre, Marie Curie et Constantin Tsiolkovski… Tout pour plaire a priori. Mais la sauce ne prend pas, la faute à un style médiocre et à une intrigue poussive. Dommage…

 

Xavier Mauméjean, par contre, s’en tire remarquablement bien avec « Reich Zone ». L’Allemagne nazie qui gagne la guerre, quoi de plus éculé ? Mais en jouant à son habitude des références et de la culture populaire (ici essentiellement La Quatrième Dimension, les héros n’étant autres que Rod Serling et Richard Matheson !), l’auteur sait emporter son lecteur avec son aisance coutumière. Une excellente nouvelle.

 

Pas grand chose à dire, par contre, sur les deux textes restants : Roland C. Wagner, avec « De la part de Staline », nous prodigue un texte définitivement adolescent mais sans grand intérêt ; quand à Paul J. McAuley, son « Histoire très britannique » est seulement amusante, sans plus…

 

Quoi qu’il en soit, ce recueil est dans l’ensemble de bonne voire très bonne facture. Idéal pour faire découvrir le genre uchronique à nos chères petites têtes brunes. En attendant un Divergences 002, qui devrait s’éloigner des uchronies « pures » ayant fait l’objet de ce premier volume.

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La nécro du jour (8)

Publié le par Nébal


J.G. Ballard, un des plus grands écrivains britanniques et un de mes chouchous perso, ainsi que vous avez eu plusieurs fois l'occasion de le constater sur ce blog (Le Monde englouti, suivi de Sécheresse, La Forêt de cristal, La Foire aux atrocités, Sauvagerie, et le premier tome de l'intégrale des nouvelles), vient de mourir.

Et ça me fait chier.

RIP.

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"Baroudeur", de Jack Vance

Publié le par Nébal

 

VANCE (Jack), Baroudeur, traduit de l’anglais [américain] par E.C.L. Meistermann, Jean-Pierre Pugi et Michel Deutsch, Ris Orangis, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, [1951-1954, 1961] 2009, 175 p.

 

Bon, ce n’est plus un secret pour personne, et j’imagine que ça s’est vu : j’ai à l’heure actuelle beaucoup de mal à écrire des comptes rendus dignes de ce nom ; plus que jamais, même, à tel point que mes texticules deviennent plus miteux jour après jour. Pour parler franchement, la flemme et la peur du ridicule m’incitent en permanence à arrêter de nouveau les opérations, en attendant un éventuel regain de forme et d’envie.

 

En attendant, je lis quand même… Moins, sans doute, et avec plus de difficultés (a fortiori les pavés ; là, par exemple, je viens d’entamer Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, et, j’ai beau me régaler, je rame un peu…) ; mais quand même. Et des bonnes choses, qui mériteraient un meilleur traitement.

 

Ce recueil paru récemment aux Trois Souhaits, ainsi, vaut franchement le détour. Une belle occasion de découvrir (c’était mon cas) ou redécouvrir Jack Vance en tant que nouvelliste. Et on notera au passage que c’est à ma connaissance le plus gros volume (relativement) publié par ActuSF, jusqu’à atteindre une taille tout à fait conventionnelle. Cinq nouvelles datant essentiellement des années 1950, et qui nous montrent diverses facettes du talent de l’auteur, dans une veine parfois inattendue.

 

Ici, je pense notamment à « La Princesse enchantée » (pp. 9-45). Mais je ne m’étendrai pas davantage sur ce texte autrement plutôt convenu, de même que deux autres de ces cinq nouvelles, « Le Bruit » (pp. 135-153) et « Le Temple de Han » (pp. 155-176), ce dernier texte étant plus typiquement vancien. Mais ces trois nouvelles n’en sont pas moins dans l’ensemble relativement médiocres, et ne m’ont guère laissé de souvenirs…

 

Mais restent deux nouvelles qui justifient à elles seules l’achat de ce petit volume.

 

« Personnes déplacées » (pp. 47-77) traite de la problématique de l’immigration d’une manière fort originale, dans le fond comme dans la forme : la nouvelle est en effet essentiellement composée de coupures de presse et d’extraits d’ouvrage dissertant sur une improbable « invasion » pacifique de troglodytes jusqu’alors réfugiés dans les entrailles de la Terre. La bêtise raciste y est impitoyablement fustigée, à l’instar de l’hypocrisie des gouvernants comme des gouvernés, qui adoptent le plus souvent un comportement insupportablement « nimby ». Il en résulte un texte étrange mais très convaincant, à la fois humaniste et pessimiste, et par ailleurs non dénué d’humour.

 

Une nouvelle qui vaut le détour, donc, mais c’est également le cas de la suivante, la plus longue du recueil, intitulée « Le Papillon de lune » (pp. 79-133). Ici, on se retrouve dans du Vance à l’état pur, déployant son incommensurable talent pour une « ethno-SF » riche en détails. Si l’intrigue vaguement policière n’est que moyennement intéressante – comme souvent dans ce genre de textes, voyez par exemple Le Cycle de Tschaï –, le cadre est par contre de toute beauté, fourmillant de détails judicieux et inventifs, exotiques et fascinants. À vrai dire, je me demande même si ce n’est pas là ce que j’ai lu de mieux chez cet auteur… Le choc des cultures y est admirablement traité, qui plus est avec humour. Un petit bijou que cette nouvelle foisonnante, à lire à tout prix.

Ne serait-ce que pour ces deux derniers textes, je ne peux donc que recommander chaudement ce Baroudeur. Une occasion parfaite pour découvrir un des plus grands auteurs de science-fiction.

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"La Mécanique du Centaure", de M. John Harrison

Publié le par Nébal

 

HARRISON (M. John), La Mécanique du Centaure, [The Centauri Device], traduit de l’anglais par Jean-Pierre Pugi, [Paris], Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [1975] 2003, 302 p.

 

Un ouvrage lu par le truchement du truculent Patartre (Dieu que l’élocution de cet homme à l’index balladeur est étrange), qui ne pouvait pas mieux tomber a priori : cela faisait un certain temps déjà que je comptais lire du M. John Harrison, auteur à propos duquel je n’avais entendu dire que du bien (notamment de la part de l’ignoble Raoul Abdaloff). Cette Mécanique du Centaure jouant la carte du space op’ semi parodique, à l’instar de certaines choses fort réjouissantes que j’ai pu lire et apprécier récemment (à titre d’exemple, du Charles Stross – Crépuscule d’acier et sa « suite » Aube d’acier – et du John Scalzi – la trilogie (?) du Vieil Homme et la guerre), je n’en attendais que du bien.

 

Alors, alors.

 

Un bon point d’entrée de jeu : le « héros » est un paumé, un loser fini comme je les aime. John truck, vaguement dealer, vaguement routier galactique, est par sa mère le dernier des Centauriens, race exterminée deux siècles plus tôt par les Terriens. Et cette unique particularité va suffire pour le foutre dans la merde.

 

On a en effet découvert une étrange machine centaurienne, typique du « Big Dumb Object », dont on ne sait à peu près rien, si ce n’est qu’elle serait en mesure de foutre la merde dans la politique humaine si elle était récupérée par un des deux grands camps qui se fritent la gueule, le Gouvernement Mondial Israélien et l’Union des Républiques Socialistes Arabes (ça aussi, j’aime bien ; même si cette « guerre froide redux » témoigne de l’âge du roman, publié en 1975, et donc bien plus ancien que les œuvres que j’ai pu citer précédemment ; j’y reviendrai).

 

Du coup, John Truck, ce loser pathétique, devient « l’homme le plus recherché de l’univers ». Car lui seul semble en mesure de faire fonctionner la machine. Dès lors, il ne cessera, tout au long du roman – au rythme frénétique – de tomber de Charybde en Scylla, et de se voir infliger les pires humiliations et/ou tortures.

 

 

Alors, alors.

 

Ben, j’en suis désolé, truculent Patartre, mais malgré les atouts que je viens d’exposer brièvement (et quelques très bonnes idées ici ou là, comme cette secte qui expose à la vue de tous les entrailles de ses religionnaires), ce roman m’a tristement déçu. La faute à quoi ? Pas facile à dire, même si j’aurais bien quelques idées : une trame confuse et assez vite lassante, déjà. Des personnages qui manquent de caractère, aussi : John Truck, pas plus que les autres personnages, ne parvient pas à susciter la moindre empathie. C’est un loser, d’accord, mais quand même… Un style, mmmh, « déconcertant », aussi, tout en métaphores alambiquées qui passent plus ou moins bien la frontière de la traduction.

 

En fait, j’ai surtout l’impression que ce roman accuse son ancienneté relative : « pionnier » dans ce genre de space op’ s’amusant avec les clichés du genre, il me semble souffrir de la comparaison avec des ouvrages plus récents jouant en gros la même carte ; ainsi les romans de Charles Stross ou de John Scalzi que j’ai déjà évoqués, et, je n’en doute pas même si, honte sur moi, je ne les ai pas lus, ceux de Iain M. Banks (faut vraiment que je me mette à « la Culture », un de ces jours), voire de John Varley. Et très probablement ceux que M. John Harrison lui-même a pu écrire plus tard ; aussi ne vais-je pas pour autant fermer l’accès de mon étagère de chevet à cet auteur.

 

Mais, pris isolément, cette Mécanique du Centaure m’a tristement déçu, et même ennuyé. Le space op’ n’y est pas palpitant, et l’humour narquois, « l’ironie respectueuse », ne fonctionnent pas vraiment non plus. Dommage…

Merci quand même, hein, ô Patartre. N’empêche, Abattoir 5, ça n’a rien à voir (ou presque), mais c’est mieux. Ah.

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"Seigneurs de lumière", de Roger Zelazny

Publié le par Nébal

 

ZELAZNY (Roger), Seigneurs de lumière, traduit de l’américain par Claude Saunier, Mélusine Claudel et Luc Carissimo, traductions révisées et complétées par Thomas Day et Luc Carissimo, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [1967, 1969, 1972, 1975, 1982, 1983, 2009], 815 p.

 

La propagande tétardienne m’avait, il y a de cela quelque temps, imposé la lecture d’Une rose pour l’Ecclésiaste de Roger Zelazny, et j’avais dû m’incliner devant les faits : c’était bien un très bon recueil de nouvelles, témoignant assurément de ce que le mauvais souvenir que m’avait laissé le long « cycle d’Ambre » ne devait pas m’empêcher de prospecter à nouveau du côté de cet auteur. Aujourd’hui, c’est la propagande thomasdayenne qui entend enfoncer le clou, avec ce beau et gros Seigneurs de lumière, inaugurant un vaste chantier de rééditions zélazniennes. Trois romans imprégnés de mythologie – le domaine de prédilection de l’auteur –, qui réclament (euh…) donc aujourd’hui un avis définitivement nébalien.

 

Commençons donc par le Seigneur de lumière qui donne (plus ou moins) son titre à l’omnibus. Ici, ce sont les mythologies hindouiste et bouddhiste qui passent à la casserole. Dans un lointain futur, Zelazny nous décrit une planète dominée par une vigoureuse théocratie : les « Premiers » colons humains, forts de leur science, se sont faits dieux du panthéon hindouiste, ont asservi la population indigène, et maintiennent la population humaine dans l’ignorance la plus totale et la pire des stagnations intellectuelles (« c’est pour leur bien », évidemment). Mais voici qu’un des Premiers, rebelle et facétieux, donne le signal de la révolte prométhéenne : on l’appelle Seigneur de lumière, Siddhartha, Bouddha, ou encore Sam… Et il entend bien mettre à bas le joug théocratique de ses camarades.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : Seigneur de lumière est bien un roman de science-fiction, non de fantasy ; mais, dans sa manière de triturer les mythes et de traiter des divinités, il se pare d’atours épiques qui lui donnent un ton assez unique. Le rythme, nonobstant la pompe des discours – et les brusques mais savoureux changements de registre – se fait d’ailleurs frénétique, les affrontements « divins » s’enchaînant sans cesse dans un tourbillon de hauts-faits tous plus considérables les uns que les autres. Zelazny joue adroitement des mythes hindouistes et bouddhistes, avec le sourire étrange de son héros, et son roman, pour être déstabilisant au premier abord, se révèle bien vite passionnant, impressionnant de finesse et d’astuce. Cela dit, l’emphase générale peut ennuyer…

 

Et c’est à vrai dire un problème que l’on retrouvera en pire dans les deux autres romans constituant cet omnibus, à mon avis bien inférieurs à cette brillante entrée en matière. En effet, Zelazny, que la quatrième de couv’ présente comme un des « plus grands stylistes » de la science-fiction, multiplie les expérimentations littéraires – typiques de la « new wave » ? – dans ces trois romans, et avec plus ou moins de réussite ; mais le brio de la forme – d’ailleurs contestable : on peut n’y voir qu’artifice et lourdeur… – accuse quelque peu son âge (toute une époque…), et ne parvient pas toujours à emporter l’adhésion, a fortiori si le fond fait défaut.

 

En témoigne d’une certaine manière immédiatement Royaumes d’ombre et de lumière, le plus bref de ces trois romans « mythologiques », dans lequel Zelazny s’amuse cette fois avec le panthéon égyptien. Mais si début du roman est brillant, et bien digne de Seigneur de lumière – meilleur encore, si ça se trouve ? –, les péripéties expédiées de cette sombre histoire d’affrontement millénaire entre Osiris et Anubis (entre autres…) lassent bien vite, s’enchaînant sans véritable logique, et donnant au roman un triste goût d’inachevé. Un ouvrage fait de bric et de broc, qui contient quelques moments réjouissants, mais ne se montre pas convaincant en définitive…

 

Le cas du dernier de ces romans, le bien plus récent L’Œil de Chat, est un peu différent. Ce sont alors les mythes navajos qui trinquent, mais l’histoire n’a pas la majesté et le grandiloquent des deux romans précédents. Dans le fond, il s’agit en effet d’une histoire de chasseur chassé, un pisteur navajo étant poursuivi par une mystérieuse créature du nom de Chat, télépathe et métamorphe, dont il ne peut guère se protéger qu’en retrouvant au fond de lui même une forme de mentalité archaïque, de « pensée sauvage ».

 

Le rythme est à nouveau très soutenu, ce qui est plus approprié à cette trame qu’à celles des deux romans précédents. Pourtant, je ne cacherai pas m’être profondément ennuyé à la lecture de ce roman, malgré quelques hausses de tension de temps à autre. Mais la forme, multipliant à nouveau les expériences, m’a cette fois franchement agacé. Si l’on en excepte quelques-unes – le « zapping » à la Tous à Zanzibar, notamment –, le reste m’a donné une triste impression de formule, d’artifice, ne collant en définitive guère au sujet, et n’apportant pas grand chose au roman…

Bilan contrasté, donc, pour ces trois romans « mythologiques », dans lesquels je compterais pour ma part une vraie réussite, et deux tentatives bancales. Si, au-delà des variations mythologiques, la pompe et les expérimentations littéraires datées ne vous rebutent pas, nul doute que vous saurez trouver votre bonheur dans ce gros volume. Quant à moi, j’avoue que la déception domine, et que ma curiosité quant à l’œuvre zélaznienne s’en ressent : j'ai toujours tendance à voir en lui un écrivain surestimé... Peut-être serai-je plus convaincu par les nouvelles de l’auteur, comme dans Une rose pour l’Ecclésiaste ? On verra bien…

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"La Saga de Hrolf Kraki", de Poul Anderson

Publié le par Nébal

 

ANDERSON (Poul), La Saga de Hrolf Kraki, [Hrolf Kraki’s Saga], traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti, [Paris], Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [1973, 2004] 2006, 388 p.

 

J’ai déjà eu l’occasion de vous entretenir de Poul Anderson à plusieurs reprises, que ce soit à propos de l’Orphée aux étoiles de Jean-Daniel Brèque qui lui était consacré, ou de son fameux cycle de « La Patrouille du temps », dont le quatrième et dernier tome devrait enfin être publié en français sous peu. Mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’aborder le versant « fantasy » de cet auteur un peu maltraité dans nos contrées, et ce quand bien même c’est ce versant qui me semblait le plus prometteur. Gardant en outre un excellent souvenir du « Chagrin d’Odin le Goth », superbe et tragique novella, j’ai décidé d’aborder finalement ce nouveau versant par le roman que voici, où l’auteur, travaillé par son ascendance danoise, retrouve les anciens Goths et leurs sagas.

 

Un roman un peu particulier, cela dit : La Saga de Hrolf Kraki est plus exactement une adaptation d’un texte ancien, difficilement lisible pour les non-initiés, tournant autour d’un roi danois du VIe siècle. Pour reprendre les mots de l’auteur, Hrolf Kraki « devint au Nord ce que fut Arthur à la Grande-Bretagne et Charlemagne à la France » (p. 14). Le roman se fonde donc sur un personnage historique, ce qui donne de suite un ton très particulier à cette saga.

 

En fait de fantasy, d’ailleurs, il n’y a pas forcément grand chose : dieux, elfes et trolls n’interviennent qu’épisodiquement, même si l’on croise de temps à autre quelques noms fameux (et notamment celui de Beowulf, le héros qui terrassa le monstre Grendel – une passerelle particulièrement visible vers une autre saga, mais il y en a d’autres, y compris vers les bien plus célèbres Niebelungen).

 

Mais Poul Anderson, tout en modernisant la forme, a su remarquablement bien conserver le souffle des sagas, pour nous livrer un roman épique et lyrique, un grand roman de fantasy en somme. Conteur d’exception (quand il le veut bien, comme dans « Le Chagrin d’Odin le Goth » et le présent texte), Anderson se situe clairement ici parmi les plus grands auteurs du genre (à la différence, pour citer une lecture récente, de Glen Cook dans La Compagnie noire, roman auquel ce souffle si particulier fait cruellement défaut).

 

Cependant, Poul Anderson n’est pas Tolkien, et sa saga n’est pas Le Seigneur des anneaux ; nulle critique ici, mais un simple constat, dû à l’auteur lui-même (p. 16) : « Le risque le plus important réside dans l’esprit même de cette saga qui n’est pas Le Seigneur des anneaux, œuvre d’un auteur civilisé, chrétien, même si elle a sans doute constitué l’une des nombreuses sources de Tolkien. » Effectivement, la saga se montre essentiellement « barbare » et « païenne » (même si les Danois se montrent ici un tantinet plus policés que les Vikings norvégiens ou les Suédois, ou les mystérieux Finnois), ce qui nous rapprocherait davantage de Robert Howard. Et si l’on ne peut s’empêcher, par moments, de penser à Tolkien, c’est à certains des récits du Premier Âge qu’il faut se référer, particulièrement imprégnés des sagas : Le Silmarillion, et plus encore Les Enfants de Hurin.

 

Question de souffle, là encore, le fond et la forme s’entremêlant pour renouveler les récits antiques et ceux du Haut Moyen Âge, et leur conférer une certaine intemporalité, à condition pour le lecteur de ne pas rester obnubilé par les principes de la littérature postérieure, chrétienne et « morale ».

 

Et c’est ainsi que, finalement, du récit historique légèrement teinté de merveilleux, on aboutit en somme à un récit d’un autre monde, d’un autre temps, où les valeurs diffèrent du nôtre. Les héros de la saga ont en effet tout de barbares, qu’ils soient positifs ou négatifs : les trahisons s’enchaînent, ainsi que les massacres et les viols, et c’est une union incestueuse qui se trouve au centre de la saga.

 

Hrolf Kraki, le grand roi, est le fruit de cette union « contre-nature ». Mais si la saga porte son nom, il n’en est que le personnage central, et non principal. À la manière d’un Tristram Shandy nettement plus hirsute, Hrolf n’apparaît que tardivement dans la saga (vers le milieu du roman). La saga est en fait constituée de dits consacrés aux personnages gravitant autour de la figure centrale de Hrolf Kraki. C’est ainsi que le roman se consacre essentiellement, non à un personnage seul, mais à une dynastie entière, celle des Skjoldung (leur arbre généalogique figure en p. 11) ; une dynastie comprenant autant de « bons » que de « méchants », de héros énergiques que de tristes figures lymphatiques, de guerriers sans peur (mais pas sans reproches) que d’administrateurs feutrés.

 

Quand Hrolf devient roi à son tour, il constitue à certains égards une synthèse de son père et grand-père Helgi, le guerrier farouche, et de son oncle et grand-oncle Hroar, le dirigeant compétent. Grand roi, qui entend bien faire du Danemark une puissance sereine, il n’est pas le plus héroïque des personnages de ce temps-là. De même qu’Arthur, à vrai dire, il est bien moins charismatique que bon nombre de ses fidèles serviteurs, qui constituent une sorte de « Table ronde » barbare multipliant les exploits les plus audacieux. Et ce sont les hauts-faits de ces personnages guère chevaleresques qui retiennent l’attention, Hrolf restant souvent dans l’ombre (même s’il a sa part de gestes héroïques). Mais dans cette histoire – celle de la naissance d’une nation, à bien des égards –, les drames et déconvenues sont tout aussi nombreux…

C’est ainsi que Poul Anderson, en revisitant et adaptant une saga classique, nous livre un roman palpitant de bout en bout, souvent tragique, toujours épique. De l’excellente fantasy, bien digne de figurer dans les plus belles réussites du genre, et qui confirme, s’il en était besoin, le grand talent de conteur de Poul Anderson. Un auteur qu’il est décidément urgent de découvrir ou redécouvrir. Je n’y manquerai pas.

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Je suis en retard ! épisode 3

Publié le par Nébal


PICCIRILLI (Tom), Un Chœur d’enfants maudits, [A Choir of Ill Children], traduit de l’américain par Michelle Charrier, Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2003] 2006, 296 p.

 

Très bon. Une plume subtile (et une traduction à l’avenant) pour un cadre superbement glauque. Un roman qui vaut beaucoup pour son ambiance, et a tout pour satisfaire le lecteur moyen, et combler de plaisir les amateurs de rednecks et de freaks dans mon genre. À lire.



 

 

PICCIRILLI (Tom), La Rédemption du marchand de sable, [The Dead Letters], traduit de l’américain par Michelle Charrier, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [2006] 2009, 336 p.

 

Là, par contre, ça n’a pas marché. Sur moi… Tout simplement parce que ce roman, bien que publié en Lunes d’encre, m’a fait avant tout l’effet d’un polar et/ou thriller, bien foutu certes (et écrit et traduit). Mais un polar et/ou thriller quand même ; or ces genres ne m’ont jamais vraiment attiré (les thrillers ayant même tendance à m’agacer) : je ne constituais définitivement pas le « cœur de cible » pour ce roman qui n’est jamais parvenu à me toucher…



 

 

SELLIG, Pour une poignée de koumlaks…, préface de Bernard Werber, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière blanche, 2008, 330 p.

 

De la SF humoristique pas drôle (on s’approche même parfois du concept troublant de « comédie nanarde », à savoir une comédie qui fait rire justement parce que ses effets comiques tombent à plat). Qui plus est écrite avec les pieds (attention, l’auteur souffre de poindexclamationite aiguë !!! Et c’est pénible !!! Si ! Si ! Je vous jure !). Passez votre chemin.



 

 

SPITZ (Jacques), L’Œil du purgatoire, préface de Bernard Echasseriaux, Paris, Robert Laffont – Pocket, [1972] 1980, 159 p.

 

Un véritable chef-d’œuvre que ce court roman tout récemment réédité chez L’Arbre vengeur, mais que j’ai lu pour ma part dans une vieille édition Pocket. De l’excellente SF française d’avant-guerre, délicieuse de cynisme et de misanthropie, et superbement écrite. Il va falloir que j’approfondisse l’œuvre du bonhomme, moi ; ça tombe bien, c’est au programme…



 

 

WHALE (Laurent), Le Chant des psychomorphes, Encino, Black Coat Press, 2006, 188 p.

 

Un bon roman de gare, bien dans la manière du Fleuve Noir Anticipation (avec une touche d’Heinlein, ai-je trouvé). Par contre, si je me souviens avoir passé plutôt un bon moment à la lecture de ce court roman, je suis dans l’incapacité totale de vous dire aujourd’hui de quoi ça parle… Du vite lu et vite oublié, mais versant plutôt positif, en somme.



 

 

ZAMIATINE (Eugène), Nous autres, traduit du russe par B. Cauvet-Duhamel, préface de Jorge Semprun, Paris, Gallimard, coll. L’Imaginaire, [1971, 1979] 2006, 218 p.

Un chef-d’œuvre de dystopie, dont l’influence est impressionnante. C’est d’une intelligence rare, d’une audace et d’une inventivité exemplaires. À lire à tout prix (surtout si, comme votre serviteur, vous vous êtes pris une baffe à la lecture de 1984).

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