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Nébal est un troll

Publié le par Nébal

 

 

 

Les Nolanolâtres et Baleophiles sont décidément des espèces fort répandues. Mon précédent article, pourtant bien innocent, m'a déjà valu de me faire traiter de troll (?!)... et, quand j'ai eu le malheur d'en rajouter laconiquement une couche sur la tout de même bien piètre adaptation d'American Psycho par Mary Harron, de me faire bannir « pour essayer » du forum BDTrash. Je cite un post de ce dernier, que je suppose émis par le censeur : 

 

« Vouloir tenter de démontrer de façon absolue et irréfutable qu'un produit culturel est pourri tout en ayant comme arguments de la subjectivité que l'on utilise comme s'il s'agissait de faits objectifs irréfutables, est-ce : 

- du trollage
- de la mauvaise foi
- du crypto-fascisme
 ».

 

No comment, comme disait Serge.

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"Batman Begins" & "The Dark Knight", de Christopher Nolan

Publié le par Nébal

Batman-Begins.jpg

 

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(Je rapatrie ici deux brèves notes faites sur le forum du Cafard cosmique parce que groumf, d’où l’aspect peut-être un peu, euh, « polémique »… d’autant qu’elles se fondent sur de vieux souvenirs.)

 

Titre : Batman Begins.

Titre original : Batman Begins.

Réalisateur : Christopher Nolan.

Années : 2005.

Pays : Etats-Unis / Royaume-Uni.

Genre : Science-fiction / action / super-héros.

Durée : 152 min.

Acteurs principaux : Christian Bale, Michael Caine, Liam Neeson, Katie Holmes, Gary Oldman, Cillian Murphy, Rutger Hauer, Ken Watanabe, Morgan Freeman…

 

On évacuera rapidement le premier Batman de Nolan, Batman Begins, en deux mots : purge ridicule. Difficile en effet de relever quoi que ce soit de réellement positif dans ce film, et ce à quelque niveau que ce soit.

 

La réalisation ? À l’évidence, Nolan ne sait pas filmer les scènes d’action, qui sont toutes plus brouillonnes les unes que les autres, à grands coups de montages cut cut cut et de mouvements de caméras incompréhensibles ; le résultat est tout simplement illisible : ce genre de procédé, dans un nanar, sert souvent à cacher la misère ; ici, il ne fait que témoigner de l’incompétence du réalisateur et du monteur. Les scènes « calmes » ne valent guère mieux dans mon souvenir – et il en ira de même sous cet angle pour Dark Knight, de cela j’en suis certain –, Nolan semblant incapable de poser sa caméra : ah ça, il aime faire des ronds autour de ses personnages... Beuh...

 

Le scénario ? Soyons sérieux deux secondes. Si l’on excepte quelques menus emprunts au Batman Year One de Frank Miller et David Mazucchelli concernant essentiellement le commissaire Gordon (si ma mémoire est bonne), le reste est d’un ridicule achevé : Bruce Wayne qui va apprendre les arts martiaux, franchement... Je sais bien que Kill Bill est (hélas) passé par-là, mais quand même ! Ca nous donne Oskar Schindler en grand méchant, avant d’avoir un semi-Épouvantail totalement dénué de charisme. Cohésion du scénar : néant.

 

Ah ben on peut enchaîner sur l’interprétation : j’ai déjà expédié les méchants, reste pour l’essentiel Bruce Wayne/Batman. Soit Christian Bale, qui cabotine comme un taré, dans une dégaine étrange de quasi-drag queen, et achève de faire perdre toute crédibilité à son personnage quand il a le malheur de lui faire adopter une GROSSE VOIX TENEBREUSE BOUH. La première fois que je l’ai entendue, j’ai explosé de rire. La deuxième aussi, d’ailleurs.

 

Quant à l’univers... Outre que le film s’éloigne de Gotham pendant pas mal de temps, la cité de Batman n’a absolument aucune personnalité, rien de rien. Le film ayant en outre le malheur d’être régulièrement diurne, on peut dire qu’il est sous cet angle aussi complètement à côté de la plaque.

 

Alors quoi ? Un Batman plus réaliste ? Et mon cul, c’est du poulet ? Plus réaliste son méga-entraînement kung-fu de la mort ? Plus réalistes les pièges de l’Épouvantail ? Bah non. Désolé, mais non. On pourrait se poser la question « un Batman plus réaliste, pour quoi faire ? », mais, en fin de compte, elle ne se pose même pas, puisque ce soi-disant réalisme supplémentaire se révèle une imposture.

 

Divertissement raté, mal fait, et chiant comme la pluie, filmé avec les pieds de la scripte et écrit n’importe comment, Batman Begins est un triste navet, l’antithèse du bon divertissement hollywoodien.

 

 

Titre : The Dark Knight : le chevalier noir

Titre original : The Dark Knight.

Réalisateur : Christopher Nolan.

Années : 2008.

Pays : Etats-Unis / Royaume-Uni

Genre : Science-fiction / action / super-héros.

Durée : 140 min.

Acteurs principaux : Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart, Michael Caine, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, nabe, Morgan Freeman…

 

Le cas de The Dark Knight est un peu plus complexe, et, si le film est bien à mes yeux tristement mauvais, je lui reconnais cependant des qualités dont son prédécesseur ne pouvait pas se targuer.

 

Deux progrès sont en effet notables. Le premier concerne la réalisation : entre-temps, Nolan a appris à filmer les scènes d’action ; la différence entre les deux métrages est flagrante, et clairement à l’avantage du second : cette fois, le résultat, sans être transcendant, est tout à fait correct, je l’admets volontiers.

 

Le second concerne l’interprétation. En effet, il y a cette fois UN bon acteur, en l’occurrence Heath Ledger, qui fait un Joker tout à fait convaincant, dans un registre bien différent de celui de Jack Nicholson, mais tout aussi efficace. Rien à redire sous cet angle... si ce n’est qu'il bouffe l’écran, les autres « acteurs » faisant tous pâle figure auprès de lui.

 

J’accorde donc volontiers, sur ces deux plans, une meilleure note à The Dark Knight qu’à Batman Begins. Il n'en reste pas moins que c'est à mes yeux un très mauvais film, essentiellement à cause de son scénario lamentable, pas plus « réaliste » qu'auparavant (la batmobile panzer et la moto aussi grosse aha) et manquant toujours autant d’ambiance (film diurne), qui pèche par deux aspects : a) il manque de burnes ; b) il pue.

 

Mais avant de développer ces deux aspects, commençons par dissiper un fâcheux malentendu relatif au titre de ce film : non, The Dark Knight n’a strictement rien à voir avec The Dark Knight Returns de Frank Miller, pas plus qu’avec Dark Knight 2 : La Relève. Mais alors rien de rien. Le « scénario » (mal branlé, avec des twists ridicules – Gordon…) s'inspire en fait (mal) d’un excellent story arc de la sympathique série Gotham Central, qui a pour personnages principaux les flics de Gotham, et non Batman ; story arc dans lequel lesdits flics se retrouvent confrontés à un Joker plus dingue que jamais.

 

Mais donc a) Le manque de burnes. « Dark » ? Tu parles ! Si l’on excepte le sympathique coup du crayon dans une des premières scènes du film, Dark Knight a tout du PG-13 abominablement moralisant, le pire étant cette insupportable scène du ferry. Quant à Batman, c’est un héros « à l'ancienne », bien loin de la version « à la Miller »... ou même « à la Burton », d’ailleurs : je vous rappelle que dans les films de Burton, le Batman n’hésitait pas à tuer, contrairement à celui-ci...

 

b) Ça pue. Et c’est surtout ça qui m’a gêné. Le personnage d’Harvey Dent/Double-face est envisagé sous un jour uniquement positif, ce qui fait du film... une véritable apologie de la politique law and order ! Donc, au moment où, avec les comics plus « réalistes », justement, post-Watchmen, on interroge le côté éventuellement fascisant des héros en collants, on a là un film qui fait l’éloge des politiques les plus répressives, sans qu’on ait besoin d’en passer par les héros costumés ! De manière très hypocrite, en plus (voir la scène du ferry, encore une fois...), mais c’est pourtant bien à ça qu’on aboutit... Et c’est à ça qu’on est censé applaudir sous couvert de « divertissement de qualité, réaliste et intelligent » ?

 

 Ben merde.

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"Le Fantôme du temple", de Robert Van Gulik

Publié le par Nébal

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VAN GULIK (Robert), Le Fantôme du temple, [The Phantom of the Temple], traduit de l’anglais par Anne Krief, avec neuf illustrations de l’auteur dans le style chinois, Paris, 10/18, coll. Grands Détectives, [1985] 2010, 283 p.

 

Ayant récemment lu et devant bientôt chroniquer les excellentes enquêtes de Maître Li et Bœuf Numéro Dix de Barry Hughart (La Magnificence des oiseaux, La Légende de la pierre et Huit Honorables Magiciens), que l’on dit se situer au croisement de la fantasy burlesque de Terry Pratchett et des fameuses enquêtes du Juge Ti, j’ai désiré lire au moins un volume de ces dernières, histoire de savoir un peu de quoi je parlais, et de mourir un peu moins bête. D’autant qu’une amie très chère ne cessait depuis longtemps de m’en vanter les mérites. Une opération commerciale passant par-là, j’ai donc jeté mon dévolu sur Le Fantôme du temple, une enquête assez tardive dans la chronologie interne du cycle ; mais peu importait : il ne s’agissait pour moi, finalement, que de comparer.

 

Le Juge Ti est semble-t-il à l’origine un personnage historique, ayant vécu au VIIe siècle après Jean-Claude, sous la dynastie des Tang (tiens ! comme Maître Li et Bœuf Numéro Dix…). Il se serait fait remarquer de son vivant pour son extraordinaire capacité de déduction, ce qui expliquerait la survivance du personnage dans les annales chinoises. Au XVIIIe siècle, il fut ainsi le héros d’un roman policier, Trois Affaires criminelles résolues par le Juge Ti.

 

C’est alors qu’intervient Robert Van Gulik. Un personnage assez fascinant : érudit et polyglotte (néerlandais, anglais, japonais, malais, javanais, latin, grec, chinois et russe…), il devient diplomate, et c’est au cours de ses pérégrinations qu’il « redécouvre » et traduit le roman susdit. Mais, mieux encore, il décide d’écrire d’autres aventures du Juge Ti – dix-sept volumes, plus précisément. Il sera plus tard suivi dans cette voie par d’autres auteurs.

 

Mais concentrons-nous donc sur Le Fantôme du temple. Cette enquête a lieu entre 670 et 676, alors que le Juge Ti (630-700) est nommé à Lan-fang, non loin de la Mongolie. Une terre rude et barbare, loin de tout, qui tient presque de l’exil… Là, alors que le magistrat se prépare à célébrer l’anniversaire de sa Première Épouse, trois affaires lui tombent sur le dos. Enfin, pas tout à fait : la première est ancienne, car le magistrat raffole des affaires non résolues ; il s’agit en l’occurrence du vol d’une importante quantité d’or auprès du trésorier impérial, avant son entrée en fonction. Mais, ensuite, le Juge Ti découvre dans le cadeau d’anniversaire qu’il avait prévu d’offrir à sa femme un curieux appel à l’aide écrit avec du sang et signé du nom de Jade. Enfin, on découvre dans le Temple des Nuages Pourpres, abandonné, qui jouxte la ville, un cadavre décapité et une tête coupée… dont le juge comprend bien vite qu’ils n’ont rien à faire ensemble.

 

Trois affaires qui n’ont rien à voir entre elles, évidemment ? Bien sûr que non ! La sagacité du Juge Ti sera mise à rude épreuve, mais il s’agira bien pour lui de tisser une complexe toile entre ces différents événements ; car c’est de là que surgira la vérité. Il se met donc au travail, assisté de ses fidèles Hong Liang et Ma Jong. Mais il lui faudra manœuvrer avec astuce, entre les superstitions locales et les notabilités susceptibles d’être froissées…

 

À vue de nez, c’est plutôt alléchant, non ? Et, oh, je ne prétendrai pas le contraire, je ne me suis pas ennuyé à la lecture de ce Fantôme du temple : il y a un rythme indéniable, l’enquête est bien menée, un petit peu d’humour de temps à autre (notamment dans les titres des chapitres, délicieux), ça ne fait de mal à personne, et, jusqu’au final très « Agatha Christie » – hop, confrontez-moi tous ces suspects ! –, on passe plutôt un bon moment.

 

Pourtant, je ne peux qu’avouer ma déception à la lecture de ce volume des enquêtes du Juge Ti. Je ne sais pas si cela tient à ce volume en particulier, ou à moi, mais voilà : ça n’a pas pris. Objectivement, tout d’abord, il faut quand même dire ce qui est : c’est écrit et/ou traduit avec les pieds. J’ai lu ici ou là que les enquêtes du Juge Ti avaient une certaine « qualité littéraire », ce n’est certainement pas avec ce volume que je vais le croire.

 

Déception relative, du coup, par rapport aux enquêtes de Maître Li et Bœuf Numéro Dix, qui sont elles très bien écrites et traduites. Et, pour continuer sur ce terrain du « relatif », j’ai bien davantage trouvé mon bonheur dans les écrits délirants, hilarants et superbement inventifs de Barry Hughart que dans le plat réalisme, à peine teinté d’une légère touche de fantasmagorie, de Robert Van Gulik. Sur le ring, Maître Li et Bœuf Numéro Dix l’emportent donc par K.O. sur le Juge Ti.

 

 Alors peut-être me faudrait-il lire d’autres volumes des enquêtes du Juge Ti pour adhérer finalement à la secte ? Peut-être celui-ci était-il un peu faiblard ? Peut-être mes bêtes préjugés contre le policier ont-ils joué ? Je n’exclue rien. Mais, a priori, ça ne m’a pas vraiment donné envie de poursuivre dans la découverte de cette œuvre. Tant pis…

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Arlis des forains, de Mélanie Fazi

Publié le par Nébal

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FAZI (Mélanie), Arlis des forains, Paris, Bragelonne – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2004] 2010, 307 p.

 

Ma chronique figurait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

On a souvent et à juste titre loué – mais pas sur le site du Cafard, étrangement… – les talents de nouvelliste de Mélanie Fazi : que ceux qui en douteraient aillent immédiatement jeter un œil, ou même deux, sur ses excellents recueils Serpentine et Notre-Dame-aux-Écailles. Mais la réédition d’Arlis des forains, second roman de l’auteur et prix Masterton 2005, est l’occasion de voir ce dont elle est capable sur la forme longue.

 

Arlis James a onze ans. C’est un orphelin, élevé par des forains, dans une Amérique très (trop ?) vaguement définie, tenant plus du fantasme qu’autre chose, et difficile, pour ne pas dire impossible, à situer dans le temps. On l’a « trouvé », tout petit, dans la cage de l’ours Palmer, et depuis, il a été élevé par Lindy, qui lui a donné son nom.

Les autres enfants ne comprennent pas Arlis. Pour eux, l’enfant des forains mène une vie de rêve : pas d’école, pas d’attaches ; un ours, des singes et des serpents comme animaux « domestiques » ; la fête foraine en permanence… Mais, pour lui, la réalité est tout autre : lui aimerait avoir une vie plus « normale », il aimerait aller à l’école ; surtout, il aimerait savoir qui sont ses « vrais » parents…

Un jour, la caravane des forains fait halte dans la petite ville de Bailey Creek – cadre unique du roman. Là, Arlis, fait la connaissance des filles du pasteur local, et notamment de la malicieuse, cruelle et insupportable Faith, la cadette ; celle-ci – blasphème ultime et/ou confirmation de son prénom ? – l’initie, dans les champs de blé s’étendant à perte de vue, auprès de l’épouvantail, à d’inquiétants rites mi-païens mi-sataniques, invoquant le Seigneur des Moissons. Et, bientôt, d’étranges phénomènes semblent se produire autour des deux enfants… Fruits de leurs fantasmes ? Simples jeux innocents ? Quoi qu’il en soit, ces mystères – au sens fort, aurait-on envie de dire – seront pour Arlis l’occasion d’une quête des origines, d’une interrogation ultime de son passé…

Arlis des forains fait immanquablement penser à d’autres œuvres : si l’absence de véritables « freaks » dans la caravane des forains évacue étrangement le chef-d’œuvre de Tod Browning, on ne peut par contre s’empêcher de penser au célèbre et indispensable Cristal qui songe, de Theodore Sturgeon, ou, plus récemment, à l’excellente série à peu près contemporaine – tout juste antérieure pour être plus précis – La Caravane de l’étrange (Carnivále en VO), elle-même sous haute influence du roman de Sturgeon. Comme chez ce dernier, on se retrouve avec Arlis des forains dans un roman très intimiste et subtil, procédant par petites touches, et où l’enfance est magnifiquement dépeinte, de façon très touchante.

Mais si Cristal qui songe joue la carte de l’ambiguïté entre science-fiction et fantastique, Arlis des forains est clairement un pur roman fantastique : si ambiguïté il y a (et il y a…), c’est donc dans le caractère réel ou non de la surnature. Tout au long du roman, Mélanie Fazi sait remarquablement bien maintenir l’équilibre entre les deux thèses, celle selon laquelle les événements dépeints sont bel et bien surnaturels et celle selon laquelle ils ne le sont pas. Un exercice de haute voltige, très délicat, qui mérite d’être salué. Ce n’est pas la moindre qualité de ce roman, par ailleurs fort bien écrit, d’une plume toujours agréable et fluide, qui coule toute seule sans le moindre accroc.

Pourtant, ce n’est pas sans raison que l’on dit de Mélanie Fazi qu’elle est meilleure – bien meilleure – nouvelliste que romancière, et Arlis des forains n’est pas sans défauts. On ne s’attardera guère sur le flou, voire l’invraisemblance du cadre, après tout peut-être voulus, car participant de l’atmosphère du récit. Plus gênantes, des longueurs sont à signaler, et le roman aurait sans doute gagné à subir deux ou trois coupes ici ou là. De même, on pourra signaler comme péchés de jeunesse un certain nombre de lourdeurs dans la narration, comme – notamment – quelques pénibles et fort naïves dissertations sur la religion et la foi en général, ou certains rebondissements plus ou moins bien gérés (un l’est particulièrement mal : le « grand déballage » de Katrina au chapitre 15). Enfin, on pourra trouver la conclusion du roman un tantinet frustrante…

 

Arlis des forains n’est donc certainement pas ce que Mélanie Fazi a fait de mieux. Pour autant, cela reste un roman fantastique de facture plus que correcte, subtil, touchant et bien vu. Si l’on conseillera en priorité Serpentine et Notre-Dame-aux-Écailles aux néophytes, Arlis des forains constituera néanmoins par la suite une lecture tout à fait recommandable.

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"La Carte et le territoire", de Michel Houellebecq

Publié le par Nébal

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HOUELLEBECQ (Michel), La Carte et le territoire, Paris, Flammarion, 2010, 428 p.

 

Ça y est, je l’ai lu, ce dernier roman du Terrible Michou. Celui dont on dit qu’il fait l’unanimité de la critique pour lui, et auquel on prédit déjà le Goncourt. Ce qui ne l’empêche pas de se faire démolir la gueule par ailleurs, comme d’habitude : eh ! nous parlons d’un roman du Terrible Michou…

 

Mais moi, coming-out – enfin, pas vraiment : j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire à plusieurs reprises – je l’aime bien, Houellebecq ; je l’aime beaucoup, même. Et ce depuis Les Particules élémentaires, quand bien même je suis remonté ultérieurement à ses premiers ouvrages. À vrai dire, il ne se passe pas un an sans que je relise son (court) essai sur Lovecraft, qui me paraît d’une perfection formelle rare. Et j’ai par la suite lu tout ou presque de la production du bonhomme (c’est-à-dire pas son machin avec BHL, parce que faut pas déconner, non plus ; là, j’ai pas compris la blague…) ; chaque fois avec intérêt, si ce n’est toujours avec le même enthousiasme, car il y eut bien des déceptions : Plateforme, Lanzarote, ne valent pas Extension du domaine de la lutte, sans parler des Particules élémentaires ou de La Possibilité d’une île, à mon sens son chef-d’œuvre (je jette un voile pudique sur sa polésie, hein… ses essais sont par contre souvent intéressants). Mais, oui, chaque fois avec intérêt : dans tous ses livres, même les moins bons, Houellebecq avait quelque chose à dire ; même dans Plateforme, où il avait pourtant tendance à se pasticher lui-même, ce qui en fait son moins bon roman à mes yeux.

 

Aussi attendais-je avec une certaine impatience son nouveau roman. Mais une impatience mêlée d’anxiété, je ne le cacherai pas : je craignais en effet que Houellebecq se répète, qu’il ne fasse qu’appliquer une fois de plus les mêmes codes, que traiter des mêmes sujets, ce qui, à mon sens, aurait été une grave erreur après l’apothéose constituée par La Possibilité d’une île, roman que j’envisageais comme mettant un terme à un « cycle ». Peut-être est-ce pour cela que Houellebecq nous a fait mariner aussi longtemps. Car – je peux d’ores et déjà le dire – il ne s’est heureusement pas répété. Pour dire les choses simplement, il ne parle (quasiment) pas de sexe dans son dernier roman, et c’est tant mieux ; ce qui est parfois regrettable, par contre, c’est que son style s’est un tantinet affadi au passage, et que l’ensemble est nettement moins jubilatoire que ce que l’on avait pu lire de lui auparavant. Ces changements, il faut le reconnaître, n’ont pas été sans soulever d’énormes difficultés et ne sont pas forcément faciles à accepter – problème dont l’auteur est conscient et traite ouvertement dans son roman (p. 158, après un ironique « J’espère que Houellebecq va faire un bon texte… » – mais j’y viens) :

 

« C’est une grosse partie qu’on joue, tu sais. C’est très difficile de faire accepter une évolution artistique aussi radicale que la tienne. Et encore, je crois que c’est dans les arts plastiques qu’on est le plus favorisés. En littérature, en musique, c’est carrément impossible de changer de direction, on est certain de se faire lyncher. D’un autre côté si tu fais toujours la même chose on t’accusera de te répéter et d’être sur le déclin, mais si tu changes on t’accuse d’être un touche-à-tout incohérent. »

 

Car La Carte et le territoire est entre autres un roman sur le déclin et le changement, pétri des interrogations de son auteur, qu’on n’a jamais senti aussi investi dans son œuvre… alors qu’il y apparaît à la troisième personne. Procédé qui m’a paru étrange au premier abord de la part de Houellebecq, qu’on sentait d’habitude plutôt à la première personne ; c’est peut-être idiot, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à Paul Auster… Mais nous y reviendrons plus tard.

 

La Carte et le territoire se présente plus ou moins comme la biographie de l’artiste (photographe, peintre, vidéaste) mondialement connu Jed Martin, qui court en gros de nos jours jusque vers le milieu du XXIe siècle. C’est donc un roman d’anticipation à court terme, obéissant tout d'abord à une structure en flashbacks. En effet, nous faisons la connaissance de Jed à un moment crucial de sa carrière, alors qu’il achève sa série de tableaux des « métiers » par un « raté » et se décide à contacter l’écrivain Michel Houellebecq pour dresser le catalogue de sa prochaine exposition – celle qui le rendra célèbre – et, mais il ne le sait pas encore, pour en faire le portrait.

 

 Mais nous revenons avec lui en arrière, au tout début de sa carrière. Nous le suivons dans ses relations tumultueuses avec son architecte de père, puis entamer sa série de photographies de cartes Michelin qui donnent son titre au roman, pastichant Korzybski et sa sémantique générale – son premier travail d’envergure. Nous connaissons ainsi ses deux seules amours – Geneviève, tout d’abord, puis, surtout, la divine Olga. Et, quand celle-ci quitte la France pour la Russie, nous le voyons abandonner tous ces travaux photographiques pour entamer, en peinture, la série des « métiers » qui devait le rendre mondialement célèbre – et s’achever par « Michel Houellebecq, écrivain ».

 

La confrontation des deux personnages ne manque pas de sel, et Houellebecq ne se montre guère complaisant envers lui-même – même si l’on pourrait lui reprocher une tendance à l’auto-apitoiement, j’imagine. Beau portrait d’un dépressif, en tout cas.

 

Et puis, subitement, nous changeons de point de vue. J’imagine que ce n’est un secret pour personne, mais disons spoiler à tout hasard : Houellebecq est assassiné, de manière particulièrement atroce. Le roman prend alors des allures de polar mâtiné de gore, qui ont de quoi laisser perplexe, avant de retourner à Jed Martin et à son œuvre ultime, à la fin de sa vie.

 

Disons-le tout de go : La Carte et le territoire disposait de tous les ingrédients pour être un très grand roman sur l’art, le changement, le déclin et la dépression. En l’état, ce n’est pourtant qu’un Houellebecq, non pas franchement mauvais, mais, disons, mineur. Meilleur à mon sens que Plateforme, mais nettement inférieur aux Particules élémentaires et à La Possibilité d’une île. Comme toujours chez Houellebecq, les réflexions pertinentes et saisissantes ne manquent pas ; fait davantage nouveau, on y trouve d’assez nombreuses scènes authentiquement poignantes.

 

Hélas, ces atouts indéniables se voient contrebalancés par de très agaçants tics d’écriture, qui donnent un peu l’impression d’un Houellebecq faisant son Houellebecq sans même y croire : ici, je pense notamment à cette pénible manie du name-dropping et de l’ingérence de people dans le bouquin, franchement insupportable, a fortiori quand le people en question est le cabot Beigbeder, tout simplement à baffer. Je noterais également que le style de Houellebecq, qui m’avait jusqu’alors toujours frappé par sa justesse, son remarquable sens de la formule, son talent pour le mot parfait, m’a paru dans ce roman bien plus fade que d’ordinaire, pour des raisons qui m’échappent encore.

 

Sur le fond, la tendance à l’autodestruction de Houellebecq pourra sans doute en agacer plus d’un – et l’égocentrisme qui accompagne presque nécessairement la dépression aussi. Mais, pour des raisons qu’il sera sans doute inutile d’expliquer, je suis ici solidaire du Terrible Michou. J’ai trouvé plus gênant que cette, euh, « négation du vouloir-vivre », comme disait l’autre, débouche sur un sous-polar dont on se demande un petit peu quelle est la raison d’être. C’est d’autant plus dommage que la fin – qui nage en pleine science-fiction – est tout à fait sublime…

 

La Carte et le territoire est donc un roman bancal, et certainement pas le meilleur de son auteur. S’il gagne effectivement le Goncourt ou tout autre prix du même genre, j’accorderai volontiers aux détracteurs du Terrible Michou que cela relèverait de l’imposture pure et simple. Mais je ne les suivrai pas dans leur acharnement à l’encontre de ce roman et de son auteur : non, La Carte et le territoire n’est pas un pathétique étron pseudo-littératurant dénué de style comme d’intérêt ; c’est même un roman plus que correct : simplement décevant eu égard à ce qu’il promettait. Et non, Houellebecq n’est pas un imposteur : c’est un écrivain plus que respectable, et qui vaut bien mieux que la caricature qu’on en dresse trop souvent (et qu’il a contribué à dessiner, certes).

 

 Doit-on par contre en conclure que Houellebecq est fini ? À s’en tenir à son portrait dans le roman, on pourrait effectivement le croire au bout du rouleau… Mais, après tout, ce n’est qu’un roman. Et, après le mauvais Plateforme, il y eut l’excellent La Possibilité d’une île. Alors wait and see

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