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"Utopiales 11", de Jérôme Vincent (dir.)

Publié le par Nébal

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VINCENT (Jérôme) (dir.), Utopiales 11, Chambéry, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, 2011, 235 p.

 

J’avais beaucoup apprécié, en dépit de quelques imperfections éditoriales, la précédente anthologie officielle des Utopiales, déjà publiée, comme l’année d’avant, par ActuSF. Mine de rien, on y trouvait quelques excellents textes, et aucun que l’on puisse véritablement qualifier de mauvais, ce qui n’arrive pas tous les jours. Du coup, c’est avec enthousiasme que j’ai attaqué cette nouvelle livraison, d’une taille comparable, quoique plus restreinte pour ce qui est du nombre des auteurs.

 

Le festival, pour sa thématique 2011, avait choisi « Histoire(s) ». Les éditeurs ont interprété ceci de manière très large, et y ont vu une sorte de carte blanche pour aller dans toutes les directions. On peut le regretter : le fait est que cette anthologie est du coup très hétéroclite, et n’a absolument aucun fil conducteur. Faite de bric et de broc, elle a pour unique ambition de rassembler des textes relevant plus ou moins de l’imaginaire (à vrai dire, la nouvelle de David Calvo est très clairement de littérature générale…), en espérant que la qualité sera au rendez-vous.

 

Eh bien, oui, dans l’ensemble, elle est là. Au sens où aucun des sept textes retenus ne saurait véritablement être qualifié de mauvais, ce qui est déjà pas mal. Le résultat n’en est pas moins, autant le dire de suite, largement inférieur à la précédente anthologie, d’un bon cran si ce n’est de deux… D’où une relative déception au sortir de ce bref recueil, dont on apprécie la lecture, oui, mais tout en sachant que l’on n’en conservera pas un souvenir impérissable.

 

Rayon étranger, nous avons cette fois trois auteurs. On commence très bien avec « Le Radeau du Titanic » de James Morrow, qui est probablement, avec celle de Lucius Shepard, la meilleure nouvelle de l’anthologie. En nous contant l’errance prolongée des 2000 et quelques survivants du plus fameux naufrage de l’histoire, l’auteur n’entend pas un seul instant livrer une uchronie (ou histoire secrète ?) véritablement crédible : il s’agit bien plutôt ici d’une fable, ou d’un conte philosophique, comme vous voudrez, débouchant sur l'utopie. C’est en tout cas tout à fait réjouissant, et, après un début un peu hésitant, cela emporte très vite l’adhésion du lecteur. Un regret, toutefois : le texte aurait gagné à être sévèrement relu… Non que la traduction d’Éric Holstein soit mauvaise, mais elle est bourrée de coquilles agaçantes. Bon, on fera avec…

 

Tim Powers livre quant à lui, avec « Lignes parallèles », une sympathique et astucieuse ghost story impliquant deux vieilles jumelles et une ado mal dans sa peau. Un court texte qui se lit très bien, même s’il m’a laissé comme une légère impression d’inachèvement…

 

J’y ai en tout cas largement préféré « Salvador » de Lucius Shepard, nouvelle un peu ancienne mais qui constitue à mes yeux l’autre grand moment de l’anthologie. Une sorte de relecture salvadorienne de Platoon et Voyage au bout de l’enfer, teintée de fantastique et d’une touche dickienne. Ambiance remarquable pour une nouvelle qui ne manque pas de produire son petit effet. Au passage, la présentation de l’auteur est assez savoureuse (disons plus que la moyenne…) : « Lire Lucius Shepard, c’est souvent goûter à l’exotisme de l’ailleurs. » Uh uh…

 

Passons maintenant aux quatre auteurs français présents à l’affiche. Roland C. Wagner, avec « Le Train de la réalité (fragment) », poursuit sur un mode gouailleur l’exploration de l’univers qu’il a créé pour le très recommandable Rêves de Gloire, en nous contant la destinée d’un groupe (DU groupe) de rock’n’roll. Ça se lit très bien, malgré le style oral parfois un peu too much, mais, pourtant, ça ne convainc pas vraiment : c’est un texte en effet relativement inutile, dans le sens où il n’apporte strictement rien de neuf à Rêves de Gloire… J’ose espérer – mais peut-être suis-je naïf – que le volume destiné à paraître sous peu à L’Atalante se montrera plus enthousiasmant ; parce que s’il faut se contenter de chutes du roman, ça sera sans moi…

 

Il faut croire, ensuite, que j’ai comme un problème avec Norbert Merjagnan… Certes, à la lecture de « L’Invention du hasard », je ne me suis pas ennuyé autant que dans Les Tours de Samarante, et je ne me suis même pas endormi : il y a donc du progrès. Pourtant, cette histoire d’échange de corps entre une jeune fille et un vieillard, sur fond de montages financiers, m’a laissé totalement froid, en dépit des nombreuses idées – assez bonnes, d’ailleurs – avancées dans ce texte très dense. J’imagine donc que ça aurait pu être très bien… Mais non, ça ne marche pas vraiment, sans être mauvais pour autant ; juste anecdotique, et en train de prendre illico le chemin de l’oubli, sans que je sache trop pourquoi…

 

Une déception avec le texte d’Éric Holstein intitulé « K**l me, I’m famous ! » : une nouvelle à nouveau très rock, avec Lester Bangs qui vient faire un petit coucou au passage, sur une muse vampirique (décidément) du nom de Bella (aha). Une fois de plus, ça se lit, mais pour ce qui est de l’intérêt, c’est en vain qu’on le cherchera dans ces quelques pages pas désagréables mais franchement convenues.

 

Finalement, le meilleur texte eud’ chez nous se révèle être « Pragmata » de David Calvo. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que cette tranche de vie toute de procrastination, branlettes et bédos m’a laissé perplexe : moi y’en a pas trop voir où l’auteur vouloir en venir (c’est pas la première fois, avec lui)… Mais c’est formellement irréprochable, et ça marche, indéniablement.

 

Au final, nous avons donc une moitié de textes tout à fait convaincants, surtout en provenance de l’estranger, le reste étant au pire médiocre ou anecdotique. Pas mal, donc, mais peut mieux faire. Je suis légèrement resté sur ma faim, sans regretter ma lecture pour autant. À vous de voir, donc…

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"Politique et crime", de Hans Magnus Enzensberger

Publié le par Nébal

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ENZENSBERGER (Hans Magnus), Politique et crime. Neuf études, [Politik und Verbrechen], traduit de l’allemand par Lily Jumel, Paris, Gallimard, coll. Tel, [1964, 1967] 2011, 332 p.

 

Le beau titre que voilà ! Et qui me parle, assurément, puisqu’il rejoint dans un sens et en partie feu mon objet de recherche pour ma thèse avortée, sujet qui continue de m’intéresser néanmoins. Il s’agit donc ici, au travers de neuf études très variées (ce qui confère à l’ouvrage un aspect très hétéroclite, mais ce n’est pas vraiment gênant), d’établir des passerelles entre politique et crime, de déceler le criminel dans le politique et le politique dans le criminel. Car, en vertu de l’adage quasi machiavélien qui donne le ton de ce volume, « il n’est point de politique sans crime ; ni de crime qui, d’une certaine manière, n’implique une forme de politique ou, à tout le moins, n’influe sur la politique ». Pour le démontrer, Hans Magnus Enzensberger (loué soit son nom difficile à prononcer) se livre pour l’essentiel à des études portant sur des faits divers, dans un « terrain vague entre le roman-feuilleton et la philosophie ». Et c’est absolument passionnant : voilà un essai qui se lit dans l’ensemble comme un très bon polar, servi par une grande érudition et par une plume tout à fait remarquable.

 

J’ai envie de mettre de côté la première de ces études, « Réflexions devant une vitrine », ainsi que la dernière, « Contribution à la théorie de la trahison ». Non qu’elles soient inintéressantes, loin de là ; mais elles sont très abstraites, et ne donnent donc guère une bonne idée de l’ouvrage. On en retiendra néanmoins bien des aspects, comme cette idée de la consubstantialité du crime et du politique, qui indique la voie à suivre, ou encore le caractère paranoïde de la notion de trahison, en notant que ces deux études se fondent pour une bonne part sur l’idée de tabou, notamment dans une perspective freudienne. Voilà qui est bel et bon, mais ce qui constitue le corps de l’ouvrage, entre ces deux limites, est d’une tout autre saveur.

 

Commençons donc par « Rafael Trujillo. Portrait d’un « père du peuple » », étude tout à fait saisissante d’un abject salopard dont je ne connaissais absolument rien, honte sur moi, jusqu’à ma lecture de The Brief Wondrous Life of Oscar Wao. Le dictateur de la République dominicaine est ici décortiqué sous tous ses aspects, de sa prise de pouvoir à son élimination par les Américains, qu’il avait dans l’ensemble fort bien servis jusque-là. Le système de la république bananière est ainsi présenté avec une très grande lucidité, tandis que le portrait du petit criminel devenu « père du peuple » fait froid dans le dos.

 

« Chicago-ballade. Modèle d’une société terroriste » s’intéresse à la mythologie du gangster américain, personnifié par Al Capone dans le Chicago de la Prohibition. Ledit Capone est à son tour présenté comme un dictateur, exerçant son pouvoir par la terreur. Mais s’esquisse aussi derrière la figure du « capitaine d’industrie », en pleine adéquation avec les valeurs de l’American way of life. Le récit est tout à fait passionnant et édifiant.

 

Suit « Pupetta ou la Fin de la Nouvelle Camorra », qui, dans le cadre napolitain, et à partir d’un fait divers sordide digne, effectivement, du roman-feuilleton, montre les derniers sursauts de la Camorra prétendument « rénovée », mais pourtant vite dépassée par une nouvelle forme de mainmise sur le peuple différant dans sa pratique si ce n’est dans le fond de la vieille criminalité organisée. C’est également l’occasion de réfléchir sur la notion de « syndicat du crime », de ses origines médiévales à ce dernier coup d’éclat. Là encore, l’image mythologique du gangster nous est livrée sans fard, avec ses notions supposées d’honneur, etc.

 

Suit l’étude qui, étrangement, m’a le plus fasciné dans l’ensemble de cet ouvrage : « Wilma Montesi. Une vie après la mort ». Là encore, tout part d’un fait-divers : la découverte du cadavre d’une jeune noyée dans l’Italie post-fasciste. A priori, rien de bien politique cette fois… Mais c’est compter sans le pouvoir terrible de la rumeur et de la calomnie : « l’accident », au départ quasiment ignoré, devient par la presse un meurtre qui plonge l’Italie tout entière dans un scandale politico-judicaire sans précédent, et l’on parlera bientôt là-bas de « procès du siècle », dans une atmosphère pour le moins tendue : le gouvernement est à deux doigts de tomber, dans un contexte de quasi-guerre civile… Un récit extraordinaire et « pittoresque », qui peut difficilement laisser indifférent, d’autant que l’on a connu à plusieurs reprises, ailleurs qu’en Italie et notamment de par chez nous, des affaires qui ne manquent pas de ressembler à celle de la jeune noyée, où les fantasmes populaires s’expriment à plein.

 

« Le Déserteur sans malice. Reconstitution d’une exécution capitale » s’intéresse cette fois à la justice militaire (de même que pour la justice politique en général, on peut trouver que l’expression relève de l’oxymore…), à partir d’un cas rare et terriblement poignant : celui de l’exécution, unique en son genre, du seul soldat américain condamné à mort pour désertion durant toute la seconde guerre Mondiale. C’est l’occasion d’un portrait très subtil mais néanmoins déchirant du condamné, et d’une étude de la manière impitoyable dont s’est déroulé le processus judiciaire… dont, il est vrai, on ne s’embarrassait pas forcément dans les autres camps au même moment. Une étude au parfum d’inéluctable, mais aussi d’absurde.

 

Suit la plus longue étude de ce recueil, puisqu’elle est en fait scindée en deux parties : « Les Rêveurs de l’absolu », qui s’intéresse aux terroristes russes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. La première partie, « Tracts et bombes », remonte aux origines de l’anarchisme nihiliste russe, à travers la théorisation et justification de la violence politique par Bakounine et ses disciples Netchaïev et Tkatchev et les attentats isolés et finalement peu organisés dont le point culminant fut la mort du tsar Alexandre II. La seconde, « Les Belles Âmes de la Terreur » s’intéresse plus particulièrement aux terroristes révolutionnaires de 1905, en se fondant notamment sur les Mémoires de Boris Savinkov. On y voit, cette fois, fonctionner une véritable organisation secrète, entraînée dans une spirale de violence par la contre-mesure constituée par la police secrète du tsar (le fonctionnement des deux organisations étant riche de points communs). On touche ici au sublime, avec des personnages d’une stature rare, bigger than life, tantôt grandioses, tantôt pathétiques, ou tout cela à la fois. Récit passionnant et édifiant, à nouveau, que celui de l’épopée de ces criminels politiques par excellence, prêts à tuer et à mourir pour leurs idées, dans un contexte de répression forcenée et totalement paranoïaque.

 

Je n’en dirai pas plus ici. Je me contenterai de conclure en vous recommandant chaudement cet ouvrage hors-normes, aussi palpitant qu’un bon roman, mais sans jamais négliger l’analyse pour autant. Une pièce rare, qui intéressera probablement au-delà des seuls lecteurs d’essais, promis juré.

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"Baby Leg", de Brian Evenson

Publié le par Nébal

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EVENSON (Brian), Baby Leg, [Baby Leg], traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, Paris, Le Cherche-Midi, coll. Lot 49, 2012, 98 p.

 

Le Brian Evenson nouveau est fort court, et on parlera plus volontiers de novella que de roman ; alors, évidemment, vendre ça à 12, 80 €, ça peut faire un peu mal au cul, mais, quand on aime, on ne compte pas (ma bonne dame). Or j’aime Brian Evenson : j’ai adoré Inversion et La Confrérie des mutilés, bien aimé Père des mensonges… et je ne parlerai pas (merde, trop tard) d’Alien : No Exit, judicieusement non mentionné ici dans les titres de l’auteur, et qui ne compte pas vraiment (pas du tout, même). Alors va pour Baby Leg (à la jolie couverture). Et ce quand bien même « on » (salut !) m’en avait dit du mal : trop court, gratuit, fait dans l’horreur pure… Bon. La gratuité et l’horreur pure ne me gênant pas nécessairement, voyons voir tout de même.

 

Un homme se réveille dans une cabane au milieu de la forêt. Il est amputé d’une main. Et accessoirement, il est amnésique. Une seule chose : un rêve, qui revient tout le temps, où il voit une femme avec une jambe normale et une jambe de bébé, hache à la main. Notre homme se sent pourchassé, cependant ; il hésite à quitter « sa » cabane, craignant de faire ainsi « leur » jeu. Mais poussé par la faim, il se rend dans une autre cabane où il vole un peu d’argent, puis dans un village pour y acheter des vivres. Là, il découvre une affiche représentant un homme qui lui ressemble. Il s’appellerait Kraus, et un certain docteur Varner offrirait une récompense à qui le retrouverait. Et il tue l’épicière, qui avait passé un coup de fil au dit docteur, sans trop savoir si tuer est dans sa nature où si « on » cherche à le lui faire croire, lui qui est présenté comme « dangereux ».

 

Et c’est bientôt un véritable festival qui se déchaîne : meurtres sanglants, mutilations diverses et variées, opérations chirurgicales déviantes… Kraus se retrouve bien malgré lui attiré dans un hideux cauchemar paranoïaque, où le réel fuit en permanence, et où l’on ne sait jamais trop à quoi se raccrocher… à part peut-être à Baby Leg. Mais a-t-on vraiment envie de faire confiance à la femme à la hache ?

 

Ben figurez-vous que, en dépit des avertissements contraires – et j’ai eu l’occasion d’en lire d’autres ici ou là – j’ai bien aimé, moi.

 

Un cauchemar, voilà. C’est le mot à retenir : c’est éprouvant, c’est glauque, ça n’a pas forcément ni queue ni tête (mais après tout ce ne sont pas là les seuls organes manquants dans cette histoire), et ça obéit à une logique propre (enfin, sale, ici). La quatrième de couverture, inévitablement, mentionne David Lynch et Tod Browning ; mais c’est à bon droit. On retrouve dans Baby Leg les freaks du second, et les sombres délires du premier. Pour rester au cinéma, on pourrait aussi évoquer, ce me semble, David Cronenberg. Et si j’osais, je mentionnerais également Philip K. Dick, pour ma part (voire le Harlan Ellison de I Have No Mouth & I Must Scream). Et tout cela se marie très bien, pour former un texte court mais cinglant, d’une grande efficacité et porté par une plume irréprochable.

 

Alors oui, on peut considérer qu’ici Brian Evenson fait dans l’horreur pure : pas un problème en ce qui me concerne (au contraire, à la limite : il est difficile de nos jours de trouver notre bonheur en terreur…). On peut même éventuellement dire que c’est « gratuit », mais je ne suis pas certain que ça le soit beaucoup plus que l’excellent La Confrérie des mutilés. Trop court, alors ? Je ne pense pas. C’est probablement le format idéal pour cette histoire cyclique.

 

Alors que reprocher véritablement à Baby Leg, en fin de compte ? Je ne vois pas vraiment. Certes, je comprends les critiques négatives, et il est évident que tout le monde n’appréciera pas forcément (euphémisme) cette histoire débordant de bon krovi rouge rouge des familles, terrible et glauque. Ça nécessite sans doute un état d’esprit particulier, mais il se trouve que je l’ai. En fait, je ne vois vraiment pas pourquoi les amateurs d’horreur cracheraient dessus : c’est pour eux une pitance tout ce qu’il y a de correct, et même plus.

 

Et indiscutablement du Brian Evenson (pas comme l’autre, là, avec un K. en version originale) : on y retrouve bien des obsessions de l’auteur – le résumé que je vous en fait me semble assez parlant –, et son ton bien particulier et si réjouissant, où les atrocités sèches sont légèrement balancées par une sorte d’humour à froid, un peu pervers. Ce qui, sur moi, fonctionne remarquablement bien.

 

Non, décidément, bien aimé, moi. Une lecture vite expédiée, certes – et on n’atteint pas ici la maestria d’Inversion ou de La Confrérie des mutilés, ça ne saurait faire de doute. Non, Baby Leg n’a rien d’un chef-d’œuvre. Mais ce n’est pas ce que je lui demandais, même de la part d’un type aussi doué que Brian Evenson. C’est très clairement en ce qui me concerne un bon, voire très bon texte, dont je ne garantis pas qu’il me laissera un souvenir impérissable, mais qui, en attendant, s’est mangé sans faim et a produit son petit effet. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir en dire autant…

 

Alors à vous de voir.

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"Little Brother", de Cory Doctorow

Publié le par Nébal

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DOCTOROW (Cory), Little Brother, [Little Brother], traduit de l’anglais (Canada) par Guillaume Fournier, postfaces de Bruce Schneier et Andrew « Bunnie » Huang, Paris, Pocket, coll. Jeunesse, [2008] 2012, 442 p.

 

Ayant adoré Dans la dèche au Royaume Enchanté et Overclocked, je ne pouvais logiquement que me précipiter sur ce Little Brother, son étiquette « jeunesse » ne constituant en rien un frein (d’ailleurs, Overclocked, à la limite…). C’est que ces deux premières lectures m’avaient déjà amplement convaincu que Cory Doctorow était un des auteurs de science-fiction (même si, cette fois, on pourrait à la limite y mettre des guillemets, encore que… le roman est en tout cas publié hors « genre ») les plus intéressants du moment. Et ce n’est pas Little Brother qui va me faire changer d’avis.

 

Le titre, vous l’aurez sans doute noté, est (encore une fois) une référence évidente à George Orwell. Pourtant, il ne faut pas s’attendre ici à une affreuse dystopie totalitaire, ou du moins assumée comme telle, dans un futur encore relativement lointain. Little Brother, qui se déroule à San Francisco, relève du « présent visionnaire » : en l’occurrence, à l’époque de sa rédaction, l’Amérique de George W. Bush ; « la plus grande démocratie du monde », comme c’est qu’y disent, mais avec quelques fâcheuses entorses type Patriot Act, et une tendance au flicage exacerbée.

 

Pour notre narrateur et héros, Marcus (alias W1n5t0n), 17 ans, tout ça, c’est le quotidien. Mais il sait y faire. Geek jusqu’au bout des ongles, et petit génie de l’informatique, notre hacker en herbe n’a pas son pareil pour déjouer les innombrables systèmes de sécurité de son lycée, ambiance carcérale. Avec ses amis Darryl, Van et Jolu, il joue à un ARG (« alternate reality game ») du nom de Harajuku Fun Madness, ce qui est tout de même beaucoup plus intéressant que les cours. Aussi, un jour, ils décident de faire l’école buissonnière, et partent en ville en quête d’indices pour leur jeu.

 

C’est ainsi qu’ils se retrouvent au mauvais endroit au mauvais moment : des terroristes font sauter le Bay Bridge et noient le métro, « le pire attentat que notre pays ait jamais connu », comme on ne cesse de le marteler. Embarqués par la DHS (la Sécurité intérieure), Marcus et ses amis se voient détenus en toute illégalité pendant plusieurs jours, et interrogés à la dure. Aussi, quand ils sortent enfin de ce mini-Guantanamo – tous sauf Darryl… –, Marcus n’a plus qu’une seule idée en tête : faire payer ses bourreaux. Mais un Patriot Act II est voté dans l’urgence, Frisco tombe aux mains de la DHS, et les jeunes – Marcus en tête – sont plus fliqués que jamais… Qu’à cela ne tienne ! Marcus va utiliser ses connaissances en sécurité (informatique ou pas, d’ailleurs) et en cryptographie, et monter à l’aide de Xbox un réseau secret, Xnet, rassemblant bon nombre des jeunes geeks de la ville. Et tout ça commence à avoir comme un parfum de révolution assaisonnée de clash générationnel…

 

Marcus est un ado, avec des préoccupations d’ado (et des hormones en ébullition) : en cela, Little Brother est bel et bien un roman « jeunesse », ou disons plus exactement « young adult ». Mais il a le bon goût de ne pas prendre son cœur de cible pour un ramassis de crétins, ce qui en fait donc un bon roman « jeunesse ». À vrai dire, quand Doctorow part dans certains délires informatiques ou cryptographiques, ce qui arrive régulièrement, Little Brother devient même parfois relativement ardu… Quoi qu’il en soit, si ce roman peut séduire les plus jeunes lecteurs, il gardera la majeure partie de son intérêt et de son efficacité auprès d’un public plus âgé, qui ne sera en rien entraîné dans un trip régressif.

 

Et c’est un vrai page-turner. On se prend très vite de sympathie pour Marcus et sa cause, et son astuce nous enchante. Il y a quelque chose de jubilatoire dans Little Brother, et quelque chose d’indéniablement subversif. Petit manuel de rébellion informatique, ce n’en est pas moins un roman palpitant de bout en bout (même si certains épisodes – je pense notamment à la « grande folie vampire »… – sont un peu plus faibles que le reste). Type même du divertissement intelligent, Little Brother entraîne son supposé jeune lecteur dans un sous-monde interlope et réjouissant, une subculture geek où la rébellion devient ludique.

 

Le fond n’en est pas moins terriblement sérieux, et, là encore, Cory Doctorow ne prend pas ses lecteurs pour des buses. Belle réflexion sur la liberté et la sécurité, Little Brother dresse un tableau particulièrement noir de l’Amérique contemporaine, montrant comment une société peut très vite « dérailler », sous une façade toujours respectable. De l’obsession sécuritaire à la propagande qui s’insinue jusque dans les lycées – et fait passer les Xnautes pour des « terroristes », le mot étant, comme on le sait, employé à tort et à travers –, Cory Doctorow envisage avec son astuce coutumière, son brillant, une multitude de thèmes graves, et sait en traiter sans trop sombrer dans le manichéisme ou la naïveté.

 

Cela dit, on le sait, Doctorow est un optimiste et un volontariste. On s’attend – et on a raison, aussi ne pensé-je pas faire de spoiler ici – à un happy end, malgré tout, et on l’aura. C’est peut-être la limite de ce roman, d’ailleurs, et, à ce niveau, les pessimistes dans mon genre pourront trouver le propos général un brin candide, si les détails ne le sont pas, et si la subversion reste bien présente… Mais c’est là un jugement qui n’engage que moi, et, après tout, cela participe peut-être de la dimension « jeunesse » de l’ouvrage.

 

Peu importe. Si, avec Little Brother, je n’ai pas pris une baffe comme avec Dans la dèche au Royaume Enchanté et Overclocked, je n’en ai pas moins passé un très bon moment. Aussi, malgré quelques petites baisses de régime et autres petits défauts, conseillera-t-on sans hésiter ce réjouissant brûlot aux plus jeunes lecteurs, et aux moins jeunes aussi, tant qu’on y est : ils y trouveront probablement tous leur compte.

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"La Brigade chimérique : Aux confins du merveilleux scientifique"

Publié le par Nébal

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La Brigade chimérique : Aux confins du merveilleux scientifique

 

Aux confins du merveilleux scientifique est le premier « véritable » supplément officiel pour l’excellent jeu de rôle de La Brigade chimérique, d’après la très bonne BD que vous connaissez. Il s’est fait un petit peu attendre, mais ça y est, on le tient (bon, depuis quelque temps déjà).

 

Deux choses frappent cependant au premier coup d’œil, qui ne semblent pas jouer en faveur de ce bouquin : la première, c’est son austérité ; on retourne en effet au noir et blanc (enfin, sépia…), et on regrette les magnifiques couleurs du livre de base, ce qui est tout de même un peu dommage ; la seconde, c’est son côté franchement fourre-tout, fait de bric et de broc, sans que l’on puisse véritablement discerner une ligne directrice : mélange d’aides de jeu variées, de scénarios et de nouvelles (et quand je parle de mélange, ce n’est pas un vain mot : tout cela s’enchaîne sans queue ni tête, à peu de choses près), Aux confins du merveilleux scientifique s’éparpille dans tous les sens, chose que j’ai trouvée un peu regrettable. D’autant que – on peut bien le dire tout de suite – il y a dans tout cela du bon et du moins bon…

 

Regroupons par catégories, et commençons par les aides de jeu, qui constituent à mon sens le point fort (relatif) de ce supplément. Ça commence pourtant assez mal, avec « Par des chemins oubliés », panorama géographique de quelques contrées imaginaires ; ce n’est certes pas inintéressant, mais c’est hélas bien trop court pour que l’on puisse en retirer quelque chose, au-delà de vagues idées de scénarios : je n’ai pu m’empêcher de penser au guide « similaire » établi par Alan Moore dans le deuxième tome de The League of Extraordinary Gentlemen, et ce si bref chapitre ne tient franchement pas la comparaison ; en dépit du léger décalage de période, on se réfèrera donc plutôt à l’œuvre du génial scénariste, autrement riche, et frôlant l’exhaustivité… Nettement plus intéressant, mais fourre-tout comme c’est pas permis, « Superscience & Vie » est une collection hétéroclite de héros, de vilains et d’artefacts superscientifiques. Pas mal de bonnes idées, je ne prétendrai pas le contraire, mais ce côté fait de bric et de broc, s’il peut sembler justifié par la rubrique, ne m’en a pas moins semblé décidément bien regrettable. Les meilleures aides de jeu de ce supplément, qui en constituent à mon sens les parties les plus intéressantes, sont celles qui décrivent des organisations, réelles ou imaginaires. Là, les bonnes idées fusent, et le travail des auteurs est à son meilleur. On commence par la sinistre (et bien réelle, hélas) Cagoule, qu’il est inutile de présenter ici, avant d’envisager la Maison aux rideaux rouges, bordel superscientifique (si ; une idée saugrenue, mais qui tient finalement la route), puis la Ligue Fantômas, rassemblement de disciples du Maître du crime portés sur les coups spectaculaires, et enfin le X-Club, pendant britannique du Club de l’Hypermonde, et sinistre origine du Docteur Désastre, terroriste nihiliste des plus abominables. Ici, rien n’est à jeter, et c’est un véritable régal.

 

Il n’en va pas de même pour les scénarios, qui m’ont dans l’ensemble plutôt déçu. Si l’on excepte le premier, ce n’est pas tant qu’ils soient franchement mauvais ; mais le cadre passionnant qu’ils adoptent presque tous n’est que rarement bien servi, ou exploité jusqu’au bout. « L’Héritage de la Reine du Radium », qui est censé plonger les joueurs dans l’histoire même de La Brigade chimérique, tout de même, est ainsi à mon sens strictement dénué de tout intérêt : simple saynète sans action ni véritable enjeu, elle constituera au mieux un prologue probablement vite expédié à un scénario autrement plus conséquent. « Les Griffes de Paris » est sans doute le plus représentatif de ces scénarios qui n’exploitent pas assez leur fond : ici, en l’occurrence, l’agitation des Ligues, et plus particulièrement l’Action française et les Croix de feu du colonel de La Roque, après le 6 février 1934 ; il y avait tant à faire ! Hélas, on ne se retrouve au final qu’avec une banale enquête policière, dont le seul véritable intérêt est de confronter les personnages à toute l’ambiguïté des Ligues, et qui est traversée de clins d’œil un brin pénibles, heureusement faciles à effacer. « La Chasse au Radium » est présentée comme une mini-campagne, mais c’est sans doute aller un peu loin : après un prologue qui ne se rattache qu’artificiellement au cœur du scénario, on se retrouve ici avec une course subaquatique entre différents protagonistes, plus ou moins palpitante, avant une conclusion autrement plus intéressante et très libre, où il y a de quoi faire. Inégal, donc, mais bon, pourquoi pas… « La Croix du Sud », qui se déroule à Toulouse (arf… mon petit cœur en a frétillé de chauvinisme, j’ai honte…), exploite à nouveau assez mal à mes yeux un fond passionnant, à savoir, d’une part, l’Aéropostale, et, d’autre part, l’afflux de réfugiés de la guerre d’Espagne dans la Ville rose. Superbe cadre, hélas desservi par une intrigue là encore assez artificielle, et qui ne convainc pas vraiment… « La Frontière rouge », que l’on peut envisager comme une suite du précédent dans la mesure où ce scénario traite à nouveau de la guerre d’Espagne, est hélas à nouveau assez artificiel, et repose presque entièrement sur un furieux climax qui n’en donne pas moins une impression d’inachèvement. Dommage. Reste enfin « Les Derniers Dévots », qui est peut-être bien le meilleur de tous, en définitive. Épopée mystico-plutonienne complètement délirante, qui confronte les personnages à Nous Autres (forcément, on aurait envie de dire), c’est là, de même que « La Chasse au Radium », mais avec à mon sens plus de réussite (et un peu moins de Tintin…), un bel hommage à tout un pan de la littérature de merveilleux scientifique. Pas mal.

 

À propos de littérature, les derniers éléments constituant ce supplément décidément fort hétéroclite sont donc trois nouvelles de Maurice Renard, l’inventeur du terme de « merveilleux scientifique ». « Le Brouillard du 26 octobre » est une petite virée préhistorique, avec d’étranges ancêtres de l’humanité ; pas très convaincant, ai-je trouvé. J’y ai préféré les deux suivantes, « Monsieur d’Outremort, un gentilhomme physicien » qui, malgré une tendance au tirage à la ligne, est assez jubilatoire dans son portrait d’un savant légitimiste avide de revanche sur la populace régicide, et « L’Homme au corps subtil » qui, pour ne pas manquer de didactisme, séduit néanmoins par son astuce. Quant à la plume de l’auteur, elle est d’un intérêt variable, connaissant quelques fulgurances, mais tendant aussi à en faire des caisses, à plus ou moins bon droit. C’était néanmoins pour moi l’occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais que de nom, aussi ne vais-je pas m’en plaindre. Ah, si, un détail tout de même : ici, la mise en page en trois colonnes par page est très pénible et pique les yeux, ne favorisant guère le confort de lecture…

  

 Bilan mitigé, donc, pour ce premier supplément qui part un peu trop dans tous les sens, et ne va pas toujours jusqu’au bout de ses par ailleurs bonnes idées. On verra bien ce qu’il en sera de la suite.

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"Les Compagnons de l'Ombre", t. 3, de Jean-Marc Lofficier (éd.)

Publié le par Nébal

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LOFFICIER (Jean-Marc) (éd.), Les Compagnons de l’Ombre, 3, textes de Matthew Baugh, Win Scott Eckert, Rick Lai, Jean-Marc & Randy Lofficier, Kim Newman, John Peel, John Shirley, Brian Stableford et Jean-Louis Trudel, traduits par Nicolas Cluzeau, Gabrielle Comhaire, Jean-Marc Lofficier, Sarah Millet, Jean-Louis Trudel, Michel Vannereux et Thierry Virga, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche – Noire, [2005] 2009, 305 p.

 

Retour auprès de ces si sympathiques Compagnons de l’Ombre, parce qu’ils le méritent bien. Au programme de ce troisième tome, on retrouve le cocktail qui avait si bien fonctionné dans les deux premiers, entre érudition pulpesque et régression jubilatoire : plein de héros et de vilains de la littérature (populaire mais pas que) ou du cinéma (populaire mais pas que), avec quelques personnages historiques de temps à autre, qui vont vivre, sous la plume d’auteurs anglo-saxons (pas toujours bien servis par des traductions parfois approximatives, hélas) ou francophones, des aventures toutes plus délirantes les unes que les autres. On en salive d’avance.

 

C’est ainsi avec un plaisir certain que l’on retrouve ici Kim Newman, maître ès pastiches furieux, qui, avec « La Marque de Kane », nous offre en quelque sorte une suite aux « Anges de la musique » dont il nous avait régalés dans le tome 1. On retrouve donc Erik, le Fantôme de l’Opéra, toujours aux commandes d’une agence de Drôles de Dames, même si la distribution a changé. Cette fois, la cible de leur courroux justicier n’est autre que le vil magnat de la presse Charles Foster Kane, prêt à toutes les bassesses pour provoquer une guerre en Europe. Mais ce ne sont là que quelques-uns des personnages faisant leur apparition dans ce vaste délire au générique interminable… Comme toujours, c’est parfaitement crétin (au meilleur sens du terme), d’une érudition impressionnante, et tout à fait jouissif.

 

Win Scott Eckert, avec « Les Lèvres rouges », nous offre lui aussi une suite à sa nouvelle « L’Œil d’Oran », publiée également dans le premier tome de la série. La fille d’Arsène Lupin revient donc pour de nouvelles aventures, accompagnée entre autres de son demi-frère Nestor Burma (si), pour remettre la main sur l’Œil d’argent de Dagon, tombé entre les mains d’une affreuse vampire amatrice de bains de sang. Très sympathique.

 

Rick Lai, dans « La Dernière Vendetta », fait intervenir tout un cortège de vilains, mais pas que, dans une vente aux enchères d’objets mythiques, où les évocations du western spaghetti, notamment, ne manquent pas. Pas mal.

 

On passe ensuite à « Ex Calce Liberatus » de Matthew Baugh, nouvelle épistolaire plutôt bien troussée, où Arsène Lupin, entre autres, s’intéresse de près à une collection d’épées historiques. Mais, outre des personnages d’Edogawa Ranpo, les Vampires sont de la partie… Pas mal aussi.

 

Un gros ratage suit, sans aucun doute la plus mauvaise nouvelle du recueil, avec « Les Deux Panaches de Cyrano » de John Shirley, texte ennuyeux et mal écrit dans lequel Cyrano de Bergerac voyage de quelques années dans le futur, manipulé par un sorcier, pour affronter en duel D’Artagnan… Catastrophique. On passe.

 

Hélas, « Le Trésor des Romanoff » de Jean-Louis Trudel ne vaut guère mieux. Une lupinade de plus, avec Rouletabille en bonus, mais qui se révèle confuse et guère palpitante. On passe aussi.

 

Les choses redeviennent plus intéressantes avec « Vingt mille ans sous les mers » de John Peel, qui confronte les univers de Jules Verne et de Lovecraft, le capitaine Némo faisant escale bien malgré lui à R’lyeh. Dommage que ça soit si bourrin au final, mais bon, ça se lit.

 

Les mêmes auteurs sont à l’affiche de « La Couronne du Chaos » de Jean-Marc & Randy Lofficier : cette fois-ci, c’est Robur qui intervient dans la mystérieuse vallée de K’n-yan auprès d’une expédition de l’Université Miskatonic. Plein de Mi-Go à l’affiche (plus tintinesques que lovecraftiens, cependant), et Yog-Sothoth pour le grand final, tandis que le Sâr Dubnotal veille. Résolument pulp, totalement hystérique, ça fonctionne plutôt bien.

 

Mais le meilleur est à venir avec la longue nouvelle de Brian M. Stableford qui conclut le recueil, « Le Sauvetage du Titan, ou La Futilité revisitée ». S’inspirant d’une histoire de naufrage antérieure à celui du Titanic (et a fortiori de, euh…), l’auteur place sur son gigantesque paquebot toute une flopée de célébrités, historiques ou imaginaires ; mais il semblerait bien qu’il y ait des vampires à bord ! Astucieusement construite, riche de clins d’œil réjouissants, souvent drôle, c’est là une vraie réussite, qui conclut ce troisième tome un peu inégal sur la meilleure note possible.

 

Aussi, on ne boudera pas notre plaisir. Malgré quelques ratages, ce troisième tome reste de très bonne tenue, a fortiori si l’on prend en compte le fait que les nouvelles de Kim Newman et de Brian Stableford, à n’en pas douter les meilleures, occupent à elles seules près de la moitié du volume. On se retrouvera donc un de ces jours pour le tome 4, et ad lib.

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Pub copinage : "Petites Morts", de Laurent Kloetzer

Publié le par Nébal

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KLOETZER (Laurent), Petites Morts. Les voyages de Jaël, Saint-Laurent d’Oingt, Mnémos, coll. Dédales, 2012, 279 p.

 

Hop.

 

 

La première nouvelle.

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"La Loi des mages", t. 1, d'Henry Lion Oldie

Publié le par Nébal

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OLDIE (Henry Lion), La Loi des mages, t. 1, [Маг в законе], traduit du russe par Viktoriya et Patrice Lajoye, Saint-Laurent d’Oingt, Mnémos, coll. Dédales, [2000] 2011, 347 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 65 (pp. 116-117).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

 

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

Dire que l’on connaît mal en France la littérature d’imaginaire russophone contemporaine relève de l’euphémisme. Le cas d’Henry Lion Oldie, pseudonyme commun de deux auteurs ukrainiens, Oleg Ladyjenski et Dimitri Gromov, est à cet égard symptomatique. De ces titulaires du prix Aelita, le plus ancien prix de SF russe, décerné pour l’ensemble de leur œuvre, nous ne connaissions en France – au Canada, un de leurs romans a été traduit –, en tout et pour tout, que deux nouvelles figurant dans l’anthologie Dimension Russie, dirigée par Viktoriya et Patrice Lajoye. Et c’est à nouveau grâce à ces traducteurs que l’on peut aujourd’hui se réjouir de la parution chez Mnémos de ce premier tome de La Loi des mages (roman unique scindé en deux volumes). Non pas une œuvre de science-fiction, pour le coup, mais un roman de fantasy résolument atypique, et qui change heureusement des tolkienneries sans saveur qui polluent le genre.

 

Nous sommes dans une Russie tsariste, fin xixe, légèrement autre. Une Russie où l’on s’enthousiasme pour le célèbre opéra Le Cimmérien triomphant, où l’aria de Conan proclame la haine de toute forme de magie. Car il y a, dans cette Russie-là, mais également a priori dans le reste du monde, des mages, qui ont leur Loi, et leur complexe hiérarchie basée sur les jeux de cartes. Mais cette « race de mage » est mal vue, et, autant le dire, persécutée en Russie, où il existe un corps spécial chargé de leur traque, que l’on appelle fort logiquement les « Barbares ».

 

Dans le livre premier de ce roman, nous suivrons essentiellement deux mages, le Valet de Pique Drouts l’amateur de chevaux, et la Dame de Carreau Rachka la Princesse, qui viennent tout juste d’être libérés du bagne. Mais cette libération est bien illusoire : ils sont en fait déportés au fin-fond de la Russie la plus inhospitalière, dans le froid village de Kous-Krendel. Ils restent bien entendu sous la surveillance des autorités, et Monsieur le lieutenant-colonel, le Prince Djandieri, du corps spécial de rafle « Barbare », s’intéresse tout particulièrement à leur cas. Il faut dire qu’en cas de récidive, c’est la mort qui est promise à nos deux héros… Aussi font-ils de leur mieux pour s’intégrer dans la communauté villageoise, portée à les rejeter, et doivent-ils s’abstenir de toute « action éthérée ».

 

Autant le dire de suite : ce livre premier est un pur bijou. L’ambiance, glaciale, est remarquablement travaillée, et rendue avec une finesse rare. Mais le style n’est pas en reste : au premier abord, on est sans doute un peu déconcerté, voire agacé, du parti-pris en la matière (deuxième personne, passé simple). Pourtant, on s’y fait. Et l’on découvre ainsi une plume très subtile, abstraite et poétique, de toute beauté, qu’ont fort bien su rendre les traducteurs (quand bien même, sans doute, leur texte n’est pas irréprochable, notamment pour ce qui est des répétitions : par exemple, on ne compte pas les « subito »…). Les auteurs nous livrent un tableau extraordinaire, et pour ainsi dire bluffant, d’une Russie millénaire où la nature est impitoyable et où les hommes, moujiks perpétuellement ivres, mènent à peu de choses près une vie de bêtes sauvages : un enfer de neige et de bois, beau étrangement, que le lecteur découvre et explore avec une fascination sans cesse renouvelée. La quasi-absence d’histoire dans ce premier livre, aussi, n’est en rien un problème : le fait est que cela marche, et que l’on dévore ces pages très stylées, riches de scènes marquantes, de personnages pittoresques, et d’une sorte de « naturalisme » froid.

 

La suite, le livre second, qui abandonne ce parti-pris stylistique et narratif pour des raisons que l’on se gardera bien d’exposer ici, sous peine de déflorer l’intrigue (même si la quatrième de couverture ne s’en prive pas…) – disons simplement que Drouts et Rachka, comme on pouvait s’y attendre, vont « replonger » et ne pas rester éternellement à Kous-Krendel –, est sans doute un cran en-dessous ; on n’y retrouve pas le brio de ce qui précède, non, mais cela reste néanmoins de la fantasy de grande qualité, originale et toujours très stylée, simplement d’une autre manière.

 

Aussi le bilan de ce premier tome est-il très largement positif : La Loi des mages fait mouche, séduit par son caractère atypique, son ambiance époustouflante, sa plume très travaillée et d’une poésie toute personnelle. De toute évidence, nous ne sommes pas là en présence d’un roman de fantasy comme les autres, et c’est tant mieux. Il y a de quoi rendre le fan du genre un peu perplexe – qui se fierait à la seule « histoire » résumée par la quatrième de couverture risquerait de s’exposer à une sévère déconvenue… C’est qu’il y a bien plus dans ce roman remarquable, affichant haut et fort sa singularité dans un paysage littéraire plus moribond encore que les environs de Kous-Krendel, et ne négligeant jamais la forme au profit du seul fond. Autant dire que l’on attend le  second tome avec impatience.

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"Dans la dèche à Paris et à Londres", de George Orwell

Publié le par Nébal

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ORWELL (George), Dans la dèche à Paris et à Londres, [Down and Out in Paris and London], traduit de l’anglais par Michel Pétris, Paris, Ivréa – 10/18, coll. Domaine étranger, [1933, 1935, 1982, 2001] 2005, 290 p.

 

Pour commencer, une petite anecdote.

 

Mon premier contact avec ce fameux livre de George Orwell, livre de souvenirs à l’instar de l’indispensable Hommage à la Catalogne, ce fut à Toulouse, avec une amie, probablement dans le cadre du Marathon des Mots, même si je ne suis pas tout à fait sûr de ce dernier point. Toujours est-il qu’une lecture publique et gratuite en était organisée, qui avait lieu au square Charles de Gaulle, juste derrière le Capitole. Ceux qui connaissent un tant soit peu Toulouse se douteront que le lieu n’avait probablement pas été choisi au hasard : ce square, à l’époque en tout cas – je ne sais pas ce qu’il en est maintenant – était fréquenté par pas mal de clochards, célestes ou pas, comme ceux dont parle Orwell essentiellement dans la partie londonienne de son ouvrage. Et ce qui devait arriver arriva : l’un d’entre eux se mit à foutre gentiment le bordel. Les bobos théâtreux qui lisaient essayaient tant bien que mal de l’ignorer, avec un certain mépris, puis un troisième homme – semble-t-il là pour ça – acheta le départ dudit clochard avec une tasse de café, qu’il lui servit avec une condescendance rare, et un imperturbable sourire aux lèvres. Personnellement, j’en étais malade. Le rapport (ou contraste) entre ce qui se disait et ce qui se faisait était on ne peut plus… glauque, je crois que c’était le mot que j’avais employé à l’époque. Nous sommes partis le ventre noué, gênés, et, quant à moi, j’aurais presque envie de dire traumatisé par cette scène pathétique.

 

En tout cas, ce souvenir déplorable m’a marqué, et peut-être m’a-t-il dissuadé de lire Dans la dèche à Paris et à Londres pendant un certain temps, le bouquin prenant la poussière dans mon étagère puis ma commode de chevet. Et, tout au long de ma lecture, j’en avais encore les images en tête…

 

Mais passons.

 

Tout est dans le titre : dans cet ouvrage – en son temps publié en français sous le titre La Vache enragée –, le jeune George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, nous raconte ses années de galère à Paris et à Londres, au retour de la Birmanie où il avait servi dans la police indienne impériale.

 

Nous le suivons tout d’abord à Paris, pris dans la spirale infernale de la misère. Si, dans la capitale française, il a toujours eu un toit sur la tête, prenant la précaution de payer son loyer dans un hôtel miteux à l’avance, il n’en a pas moins connu des heures fort pénibles. Après avoir donné un temps des leçons d’anglais, le futur auteur de La Ferme des animaux et de 1984 s’est en effet retrouvé sans travail, à devoir vivre avec quelques sous par jour, et à connaître cette caractéristique fondamentale des miséreux : la faim. Après s’être séparé de quasiment tout et avoir mis ses vêtements au clou, il s’est retrouvé à errer désespérément dans les rues de Paris en quête d’un travail, notamment avec son ami Boris, un immigré russe. Il finit par en trouver : il fait la plonge dans un prestigieux hôtel, puis, sur les conseils de Boris, abandonne son tablier pour un métier en gros similaire à l’Auberge de Jehan Cottard, un restaurant naissant tenu également par un immigré russe. Et ce sont alors des heures et des heures d’exploitation sordide, dans des conditions infâmes : Blair travaille jusqu’à 17 heures par jour, sous le coup des insultes perpétuelles de ses supérieurs, et connaît un véritable enfer.

 

Pourtant, la spirale n’a pas fini de lui jouer des tours. Parti pour Londres où un ami lui a promis un travail autrement paisible – s’occuper d’un idiot, en gros –, il a la déconvenue d’apprendre que cet emploi ne pourra véritablement débuter qu’un mois plus tard. Et de se retrouver à la rue, en compagnie notamment d’un Irlandais du nom de Paddy, dans la cohorte des « trimardeurs » ou « chemineaux », qui errent d’asile de nuit en asile de nuit, ces derniers ne valant guère mieux que des prisons. Tableau édifiant, qui se conclut par un fort réquisitoire en faveur des vagabonds contraints à ce vagabondage permanent par une législation absurde, et qui sont bien loin, à ses yeux, d’être la lie de l’humanité que l’on présente généralement, ainsi qu’il s’emploie à le démontrer dans des pages puissantes.

 

Orwell présentait humblement son ouvrage comme un simple « journal de voyages ». C’est pourtant bien plus que ça. D’aucuns, à en croire la quatrième de couverture qui cite Henry Miller, en font le plus grand des ouvrages de l’auteur ; c’est à mon sens aller trop loin dans l’éloge – La Ferme des animaux et 1984, tout de même, et l’Hommage à la Catalogne aussi, dans un registre plus proche… C’est cependant un livre qui marque profondément, peint aux couleurs du réel, avec un sens de l’anecdote remarquable. Orwell, qui fait bien malgré lui dans l’observation participante, et s’affiche apolitique, nous fait vivre la misère sous tous ses aspects, celle du sans-travail, celle du plongeur, celle du trimardeur, navigant entre prolétariat et sous-prolétariat. Mais il ne sombre jamais, pas un seul instant, dans le misérabilisme. Son tableau n’en est que plus authentique et perturbant ; pourtant, tout n’est pas si noir, dans Dans la dèche à Paris et à Londres : c’est aussi le portrait d’une communauté vivante, malgré tout, traversé de figures fortes – on a cité Boris et Paddy, mais pensons aussi à « l’artiste de rue » Bozo, par exemple. On va des salauds ordinaires, poussant la mesquinerie aussi loin que possible, aux héros de la rue qui, même à sec, partagent leur dernier quignon de pain avec leur camarade de trimard. On vit, littéralement, avec eux, et on ressent, nous simple lecteur a priori bien loin de tout ça, leur faim, leur désespoir, leur ennui. Et leur joie, aussi, dans certaines occasions, notamment dans la partie parisienne de l’ouvrage, haute en couleurs, et qui contient quelques grands moments (je pense ici notamment à la description de la cuite du samedi soir…).

 

Quoi qu’il en soit, Dans la dèche à Paris et à Londres, magnifiquement servi par la plume simple et vivante d’Orwell, est de ces livres qui marquent profondément, et qui – éventuellement – peuvent permettre d’envisager le monde d’un œil nouveau. « Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou. » Ça fait peur… d’autant que l’on ne peut s’empêcher de penser que ce qui est décrit ici reste sans doute largement vrai 80 ans plus tard. On relativise ainsi nos « petites » misères, confrontés que nous sommes avec la Misère avec un grand M. Et on prend conscience de certaines choses. À ce titre, j’aimerais conclure ce compte rendu par le dernier paragraphe de l’ouvrage, pour le moins éloquent :

 

« Je tiens toutefois à souligner deux ou trois choses que m’a définitivement enseignées mon expérience de la pauvreté. Jamais plus je ne considérerai tous les chemineaux comme des vauriens et des poivrots, jamais plus je ne m’attendrai à ce qu’un mendiant me témoigne sa gratitude lorsque je lui aurai glissé une pièce, jamais plus je ne m’étonnerai que les chômeurs manquent d’énergie. Jamais plus je ne verserai la moindre obole à l’Armée du Salut, ni ne mettrai mes habits en gage, ni ne refuserai un prospectus qu’on me tend, ni ne m’attablerai en salivant par avance dans un grand restaurant. Ceci pour commencer. »

 

« Ceci pour commencer »…

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"Madman Bovary", de Claro

Publié le par Nébal

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CLARO, Madman Bovary, Arles, Gallimard – Actes Sud, coll. Babel, [2008] 2011, 195 p.

 

Je ne connaissais jusqu’à présent, et seulement un peu, Claro qu’en tant que traducteur (d’excellents bouquins d’excellents auteurs) ; mais je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir Claro romancier. Certes, CosmoZ dort dans ma commode de chevet depuis sa sortie, mais j’ai finalement jeté mon dévolu sur Madman Bovary pour entrapercevoir le travail du bonhomme. Ne serait-ce que parce que le sujet me parlait énormément, et que, à l’instar de l’auteur et du narrateur, ben, je kiffe veugra Flaubert (même si, personnellement, j’avoue une préférence pour L’Éducation sentimentale, mais c’est une autre histoire). A priori, l’histoire de cet homme qui, sous le choc d’une rupture, relit pour la énième fois Madame Bovary jusqu’à s’y noyer m’intéressait donc.

 

 

Aïe.

 

Autant le dire tout de suite : j’ai abandonné ce bouquin à mi-chemin, chose que je ne fais normalement jamais, même pour les pires merdes (et vous avez pu constater récemment qu’il m’arrive d’en lire par pure perversion). Puis-je pour autant qualifier Madman Bovary de « pire merde » ? Je n’en suis pas certain.

 

Ce dont je suis certain, par contre, c’est que je n’ai (une fois de plus, dirons les mauvaises langues…) rien panné à ce machin (cette « graphomanie post-moderne en roue libre », m’a-t-on dit). Il est vrai que, déjà, à la base, bon, mais en plus, j’ai récemment lu du Gemmell, ce qui n’arrange rien. Quoi qu’il en soit, au bout de cent pages, j’en étais à me demander depuis quelque temps déjà pourquoi je continuais à lire ce délire absolument vain à mes yeux de profane. Et j’ai reposé le bouquin pour m’emparer d’un Orwell. Ce qui m’a paru tout de même vach’ment plus sain.

 

Dans un premier temps, j’avais pensé illustrer ce bête et lapidaire compte rendu d’une lecture avortée par quelques extraits de ce Madman Bovary, pris au hasard ou en tête de chapitre, que sais-je. Mais ça ne fonctionnait pas vraiment. Alors autant sauter directement à la conclusion.

 

Si j’étais méchant-bourrin, je chercherais sans doute à pasticher bêtement et sans talent la plume de Claro, et finirais probablement sur quelque chose comme AAAAAAAAAaaaaaaaaaah putain c’est bon ça, quand je m’entends écrire je oh je Estée S.T. ester oh je je jejejeje tremble, frémis, bande, hurle, j’en fous partout (par-tout)

((((Oh !))))

je désire-délire-suppure-suppute, PUTE

Il souffla bien fort ce jour-là

Et le court jupon s’envola !

Ici-là. LA LA LA.

Extase (Continuons, brodons, Homais à la maison, Homais-tépafou SI ! Madman Bovary, tovaritch !!!)

Et le nouveau avec sa casquette qui. Art scénique. C’est re-bon ça (rebond, boing) oui, quand je, ah, quand je, oh, Emma M.A. aima EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEMMA je oh mets-moi ton doigt littéraire dans le cul critique je sens que je vais je vais je vais jevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisJEVAIS

 

STOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOP !!!

 

Calmons-nous.

 

N’écrivons pas, nous, le cancre, que Madman Bovary n’est rien d’autre à nos yeux qu’une triste fumisterie bobo-branchouillo-pédante illisible et vaine.

 

Ce qui serait méchant-bourrin, or je ne suis pas méchant-bourrin. Je suis gentil-con.

 

Je vais donc me contenter de noter que, en dépit des apparences, Madman Bovary n’était de toute évidence pas un livre pour moi.

 

Et que moi, bon, vous, hein, c’est vous qui voyez, hein, mais moi, perso, moi, je préfère Flaubert.

CITRIQ

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