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"Les Manuscrits de Kinnereth", de Frédéric Delmeulle

Publié le par Nébal

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DELMEULLE (Frédéric), Les Manuscrits de Kinnereth, Paris, Mnémos – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2010] 2012, 405 p.

 

Ainsi que je vous en avais fait part il y a de cela quelque temps dans ces pages interlopes, j’avais été plutôt enthousiasmé par La Parallèle Vertov de Frédéric Delmeulle, premier tome des « Naufragés de l’entropie », un roman certes pas révolutionnaire ni totalement réussi, mais assez franchement sympathique. Je ne vais pas revenir ici sur son complexe cheminement éditorial, qui explique sans doute bien des choses. Juste noter qu’était sorti presque immédiatement chez Mnémos le deuxième (et pour l’instant dernier…) tome de la série, Les Manuscrits de Kinnereth, repris aujourd’hui en poche (sous la nouvelle maquette dégueulasse du Livre de poche Science-fiction). Du coup, allez, hop, je me suis dit que je pouvais bien tenter l’expérience, que le monsieur Delmeulle le valait bien, et tout ça.

 

 

Oui, je suis naïf, des fois.

 

Mais n’allons pas trop vite, et commençons par introduire le propos.

 

(Attention, ce petit résumé, à l’instar du livre, est farci de noms bizarres, mais l’auteur aime bien ça, visiblement.)

 

Tout commence lorsqu’un certain Théodore Masterson – le narrateur, employé par l’ONU – vient rendre visite aux deux historiens que sont Yove et Sphinx – Sphinx, ça ne saute pas aux yeux dit comme ça, est une femme, et l’ancienne compagne de Child Kachoudas, le héros de La Parallèle Vertov – pour leur remettre de mystérieux manuscrits trouvés dans le désert du Néguev et remontant au premier siècle après Jean-Claude. Ces manuscrits – semble-t-il écrits par l’évangéliste Jean – rapportent une vie de Jésus un peu différente de celle que l’on connaît par le Nouveau Testament, mais, surtout, contiennent des indices sur la disparition de Child. En fait, on y trouve carrément – de manière codée, comme de bien entendu – des coordonnées indiquant où se trouve le Vertov, le fameux sous-marin nucléaire soviétique transformée en machine à voyager dans le temps. Et notre trio de se mettre en route pour Israël, accompagné par Dadka, le père de Child, et ses potes du Swamp Thing, un groupe de rock psychédélique pour quinquagénaires bedonnants (John Lee, Bassman, Lapin), et même – tant qu’on y est – Emma, la fille adolescente de Child et Sphinx. Et, de révélations en révélations, le petit groupe pas si petit que ça de se retrouver en Palestine à l’époque de la crucifixion du Christ…

 

Le thème, ainsi que vous le savez déjà, n’est pas franchement neuf en science-fictionnie : on pense tout naturellement à Voici l’homme de Michael Moorcock – auquel il est d’ailleurs fait directement allusion, de même qu’à « La Patrouille du temps » de Poul Anderson – ou encore au moins convaincant à mon sens mais pas totalement inintéressant Jésus vidéo d’Andreas Eschbach. Autant dire que Frédéric Delmeulle, dans Les Manuscrits de Kinnereth, marche sur un terrain foulé par nombre de prestigieux prédécesseurs, mais aussi un terrain miné. Et – on ne va pas le cacher plus longtemps – il saute dessus à pieds-joints avec un enthousiasme débridé pour le coup quelque peu navrant.

 

Le fait est là : Les Manuscrits de Kinnereth est un roman raté. Ça, c’est la version polie, celle à laquelle j’aimerais bien pouvoir me tenir du fait de la sympathie que m’avait inspiré l’auteur pour son premier roman. Mais du fait d’une intrigue mollassonne et pas crédible pour un sou – j’y reviendrai – qui se traîne péniblement jusqu’à une conclusion ridicule et bavarde qui, pour le coup, m’a rendu furax, je suis bien obligé de constater que ce second tome des « Naufragés de l’entropie » n’est pas seulement « pas bon » : il est à chier tout mou, oui. Et c’est bien triste. Car on est bien loin ici de tout ce qui faisait le charme de La Parallèle Vertov ; on n’en retrouve rien de ce qui faisait l’intérêt (tout relatif, mais bien réel néanmoins).

 

Commençons par le GROS problème de ce roman : la suspension d’incrédulité qui passe à la trappe. On n’y croit jamais. Rien de ce qui se passe dans ce roman n’est crédible. Du postulat de départ, pourtant cliché, au final puéril et couillon, rien, absolument rien, ne convainc le lecteur. Mais je m’en tiendrai ici à deux exemples : on ne voit franchement pas ce que le Swamp Thing et Emma viennent faire dans cette galère (et on se pisse dessus lors d’une scène de poursuite en bagnole qui mériterait de figurer dans une anthologie du pire), et on s’époumone devant ces quidams qui, aussitôt débarqués dans la Palestine du début de notre ère, se retrouvent sans difficulté aucune, là, comme ça, tout naturellement, à converser en latin avec leurs nombreux interlocuteurs. Je passe sur la fin du roman, émanant tout droit d’un cerveau adolescent porté sur le simili-blasphème à la con. Mais c’est gratiné.

 

Et, accessoirement (ou pas), c’est atrocement bavard. On ne compte pas, tout au long du roman, les dialogues d’exposition : Masterson met des chapitres et des chapitres à présenter les manuscrits tout en dissimulant l’existence et le rôle du Vertov au début du roman, tandis que la fin – oui, vraiment, elle m’a énervé – se résume à une longue, atrocement longue explication de son plan diabolique par le meuchant. Ajoutons que ce bavardage, en sus de l’absence totale de crédibilité déjà mentionnée, pèche étrangement en étant « trop écrit », et donc mal écrit.

 

Du coup, on s’ennuie – et arrivé à la fin, on s’énerve carrément. La franche érudition du roman, qui ne saurait faire de doute et aurait pu racheter bien des choses en temps normal, ne le sauve très certainement pas, tant elle est maladroitement utilisée. De même pour la tentative de mise en abyme du genre.

 

Le bilan est donc là, triste mais difficilement contestable : roman au mieux raté, au pire tout pourri du cul, Les Manuscrits de Kinnereth vient foutre en l’air tous les espoirs que l’on pouvait placer en son auteur après La Parallèle Vertov. J’ai encore du mal à m’en remettre… Passez votre chemin, ce bouquin ne vaut vraiment pas la peine qu’on s’y arrête. Et, pour le plus grand bien de son auteur, il mérite de sombrer illico dans l’oubli le plus total, comme un truc un peu honteux, un péché de jeunesse, peut-être. Pardonnez-lui, mon Dieu, il faut espérer qu’il ne savait pas ce qu’il faisait… Parce que sinon, c’est grave.

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"Vol de nuit", d'Antoine de Saint-Exupéry

Publié le par Nébal

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SAINT-EXUPÉRY (Antoine de), Vol de nuit, préface d’André Gide, Paris, Gallimard, coll. Folio, [1931, 2010] 2012, [édition numérique]

 

J’ai somme toute très peu lu Antoine de Saint-Exupéry. Bien sûr, il y a peu, je vous ai brièvement entretenu de la Lettre à un otage, et j’ai lu et relu et re-relu bien des fois Le Petit Prince, y découvrant toujours de nouvelles merveilles. Mais de ses romans « adultes » traitant de l’aviation, je n’avais jamais lu, sauf erreur, que Pilote de guerre, il y a de cela une éternité (et je dois confesser n’en avoir plus beaucoup de souvenirs aujourd’hui). Pourtant, le sujet comme l’auteur m’intéressent fort, et j’ai un frère dingue de Saint-Ex’ qui n’a pas manqué de m’en vanter les mérites… Étrange.

 

Va falloir combler cette lacune. On va y aller tranquillou, en commençant par le très court – c’est plié en moins de deux heures – Vol de nuit, roman (?) qui connut dès sa sortie un énorme succès et remporta immédiatement le prix Femina.

 

Vol de nuit, qui émane bien entendu largement de l’expérience personnelle de l’auteur, traite d’une petite compagnie aéropostale sud-américaine, basée à Buenos-Aires. Ladite compagnie enchaîne (donc) les alors – nous sommes en 1930, c’est encore largement une époque de pionniers – particulièrement périlleux vols de nuit pour compenser la concurrence du chemin de fer. Le roman est centré sur la figure éminemment charismatique de Rivière, le chef de cette entreprise. Rivière est un personnage complexe, qui se moque d’être considéré comme juste ou injuste – et par voie de conséquence donne souvent l’impression d’être impitoyable –, et qui a avant tout en tête une sorte d’idéal du devoir, qu’il ne manque pas d’inculquer à ses hommes, quel que soit leur poste dans la compagnie. Quand un de ces vols de nuit, celui du jeune marié Fabien, tournera mal à cause d’une tempête inopinée, il n’en restera pas moins campé sur ses positions, en dépit de tout.

 

Une bien étrange chose que ce très bref roman (oui, je pourrais encore mettre un point d’interrogation, parce qu’il y a franchement de quoi se poser la question de la classification, une fois n’est pas coutume). On hésite, selon les pages, à y voir avant tout une sorte de témoignage sec et relativement dépouillé, ou – bien au contraire, et en raison tant de la plume de l’auteur que de la composition du texte – un véritable poème en prose. C’est qu’on ne fait pas ici, malgré le thème, dans la « petite » littérature aventurière (pardonnez-moi cette horrible expression). Le style est fignolé à l’extrême, précis et superbe, d’une beauté à tomber par terre (ce qui est dangereux, à bord d’un avion). Parallèlement, il est difficile de dire que Vol de nuit raconte à proprement parler une histoire, même s’il a tout de la tragédie à certains égards (l’unité de temps – une nuit – et – plus ou moins, cette fois – de lieu, notamment). Il y a un côté « tranches de vie », qui renforce l’aspect « documentaire » de ce roman, mais celui-ci tend à s’envoler (aha) régulièrement au-delà des seuls aspects matériels et narratifs pour aboutir, on ne sait trop, à une sorte de littérature absolue, ou à une réflexion philosophique sur les notions d’héroïsme et de devoir.

 

L’héroïsme. Comme André Gide le fait remarquer dans la préface, Saint-Exupéry n’en est pas exactement un apologue. Il se méfie de la bravoure qui se justifierait elle-même : « Jamais plus je n’admirerai un homme qui ne serait que courageux. » Et pourtant, les pilotes de Vol de nuit, le malheureux Fabien en tête, font à n’en pas douter preuve d’héroïsme. Mais c’est un courage discret, presque caché, qui, à certains égards, perd de sa substance devant le quotidien.

 

Aussi, avec Rivière, c’est bien davantage la notion de devoir qui prend le devant de la scène. Et, je me répète, je le sais, le devoir est impitoyable. Le règlement se fait absurde, et la course contre la montre de l’acheminement du courrier semble justifier une forme d’inhumanité, froide et monstrueuse ; ou bien est-ce, au contraire, une caractéristique propre de l’humanité, justement ? Complexité de Rivière, décidément ; un « chef » idéalisé, en tant que tel à la fois adulé et détesté, admiré et craint. Un homme qui, en dépit de son attachement au devoir, qui ne saurait faire de doute si l’on s’en tient à la seule façade et aux décisions sévères du patron, est intérieurement tourmenté ; ça turbine beaucoup, dans la tête du sieur Rivière, ça s’interroge sur le bien-fondé de telle ou telle décision, ça remet tout en question ; mais, en définitive, le règlement et le devoir triomphent toujours, comme l’unique chose à laquelle se rattraper, comme un absolu par nature incontestable et ne laissant aucune place au doute.

 

On appréciera – ou pas – cette double réflexion sur l’héroïsme et le devoir, qui sent malgré tout un peu la sueur, l’homme viril. Je dois avouer que ni l’héroïsme, ni le devoir, personnellement, ne me parlent beaucoup… Mais on vibrera très certainement devant le sort de Fabien, et on succombera à une certaine fascination pour (ce salaud magnifique de) Rivière. Et, par-dessus tout, on s’émerveillera du talent de poète (oui, pour une fois je ne dirai pas « pouète »…) et de conteur de l’écrivain aviateur. C’est que c’est beau, Vol de nuit ; la plume est splendide, l’émotion à fleur de peau malgré la froideur du thème, et Rivière est un personnage extraordinaire.

 

Aussi Vol de nuit mérite-t-il assurément bien des éloges, justifiant son énorme succès. Ce livre, si petit par la taille, est indubitablement grand par l’art dont il fait preuve (désolé). Une confirmation, s’il en était besoin (bon, je crois pas…) de la force et du talent de Saint-Ex’. Et une première étape de choix dans la –véritable – découverte de son œuvre si particulière.

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"The Whisperer in Darkness", de Sean Branney

Publié le par Nébal

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Réalisateur : Sean Branney.

Année : 2011.

Pays : USA.

Genre : Horreur / Science-fiction.

Durée : 103 min.

Acteurs principaux : Matt Foyer, Barry Lynch, Matt Lagan, Andrew Leman…

 

Vous l’avez peut-être remarqué, ça fait un bail que je n’ai pas livré ici de compte rendu de flim. Il y a une raison à cela : depuis pas mal de temps déjà, j’éprouve de terribles difficultés à me concentrer sur le moindre objet filmique, aussi intéressant soit-il. Je pense ne pas avoir regardé de flim en entier d’un seul coup depuis mon visionnage des trois versions d’Häxan, dont je vous avais parlé ici y a une éternité de cela…

 

(Ah, si, maintenant que j’y pense, j’ai eu l’audace de regarder Saw 3 du bien nommé Bousman entre-temps ; mais ça valait vraiment pas le coup d’en parler…)

 

Comme le dit si bien l’autre, « ça peut plus durer ». J’ai donc décidé – courageux que je suis – de m’y remettre. Mais, tant qu’à faire, je me suis pris par les sentiments. Et c’est donc avec The Whisperer in Darkness de ces joyeux dingues de la Howard P. Lovecraft Historical Society que je me suis attelé à la tâche. On leur devait déjà une fort sympathique adaptation en flim muet de The Call of Cthulhu, débordant certes d’amateurisme, mais qui ne pouvait que séduire, complicité oblige, le lovecraftien fanatique qui sommeille en moi (enfin, ces derniers temps, d’ailleurs, on peut pas dire qu’il sommeille vraiment…).

 

Leur nouvelle adaptation du pôpa de Cthulhu, The Whisperer in Darkness (« Celui qui chuchotait dans les ténèbres », in français in ze texte, si je ne m’abuse), dirigé par Sean Branney, est cette fois – le titre nous l’indique assez – un flim parlant. Mais il est toujours en noir et blanc, et réalisé à la manière des classiques de l’horreur de la Universal ou de la RKO. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve le Mythoscope, mêlant moyens (plus ou moins) modernes et esthétique vintage. Et si on peut toujours, sans doute, parler d’amateurisme eu égard aux conditions de réalisation et au résultat final, on s’oriente quand même ici de plus en plus vers le professionnel : la réalisation est très correcte, les acteurs (du moins les premiers rôles) sont assez bons, la musique sympathique et nettement moins synthé cheapos que dans The Call of Cthulhu, les effets spéciaux sont même à vrai dire trop bons (j’aurais pour ma part préféré que les auteurs s’engagent plus résolument dans la voie de l’illusion à l’ancienne, à la Ray Harryhausen et compagnie)… Techniquement, il n’y a donc pas grand-chose à reprocher à The Whisperer in Darkness.

 

L’histoire ? Vous la connaissez déjà, bien sûr… mais dans les grandes lignes, cette fois. En effet, à la différence de ce qui s’était passé pour The Call of Cthulhu, ces petits malins de la HPLHS ont cette fois décidé de prendre quelques libertés avec le matériau original. Ce qui pourra faire hurler les puristes… ou pas. Mais introduisons donc le propos. Nous sommes dans l’ère lovecraftienne classique, les années 1920 ou 1930, je ne saurais le dire avec plus de précision (enfin, si, je le pourrais sans doute si je regardais à nouveau la nouvelle et sa date de composition, mais j’ai la flemme, là…). Des inondations ont eu lieu dans le Vermont, à la suite desquelles des rumeurs ont ressurgi faisant état de l’existence d’étranges créatures mythiques. Pour le professeur Albert Wilmarth, folkloriste à l’Université Miskatonic, Arkham, Massachusetts, ce ne sont là, à l’évidence, que des superstitions ; c’est la thèse qu’il soutient lors d’un débat radiophonique l’opposant au fameux Charles Fort. Pourtant, Wilmarth entretient depuis quelque temps déjà une relation épistolaire avec Henry Akeley, du Vermont, qui lui soutient l’existence de ces créatures et, via son fils George, en fournit bientôt des preuves au distingué professeur : photographies, enregistrement phonographique… il lui promet aussi une mystérieuse « pierre noire », qui n’arrive cependant pas à destination. Puis Wilmarth reçoit une dernière lettre d’Akeley, l’invitant à venir le rejoindre dans le Vermont pour s’entretenir avec lui de l’existence de ces mystérieuses bébêtes…

 

Je n’en dirai évidemment pas plus ici : lisez ou relisez la nouvelle, et/ou voyez donc le flim. Arrêtons-nous cependant un instant sur les divergences par rapport à la nouvelle de Lovecraft. Pendant la majeure partie du flim – ah, au fait, c’est un long-métrage, cette fois –, celles-ci sont assez discrètes, et le résultat reste éminemment lovecraftien. On retrouve bien l’ambiance des nouvelles du maître de Providence, restituée avec un certain brio (c’est que c’est pas évident, mine de rien, et l’histoire des généralement piteuses tentatives d’adaptation de Lovecraft l’a suffisamment démontré). Avec cependant ce corollaire : c’est bavard, mais ça ne bouge pas beaucoup… Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai, j’adore ça. Mais il est vrai que ce qui fonctionne remarquablement bien dans une nouvelle peut poser problème pour un flim. Cela explique sans doute les innovations apportées dans la conclusion du flim, qui fait dans le spectaculaire. C’est à la fois très hollywoodien (et toujours dans cet esprit Universal/RKO), et très… rôlistique, en fait. Et, disons-le franchement : c’est souvent too much. C’est un peu regrettable à mon sens, même si je ne hurlerai pas à la trahison ; il est cependant clair que l’on perd ici l’esprit purement lovecraftien qui faisait jusqu’alors nos délices. Est-ce véritablement une erreur, une faute de goût de la part de la HPLHS ? Je n’en suis pas pour autant certain, et vous laisserai juger vous-mêmes.

 

 Car ce bémol final ne change rien à l’impression générale que m’a faite The Whisperer in Darkness. Certes, on ne parlera pas de chef-d’œuvre ; mais c’est néanmoins dans son genre si difficile une franche réussite, et je me suis régalé au visionnage de cette adaptation dans l’ensemble vraiment plus que correcte. Et j’espère que la HPLHS continuera à nous abreuver de flims aussi franchement sympathiques ; je serais à vrai dire très curieux de voir ce qu’ils seraient capables de faire du « Cauchemar d’Innsmouth », de « L’Abomination de Dunwich », voire – rêvons un peu – des « Montagnes Hallucinées »… Prions, mes frères ! Iä ! Iä ! Shub-Niggurath !

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"C'est ainsi que les hommes vivent", de Pierre Pelot

Publié le par Nébal

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PELOT (Pierre), C’est ainsi que les hommes vivent, Paris, Denoël – LGF, coll. Le Livre de poche, [2003, 2006] 2010, 1178 p.

 

[Une vieille chronique pas vraiment à la hauteur de son sujet… Trop de temps s’est cependant écoulé pour que je puisse efficacement la retravailler. Je suis donc plus ou moins contraint de vous la livrer en l’état… Mais croyez-moi néanmoins sur ce point : même si je peine à le démontrer, ce livre est extraordinaire, un vrai chef-d’œuvre.]

 

Au sein d’une œuvre qu’il convient bien de qualifier de pléthorique, il est à n’en pas douter certains titres de Pierre Pelot qui se dégagent de l’ensemble, et méritent une attention toute particulière. C’est très certainement le cas de ce monumental pavé qu’est C’est ainsi que les hommes vivent, roman « historique » d’une ambition sans pareille.

 

Assez classiquement, l’intrigue se déroule sur deux niveaux. Tout d’abord, au tournant du XXe et du XXIe siècles, nous suivons les pas de Lazare Grosdemange, alias Lazare Favier, journaliste prestigieux de son état, et qui se remet tout juste d’un accident cardiaque. Une séquelle, entre autres : Lazare fait dans l’amnésie sélective, et ne se souvient pas de ce qui s’est produit entre le 25 octobre 1999 et le 1er janvier 2000. Et de chercher à combler le vide, ce qui amènera notre héros à s’interroger sur son étrange aïeul, Victor Favier, déporté un siècle plus tôt en Nouvelle-Calédonie.

 

Mais autant l’avouer : si l’enquête de Lazare est palpitante, le véritable intérêt du roman réside avant tout dans sa seconde trame, qui débute exactement 400 ans plus tôt, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, dans la même région des Vosges (dont est originaire l’auteur, ce qui explique sans doute bien des choses).

 

À l’aube du Grand Siècle, donc, une femme est brûlée comme sorcière – la chose est banale. Mais elle laisse derrière elle un nourrisson (le « fils du diable » ?), que la jeune Apolline, dame chanoinesse, décide de baptiser Dolat. Au fil du temps, marraine et filleul deviendront amants…

 

Mais c’est là une histoire qui ne fait que commencer. Bientôt, du fait d’un conflit entre les chanoinesses, Apolline en tête, et la nouvelle abbesse, la stricte Catherine, les voilà obligés de prendre la fuite. Et c’est alors seulement que leur singulier (?) destin se mettra véritablement en place, les deux jeunes gens connaissant la dure vie de la roture rurale de ce temps-là.

 

Mais il y a plus. Il y a, aux portes de la Lorraine, la guerre de Trente Ans qui sévit, et pèse comme une menace sourde sur le duché, pris en tenailles quand les Français rejoignent les réjouissances. La guerre et son cortège d’horreurs sans nom, dont Pierre Pelot se fait le talentueux chroniqueur, à grands renforts de pages dégoulinantes de sang et de cruauté qui laissent une impression durable sur le lecteur fasciné. C’est donc ainsi que les hommes vivent ?

 

N’y allons pas par quatre chemins : ce pavé de Pierre Pelot est un authentique chef-d’œuvre, et sans conteste une (la ?) pièce fondamentale de son énorme bibliographie.

 

Si le fond n’est pas en reste (avec une belle réflexion sur l’histoire et la mémoire), la forme est pour beaucoup dans la réussite de C’est ainsi que les hommes vivent. L’auteur, qui a le goût du mot rare, n’hésite pas à mêler français, patois et argot pour aboutir à une écriture très personnelle, unique même sans doute, mais qui n’en confère pas moins une impression d’authenticité remarquable.

 

Formidablement écrit, donc, et formidablement documenté. On n’ose imaginer les recherches préparatoires et les efforts qu’a dû déployer Pierre Pelot pour accoucher de ce monstre. C’en est à vrai dire stupéfiant. Le lecteur ne peut qu’être béat d’admiration devant une telle somme, résultant d’un travail colossal.

 

Ajoutons que, riche en images fortes, C’est ainsi que les hommes vivent a quelque chose de profondément noir, et même cruel, qui le distingue du tout-venant des romans historiques. Mais, à vrai dire, cette distinction peut être faite à de nombreux niveaux. Ainsi, Pelot s’intéresse aux humbles, aux oubliés, plutôt qu’aux grandes figures, au point de livrer quasiment une monographie de micro-histoire. Son style, en outre, est frappé au sceau de l’authenticité. Chose heureuse également dans ce registre, Pierre Pelot ne fait jamais dans le didactisme.

 

Osera-t-on, dès lors, critiquer un aspect du roman ? Eh bien, oui : il faut reconnaître que le lien entre les deux parties est un peu faiblard, et un peu décevant. Cela ne rend pas la partie contemporaine dispensable pour autant, pas plus que cela n’en fait un second roman, tant les thèmes (l’histoire, la mémoire) se ressemblent par-delà les siècles, ce qui justifie pleinement cette division et lui donne toute sa force.

 

Un monument, donc. Une cathédrale littéraire de toute beauté, noire et authentique. Peut-être bien le chef-d’œuvre de Pierre Pelot.

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"Endymion", de Dan Simmons

Publié le par Nébal

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SIMMONS (Dan), Endymion, [Endymion], traduit de l’américain par Guy Abadia, suivi d’Endymion de John Keats, préface de Gérard Klein, Paris, Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain, [1995-1996] 2012, [édition numérique]

 

(Des avantages de l’édition numérique : je n’ai pas eu à m’infliger ni à infliger aux autres au cours de ma lecture cette hideuse couverture de l’inénarrable Jackie P. Et c’est pas rien.)

 

J’en aurai mis, du temps, avant de lire ce troisième tome des « Cantos d’Hypérion ». Des années (et des années) après avoir lu (et relu) l’excellentissime Hypérion et le moins bon mais néanmoins très bon La Chute d’Hypérion. Faut dire que ça se tenait tout seul, et n’appelait pas nécessairement une suite. Mais surtout, si j’ai retardé ma lecture d’Endymion (encore un titre emprunté à Keats ; à noter que le poème en question figure en annexe du roman, très bonne initiative dont je ne saurais hélas dire grand-chose de plus, en raison de mon exécration de la polésie – vous êtes peut-être au courant…), si j’ai retardé ma lecture d’Endymion, donc, c’est en bonne partie à cause de la relative mauvaise réputation de ce titre, qui paraissait faire l’unanimité contre lui. Mais la curiosité a fini par l’emporter – associée à mon enthousiasme kindlien –, et j’ai donc entamé la lecture de ce pavé (car pavé il y a).

 

Nous sommes pas loin de 300 ans après les événements cataclysmiques de La Chute d’Hypérion. La majeure partie de l’humanité est dominée par l’Église catholique régénérée et son bras armé, la Pax. Il faut dire que la découverte du cruciforme sur Hypérion a permis de rendre très concrets les espoirs de résurrection… Mais il en est cependant quelques-uns qui n’ont pas embrassé la croix tel, sur Hypérion, le jeune Raul Endymion. Ce qui tombe plutôt mal, dans la mesure où il est condamné à mort pour avoir tué un gros con de chasseur plus ou moins par accident. Mais le vieux – très vieux – poète Martin Silenus, un des fameux pèlerins des Tombeaux du Temps, lui sauve la peau. À charge pour lui de retrouver, accompagner et protéger la petite Énée, la fille de Brawne Lamia et du cybride de Keats, qui s’était il y a bien longtemps réfugiée dans le Sphinx, mais ne va pas tarder à en sortir. Or l’Église et la Pax voient en elle une abomination et une menace. Il y a donc du boulot pour (ce petit con de) Raul Endymion, assisté de l’androïde A. Bettik et du vaisseau du Consul. Boulot d’autant plus compliqué que la jeune fille est quelque peu entêtée, et décide de se lancer, là, comme ça, dans l’exploration de ce qui reste du Thétys, le fleuve qui coulait autrefois entre les mondes grâce aux portes Distrans depuis tombées hors d’usage. Et vogue le radeau !

 

Parallèlement – mais, au passage, ça ne s’emmanche pas toujours très bien –, nous accompagnons également les soldats de la Pax lancés à la poursuite de nos héros, à savoir le père-capitaine de Soya, jésuite et commandant de vaisseau-torche revêtu d’une autorité démentielle du fait d’un disque papal en sa possession, et ses trois gardes du corps. Mais, pour passer d’un monde à l’autre à bord de leur vaisseau ultra-perfectionné le Raphaël, ces adeptes du cruciforme n’ont d’autre choix que de se lancer dans un perpétuel et douloureux cycle de mort et de résurrection… Autant le dire de suite, cependant : en dépit de la richesse et de la densité des mondes traversés par Raul Endymion, Énée et A. Bettik, on prend très vite beaucoup plus de plaisir dans les chapitres consacrés à de Soya et compagnie, personnages bien mieux campés et autrement complexes, dont le sort nous émeut bien davantage que celui de nos héros.

 

C’est là une des faiblesses du roman. Ce n’est pas la seule. L’essentiel, le pire dans tout ça, c’est que c’est long. Atrocement long. Beaucoup trop long. Entendons-nous bien, Dan Simmons n’est pas un manchot ni un imbécile, et ça tourne à plein régime dans son cerveau : les idées sont là, nombreuses et bonnes, qui font d’Endymion une fresque riche de détails superbement composés. Aussi ne serai-je pas aussi sévère que beaucoup concernant ce troisième tome des « Cantos d’Hypérion » : non, Endymion, c’est pas si pire. C’est même plutôt pas mal.

 

Mais c’est long.

 

Atrocement long.

 

Beaucoup trop long.

 

Aussi s’ennuie-t-on régulièrement, malgré les efforts de l’auteur, au long de ces pages. Le lecteur est pris d’une irrésistible envie d’accélérer la cadence – ce qui entre en contradiction avec la lenteur certes nécessaire du périple sur le Thétys : fail – et compte les pages qui restent avant la fin (ou, sur son Kindle, a les yeux rivés sur le pourcentage). Et c’est quand même sacrément dommage. Parce qu’il y a malgré tout bien des choses intéressantes dans Endymion. Objectivement, ce n’est pas un mauvais roman. Il est certes bien inférieur à La Chute d’Hypérion, qui était lui-même bien inférieur à Hypérion. Mais cet ennui frappe en dépit de la bonne volonté du lecteur (or, dès qu’il s’agit de – ce gros con talentueux de – Dan Simmons, je suis clairement bon public, ainsi que vous avez pu le constater à plusieurs reprises dans ces lieux interlopes), lecteur qui rame autant que les principaux protagonistes ; on ne va pas pousser le vice jusqu’à y voir un effet d’identification, hein : c’est clairement, à cet égard, un échec. Regrettable, donc, mais indéniable.

 

Dommage. Ça ne m’empêchera pas de lire un jour prochain le quatrième et dernier tome, L’Éveil d’Endymion, mais j’avoue craindre que les défauts de ce roman-ci y réapparaissent, peut-être en pire étant donné la jusqu’à présent constante baisse de qualité du cycle au fil des volumes. Bon, on verra bien ; et je ne manquerai pas de vous tenir au courant, bien entendu.

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"La Condition humaine", d'André Malraux

Publié le par Nébal

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MALRAUX (André), La Condition humaine, dossier et notes réalisés par Sophie Doudet, lecture d’image par Agnès Verlet, Paris, Gallimard, coll. Folio plus classiques, [1946, 2007, 2010] 2012, [édition numérique]

 

[Oui, je sais, ces derniers temps mes comptes rendus étaient particulièrement miteux. Mais c’est que je les avais rédigés à un moment où. Bon. Hélas, le compte rendu d’aujourd’hui est probablement le pire dans le genre (et c’est bien pour cette raison que je le publie en dernier). J’en suis conscient et vous prie de m’en excuser, je ne publie cette (petite) bouse que parce que j’ai lu le bouquin, et que, ma foi, je me suis engagé à chroniquer tout ce que je lisais. Encore une fois toutes mes excuses.]

 

Je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu d’André « Entre ici Jean Moulin » Malraux. Une lacune qu’il était très certainement nécessaire de combler au plus tôt, parce que « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas », alors bon (réponse 2). Par exemple avec La Condition humaine (prix Goncourt, si je ne m’abuse), probablement le plus célèbre roman de son auteur, malgré un titre qui a de quoi faire peur, m’enfin ce n’est que mon avis, et il vaut ce qu’il vaut, c’est-à-dire pas grand-chose. Allez, hop.

 

Shanghaï, 1927 (la drôle d’idée que voilà). Une époque pour le moins chaotique en Chine. Celle-ci est en proie aux intérêts occidentaux comme aux seigneurs de guerre locaux, même si, après la mort de Sun-Yat-Sen, se dessine un pouvoir fort autour du généralissime Chang-Kaï-Shek. Ce qui n’est cependant pas pour plaire aux communistes (on ne dit pas encore maoïstes). André Malraux, dans un décor un peu fantasmé, nous invite à suivre toute une kyrielle de personnages issus de tous horizons, mais notamment les militants communistes que sont Tchen, le nihiliste angoissé, et Kyo Gisors, le métis qui cherche sa place. Mais on pourrait en citer d’autres, comme le fantasque baron de Clappique – « Pas un mot ».

 

La Condition humaine est un roman de l’histoire en train de se faire ; celle, en l’occurrence, de la Chine contemporaine. C’est aussi un roman profondément métaphysique et éthique, roman de l’engagement jusqu’à l’absurde. C’est enfin le brillant roman d’un jeune homme aux dents longues, qui compte bien inscrire son nom dans l’histoire (justement). Autant dire qu’il ne manque pas d’ambition. Et le fait est que ce roman, pour périlleux qu’il soit, marche. On est en permanence sous le coup de son extrême densité, à tel point qu’on ne suit pas toujours, au juste, de quoi l’auteur nous raconte l’histoire (si tant est qu’il le fasse). La Condition humaine, sous cet angle, ne manque pas d’audace, pas plus que de brillant. L’auteur joue notamment de la multiplicité des points de vue avec une maestria qui mérite d’être soulignée.

 

Mais il fait bien plus. Et, l’air de rien, il interroge le lecteur sur des grands thèmes d’une actualité indéniable. Avec Tchen et Kyo, notamment, Malraux questionne nos espoirs comme nos désillusions, secoue le lecteur d’interrogations aussi fines que brutales.

 

Aussi La Condition humaine est-il très certainement un roman à la hauteur de sa réputation.

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"Des homicides commis par les aliénés", d'Emile Blanche

Publié le par Nébal

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BLANCHE (Émile), Des homicides commis par les aliénés, [s.l.], [n.c.], 2011, [édition numérique]

 

Émile Blanche était un médecin, et un expert judiciaire, à la fin du IInd Empire et au début de la IIIe République. Dans cette monographie, il s’intéresse à la question de la responsabilité pénale, atténuée ou disparue, pour cause d’aliénation mentale, dans des cas extrêmement graves puisque l’auteur a choisi de se focaliser sur les homicides (ce qui n’en rend l’ensemble que plus spectaculaire). Son mémoire est constitué pour l’essentiel de rapports d’expertise, faits à la demande du juge d’instruction dans des affaires d’homicide. Aussi, si l’on excepte quelques pages plus « abstraites » au début et quelques interruptions ici ou là, nous n’avons quasiment à faire ici qu’à des études de cas.

 

Il s’agit donc de voir dans quelles cironstances les troubles mentaux peuvent entraîner au moins une atténuation de la responsabilité pénale. Dans les premiers cas qui sont ici portés à notre connaissance, le discernement est aboli en raison de délires de persécution, éventuellement accompagnés d’hallucinations (visuelles ou auditives). C’est à vrai dire assez terrifiant (et éloquent), et la perte de la responsabilité ne saurait faire ici aucun doute.

 

Dans le deuxième type de cas, l’abolition de la responsabilité pénale ou son atténuation est due… à l’épilepsie, ce qui peut nous paraître étrange (enfin, à moi, en tout cas, ça m’a paru étrange, mais à vrai dire je n’y connais rien), mais semble tout naturel à notre bon docteur comme à ses collègues.

 

Mais il est des cas qui ne relèvent ni des délires de persécution, ni des troubles épileptiques, mais dans lesquels le discernement est aboli ou au moins atténué, et par voie de conséquence la responsabilité également. L’étude de ces cas, débouchant le plus souvent sur une responsabilité atténuée (on évite la peine de mort, c’est toujours ça de pris…), occupe toute la fin du mémoire du docteur Blanche. J’avoue avoir été assez surpris par la mansuétude dont fait preuve le docteur, qui accorde assez facilement a priori l’atténuation de responsabilité (il y a même quelques cas d’infanticide où la responsabilité est abolie à en croire le docteur, et que l’on peut trouver très surprenants – même s’il faut bien entendu prendre en compte le caractère alors illicite de l’avortement, qui peut expliquer bien des choses). L’alcoolisme est également un facteur d’atténuation récurrent (ce qui n’est pas si évident que ça), mais on pourrait en citer bien d’autres.

 

 Une lecture intéressante (et parfois savoureuse), qui m’a surpris – positivement – plus qu’à son tour.

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"L'Etranger", d'Albert Camus

Publié le par Nébal

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CAMUS (Albert), L’Étranger, Paris, Gallimard, coll. Folio, [2009] 2012, [édition numérique]

 

Bah non, je n’avais jamais lu L’Étranger d’Albert Camus. Du même auteur, j’avais lu La Peste, j’avais lu La Chute, je m’étais même risqué à aborder Le Mythe de Sisyphe, et j’ai laissé traîner trop longtemps dans ma volumineuse commode de chevet les Réflexions sur la peine capitale (avec Arthur Koestler), mais je n’avais encore jamais lu le classique d’entre les classiques qu’est L’Étranger. Cela dit, comme vous, j’en connaissais déjà le propos (qui vient en droite ligne des deux essais précités ; par ailleurs, Camus l’incluait dans un « cycle de l’absurde », tétralogie comprenant justement Le Mythe de Sisyphe comme point d’orgue philosophique). N’empêche, il était bien temps que je le lise. Alors hop.

 

 

Musique !

 

 

(Tiens, ça pourrait être mal interprété, ça, en ce moment…)

 

« Aujourd’hui, maman est morte. » C’est sur cette très célèbre sentence que s’ouvre L’Étranger, et que débutent les malheurs du narrateur, Meursault.

 

Nous sommes en Algérie (et l’Algérie, c’est encore la France, ah mais). Meursault est un petit employé, et sa mère vient de mourir, donc. Mais, à vrai dire, ça ne lui fait ni chaud ni froid (ou ça lui en touche une sans remuer l’autre, c’est vous qui voyez), même s’il serait peut-être plus juste de dire qu’il n’a rien à exprimer à ce sujet. Cependant, il en va de même pour ce qui est de ses projets de mariage : reste l’idée prépondérante selon laquelle cela n’a pas vraiment d’importance.

 

Et puis le drame survient, un jour, alors que Meursault et sa « copine » accompagnent un voisin violent à la plage. Celui-ci a des ennuis avec un petit groupe d’Arabes ; il s’est armé en conséquence. Meursault lui a pris son flingue, mais que voulez-vous : un accident est si vite arrivé… Meursault va tomber sur un des Arabes de la bande, et va le tuer : cinq balles dans le buffet. Et, croyez-le ou non, il va être poursuivi en justice et risquer la peine de mort pour ça, pour avoir tué un Arabe (ce qui montre bien qu’on nage en pleine science-fiction).

 

Mais…

 

‘tendez voir : est-ce vraiment pour avoir tué un Arabe qu’on menace Meursault de la guillotine… ou parce qu’il n’a pas pleuré le jour où sa mère est morte ?

 

Que dire, dès lors, qui n’ait pas déjà été dit cent fois (ce qui vient sacrément réduire l’intérêt de ce compte rendu encore plus miteux que d’habitude, mais, voyez-vous, je l’avais écrit à un moment où, bon…) ? L’Étranger fait partie de ces œuvres trop étudiées pour que l’on puisse l’aborder d’un œil totalement innocent. Récit naïf (formellement s’entend) sur l’absurdité du monde (voir Le Mythe de Sisyphe) et, à titre secondaire, sur l’horreur et l’hypocrisie de la peine de mort (Réflexions sur la peine capitale, donc), L’Étranger convainc sans peine, et est effectivement une œuvre forte, qui ne saurait laisser indifférent (oui, je fais particulièrement dans le cliché, aujourd’hui). Mais, à mon sens (sens ?) tout du moins, il ne fait guère plus (cela dit, c’est déjà pas mal). Je l’envisage à vrai dire surtout comme une introduction « light » au Mythe de Sisyphe, qu’il va falloir que je dissèque sérieusement un de ces jours. En attendant, reste un court roman cinglant et efficace, probablement un peu simpliste (en toute conscience) même s’il soulève bien des questions pas si évidentes que ça ; ce qui ne l’empêche pas de se lire sans effort. Je ne peux cependant que difficilement cacher une certaine déception relative face à ce récit qui me paraît un poil surévalué (mais a-t-on le droit de dire que L’Étranger est un poil surévalué ? l’ai-je, en tout cas, moi, petit con de Nébal en petite forme ?). Un sentiment de « tout ça pour ça », quoi. Je ne regrette rien (non, rien de rien), mais voilà.

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"Les Sources de la honte", de Vincent de Gaulejac

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GAULEJAC (Vincent de), Les Sources de la honte, Paris, Desclée de Brouwer, coll. Sociologie clinique, [1996] 1997, 315 p.

 

Bon, vous m’en voudrez pas de faire mes devoirs à la maison ?

 

La honte, donc. « Une souffrance d’autant plus forte que par nature on en parle peu », et que Vincent de Gaulejac se propose d’étudier ici dans une perspective de sociologie clinique, au carrefour de la sociologie « traditionnelle » et de la psychanalyse.

 

L’ouvrage s’ouvre sur quatre études de cas permettant de mettre en évidence les diverses facettes de la honte (je dois confesser ne m’être un tant soit peu reconnu que dans le portrait d’Alain, où la honte se mêle de ridicule et d’exhibitionnisme) (ben oui). Il y a des caractéristiques communes : l’illégitimité, la défaillance parentale, l’infériorité, la violence, le déchirement, la déchéance, le non-dit, l’inhibition, autant de traits qui constituent un « méta-sentiment » fort complexe, qui peut prendre la forme d’une honte réactive ou d’une honte intériorisée.

 

L’auteur se penche ensuite sur les violences humiliantes. On fait tout d’abord ressortir deux caractéristiques : le processus d’instrumentalisation et l’absence de réciprocité. La honte est alors essentiellement décrite sous l’angle de la pauvreté, de la mendicité et de l’assistance. Puis – et c’est un peu le grand écart – Vincent de Gaulejac évoque les violences extrêmes (de la Shoah aux « enfants du placard »). Tout cela débouche sur une identité blessée, provoquant une souffrance objective et une souffrance subjective.

 

On passe ensuite à trois « biographies » d’intellectuels confrontés à la honte. Freud, tout d’abord, avec l’ambition comme réaction à l’humiliation, et la mise en évidence d’un véritable « complexe d’Hannibal ». Sartre, ensuite, qui évoque « la fulgurante décharge de la honte » ; or « c’est autrui qui me donne conscience d’exister »… Camus, enfin (sur lequel je reviendrai prochaînement), dont le parcours est marqué par la honte, celle-ci étant par ailleurs au cœur de La Chute.

 

Mais, au-delà de ces expériences particulières, il s’agit de souligner les caractéristiques du « nœud socio-psychique » constitué par la honte. On évoque tout d’abord les cinq « paliers de la honte », cinq moments décisifs : « le stade du miroir et l’entrée au monde par le narcissisme », « le stade œdipien ou la confrontation à l’interdit et l’ordre symbolique », « le stade des comparaisons, et la découverte du monde social à la fin de la période de latence », « le stade de l’adolescence lorsque s’affirment les choix sexuels et sociaux », et enfin « l’entrée dans la vie sociale pour les jeunes adultes, ou la quête d’une place et l’affirmation identitaire comme citoyen ». On passe ensuite au cœur du sujet, à savoir « l’intrication du sexuel et du social dans le symptôme », et l’approche « entre sociologie et psychanalyse », qui permet de s’interroger sur « l’intériorisation des contradictions sociales ».

 

Se pose alors la question du dénouement. On étudie tout d’abord le contrepoison qu’est l’ambition, avec notamment l’exemple… de Bernard Tapie. Bon, c’est pas pour moi… Sont ensuite envisagées les diverses réactions défensives : repli sur soi et secret (ça me parle déjà plus), alcoolisme, orgueil (« honte inversée »). Mais comment sortir véritablement de la honte ? Plusieurs pistes : levée du refoulement de l’imaginaire, émergence du sujet socio-historique, soutiens matériels et psychologiques (sortir de l’intériorisation par exemple par le militantisme… ou par l’humour, ce qui, là aussi, me parle davantage). Quoi qu’il en soit, on s’accorde sur l’importance de la parole publique (eh) et des récits de vie en groupe. Reste enfin à analyser les réactions à la honte, et enfin à se poser la question du contre-transfert.

 

Au final, un ouvrage d’une lecture intéressante et sans doute pertinent sur bien des points. Toutefois, je ne suis pas certain d’y trouver beaucoup de clés pour combattre efficacement ma honte…

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"Sur des mers plus ignorées", de Tim Powers

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POWERS (Tim), Sur des mers plus ignorées, [On Stranger Tides], traduit de l’anglais (États-Unis) par France-Marie Watkins, Paris, Bragelonne – Milady, [1988] 2011, [édition numérique]

 

Pfff…

 

Bon, je vais pas vous mentir et bricoler un compte rendu d’une honnêteté douteuse en pompant des éléments à droite à gauche (enfin, surtout à gauche, on ne se refait pas) : j’ai été une fois de plus victime d’un trou de mémoire. Mais un méchant, là ; à tel point que je ne me souvenais quasiment de rien concernant ce roman de Tim Powers ; seulement que je l’avais lu (oui), et que sur le moment j’avais trouvé ça sympa.

 

Alors je pourrais m’étendre sur les liens entre Sur des mers plus ignorées et la série « Pirates des Caraïbes » (qu’il a largement inspiré, officieusement d’abord, officiellement pour le quatrième épisode), voire évoquer (ça s’est vu) les « Monkey’s Island » (et j’ai effectivement de vagues souvenirs comme quoi ce serait pertinent, maintenant que j’y repense) ; je pourrais combiner un résumé en pompant comme un taré, parler de vaudou et de fontaine de jouvence, etc., mais ça ne serait pas d’une grande utilité : après tout, tout ça, vous pouvez le lire ailleurs.

 

Donc, je vais en rester là : Sur des mers plus ignorées m’a paru sympa sur le coup, mais j’en ai tout oublié un à deux mois plus tard ; est-ce que cela tient au roman en lui-même (c’est possible) ou à mon état personnel ces derniers temps (c’est probable), je n’en sais rien et ne le saurais probablement jamais. Mais voilà : trou noir.

 

J’en ai marre…

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