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"La Maison au bord du Monde", de William H. Hodgson

Publié le par Nébal

La Maison au bord du Monde

 

 

HODGSON (William H.), La Maison au bord du Monde. D’après le manuscrit découvert en 1877 par MMrs. Tonnison et Berreggnog dans les ruines qui se trouvent au sud du village de Kraighten, dans l’ouest de l’Irlande. Reproduit ici avec des notes, [The House on the Borderland. From the Manuscript, discovered in 1877 by Messrs. Tonnison and Berreggnog, in the Ruins that lie to the South of the village of Kraighten, in the West of Ireland. Set out here, with Notes], traduit de l’anglais par Jacques Parsons, préface de Brian Stableford [traduite de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel], Dinan, Terre de Brume, coll. Terres fantastiques, [1908, 1971] 2014, 205 p.

 

Ça fait partie des bonnes nouvelles que j’ai eu lors de mon périples aux Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres. Je croyais naïvement que Terre de Brume n’était plus, n’en découvrant plus de nouveautés dans les librairies – les lieux de perdition, plutôt – où je mets régulièrement les pieds, mais c’était semble-t-il une simple question de distribution. Heureusement, donc, Terre de Brume est toujours là. Et même si c’est des Bretons (sale engeance), je leur pardonne beaucoup de choses au vu de leur catalogue, notamment pour leur goût des précurseurs et influences de Lovecraft, parmi lesquels Lord Dunsany, Arthur Machen et William Hope Hodgson, qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui : La Maison au bord du Monde a ainsi été rééditée en avril dernier, et je ne pouvais pas décemment passer à côté.

 

Ce roman – probablement le plus célèbre de l’auteur ? – m’intéressait en effet à plus d’un titre ; je savais notamment – et la quatrième de couverture ne se prive bien évidemment pas de le rappeler – que c’était le roman d’Hodgson que Lovecraft prisait par-dessus tout, ainsi qu’il le clamait haut et fort dans Épouvante et surnaturel en littérature. Et j’étais d’autant plus curieux que je savais que ce roman – semble-t-il un des premiers de l’auteur – s’éloignait du champ d’investigation fétiche d’Hodgson, à savoir la mer. On oublie donc les marins, leurs bateaux et leurs rencontres avec des poulpes et compagnie, ici. Ce qui ne fait que rendre La Maison au bord du Monde plus singulier encore, dans l’œuvre d’Hodgson et au-delà. Le roman est en effet à la fois bien de son temps par certains aspects et constitue un incroyable précurseur par d’autres. S’il n’est pas sans défauts, loin de là (on aura l’occasion d’y revenir), il n’en est pas moins étonnant, et même fascinant en bien des endroits…

 

Deux touristes en Irlande découvrent donc les ruines d’une étrange maison au milieu de jardins sauvages. Cette maison, les autochtones ne la connaissent finalement que peu, à moins qu’ils ne soient avant tout rétifs à en parler. C’est qu’elle a une sale réputation ; on dit même qu’elle aurait été bâtie par le diable… Superstition locale, oui, sans doute, mais qui ne s’en rapporte pas moins à des faits étranges qui s’y sont déroulés, et que nos hardis explorateurs (venus pour pêcher, cela dit…) vont découvrir par le plus improbable (et même grotesque, avouons-le) des biais, en lisant un étrange manuscrit déniché dans les ruines, manuscrit en très mauvais état par endroits et dont l’origine est inconnue.

 

La Maison au bord du Monde constitue ainsi un récit dans le récit, le manuscrit étant reproduit (avec des notes souvent inutiles) entre deux chapitres se rapportant aux actions et impressions de messieurs Tonnison et Berreggnog (le narrateur/éditeur).

 

Avec un titre pareil, la réputation de la demeure en ruines et le sourd sentiment d’inquiétude qui assaille le lecteur dès les premières pages, on pourrait naïvement croire que William Hope Hodgson va se livrer ici à une énième variation sur le thème de la maison hantée. Pas grand-chose à voir, pourtant : le roman se révèle très vite bien plus inventif que ça.

 

Il joue sur deux tableaux bien distincts, presque opposés dans un sens, et pourtant entrelacés dans le manuscrit. Nous avons droit, ainsi, à des visions cosmiques totalement folles, inspirées semble-t-il notamment par l’astronome Camille Flammarion (mais on peut également penser, surtout au cœur du roman, aux tableaux impressionnants accompagnant les plus lointains voyages de l’explorateur dans La Machine à explorer le temps d’H.G. Wells). Et ces visions cosmiques, où l’anticipation scientifique est tellement débridée qu’elle vire au surréalisme, ne pouvaient sans doute que saisir Lovecraft, correspondant bien à sa philosophie du weird ; d’autant qu’il s’agit bien, au travers de ces hallucinations, de susciter l’effroi. Le narrateur, plongé dans un univers fou qui le dépasse et le malmène, croise ainsi des dieux incarnés, entre autres rencontres marquantes, et se rend, effectivement, « au bord du Monde », dans un éprouvant voyage temporel qui le fera assister à la mort de l’univers… J’avouerai cependant que cet aspect n’est pas celui qui m’a le plus parlé dans le roman d’Hodgson ; à vrai dire, si la vision introductive colle une sacrée baffe qui laisse pantois (et évoque donc directement l’œuvre du Maître de Providence, avec de l’avance), celle, beaucoup plus longue, qui intervient en gros à partir de la moitié du livre pour s’étendre quasiment jusqu’à sa fin, m’a paru un peu laborieuse et ennuyeuse, en dépit de quelques beaux tableaux…

 

Non, ce qui m’a vraiment saisi – et même stupéfait – dans La Maison au bord du Monde, c’est sa deuxième dimension horrifique. En effet, entre ses visions, le narrateur inconnu en vient à subir, cloîtré dans son angoissante demeure, l’assaut de mystérieuses et agressives créatures porcines. Celles-ci, à s’en tenir à leur aspect, pourraient être ridicules ; loin de là, elles sont particulièrement effrayantes… Et si j’étais au courant de la dimension « cosmique » de La Maison au bord du Monde, je ne m’attendais certainement pas à y trouver quelque chose d’aussi évocateur, et avec quel brio, du survival moderne, notamment cinématographique (mais pas que : on m’a très justement fait remarquer que cet aspect du roman se retrouvait dans le très chouette La Peau froide d’Albert Sánchez Piñol, livre que j’avais bien évidemment trouvé très lovecraftien quand je l’avais lu, mais qui, pour le coup, doit donc peut-être encore plus à Hodgson – cadre marin y compris…). Bordel, le livre est paru en 1908, tout de même ! Ici, l’auteur est à son meilleur ; et son roman fait vraiment frissonner, que ça faisait un bail que ça ne m’était pas arrivé…

 

Bien entendu, dans les deux cas, le manuscrit suggère par moments la folie du narrateur, même s’il est bel et bien persuadé de voir ce qu’il a vu, et si les découvreurs du texte en viennent à croire à l’authenticité du récit. On peut penser, pour le coup, à La Maison du Diable de Robert Wise… mais avec la même astuce, et en allant bien au-delà ; cette dimension psychologique n’est à vrai dire probablement pas essentielle, et si l’on ne saurait faire l’impasse sur cet aspect, le roman insiste avant tout sur la « matérialité » de l’horreur.

 

Ainsi que je l’ai laissé entendre, tout séminal, effrayant et inventif qu’il soit, le roman de William Hope Hodgson n’est cependant pas sans défauts. Le style assez quelconque n’est probablement pas trop gênant ici… La construction du récit peut interloquer davantage : quand survient la deuxième vision cosmique, le changement de ton perturbe un tantinet… Et surtout, cette deuxième vision m’a paru beaucoup trop longue, et j’ai parfois peiné à la lire jusqu’au bout. Toujours pour ce qui est de la construction, on peut également relever d’assez nombreuses incohérences et invraisemblances (mais elles participent sans doute de la dimension psychologique rapidement évoquée plus haut). On notera enfin, dans cette lignée, que l’artifice du manuscrit ne convainc pas toujours, loin de là… et sombre même à l’occasion dans le ridicule, notamment vers la fin (les dernières lignes en sont pour le moins cocasses).

 

Mais si La Maison au bord du Monde pèche par ces quelques aspects, il n’en demeure pas moins avant tout très étonnant et parfaitement saisissant. Oui, Lovecraft kiffait (si j’ose m’exprimer ainsi), et cela n’a rien d’étonnant : entre l’horreur cosmique et les assauts des hybrides, on est vraiment en plein dans les préoccupations du Maître de Providence. C’est dire combien sa lecture s’impose à tout lovecraftien amateur (et au-delà aussi, rassurez-vous) ; et si Hodgson, découvert semble-t-il tardivement, n’a pas à la différence de Poe, Dunsany et Machen notamment, directement influencé Lovecraft, il en constitue néanmoins avec ce roman – même sans tentacules – un précurseur indéniable, qui mériterait sans doute qu’on le redécouvre et le célèbre bien davantage. En tout cas, je n’en ai pas fini avec lui…

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"Contes étranges", de Sade

Publié le par Nébal

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SADE, Contes étranges, texte établi, présenté et annoté par Michel Delon, Paris, Gallimard, coll. Folio Classiques, 2014, 384 p.

 

Ça s’est peut-être vu en ces lieux interlopes (par exemple ici, , ou encore, pour les plus téméraires, ), mais j’aime beaucoup Sade. L’outrance du Divin Marquis, que ce soit dans les scènes de fesses ou de torture (c’est la même chose) ou dans les diatribes morales et philosophiques, m’a séduit depuis un bail. Du coup, j’en ai lu pas mal… Parmi les textes majeurs de Sade, il n’y a guère que l’Histoire de Juliette qui m’ait encore échappé (je l’ai, pourtant, dans le tome 3 des Œuvres à la Pléiade, édition établie par Michel Delon, comme celle qui nous intéresse aujourd’hui). Pour le reste, j’ai trouvé mon bonheur tant dans les œuvres dites « ésotériques » (avec une prédilection pour La Philosophie dans le boudoir ou les Instituteurs immoraux) que dans les autres, « exotériques » (Aline et Valcourt ou le Roman philosophique en tête), Justine ou les Malheurs de la vertu me paraissant constituer un juste milieu idéal. Cela dit, il me reste encore bien des œuvres à tenter (je n’ai rien lu du théâtre sadien, par exemple, et on sait l’importance qu’il y accordait). Car le marquis a exercé sa plume aussi vigoureuse que délicieuse (mais alambiquée, attention) dans bien des domaines…

 

Aujourd’hui, ainsi, nous allons parler « textes courts », avec ce recueil dont je n’avais jamais entendu parler auparavant (et pour cause, d’autant que le titre en a été choisi par Michel Delon pour cette édition précisément). Il a été composé en prison, à la Bastille si je ne m’abuse, en parallèle aux autres nouvelles de l’auteur, plus célèbres, que sont Les Crimes de l’amour et Les Infortunes de la vertu (texte séminal qui sera considérablement développé pour donner Justine ou les Malheurs de la vertu, puis, en « pire », La Nouvelle Justine). Mais si les « récits héroïques et tragiques » composant Les Crimes de l’amour ont été publiés du vivant de l’auteur (en 1800 seulement, certes, mais tout de même), ceux qui forment ces Contes étranges (auparavant titrés Historiettes, contes et fabliaux ou encore Contes libertins) sont restés à l’état de manuscrit fort longtemps ; il faudra attendre une édition – anonyme – d’Anatole France d’un unique texte (« Dorci ») pour que cela change, puis, surtout, les éditions très complètes de Maurice Heine, Jean-Jacques Pauvert (dont le colossal Sade vivant prend la poussière dans ma bibliothèque de chevet, mais un jour viendra où…) et Gilbert Lely…

 

Mais nous avons donc aujourd’hui ces Contes étranges en Folio Classiques, qui reprennent l’intégralité des textes courts composés alors par le marquis, à l’exception, donc, des Infortunes de la vertu et des Crimes de l’amour, disponibles aisément par ailleurs, sans chercher à s’arrêter aux plans conçus par l’auteur pour une éventuelle publication. Ces textes, qui trouvent souvent leur matière dans d’autres auteurs antérieurs, et notamment dans les Lettres historiques et galantes de deux dames de condition de Mme du Noyer (la notion de plagiat n’était pas brandie aussi hardiment en ces temps où l’on ne parlait pas encore de droits d’auteurs, et les écrivains se pompaient allègrement…), se divisent en gros en deux catégories : on trouve tout d’abord des historiettes et fabliaux à proprement parler, textes très brefs, où la grivoiserie prête souvent à rire (en théorie du moins…), encore que l’auteur cherche à alterner récits amusants et récits tragiques ; ces vignettes, censément composées par un troubadour provençal, occupent surtout la première partie du recueil… et, disons-le, je n’y ai guère trouvé mon bonheur ; je me suis même assez fortement ennuyé pendant un moment, à ne pas rire devant ce qui était censé être drôle, à ne pas vibrer devant le reste. Non, j’ai – sans surprise – bien plus trouvé mon compte dans les récits plus longs que l’on trouve ultérieurement, allant de cinq à six pages pour les plus brefs à plus de quatre-vingts pour le plus long (et de loin), « Le Président mystifié ». Là, on trouve de vraies réussites bien dignes du marquis, et le contraste est éloquent avec les historiettes et fabliaux du début.

 

Il serait vain de vouloir détailler ici l’ensemble du recueil (a fortiori pour ce qui est des vignettes les plus brèves, souvent tout à fait inintéressantes, en ce qui me concerne en tout cas). Je vais donc m’en tenir aux récits qui, pour une raison ou une autre, m’ont le plus intéressé… en notant une indéniable prédilection pour ceux qui s’en prennent au premier chef aux magistrats, très nombreux ici (Sade, le prisonnier, a eu il est vrai maille à partir avec les robins, c’est rien de le dire, et, comme la plupart des membres de la vieille noblesse d’épée, il n’avait que mépris pour les parvenus de la robe… d’autant plus sans doute que les finances désastreuses de sa prestigieuse lignée l’ont contraint à un mariage dans une famille parlementaire autrement aisée, qu’il haïssait de toutes ses forces).

 

Parmi les textes brefs, je commence ainsi par relever le très drôle « Les Filous », attaque en règle de la naïveté des jeunes filles (thème qui revient souvent, sans surprise).

 

« Les Harangueurs provençaux » entame le cycle anti-parlementaire évoqué plus haut, de manière délicieusement outrancière. Je ne peux me retenir d’en citer ici l’éloquente conclusion :

 

« Nous voulons bien être des imbéciles, dirent ces graves magistrat ; ne le voulussions-nous même pas, il y a assez longtemps que nous le prouvons à toute la France ; mais nous ne voulons pas qu'un tableau l'apprenne à la postérité ; elle oubliera cette platitude, elle ne se souviendra plus que de Mérindol et de Cabrières, et il vaut bien mieux pour l'honneur du corps être des meurtriers que des ânes. »

 

Dans un genre très différent, je retiens l’étonnant conte fantastique (avec le diable dedans) qu’est « Aventure incompréhensible et attestée par toute une province ».

 

On attaque les textes plus longs avec « Émilie de Tourville ou la Cruauté fraternelle ». Un récit sadien somme toute classique, dans la lignée des Infortunes de la vertu, mais tout à fait efficace.

 

Parmi les grivoiseries les plus drôles – le blasphème s’y ajoutant –, j’ai particulièrement apprécié l’outrancier « L’Instituteur philosophe ».

 

On en arrive alors au « Président mystifié », de très loin le plus long texte du recueil. Aussi faut-il lui accorder une place particulière, d’autant que Sade s’y donne vraiment à cœur joie, infligeant mille et une avanies quasi surréalistes à un sot magistrat du Parlement d’Aix. Un récit qui tient de la vengeance pure et simple, et multiplie les allusions (d’une mauvaise foi consternante…), à travers la bouche d’un jeune marquis (forcément), aux propres soucis judiciaires de l’auteur, l’affaire d’Arcueil un peu, mais surtout, ça revient très souvent, et de manière très logique, l’affaire de Marseille (des catins qui avaient un peu de colique, c’est tout, bon…). Le texte est parfois assez franchement ennuyeux, quand Sade délaisse l’humour pour se lancer carrément dans des diatribes débordant de fiel contre les robins… Mais dans l’ensemble, aussi mesquin soit-il, il est très drôle. Je ne peux garder pour moi ces citations, où c’est le président lui-même qui s’en balance inconsciemment plein la gueule :

 

« Nous autres magistrats, c'est la chose du monde dont nous sachions le mieux nous passer, que la raison ; bannie de nos tribunaux comme de nos têtes, nous nous faisons un jeu de la fouler aux pieds, et voilà ce qui rend nos arrêts des chefs-d'œuvre, car quoique le bon sens n'y préside jamais, on les exécute aussi fermement que si l'on savait ce qu'ils veulent dire. »

 

Plus loin :

 

« Nous [les magistrats] voulons comme les médecins tuer indifféremment qui bon nous semble, sans que le défunt ait jamais rien à nous dire. »

 

Mais ceci ne donne aucune idée de la drôlerie de ce texte bête et méchant, très bête et très méchant, qui, avec ses défauts sus-mentionnés, constitue une pièce de choix dans le registre humoristique.

 

Puisqu’on en est à citer, je ne peux que reproduire intégralement le long paragraphe introductif de « Augustine de Villeblanche ou le Stratagème de l’amour » :

 

« De tous les écarts de la nature, celui qui a fait le plus raisonner, qui a paru le plus étrange à ces demi-philosophes qui veulent tout analyser sans jamais rien comprendre, disait un jour à une de ses meilleures amies Mme de Villeblanche dont nous allons avoir occasion de nous entretenir tout à l'heure, c'est ce goût bizarre que des femmes d'une certaine construction, ou d'un certain tempérament, ont conçu pour des personnes de leur sexe. Quoique bien avant l'immortelle Sapho et depuis elle, il n'y ait pas eu une seule contrée de l'univers qui ne nous ait offert des femmes de ce caprice et que, d'après des preuves de cette force, il semblerait plus raisonnable d'accuser la nature de bizarrerie, que ces femmes-là de crime contre la nature, on n'a pourtant jamais cessé de les blâmer, et sans l'ascendant impérieux qu'eut toujours notre sexe, qui sait si quelque Cujas, quelque Bartole, quelque Louis IX n'eussent pas imaginé de faire contre ces sensibles et malheureuses créatures des lois de fagots, comme ils s'avisèrent d'en promulguer contre les hommes qui, construits dans le même genre de singularité, et par d'aussi bonnes raisons sans doute, ont cru pouvoir se suffire entre eux, et se sont imaginé que le mélange des sexes, très utile à la propagation, pouvait très bien ne pas être de cette même importance pour les plaisirs. À Dieu ne plaise que nous ne prenions aucun parti là-dedans... n'est-ce pas, ma chère ? continuait la belle Augustine de Villeblanche en lançant à cette amie des baisers qui paraissaient pourtant un tant soit peu suspects, mais au lieu de fagots, au lieu de mépris, au lieu de sarcasmes, toutes armes parfaitement émoussées de nos jours, ne serait-il pas infiniment plus simple, dans une action, si totalement indifférente à la société, si égale à Dieu, et peut-être plus utile qu'on ne croit à la nature, que l'on laissât chacun agir à sa guise... Que peut-on craindre de cette dépravation ?... Aux yeux de tout être vraiment sage, il paraîtra qu'elle peut en prévenir de plus grandes, mais on ne me prouvera jamais qu'elle puisse en entraîner de dangereuses... Eh, juste ciel, a-t-on peur que les caprices de ces individus de l'un ou l'autre sexe ne fassent finir le monde, qu'ils ne mettent l'enchère à la précieuse espèce humaine, et que leur prétendu crime ne l'anéantisse, faute de procéder à sa multiplication ? Qu'on y réfléchisse bien et l'on verra que toutes ces pertes chimériques sont entièrement indifférentes à la nature, que non seulement elle ne les condamne point, mais qu'elle nous prouve par mille exemples qu'elle les veut et qu'elle les désire ; eh, si ces pertes l'irritaient, les tolérerait-elle dans mille cas, permettrait-elle, si la progéniture lui était si essentielle, qu'une femme ne pût y servir qu'un tiers de sa vie et qu'au sortir de ses mains la moitié des êtres qu'elle produit eussent le goût contraire à cette progéniture néanmoins exigée par elle ? Disons mieux, elle permet que les espèces se multiplient, mais elle ne l'exige point, et bien certaine qu'il y aura toujours plus d'individus qu'il ne lui en faut, elle est loin de contrarier les penchants de ceux qui n'ont pas la propagation en usage et qui répugnent à s'y conformer. Ah ! laissons agir cette bonne mère, convainquons-nous bien que ses ressources sont immenses, que rien de ce que nous faisons ne l'outrage et que le crime qui attenterait à ses lois ne sera jamais dans nos mains. »

 

Délicieux, non ? Et Christine Boutin ne saurait qu’approuver (même si la fin du conte, étrangement, pourrait davantage lui convenir…). En tout cas, cette histoire de séduction tordue où un homme se déguise en femme pour séduire une lesbienne acharnée déguisée en homme est assez plaisante.

 

On retourne à quelque chose de bien plus cru avec le très blasphématoire et amusant « Le Mari prêtre. Conte provençal ».

 

Et citons enfin la salutaire « Postface » :

 

« Lecteur, joie, salut et santé, disaient autrefois nos bons aïeux après avoir fini leur conte. Pourquoi craindre d’imiter leur politesse et leur franchise ? Je dirai donc comme eux : lecteur, salut, richesse et plaisir ; si mes bavardages t’en ont donné, place-moi dans un joli coin de ton cabinet ; si je t’ai ennuyé, reçois mes excuses et jette-moi au feu. »

 

On n’ira certes pas jusque-là… Car après un début qui m’a semblé laborieux, ce recueil de nouvelles m’a finalement séduit. Disons-le tout net : ce n’est pas là du grand Sade ; mais c’est du Sade néanmoins. Aussi les amateurs apprécieront-ils, comme de juste. Ce n’est toutefois pas une porte d’entrée idéale à l’œuvre du Divin Marquis, et on en déconseillera la lecture aux néophytes, qui ont d’autres ouvrages sur lesquels mettre la main en priorité. Mais pour ma part, c’est finalement avec un indéniable plaisir que je me suis ainsi replongé dans l’univers sadien, quand bien même par la petite porte.

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"L'Impasse-temps", de Dominique Douay

Publié le par Nébal

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DOUAY (Dominique), L’Impasse-temps, Montélimar, Les Moutons électriques, coll. Hélios, [1980] 2014, 190 p.

 

Dominique Douay figure sans doute parmi les grands noms de la science-fiction française des années 1970-1980, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de le lire. J’étais tombé sur un certain nombre de ses ouvrages en occasion, et étais curieux (notamment du fait de la réputation un tantinet dickienne du monsieur), mais ne savais pas par où commencer. Heureusement, l’auteur a connu tout récemment comme une résurrection dans la collection Hélios que les Moutons électriques partagent avec les autres Indés de l’Imaginaire ; sont ainsi parus deux titres, L’Impasse-temps dont je vais vous causer aujourd’hui, ainsi que Car les temps changent dont je vous causerai probablement un de ces jours. L’excellente réputation de ces deux courts romans (on m’en a dit vraiment, vraiment beaucoup de bien, et des gens a priori de goût) ne m’a guère laissé le choix : oui, il était bien temps de m’y mettre.

 

L’Impasse-temps tout d’abord, donc (c’est en effet celui dont on m’a le plus parlé). Ce roman paru initialement en 1980 oscille entre fantastique et science-fiction, en partant d’un postulat aussi improbable que riche de possibilités. C’est le récit à la première personne de Serge Grivat, un dessinateur de bande-dessinée, et comme de juste un loser. D’ailleurs, dès la première page, il se fait larguer comme une petite merde (qu’il est) par sa copine ; enfin, plus ou moins sa copine : en fait, une coucherie quand il monte à Paris, lui qui vit à Aubenas (un provincial : c’est vraiment un loser). Grivat fait dans la mesquinerie (on aura l’occasion d’y revenir), et se barre en laissant l’addition à son « ex ». Il arpente Paris en monologuant dans sa petite tête, et rentre à son hôtel miteux.

 

Et c’est alors que sa vie bascule, quand, afin d’allumer une cigarette, il plonge la main dans sa poche, et en ressort un briquet qu’il n’avait jamais vu auparavant, et dont il ne sait pas comment il a bien pu atterrir là. Sauf que ce n’est pas vraiment un briquet. En effet, quand Grivat appuie sur le bouton, nulle flamme ne sort ; mais le temps autour de lui se fige. Il continue de s’écouler normalement pour lui, mais tout autour de lui s’immobilise.

 

Une conclusion à laquelle Grivat ne parvient pas immédiatement, lui qui parcourt d'abord toute une série d’hypothèses, hésitant notamment entre une étrange fin du monde et sa propre mort. Il lui faut bien, pourtant, se rendre enfin à l’évidence, devant ces objets et ces personnes qui restent figés dans leur lancée au mépris des lois de la pesanteur. Et quand il use de nouveau du « briquet », tout reprend exactement comme si de rien n’était, alors qu’il a passé plusieurs heures à tourner et virer dans ce monde immobile.

 

La prise de conscience est progressive, mais Grivat découvre enfin l’immense pouvoir qui est désormais en sa possession, et qui fait de lui un être unique (enfin, à supposer qu’il n’existe pas d’autres « briquets » du genre…). Mais ce maître du temps est mesquin (donc), et use de ce don extraordinaire de manière finalement très banale. En commençant par regarder sous la jupe des femmes, le petit voyeur… Puis il en vient à organiser des mises en scène à base de nu, qui ridiculisent ses concitoyens. Mais ce n’est qu’un début. Les étapes suivantes, fort logiquement, sont plus évidemment criminelles. Vol et viol… Grivat use et abuse de son pouvoir au mépris des autres comme de la loi. La spirale infinie est enclenchée, qui ne sera pas sans conséquences, pour lui comme pour le monde qui l’entoure dès lors qu’il reprend son cours…

 

Commençons par dissiper un fâcheux malentendu. En gros caractères, sur la quatrième de couverture, on peut lire ceci, signé Jean-Pierre Andrevon : « Gigantesque éclat de rire grinçant et dévastateur. » Euh… On n’a pas dû lire le même livre. Ou alors le sieur Andrevon a vraiment un humour bizarre. Ou alors c’est moi qui n’ai pas d’humour… Non, franchement, non : ce livre n’a absolument rien de drôle. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’humour (et encore…), mais on se contentera du qualificatif de « grinçant ». Là, à la limite. Mais un « gigantesque éclat de rire » ? Non. Franchement, non. Au sortir de l’hilarant (là, oui) Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater de Kurt Vonnegut, le contraste était même flagrant… Non, on peut dire bien des choses de L’Impasse-temps, mais certainement pas qu’on rigole comme un bossu à sa lecture.

 

Malentendu, donc. Et j’ai cru pendant un moment que le malentendu se prolongerait de manière plus gênante, en ce que je n’avais pas l’impression de lire un aussi bon bouquin que ce qu’on m’en avait dit. C’est qu’on m’avait amplement vanté la chose, aussi ; peut-être pas jusqu’à parler de chef-d’œuvre, mais en m’assurant tout de même que c’était vraiment vachement super hyper bien. Et je n’avais pas cette impression ; je peinais même un peu, à vrai dire ; j’ai trouvé le début vraiment très bavard (beaucoup trop, à mon sens, même si ça fait partie du jeu) ; et, par la suite, je n’ai pu m’empêcher de trouver ce conte moral un tantinet pontifiant…

 

Maintenant que j’ai fini ce roman, je peux même confirmer, d’une certaine manière : oui, c’est bavard et pontifiant. Si. Mais ça n’en est pas moins intéressant. Je n’ai aucun doute sur le fait que L’Impasse-temps est un bon livre ; mais il n’est pas aussi bon que ce qu’on m’en avait dit, non, et j’en suis du coup le premier désolé…

 

Il est une dimension qui m’a paru intéressante, néanmoins, et dont je n’ai longtemps su que penser, et c’est le caractère passablement antipathique et assurément mesquin (oui, je me répète) du narrateur. Serge Grivat est en effet à baffer. Il l’est d’autant plus qu’il maquille son égoïsme et sa triste banalité derrière des prétentions artisteuses teintées d’une supposée subversion. Quand il réalise ses mise en scène et prend des photos pour les immortaliser, Grivat pense se la jouer vaguement sadienne (le Divin Marquis est fort logiquement cité ; tiens, à ce propos, je vais bientôt vous entretenir des Contes étranges, je suis en plein dedans…). Mais il est loin d’avoir le panache et la classe des libertins qui parcourent l’œuvre du Donatien Alphonse François… C’est un petit joueur, qui entend justifier son égoïsme et ses crimes divers mais pas si variés que ça par des considérations pseudo-philosophiques, oui, mais en manquant d’assurance dans sa démarche ; il a quelques remords, notre maître du temps… mais les gomme bien vite de la manière la plus pathétique qui soit. Une dimension qui m’a paru intéressante, donc. Notamment dans sa critique ambiguë de la pseudo-subversion que ne cesse de revendiquer Grivat. Je dois dire que j’avais un peu peur à ce propos, ayant souvent entendu cataloguer Dominique Douay comme auteur de « SF politique » (argh), et craignant vaguement d’y lire une bourrinade quelconque, faussement punk et anarchisante, mais finalement simplette. Il se montre heureusement bien plus subtil que ça, et si son narrateur tombe volontiers dans ces travers au fur et à mesure de l’accomplissement de ses petites bêtises ineptes, l’auteur quant à lui garde une salutaire distance teintée d’ironie, qui fait finalement la force de son roman.

 

Car, sans faire de L’Impasse-temps quelque chose d’aussi bon que ce qu’on m’en avait dit (donc), je ne peux que reconnaître l’astuce de Dominique Douay dans le traitement de son sujet, exploré de fond en comble (peut-être un peu à l’excès ? je ne sais pas, finalement). Le conte moral a l’air un peu convenu vu de loin, mais sort renforcé du choix d’une première personne aussi antipathique et pathétique. Et, dans les dernières pages, l’auteur a finalement su me surprendre, alors qu’il ne faisait guère qu’aller au bout de sa démarche, en somme…

 

 Au final, L’Impasse-temps constitue donc un bon roman. Pas indispensable, non, mais bon assurément. Au dessus du lot, probablement. J’y ai longtemps vu une légère déception (mais n’essayais-je pas de m’en convaincre en raison d’un bête esprit de contradiction ?), mais celle-ci est sans doute toute relative, et largement atténuée avec le recul. Cette fable m’a en tout cas suffisamment convaincu (malgré tout) pour que je tente prochainement l’expérience de Car les temps changent, qu’un avis autorisé m’a dit être meilleur ; on verra bien…

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Les jeux vidéo préférés du Nébal (1/2)

Publié le par Nébal

Il y a peu, j’ai vu passer sur Facebook une annonce à propos de la réédition prochaine de Heroes of Might & Magic III : The Restoration of Erathia, qui est probablement un de mes jeux vidéos préférés de tous les temps, et un de ceux auxquels j’ai le plus joué. Du coup, même si je ne compte probablement pas m’y remettre (mais sait-on jamais…), j’ai transmis l’information à mon tour, et on s’est retrouvé à causer sur mon mur, avec quelques gens, de nos jeux vidéo fétiches. Plein de titres phares sont ressurgis dans cette discussion d’archéologie vidéoludique. Du coup, j’ai eu envie d’approfondir la question, et de consacrer un article (en deux parties, vu comme c'est long...) à mes jeux vidéo préférés de tous les temps, tous supports confondus. Les miens, hein : il ne s’agit pas de dresser une liste des meilleurs jeux vidéo de tous les temps dans l’absolu, seulement de ceux auxquels j’ai joué, et qui m’ont vraiment passionné. J’en avais déjà évoqué quelques-uns dans ce questionnaire du Traqueur stellaire, mais il me paraissait opportun d’aller bien au-delà. Allez, c’est parti (par ordre alphabétique, hein, je serais infoutu de faire un classement).

 

Age of EmpiresAge of Empires

À l’époque où c’était à fond la mode (notamment avec Warcraft 2, puis Alerte Rouge, j’y reviens), j’ai comme tout le monde beaucoup joué aux jeux de stratégie en temps réel, même si je m’en suis assez vite lassé (faut dire, je n’aime pas être mis sous pression comme ça, et j’avais l’impression que les jeux du genre, y compris ceux que l’on a considérés comme essentiels par la suite – Starcraft ou Total Annihilation par exemple – jouaient de plus en plus la carte de la vitesse, et je ne pouvais tout simplement pas m’adapter : mon bonheur, j’aurai amplement l’occasion d’y revenir, ça a toujours été le tour par tour). Mais je ne peux qu’accorder une place de choix à Age of Empires, le jeu de Microsoft, qui fut assez révolutionnaire en son temps (je n’ai pas vraiment joué à sa suite Age of Empires II : Age of Kings, par contre, j’étais déjà passé à autre chose, et il y avait donc ce problème de vitesse…). Le truc, c’est qu’on retrouvait dans ce jeu l’excitation des Command & Conquer et autres Warcraft, mais aussi la profondeur et l’ambition des Civilization… J’y ai assez peu joué en campagne – parce que je n’ai jamais été très doué… –, mais énormément en scénarios, d’autant qu’il y avait un très bon éditeur de cartes qui permettait somme toute assez facilement de concevoir ses propres parties, avec de très nombreux paramètres. Et j’adorais le cadre historique ; à l’époque, je m’étais ainsi pris de passion pour certaines civilisations de l’Antiquité, notamment mésopotamienne… Par contre, je n’y ai jamais joué en réseau (à aucun de ces jeux, d’ailleurs). Quoi qu’il en soit, c’était un jeu très riche et parfaitement conçu, très joli aussi pour l’époque (surtout pour ce qui était de l’animation), une des plus grandes réussites du genre, et de très, très loin.

 

Aliens-Versus-Predator.jpgAliens-Versus-Predator-2.jpgAliens Versus Predator

Aliens Versus Predator 2

J’ai beaucoup joué pendant un temps à ce qu’on a appelé successivement Doom-like, Quake-like, ou FPS ; il y en a donc un certain nombre dans cette liste. Et puis je suis passé à autre chose… avec cependant deux exceptions sur lesquelles j’ai passé beaucoup de temps, Return to Castle Wolfenstein, et dans un genre totalement différent les deux Aliens Versus Predator. Je ne les ai jamais possédés, c’était un camarade qui me les avait prêtés. Mais d’abord, on y avait joué chez lui, beaucoup. Et je me souviens surtout de deux choses de ces parties chez lui : mon premier contact, dans le rôle du predator (je crois que c’étais avec le deuxième opus), où j’ai pu faire avec joie le sniper et le tueur discret comme je ne l’avais jamais fait auparavant, ce qui a toujours été mon kif ; et puis une autre partie, cette fois dans le rôle du marine… avec Aliens en fond sonore, et comme le bruit du détecteur de mouvement du film était reproduit à la perfection dans le jeu, on flippait encore plus comme des malades. Car voilà ce qui fait tout l’intérêt de ces jeux : un univers absolument génial (la conjonction des deux séries de films – j’adore les trois premiers « Alien », ainsi que le premier Predator – était remarquablement bien pensée, à la différence des navetons qui ont ultérieurement porté ce titre) ; de la flippe comme rarement (je ne vois que Doom 3, les Quake et bien sûr les Silent Hill pour rivaliser) ; et, cerise sur le gâteau, le fait qu’il y ait chaque fois trois jeux en un : car on pouvait jouer l’alien, le predator et le marine, et c’était complètement différent comme approche. Le scénario (dans le second en tout cas) jouait en outre intelligemment de ces trois modes de jeu parallèles. Et, du coup, je me suis vraiment régalé, d’abord avec Aliens Versus Predator 2, ensuite avec Aliens Versus Predator. Cette série n’est sans doute pas autant révérée que les plus grand classiques du genre, les Wolfenstein, Doom, Duke Nukem, Quake, etc. (je ne peux pas citer les plus récents, même les plus essentiels, je n’y ai pas joué) ; mais pour moi, elle a bien sa place au sein du panthéon des FPS.

 

Command---Conquer-Alerte-Rouge.jpgCommand & Conquer : Alerte Rouge

Parmi les STR essentiels, il y eut Dune 2 (jamais joué), et ensuite les Command & Conquer, que je n’ai que peu pratiqués… à une exception près, essentielle : l’immense Alerte Rouge, excellente uchronie où la guerre froide devient chaude sous Staline. Le gameplay était irréprochable, et en faisait déjà un très bon jeu du genre. Mais ce qui en faisait un vrai chef-d’œuvre, c’était sans doute son humour grinçant, qui passait notamment par d’excellentes cinématiques, parfois à se pisser dessus. Quelle joie, franchement, de massacrer des innocents en incarnant un camarade de l’armée rouge ; joie équivalente, dans le camp d’en face, celui du bon droit et de la liberté… C’est ce qui en fait un des meilleurs STR de tous les temps : au-delà du jeu en lui-même, irréprochable, un cadre parfaitement conçu, à mourir de rire, qui conférait au tout une ambiance jamais égalée à mon sens. Plus tard, on m’a dit que Alerte Rouge 2 était encore meilleur, mais j’avais déjà laissé tomber le genre depuis un moment pour les raisons évoquées plus haut, et n’ai jamais trouvé vraiment à m’y mettre…

 


DisgaeaDisgaea-2.jpgDisgaea : Afternoon of Darkness

Disgaea 2 : Dark Hero Days

Les tactical RPG : un genre beaucoup trop peu pratiqué par chez nous (alors que visiblement très répandu au Japon), et que je prise particulièrement. J’ai découvert ce type de jeux avec les Shining Force (j’y reviens), mais me suis régalé avec bien d’autres titres depuis. Les plus drôles – ce qui rajoutait une dimension imprévue mais fort bienvenue – étaient évidemment les Disgaea. Je n’y ai joué que sur PSP, d’abord à Disgaea 2 : Dark Hero Days, et ensuite seulement à Disgaea : Afternoon of Darkness. Mais je me suis rarement autant bidonné avec des jeux vidéo…

 

  

 

 

 


Dissidia Final FantasyDissidia-012.jpgDissidia Final Fantasy

Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy

Je n’ai jamais été vraiment fan de jeux de baston. Bon, bien sûr, à l’époque, j’ai fait comme tout le monde, et beaucoup joué à Street Fighter 2 et Mortal Kombat… mais c’est à peu près tout. Et puis, des années plus tard, il y a eu sur PSP Dissidia Final Fantasy ; je l’ai acheté par curiosité, devant les bonnes critiques, et désireux en outre d’approfondir la découverte des Final Fantasy (dont je ne connaissais guère à l’époque que Final Fantasy Tactics : The War of the Lions – j’y reviens – et Crisis Core : Final Fantasy VII, jeu d’action pour sa part, tous deux sur PSP). Et je me suis pris une énorme baffe, poursuivie avec son prolongement « redux », Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy. Ce sont les seuls jeux de baston qui m’ont vraiment marqué, mais je me suis amusé avec comme un petit fou.

 



Doom.jpgDoom 3Doom

Doom 3

J’ai fait comme tout le monde, enfin presque tout le monde, et j’ai découvert les FPS avec Doom (pour la concurrence, on parlait même de Doom-like, à l’époque, ce qui en dit long ; je ne me suis amusé avec le vieux Wolfenstein 3D qu’ultérieurement) ; je n’avais pas de PC à l’époque, et y ai donc joué sur Megadrive 32X. Une énorme baffe, là aussi. Inutile de revenir sur mon intérêt pour le genre, déjà évoqué. Mais il y avait la flippe et le gore, qui constituaient vraiment des particularités de ce titre séminal. C’était sans doute la première fois que je jouais à un jeu vidéo aussi violent ; la première, aussi, que j’avais autant les boules derrière une manette… J’ai beaucoup joué à Doom. Je suis passé à côté de Doom 2, qui lui ressemblait trop… Mais, bien des années plus tard, il y eut Doom 3. Un jeu tellement attendu que l’on craignait assez unanimement d’être déçus. D’ailleurs, les premières fois que j’y ai joué, c’était chez un ami, et je n’avais pas apprécié du tout, je trouvais que le jeu se traînait et je renâclais devant la jouabilité (j’ai notamment mis du temps à gérer cette putain de lampe… un truc pas crédible pour un sou, d’ailleurs, mais finalement chouette pour l’ambiance). Pourtant, ID, sans révolutionner le genre, a bel et bien su produire un excellent titre. Ce qui faisait vraiment la force de ce jeu, à mon sens, c’était son ambiance absolument parfaite ; outre que c’était peu ou prou la première fois que j’avais l’impression d’avoir un vrai scénario dans un FPS, il y avait, développé comme rarement, un admirable sens de l’horreur et plus largement de la peur. Et j’ai en effet eu très peur en jouant à Doom 3. Seuls les Aliens Versus Predator (voir plus haut) et Silent Hill : Origins (voir plus bas) peuvent rivaliser dans mon expérience personnelle. J’en tremble encore…

 

Duke-Nukem-3D.jpgDuke Nukem 3D

Ah ben tiens, puisqu’on parlait de FPS mythiques, celui-ci est probablement celui auquel j’ai le plus joué (et le premier auquel j’ai joué sur PC). Une vraie révolution à sa sortie, un classique instantané. L’atout de Duke Nukem 3D, c’était probablement d’associer à ce qui faisait les bons Doom-like (réalisation irréprochable, gameplay parfait, innovations bienvenues, gore réjouissant) un humour souvent parfaitement affligeant, d’un mauvais goût consternant. Miam. Ici, on ne joue donc pas la carte de la peur, mais celle du fun outrancier et régressif. Pas grand-chose à en dire de plus, mais ça reste à n’en pas douter un titre phare du genre, sur lequel j’ai passé des heures et des heures à m’éclater au milieu des gerbes de sang, des flics cochons et des strip-teaseuses.

 

 

 

 

 


Dune-Mega-CD.jpgDune

Ce truc bizarre de Cryo est probablement un des plus gros chocs esthétiques que j’ai jamais eu avec un jeu vidéo. Je n’ai plus vraiment de souvenirs du gameplay, tout ça, mais ne serait-ce que les ballades en ornithoptère, quand bien même répétitives, c’était un grand moment de zen, de contemplation ébahie. L’immersion dans l’univers était vraiment bien foutue, de manière générale. J’y ai joué sur Mega CD, et c’était, je pense, un des titres qui utilisaient le mieux les capacités de la bête.

 

 

 

 

 

 

Dungeon-Keeper.jpgDungeon Keeper

J’ai hésité pendant un temps à faire figurer ce jeu dans cette liste... mais il faut bien dire ce qui est : ce mélange de stratégie/gestion et de STR, en dépit d’une réalisation un peu moyenne sur le plan technique (les graphismes, notamment, mais bon, ce n’est pas l’essentiel pour ce type de jeux), m’a procuré des heures de plaisir. Quelle joie que de retourner le schéma classique, et de péter la gueule aux insupportables héros niaiseux en gérant les forces souterraines du mal ! MOUHAHAHA !!! Cette satire de Donj’ était en outre bourrée d’idées remarquablement originales (la psychologie des sous-fifres, tout de même !). Un titre vraiment à part, très drôle et très malin.

 

 

 

 

 


Daggerfall.jpgMorrowind.jpgOblivion.jpgSkyrimThe Elder Scrolls II : Daggerfall

The Elder Scrolls III : Morrowind

The Elder Scrolls IV : Oblivion

The Elder Scrolls V : Skyrim

Il y a deux séries de jeux de rôle sur PC : les Elder Scrolls et les Fallout. Point. Na. (Bon, d’accord, je caricature, il y a eu plein de titres séminaux avant, et quelques jeux plus récents qui ont su tirer parti des innovations innombrables apportées par ces deux séries, c’est vrai…) Si je ne m’abuse, The Elder Scrolls : Arena doit être le premier jeu que j’ai acheté sur PC (mais j’en avais déjà quelques-uns qui avaient été livrés avec ma première machine, et pas des moindres, puisqu’il y avait dans le tas, notamment, Duke Nukem 3D – voir plus haut – et Sid Meier’s Civnet – voir plus bas). Je n’en avais jamais entendu parler, et l’avais acheté un peu au pif, parce que ça avait l’air cool ; mais mon PC était déjà trop puissant pour faire tourner la chose, si bien que je n’ai jamais pu y jouer… Ce n’est qu’ultérieurement que j’ai saisi l’importance de ce titre. À la sortie de sa suite, en fait, Daggerfall ; là encore, je n’en avais pas vraiment entendu parler nulle part… mais j’ai décidé de tenter le coup pour prendre ma revanche. Et j’ai été stupéfait. Jamais on n’avait fait de jeu de rôle PC qui se rapprochait autant du jeu de rôle sur table. Jamais on n’avait fait de jeu de rôle PC aussi vaste (plus de 12 000 sites, si je me souviens bien). Et c’était d’une richesse incroyable. Bon sang. La possibilité de jouer ce qu’on voulait, ou presque. La possibilité de se foutre totalement de la trame principale (plutôt linéaire, par ailleurs) pour aller en gros où on voulait, et faire ce qu’on voulait. LIBERTÉ !!! Alors certes, c’était plutôt moche, et surtout atrocement bourré de bugs (longtemps une spécialité de Bethesda). Mais c’était phénoménalement innovant, et j’y ai passé des heures et des heures, à tordre le jeu dans tous les sens pour en tâter de toutes les possibilités (ce qui était bien évidemment impossible). Je ne l’ai « fini » qu’en trichant, honte sur moi – la difficulté était assez élevée –, mais peu importe. C’est sans doute le jeu PC sur lequel j’ai passé le plus de temps, avec dans des genres très différents Heroes of Might & Magic III : The Restoration of Erathia et Sid Meier’s Civilization II. Je suis tombé littéralement amoureux de cette série, à tel point que je me suis précipité sur chacun des opus suivants… ce qui a systématiquement impliqué, si je ne m’abuse, de m’équiper d’une machine plus puissante. Mais quand on aime… La suite, donc, c’était Morrowind. Qui est pour moi de très loin le meilleur titre de la série ; on y retrouvait toutes les qualités de Daggerfall, mais dans un univers moins vaste ; ce qui ne constituait pas un défaut, contrairement aux apparences, car jamais l’univers d’un Elder Scrolls n’a été aussi bien pensé : là où Daggerfall et, il faut bien le dire, Oblivion et Skyrim par la suite, livraient un monde assez « neutre » d’heroic fantasy ultra-classique, Morrowind avait su infuser dans son univers juste ce qu’il fallait d’originalité pour lui conférer une vraie personnalité. L’ambiance, du coup, était extraordinaire. C’est par ailleurs, à mon sens, le seul des Elder Scrolls où la quête principale vaut vraiment le coup : elle est longue, elle est dure (ce qui était déjà le cas dans Daggerfall), mais constitue une vraie histoire, intéressante et inventive, vaguement ambiguë aussi. Alors voilà : quand je farfouille sur le ouèbe, zyeutant les classements des meilleurs jeux de rôle PC de tous les temps, je tombe souvent, en première place, sur d’autres titres, et notamment Fallout 2 ; c’est un excellent jeu, ce n’est certainement pas moi qui prétendrais le contraire ; mais le premier, le meilleur des meilleurs, pour moi c’est Morrowind. Sans hésitation. Et avec une avance sur son temps considérable, en plus : quand j’ai tenté par la suite de me mettre notamment à Might & Magic VI, pourtant très bien accueilli à sa sortie, j’ai été littéralement écœuré : non, on ne pouvait plus décemment jouer à ce genre de produits prétendument rôlistiques après Daggerfall et Morrowind… L’orientation de la série a cependant été assez radicalement différente avec les deux titres suivants, Oblivion et Skyrim (ce qui a pas mal fait jaser, et souvent de manière très bête : des imbéciles se sont mis à critiquer Bethesda pour tout et n’importe quoi à partir de là, cherchant la petite bête, oubliant tout ce que l’éditeur avait apporté avec les précédents Elder Scrolls, et refusant de voir tout ce qu’il y avait de bon et même d’excellent dans ces nouveaux titres ; le pire, ça a été quand on a appris que c’était Bethesda qui allait faire Fallout 3, je me souviens encore du tissu de conneries que j’avais pu lire alors, et qui m’a plus d’une fois fait sortir de mes gonds, moi le petit fan…). Adieu les bugs, place à la réalisation technique stupéfiante. Oblivion et Skyrim, c’est rien de le dire, sont des jeux qui ont vraiment de la gueule ; et se promener dans l’univers n’a jamais été aussi agréable. Je refuse d’en dire du mal : je me suis régalé sur ces deux titres (surtout Oblivion, cela dit, même si j’ai bien pris mon pied à casser du dragon dans Skyrim, dont j’adore par ailleurs la bande originale). Mais il faut bien reconnaître qu’après les expérimentations folles de Daggerfall et Morrowind, jeux grandioses, mais probablement réservés à un public d’amateurs éclairés, Bethesda a dès lors joué la carte de l’accessibilité ; en livrant un produit plus agréable à l’œil, donc, mais aussi plus facile à prendre en main (notamment parce que moins riche…), et plus tourné vers l’action. Ce qui, sur le moment, m’a paru décevant, je suis bien forcé de le reconnaître. Mais bon : dans la mesure où, en dehors des Fallout, il n’y avait tout simplement pas de concurrence dans le genre sur PC, je n’ai certainement pas craché dans la soupe… d’autant que cela reste de très, très bons jeux. Alors voilà : j’aime, j’adore les Elder Scrolls. Et je le répète, Morrowind n’est pas seulement le meilleur opus de la saga, c’est aussi le meilleur jeu de rôle PC de tous les temps. Mais passons tout de suite aux seuls jeux qui ont pu rivaliser, en jouant sur un terrain très différent…

 

Fallout.jpgFallout-2.jpgFallout

Fallout 2

Les jeux vidéo PC sont très largement dominés par l’heroic fantasy, souvent très classique. Mais il y a quelques exceptions, et la plus belle, c’est incontestablement la série des Fallout, qui a développé un magnifique univers post-apocalyptique, ce qui est déjà cool, mais sous une forme d’uchronie rétro-futuriste, ce qui est carrément très cool. Cela nous donne un univers absolument génial, à très forte personnalité. L’ambiance est remarquable, notamment du fait d’une superbe bande originale, oscillant entre vieux jazz très connoté et belles pistes d’ambient. Mais on notera aussi les excellents dialogues, évolutifs en fonction des caractéristiques du personnage, et qui sonnent beaucoup plus « adulte » que dans les autres jeux du genre. On appréciera, enfin, l’humour noir qui imprègne l’ensemble, parfaitement réjouissant, et qui s’accompagne d’une bonne dose de gore. Fallout et Fallout 2, à l’instar des Elder Scrolls, lorgnent vraiment du côté du jeu de rôle sur table, mais d’une manière bien différente, et plus radicale, finalement, pour ce qui est du système, dans les Fallout : la fiche de personnage, en effet, emprunte à GURPS, si je ne m’abuse, et de manière très bien pensée. Un autre grand atout des deux premiers Fallout, et qui là encore rapproche ces titres des jeux de rôle traditionnels, c’est son système de combat au tour par tour, parfaitement réjouissant (même si on peut lui reprocher, peut-être, une indéniable lenteur), qui lui confère une importante dimension tactique (notons d’ailleurs qu’il a existé un Fallout Tactics, mais je n’y ai que peu joué, étrangement, sans doute du fait d’une difficulté très élevée). Fallout a ainsi constitué une véritable révolution, et je me suis énormément amusé avec. Si nombre de gens jugent Fallout 2 encore meilleur, j’avoue y avoir moins joué : il n’y avait plus d’effet de surprise, cette suite était vraiment dans la lignée du premier ; c’est néanmoins un excellent titre, bien sûr, que beaucoup considèrent comme le meilleur jeu de rôle PC de tous les temps (mais moi, donc, je préfère encore Morrowind). La suite est très différente : Bethesda a récupéré la licence, et mêlé les atouts des Fallout à ceux des Elder Scrolls, ce qui a néanmoins enlevé du coup un peu de personnalité à Fallout 3, jeu diversement accueilli (voir plus haut). J’ai hésité à le faire figurer dans cette liste – c’est un excellent jeu –, mais me suis finalement abstenu, n’y ayant pas assez joué. On m’a dit énormément de bien de sa suite Fallout New Vegas, bien mieux accueillie ; je viens tout juste de me la procurer (enfin !), on en recausera peut-être un de ces jours…

 

Final-Fantasy-Tactics.jpgFinal Fantasy Tactics : The War of the Lions

Si, en matière de tactical RPG, j’accorde une place de choix aux Shining Force, avec lesquels j’ai découvert le genre, et aux Disgaea, les plus drôles et inventifs, je crois cependant que le meilleur, objectivement, c’est ce très impressionnant Final Fantasy Tactics : The War of the Lions, auquel j’ai joué sur PSP (il était d’abord sorti, quelques années plus tôt, sur Playstation) : c’est un des premiers jeux que j’ai achetés pour la portable de Sony, et reste convaincu encore aujourd’hui que c’est un des meilleurs, et peut-être même le meilleur. Le système très riche et complexe est parfaitement conçu, et finalement aisé à prendre en main. L’ambiance est également remarquable, qui joue, à l’opposé des Disgaea, la carte de la mélancolie. Le jeu, enfin, est immense, très long, et, reconnaissons-le, assez dur : je plaide coupable, je n’ai jamais réussi à le finir, malgré bien des tentatives et des heures de jeu… Cela ne m’empêche pas, donc, de lui conférer la première place : ce jeu est époustouflant, et c’est de très loin le jeu PSP auquel j’ai le plus joué.

 

 

 


Flashback.jpgFlashback

Another World, en son temps, fut une vraie révolution. De loin, on aurait dit un avatar de Prince of Persia (que j’ai hésité à faire figurer dans cette liste, ce fut tout de même un jeu culte…), mais dans un univers de science-fiction autrement plus original ; et il a bluffé la Terre entière avec sa réalisation pour l’époque très impressionnante, de la phénoménale cinématique d’intro (un vrai classique du genre) au jeu en lui-même. C’est sans doute un des rares jeux à mériter pleinement le qualificatif de « jeu d’auteur », et un des premiers dans ce cas, ayant été réalisé par le tout jeune (si je me souviens bien) Éric Chahi tout seul dans son coin. Cependant, je n’ai jamais aimé ce titre culte, en raison de sa difficulté beaucoup trop élevée : je n’arrêtais pas de crever, et ça m’a vite gavé… Mais quelque années plus tard, le studio Delphine a su tirer les leçons d’Another World, et a livré l’époustouflant Flashback. Là encore, de loin, on dirait de la plate-forme façon Prince of Persia, mais dans un très bel univers de science-fiction ; la réalisation, des cinématiques au jeu en lui-même, était là encore très impressionnante, et clairement en avance sur son temps. Mais on avait cette fois, à la différence d’Another World, un vrai jeu, et pas une succession de tableaux. Un jeu d’aventure, qui plus est, avec un très beau scénario. Flashback m’a vraiment marqué… À l’époque, il a même décidé de la console sur laquelle j’avais jeté mon dévolu : tout le monde disait que la récente Super Nintendo était plus performante que la plus vieille Megadrive, mais j’ai préféré qu’on m’offre cette dernière ; en effet, les jeux disponibles sur la console de Sega me paraissaient beaucoup plus intéressants dans l’ensemble, et notamment je n’avais d’yeux que pour ce Flashback qui venait tout juste de sortir (et qui ne serait disponible sur la 16-bit de Nintendo que quelques mois plus tard). Va pour la Sega, donc, avec d’emblée ce titre françouais. Un choix que je n’ai jamais regretté.

 

God-of-War-Chains-of-Olympus.jpgGod of War : Chains of Olympus

God of War : Ghost of Sparta 

Je suis vraiment pas fan du genre, mais j’avoue : de temps en temps, une bonne bourrinade, ça fait quand même du bien. D’où la présence de ces titres PSP dans cette liste ; parce que je me suis rarement autant défoulé sur un jeu… Deux gros atouts aux God of War (je dis ça en général par supposition, je n’ai joué qu’aux deux versions PSP, God of War : Chains of Olympus, puis God of War : Ghost of Sparta, dans sa lignée) : une jouabilité littéralement exceptionnelle, et, ce qui saute immédiatement aux yeux, une réalisation stupéfiante. Bon sang, qu’est-ce que ça en jette ! J’étais – et je suis toujours – stupéfait de voir un titre aussi extraordinairement beau sur la portable de Sony, qui plus est sans temps de chargement (mais comment ont-ils fait ?! Le contraste est grand avec tous les autres jeux que j’ai pu pratiquer sur cette console…). Alors certes, c’est atrocement con, et surtout – c’est vraiment le gros défaut du jeu – atrocement court (je crois les avoir expédiés en une journée seulement chacun…), mais tant pis : j’ai pris mon pied comme jamais. Joie de se retrouver à l’intérieur d’un grand spectacle hollywoodien…

 

 


Grand-Theft-Auto-San-Andreas.jpgGrand Theft Auto : San Andreas

J’ai peu joué aux GTA. Oh, je n’avais rien contre, c’était un pur hasard. Mes camarades jouaient aux précédents GTA et s’éclataient bien dessus, mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’y mettre… Et puis est arrivé San Andreas, et j’ai décidé unilatéralement qu’il était bien de temps d’essayer la chose. Le premier contact, en dépit de la chouette réalisation, a été un peu rude, notamment en raison de la jouabilité que j’ai toujours trouvé exécrable. Mais une fois que j’ai à peu près réussi à le prendre en main, j’ai pu découvrir vraiment le jeu. Et j’ai pris ma baffe. Parce que c’était la première fois après les Elder Scrolls que je retrouvais une telle sensation de liberté dans un jeu vidéo (plus tard, j’ai trouvé encore plus impressionnant dans le genre, à savoir X3 ; mais là c’était trop pour ma pomme, et c’est pourquoi ce jeu stupéfiant ne figure pas dans cette liste, je n’ai jamais réussi à y faire quoi que ce soit, à part tripper sur l’espace…). L’immensité du cadre, la variété des situations et des possibilités, auraient suffi à faire de San Andreas un bon, et même un très bon jeu. Mais ce qui en fait un chef-d’œuvre, c’est son humour inimitable. Laissez tomber les blaireaux qui sont tombés sur les GTA en raison de leur immoralisme supposé, ces tocards ne savent pas rire… Car il est impossible de prendre San Andreas au sérieux. On y joue un crétin entouré de guignols, et c’est parfaitement jouissif. L’ascension qui sent la chute, rise and fall à la Scarface (forcément, même si San Andreas joue la carte gangsta et non latino – et la carte gangsta m’amuse bien davantage), offre énormément de possibilités de s’amuser comme un petit fou, parsemée qu’elle est de références fort sympathiques. J’ai passé beaucoup de temps sur San Andreas, et c’est sans doute un des jeux les plus drôles auxquels j’ai joué avec les Disgaea (et un cran en dessous les Fallout). Pas vraiment eu l’occasion de jouer aux autres titres de la série (un peu sur PSP avec Vice City Stories, je crois, et c’est tout), mais il ne faut rien en déduire quant à mon appréciation d’icelle : là encore, c’est purement le hasard qui a fait que…

 

Heroes-of-Might---Magic-II.jpgHeroes-of-Might---Magic-III.jpgHeroes-of-Might-and-Magic-V.jpgHeroes of Might & Magic II

Heroes of Might & Magic III : The Restoration of Erathia

Heroes of Might & Magic V

La série des HOMM a constitué sans aucun doute un de mes plus grands chocs vidéoludiques, avec auparavant les Shining Force et les Civilization, et plus tard les Elder Scrolls. Je l’ai découverte avec le deuxième (je ne sais plus comment je me l’étais procuré ; bizarrement, je crois que c’était dans un magazine ; en tout cas, c’était largement le fait du hasard, je n’en avais jamais entendu parler avant). Ce mélange de stratégie/gestion au tour par tour et de combat tactique également au tour par tour, merci, avec une pointe de jeu de rôle en sus, m’a immédiatement convaincu, et j’ai passé des heures dessus. D’autant que le jeu, déjà très bon comme ça, bénéficiait de deux atouts supplémentaires de taille (qu’on retrouvera dans le reste de la série, joie) : un excellent éditeur de cartes sur lequel j’ai là aussi passé des plombes pour fignoler mes propres scénarios, et la putain de gigantesque cerise sur le gâteau qu’est le « hot seat », c’est-à-dire la possibilité de jouer à plusieurs sur un même ordinateur, grâce au tour par tour, loué soit le tour par tour. Du coup, les HOMM réussissent ce tour de force d’être dans un sens à la frontière entre jeu vidéo et jeu de plateau, dont on retrouve la convivialité… Mes camarades et moi avons passé des nuits blanches à bâtir nos empires de fantasy et à nous fritter la gueule dans l’allégresse. Ce qui est à ma connaissance unique. Après avoir jeté un coup d’œil au premier (qui avait trop vieilli pour être encore vraiment jouable à mon sens, et c’est pourquoi il ne figure pas dans cette liste), je suis donc fort logiquement passé au troisième opus, The Restoration of Erathia, qui est à mon sens le meilleur de la série (et c’est donc celui qui va être prochainement réédité…). C’est bien un des jeux sur lesquels j’ai passé le plus de temps, avec Daggerfall (voir plus haut) et Civilization II (voir plus bas). On y retrouvait tous les atouts de Heroes of Might & Magic II, mais avec plein d’innovations bienvenues, une richesse décuplée et une réalisation assez agréable. Un chef-d’œuvre… Fort logiquement à nouveau, après une telle réussite, je me suis jeté sur Heroes of Might & Magic IV dès sa sortie… et ce fut probablement la plus terrible déception vidéoludique que j’aie jamais subie. Ce jeu est à mon sens un ratage complet, qui réussit – c’est dingue, tout de même – à être mille fois moins riche que ses glorieux prédécesseurs, et à bousiller tout l’intérêt tactique des batailles en accordant une place beaucoup trop importante aux héros. Un ratage complet, oui… Ils s’en sont sans doute rendus compte, dans la mesure où Heroes of Might & Magic V est revenu aux principes du deuxième et du troisième ; sans beaucoup d’innovations, du coup, ils ont peut-être été un peu frileux… Reste une très jolie réalisation. Bon… Allez, je l’y mets quand même, j’y ai après tout beaucoup joué (même si considérablement moins qu’aux deux et trois). Une note en passant : à partir du troisième si je ne m’abuse, les producteurs ont accordé une place très importante à la musique, vraiment très réussie, épique et tout. Probablement les meilleures bandes originales de jeu vidéo que je connaisse, avec celles des Elder Scrolls, de Quake et des Silent Hill (et peut-être des Fallout ? Les GTA sont hors-concours).

 

(Suite au prochain épisode...) 

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"Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater", de Kurt Vonnegut

Publié le par Nébal

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VONNEGUT (Kurt), Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater, ou Des perles aux pourceaux, [God Bless You, Mr. Rosewater], traduit de l’américain par Gwilym Tonnerre, Paris, Gallmeister, coll. Totem, [1965] 2014, 219 p.

 

Rares sont les auteurs à m’avoir autant bouleversé que Kurt Vonnegut, en l’occurrence avec le premier livre de lui que j’ai lu (et dévoré), le fantabuleux Abattoir 5, qui est probablement son ouvrage le plus célèbre. J’avais le sentiment, à la lecture de ce monument, et en dépit d’une traduction française pour le moins contestable, de toucher à la perfection : un roman de science-fiction lorgnant sur la « blanche », alternant avec maestria rire et larmes, et écrit d’une manière délicieuse, faussement simple, dans un style d’une fluidité exceptionnelle.

 

Du coup, j’ai cherché à lire d’autres romans de cet auteur, mais s’il est culte outre-Atlantique (à bon droit), il est hélas somme toute peu traduit de par chez nous, ou, plus exactement, il est difficile d’en trouver qui soit toujours disponible aujourd’hui, et on est plus ou moins contraint de faire dans l’occasion. Ce qui ne m’a pas empêché de me régaler avec Le Berceau du chat et Le Pianiste déchaîné (disponibles), ainsi qu’avec Les Sirènes de Titan (épuisé, hélas) et Le Petit Déjeuner des champions, qui vient tout juste d’être réédité par Gallmeister, dans une nouvelle traduction, en même temps que ce Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam (je n’avais par contre pas aimé le pamphlet Un homme sans patrie, mais j’aurai l’occasion d’y revenir), réédition tout à fait bienvenue donc (tout en notant que, pour ce Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater en tout cas, la nouvelle traduction tant attendue n’est peut-être pas irréprochable…). Et il y en a tant d’autres (dont quelques-uns dans ma bibliothèque de chevet)…

 

Mais venons-en donc à ce roman précis. À la différence de la plupart des romans que je viens de citer, Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater n’est en rien un roman de science-fiction, genre dans lequel avait débuté Kurt Vonnegut, mais il a su ne pas s’y enfermer. Ce qui n’empêche pas qu’on y retrouve régulièrement, comme de juste, le génial écrivain Kilgore Trout, dont plusieurs œuvres sont présentées, sans oublier une scène mémorable où le monsieur Rosewater du titre se rend à une convention de SF, où il tient un discours quelque peu alcoolisé mais pas moins pertinent sur ces types qui écrivent comme des pieds mais ont des idées formidables alors bon.

 

En tout cas, ce roman commence bien. Dès que j’en ai lu l’exergue – « Toute personne, vivante ou morte, est purement fortuite, et ne saurait faire l'objet. » –, j’ai explosé de rire. Je suis peut-être bon public, mais j’ai été pris par surprise et ça a marché. Et ce n’est pas la dernière fois, loin de là, que j’ai succombé à l’hilarité à la lecture de ce livre. Mazette, ça fait d’autant plus de bien que c’est tout de même tristement rare, ces auteurs qui savent être authentiquement drôles…

 

Mais venons-en à ce que nous raconte ce roman. Bon, parler de « trame » serait peut-être un brin excessif pour ce livre presque intégralement bâti sur des digressions… Mais il y a cette somme d’argent colossale que représente la fondation Rosewater, conçue pour préserver l’héritage des richissimes Rosewater accumulé sur plusieurs générations de margoulins cyniques et droitiers, dont la devise est : « Prendre trop, bien trop, ou se retrouver sans rien. » Le jeune avocat Norman Mushari (aux dents qui ne se contentent pas de rayer le parquet mais le transpercent carrément), du cabinet McAllister, Robjent, Reed & McGee qui gère justement tout ce bon pognon, compte bien mettre la main dessus d’une manière ou d’une autre. Et c’est ainsi qu’il en vient à s’intéresser aux Rosewater (de Rosewater, comté de Rosewater, dans l’Indiana, même s’ils n’y mettent quasiment jamais plus les pieds), et au premier chef au président de ladite fondation, Eliot Rosewater (fils unique du sénateur Lister Ames Rosewater, magnifique représentant du conservatisme dans ce qu’il a de plus tragique et bidonnant, auquel on doit notamment une loi anti-pornographie qui définit l’obscénité par les poils).

 

Eliot Rosewater est richissime (donc). Bon, et ivrogne, aussi. Vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, pompier volontaire émérite (et fanatique), le si sympathique Eliot Rosewater donne son argent à tout va. Eliot Rosewater veut en effet aider les gens. Car Eliot Rosewater aime les gens. Plus généralement, on osera le qualificatif : Eliot Rosewater, qui a lu pas mal de science-fiction et notamment Kilgore Trout (donc), est un utopiste.

 

Disons-le : Eliot Rosewater est à l’évidence fou.

 

Ça tombe bien : si Norman Mushari parvient à démontrer la folie d’Eliot Rosewater devant un tribunal, il pourra faire passer le contrôle de la fondation Rosewater aux Rosewater du Rhode Island, cousins sans le sou, et se servir au passage.

 

Il s’agit donc de monter un dossier sur le président de la fondation, en cherchant les informations auprès de quiconque peut en fournir, ainsi son sénateur de père, mais aussi l’épouse d’Eliot, Sylvia, névrosée qui aime toujours Eliot mais ne peut plus vivre avec lui depuis longtemps, par exemple.

 

À partir de là, Kurt Vonnegut construit un roman presque intégralement basé sur des digressions, toutes bienvenues, tournant tout d’abord essentiellement autour d’Eliot, de son père et de Sylvia, puis des Rosewater du Rhode Island.

 

On rit beaucoup. Mais on se doute qu’on ne rira pas jusqu’au bout… d’autant que Kurt Vonnegut est un maître pour ce qui est de manipuler les émotions du lecteur ; et, retrouvant le tour de force d’Abattoir 5, il saura en temps utile faire pleurer sa victime, de tristesse et de désolation, cette fois, et non de rire.

 

Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater n’est probablement pas le meilleur roman de Kurt Vonnegut, et ne constitue sans doute pas la plus judicieuse des portes d’entrée pour découvrir son œuvre (on commencera de préférence par Abattoir 5, éventuellement Le Berceau du chat et, dans un style plus proche de celui-ci, et logiquement réédité en même temps, Le Petit Déjeuner des champions). Ceci étant, c’est néanmoins un livre tout à fait brillant, magnifiquement conçu, au style d’une fluidité exceptionnelle, qui se dévore d’une traite.

 

Au-delà des nombreux portraits croustillants qui émaillent le roman, il s’agit en outre pour Kurt Vonnegut de livrer un tableau impitoyable du capitalisme, et plus largement de la droite, américaine donc mais on peut se livrer à des adaptations sans trop de difficultés (hélas ?). Et, franchement : c’est quand même autrement plus fun de critiquer leurs vilaines gueules de putes au capitalisme et à la droite avec Kurt Vonnegut qu’avec, disons, je sais pas moi, Chavez ou Mélenchon. Et autrement plus pertinent aussi…

 

Vu de loin, le discours de Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater pourrait sans doute être perçu comme simpliste, la naïveté apparente du style renforçant cette impression. Mais, en creusant un peu – et il n’est pas nécessaire de creuser bien longtemps –, on découvrira une satire parfaitement réfléchie, et hautement convaincante. D’autant plus, sans doute, qu’elle est hilarante. Kurt Vonnegut, ici, sait appuyer là où ça fait mal ; mais plutôt que de se lancer dans une diatribe dégoulinante de haine vaguement ambiguë et ne sollicitant rien d’autre que l’indignation vertueuse des « camarades », il préfère pointer du doigt, l’air de rien, les ridicules de ses adversaires ; et c’est bougrement drôle… Toute la différence avec le pamphlet Un homme sans patrie, qui avait après tout les mêmes cibles, mais dont les procédés plus convenus ne faisaient pas mouche avec le même brio.

 

Et, pour ce faire, il passe donc par le personnage si sympathique d’Eliot Rosewater. On ne peut qu’aimer ce riche bonhomme qui dilapide son pognon ; on pourrait certes s’interroger sur sa charité et ce qu’elle implique, mais ce n’est sans doute pas le propos essentiel. Sur le tard, par contre, il y aura une réflexion ô combien pertinente sur la folie et l’intégration, le rapport aux normes, qui ne saurait laisser indifférent (et avec une intervention pour le moins surprenante, qui laissera le lecteur bouche bée). Et puis il y a cette  utopie… Le bonheur s’il le faut par l’argent, oui, mais plus généralement par l’attention aux autres, bordel. Avec une sincérité authentique, qui ne fait que pointer davantage du doigt les hypocrisies du système. Une utopie ? Sans doute… mais pas du luxe, même si elle vient « d’en haut ».

 

Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater n’est sans doute pas le meilleur Vonnegut ; je n’irais pas pour autant jusqu’à le qualifier de « mineur », ça serait inconcevable après le bonheur qu’il m’a procuré. Mais, dans un sens, même un Vonnegut mineur écraserait la plupart des autres titres qui font l’actualité… Parce que Vonnegut est immense, un des très grands écrivains américains du XXe siècle. Alors une satire aussi drôle, pertinente et en définitive émouvante, ça se ne refuse pas… Dieu vous bénisse, monsieur Vonnegut.

 

EDIT : Gérard Abdaloff en dit du bien ici.

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CR "Inflorenza" : Florenza (1)

Publié le par Nébal

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[Nouvelle partie d’Inflorenza, totalement indépendante des précédentes. Nous avons adopté le théâtre « Florenza » tiré du livre, un peu retouché et allégé par Turtle ; l’idée de base était en outre de jouer dans un style plus « capes et épées » que d’habitude, avec du panache, et une touche de « réalisme magique » impliquant que les joueurs n’usent pas trop pour eux-mêmes de la carte du surnaturel… Nous étions quatre joueurs : Epiphanie, Turtle, AK et moi-même. Les retours à la ligne marquent les instances (il y a eu parfois des bouleversements dans l’ordre, et c’est pourquoi j’indique à chaque fois en tête de paragraphe le joueur dont c’est l’instance) ; les thèmes tirés aux dés sont indiqués en italiques et entre crochets, de même que les moments où le compte rendu sort du récit pur pour revenir aux joueurs, de manière générale, essentiellement les conflits ; il n’y avait pas de Confident à proprement parler ; par contre, nous sommes souvent intervenus dans les tours des autres, et nous sommes tous conseillés mutuellement). Les « phrases » sont indiquées par le soulignement (j’ai également relevé quelles phrases étaient rayées en cas de sacrifice).]

 

Epiphanie : Au nord de Florence, à proximité du couvent de saint Pierre. Il y a eu récemment des processions qui ont mal tourné, à cause de fanatiques s’opposant au Podestat. Les Guelfes doivent se réunir dans le couvent, ils entendent trouver de quoi faire tomber le Duc. Epiphanie joue l’âme damnée du Duc, qui s’infiltre dans cette réunion des opposants. [Politique] Le Duc veut savoir ce qui se passe au couvent, j’y vais pour lui. L’âme damnée a revêtu un déguisement de moine, avec la tonsure. Il pénètre dans la chapelle principale du couvent au milieu des Guelfes qui s’y pressent. Personne ne semble le remarquer. On trouve là des moines qui ont fait vœu de silence, mais aussi des nobles, dont un éminent représentant de la famille Borgia. Les autres grandes familles se font dans l’ensemble plus discrètes. On trouve sur l’estrade un grand siège vide avec un coussin pourpre. On attend quelqu’un de véritablement important, plus que le cardinal Dante et l’archevêque.

 

Turtle : Pendant ce temps, au sud de la ville, le personnage de Turtle se bat sur les toits contre une dizaine de gardes de la cathédrale, qui l’ont surpris en train de fouiller dans un reliquaire. Il défait ses adversaires et passe sur les toits des palais proches. Un garde crie : « On te retrouvera, Di Giovanni ! » Il finit par rejoindre les ruelles et la foule, et se rend au palais du Duc. Ses apprentis s’étonnent de son retard. C’est le maître d’armes du palais, et le professeur du Duc. Il cherche un adversaire à sa mesure. [Arts & sciences] Je veux trouver un adversaire à ma mesure dans l’art de l’épée, l’âme damnée du Duc saura m’y aider.

 

Nébal : Je suis Fra Dario, un moine défroqué qui répand l’athéisme et le blasphème au service du Duc. Juste quand je remonte ma braguette – j’étais en train de pisser contre la cathédrale –, j’assiste au combat de Di Giovanni contre les gardes, et me dis que je peux en profiter. Je dépose des pamphlets contre « le Dieu de pisse et de merde » partout à l’intérieur de la cathédrale. Je me fais tout de même repérer… Mais je parviens tout de même à m’éloigner sans plus de soucis : on sait que je suis protégé. Je rentre au palais du Duc, où on me parle de la réunion au couvent de saint Pierre, et me suggère de m’y rendre pour faire diversion ; j’accepte volontiers, cela m’amuse, et je déteste les Guelfes. [Religion] Je veux blasphémer au cœur de la réunion des Guelfes pour détourner l’attention de l’âme damnée du Duc. Je me rends sur place, accompagné de quelques joyeux camarades chargés de ma protection.

 

AK : Sixtine Da Vinci, maîtresse espionne du Duc, pénètre dans son bureau, où elle le trouve affairé. « J’ai le rapport sur la taupe qui vend des informations vous concernant à vos ennemis. » Elle pose sur le bureau trois dossiers. Le premier suspect est Di Giovanni, qui fait le beau, mais s’absente souvent. Le deuxième est Fra Dario : « Nous savons pourquoi c’est votre protégé, nous ne rentrerons pas dans les détails. » Elle avait suggéré de l’exiler ; il disparaît régulièrement dans des orgies, elle se méfie énormément de lui. Le troisième suspect est l’âme damnée du Duc, qui a accès à toutes les informations confidentielles ; elle avait déjà dit au Duc qu’il ne devrait pas se confier autant. Le Duc a été trop bon par le passé, des mesures drastiques s’imposent. Elle le rassure en ce qui concerne les autres suspects, qui ont été blanchis. [Relations] Je veux sacrifier les trois suspects pour asseoir mon pouvoir sur le Duc. Elle suggère d’arrêter les trois suspects au plus tôt.

 

Epiphanie : La réunion est censée être une célébration en l’honneur de saint Pierre et une messe pour les morts des dernières semaines. Les officiels se montrent enfin. Entrent l’archevêque et le cardinal Dante, ainsi qu’une troisième personne, vêtue de noir, d’allure très simple et passe-partout, qui s’installe sur le siège principal. Murmures ; l’archevêque demande le silence. S’ensuit une prière qui dure une vingtaine de minutes. Le troisième homme ne fait pas un geste, mais ses yeux s’arrêtent un instant sur l’âme damnée du Duc. Le cardinal dit ensuite que Rome a entendu leur appel, et que le pape a envoyé son propre confesseur. La lutte contre les athées, impies et autres suppôts de Satan va prendre un nouveau tournant ce soir. Ce sera le renouveau de l’église florentine. C’est alors qu’on entend du bruit près de l’entrée ; le jardin potager n’est plus entretenu depuis l’arrivée au pouvoir du Podestat ; c’est là que Fra Dario hurle ses obscénités : « J’ai besoin de fourrer ! Je veux fourrer ! Faut que je fourre ! Ça a l’air d’être une chouette partouze de pédales ici ! Je veux planter mon énorme bite dans le cul du cardinal ! » Des murmures réprobateurs s’élèvent. Fra Dario est accompagné d’une petite troupe d’agitateurs qui chantent des chansons paillardes : « les prêtres ont des ronces au cul », etc. Le confesseur du pape se retire, les autres officiels font de même. L’âme damnée du Duc emboîte leur pas. Il suit le cardinal et lui brise la nuque dans son appartement ; il peut modeler son visage, et se grime de manière très saisissante pour lui ressembler. [Masques] Je peux imiter le visage d’à peu près n’importe qui.

 

Nébal : Je continue de foutre le bordel dehors avec mes amis agitateurs. La foule s’énerve vraiment. Un excité – que je sais, c’est presque notoire, être membre du Bûcher des Vanités – hurle que je suis allé trop loin et qu’il est temps de payer. La foule en colère s’empare de gourdins et s’avance vers moi. Mais mes amis et moi dégainons nos mousquets et les pointons sur nos assaillants. « Suce ou crève ! » Je réclame des nonnes, en supposant qu’elles seront moins coincées que les bigots de la réunion. C’est alors que se fait entendre la voix d’un jeune homme au milieu de la foule : « Père, arrêtez ; vos bêtises ne font plus rire que vous. » Je suis stupéfait de voir mon fils ici. [Relations] Mon propre fils fait partie du camp des Guelfes. Je lui demande pourquoi, et où est sa mère, mais ce n’est pas le lieu d’avoir cette discussion ; nous nous éloignons sous la protection des mousquets pour en discuter dans une taverne devant une chope de bière (moi, en tout cas).

 

Turtle : Di Giovanni a suivi Fra Dario pour lui servir d’escorte ; il s’est amusé du souk à l’entrée (tout cela n’est pas très correct, mais on a l’habitude). Il a cru devoir intervenir quand la foule s’est avancée avec les gourdins, mais finalement Fra Dario s’en est tiré tout seul. Il attend du coup la sortie de l’âme damnée du Duc pour savoir s’il a trouvé son adversaire. C’est alors que deux hommes vêtus de noir, le visage masqué par des loups de la Comedia dell’Arte s’avancent vers Di Giovanni ; ils essayent de l’embarquer en le prenant chacun par un bras, mais il résiste. Sixtine apparaît alors pour lui dire qu’il est aux arrêts sur les ordres du Duc. Di Giovanni se laisse alors faire, parce qu’il a confiance dans le Duc, qui sait qu’il ne porte pas de masque. [Masques] Le Duc sait bien que je ne porte pas de masque.

 

AK : Le Duc a donné à Sixtine l’autorisation d’arrêter les trois suspects, mais en exigeant d’assister à leur interrogatoire. Elle espère bien que l’un d’entre eux au moins résistera pour qu’il n’y ait pas d’interrogatoire… Elle envoie trois hommes arrêter Fra Dario dans la taverne où il s’est retiré avec un jeune évêque. Di Giovanni ne résiste pas ; elle confie à ses hommes le soin de le ramener au palais du Duc. Elle s’infiltre dans le couvent, en se faufilant dans l’ombre. Elle se glisse enfin dans une pièce où sont réunis plusieurs dignitaires : l’archevêque, le cardinal Dante, l’homme en noir, le gros Borgia (qu’elle cherche à impliquer aussi, tant qu’à faire). [Florence] J’ai une preuve supplémentaire de la culpabilité des Borgia.

 

Epiphanie : Il dissimule le corps du cardinal et prévoit de maquiller sa mort ; il voulait tout d’abord le mettre dans le roncier, mais il y a là une vingtaine d’hommes armés de longues épées, de toute évidence pas des prêtres. Il se rend ensuite à un repas avec les autres officiels, où il apprend de nombreuses choses. Le confesseur, Fra Eusebio, ne dit rien de tout le repas et refuse qu’on lui serve à manger. L’archevêque déblatère avec le gros Borgia, qui acquiesce à tout ce qu’il dit. Fra Eusebio serait un puissant exorciste, touché par la grâce : sa voix porterait la mort au cœur même des hérétiques, et c’est pourquoi il parle peu. Cela intéresse l’âme damnée du Duc : il ne croit pas vraiment à la religion, mais bien à la magie (on le considère un peu sorcier lui-même). Il repère quelqu’un dans la soupente ; il ne l’identifie pas, mais a quelques soupçons impliquant Sixtine, ce qui l’oblige à changer ses plans. La fin de la soirée est passée en récitations liturgiques. Fra Eusebio finit par se retirer. L’archevêque est assez fier d’avoir fait jouer ses contacts au Vatican pour faire venir à Florence Fra Eusebio ainsi que les spadassins du roncier, avec à leur tête Rufio (qui a provoqué d’innombrables morts, notamment à Naples qu’il a ravagée ; il s’est mis au service du pape pour racheter son âme de ses nombreux péchés). L’âme damnée du Duc va ensuite dissimuler le corps du cardinal dans un coffre. [Vengeance] Sixtine me prépare un chien de sa chienne.

 

Turtle : Di Giovanni s’est laissé très poliment ramener au palais du Duc. La nuit étant tombée, il n’y avait pas beaucoup de spectateurs de cette humiliation. Di Giovanni sait que c’est une erreur et que le Duc le blanchira. Mais il doit passé une cellule, après avoir remis son épée à Sixtine. Les gardes essayent de le menotter, Di Giovanni dit que ce n’est pas nécessaire, mais il se laisse encore faire, même si ça l’énerve de plus en plus. Il attend jusqu’au cœur de la nuit, sans dormir. Un homme entre alors dans sa cellule. Di Giovanni veut lui faire confiance jusqu’au dernier moment, mais cet homme sort une dague et essaye de le planter. Sixtine veut se débarrasser du maître d’armes avant tout procès. Ça suffit ! Di Giovanni coince la dague de l’homme dans les anneaux de ses menottes et se débarrasse de lui avec panache. Il parvient à défaire les anneaux en les tordant. Il quitte la cellule, laissant le cadavre de son adversaire à l’intérieur ; Sixtine appréciera ! [Religion] Je soupçonne le Vatican de me piéger.

 

Nébal : J’entre dans la taverne avec mon fils, le tavernier me reconnaît et me sert d’office une bière. Parmi les hommes qui sont là pour me protéger, certains entrent dans la taverne tandis que d’autres forment un cordon de sécurité devant. Je parle à mon fils, lui reproche d’avoir intégré le camp ennemi. Il répond à tous mes arguments, mais on sent qu’il m’aime bien malgré tout : je suis son père ! Puis un de mes hommes vient me voir, m’annonçant que trois hommes du Duc désirent me parler. Ils entrent, et veulent me mettre aux arrêts. Je refuse, affirmant que le Duc n’a pas d’homme plus fiable que moi. Quand un des hommes dégaine sa rapière et essaye de me planter, mon fils sort une dague de sa soutane et l’égorge. J’en abats un autre de mon mousquet, et fous un coup de boule au dernier, l’étalant pour le compte. Je rassemble mes hommes. Il faut fuir, mais je ne sais pas trop où aller dans ces circonstances. Mon fils me dit de le suivre : il sait où me cacher. Il est tout de même furieux : « Père, avec vos conneries, vous avez grillé ma couverture ! » « Quelle couverture ? » « Vous ne pensez tout de même pas être le seul à vouloir protéger Florence des manœuvres anti-républicaines des Guelfes ? Nous en parlerons au calme. » [Masques] Mon fils n’est pas ce que je croyais.

 

AK : Minuit sonne. Sixtine entre dans l’appartement du cardinal Dante, qu’elle trouve affairé (il s’agit en fait de l’âme damnée du Duc). Elle s’agenouille devant lui : « Mon Père, bénissez moi. » Quand l’âme damnée s’est exécutée, elle reprend : « Tout se passe comme prévu : Di Giovanni ne pourra pas protéger le Duc, qui est d’accord pour mettre aux arrêts Fra Dario et son âme damnée. » Sixtine travaille avec le cardinal depuis des mois en vue d’affaiblir le Duc. Il s’agit de mettre en place d’importantes processions se concluant sur un exorcisme de la ville. L’âme damnée affirme que cet exorcisme aura lieu dès le lendemain. « Et l’assassin ? » demande Sixtine. « Il est en place. » « Mais il devait être au rendez-vous, où est-il ? » [Clan] J’ai fait allégeance au pape.

 

Epiphanie : Il sert deux verres, et verse un poison (pas mortel : il s’agit de faire parler Sixtine, puis de la faire dormir) dans l’un. Il dit : « Les plans ont changé ; nous avons pu faire entrer notre assassin au palais. » « Qu’est-ce que c’est ? Je ne bois pas d’alcool. » « Du jus de melon napolitain. » (L’âme damnée sait que Sixtine ne boit pas.) [CONFLIT DUEL : si Epiphanie l’emporte, Sixtine boit et déballe tout ce qu’elle sait ; si AK l’emporte, Sixtine démasque l’âme damnée. Je m’allie à Epiphanie, qui gagne.] Sixtine boit. Elle dit qu’elle a remis les dossiers falsifiés au Duc, a blanchi les Borgia, etc. « C’était une bonne idée d’impliquer Fra Dario, il attire l’attention. » L’âme damnée dit cependant qu’il se méfie des Borgia. Mais Sixtine a gardé les éléments d’accusation contre eux… L’âme damnée dit que, quand la cloche de la cathédrale sonnera six coups le lendemain soir, tout le monde passera à l’action (il cherche ainsi à pousser Sixtine à l’erreur). [Epiphanie raye Sixtine me prépare un chien de sa chienne. AK gagne deux phrases : [Péché] Mon orgueil m’aveugle. [Comédie] J’ai un rôle de choix dans la pièce à venir.] Sixtine s’éclipse. (Note : si l’âme damnée savait que Sixtine lui préparait un chien de sa chienne, c’est que mon fils l’en avait informée, c’est un agent double.)

 

Turtle : En sortant du palais, Di Giovanni aperçoit Fra Dario… avec son évêque de fils. Di Giovanni devient complètement paranoïaque : le Vatican a vraiment mis la main sur tout le monde ! Il se sent complètement dépassé par les événements. Di Giovanni remarque que les ennuis lui sont tombés dessus en cascade depuis qu’il a fourré son nez dans le reliquaire à la cathédrale ; il en déduit qu’il y a quelque chose de surnaturel dans tout cela. Il décide d’aller voir ses compagnons des Anges de la Boue pour savoir si ce sont eux qui ont mis à jour cette relique-là (une sorte de main de bébé en porcelaine), qu’il n’avait jamais vue auparavant. Il va chez l’orfèvre qui a forgé son épée, au milieu de la nuit. Il balance des pavés sur les volets en bois de l’étage jusqu’à ce qu’on lui ouvre. Il interroge alors l’orfèvre à propos de la relique. [Folie] J’ai besoin d’un exorcisme. Di Giovanni commence à avoir de la fièvre.

 

Nébal : Mon fils m’emmène dans un bâtiment borgne, après avoir dispersé mes hommes pour être discrets. Nous entrons dans une pièce où se trouvent plusieurs hommes en armes. L’un d’entre eux interpelle mon fils : « Alors, marquis ? Comment ça s’est passé ? » « Chut ! » (Mon fils s’adresse ainsi autant à moi qu’aux hommes de la pièce.) Nous pénétrons dans une salle séparée où nous nous retrouvons seuls. Mon fils ôte sa soutane et se change. Je suis abasourdi : « Marquis ?! » « C’est compliqué, Père… Il se peut que j’aie un tantinet travesti la réalité, et je souhaiterais que les hommes dans la pièce d’à côté ne l’apprennent pas… » « Tu es toi aussi au service du Duc ? » « Je suis au service de la République. » Mon fils me dit qu’ils avaient appris que les Guelfes mijotaient quelque chose, d’où son infiltration quand ils ont appris la venue de Fra Eusebio. Mais à cause de mon intervention, ils n’en savent pas plus aujourd’hui que quelques jours plus tôt… [Clan] J’ai une dette envers mon fils.

 

AK : Sixtine se réveille avec la migraine… Mais c’est un grand jour aujourd’hui ! On la prévient cependant que Di Giovanni s’est échappé, et qu’on a trouvé le cadavre d’un agent de Borgia dans sa cellule. Sixtine fait maquiller la scène afin d’inculper Borgia. Quelque temps plus tard, le Duc convoque donc le gros Borgia ; on lui lit la liste des griefs à son encontre. Sixtine incite le Duc à faire un exemple, avec une exécution sur la place publique, en comptant bien ainsi semer le trouble dans les rangs de la noblesse. Mais le Duc est perplexe. [CONFLIT SIMPLE : en cas de réussite, Sixtine parvient à persuader le Duc de faire exécuter Borgia au plus tôt. Réussite, AK gagne deux phrases : [Politique] La justice de la ville est dans ma poche. [Relations] Je sacrifie trop vite mes atouts.] On dresse rapidement une estrade sur la place du palais, et proclame l’exécution à venir ; Borgia est bientôt guillotiné. La foule exulte, mais les nobles sont inquiets…

 

Epiphanie : L’âme damnée fait son apparition au palais. « Vous savez, Duc, si Sixtine a raison, il est temps de faire un grand ménage. » Le Duc l’interroge sur les résultats de sa mission, et sur l’accusation portée à son encontre. L’âme damnée dit qu’il a appris l’existence de ce dossier de la bouche même de Sixtine quand elle est venue voir le cardinal Dante, et raconte tout ce qui s’est produit. [CONFLIT DUEL : si Epiphanie l’emporte, le Duc croit son âme damnée ; si AK l’emporte, le Duc croit Sixtine. Turtle et moi aidons Epiphanie. AK gagne.] Le Duc sonne pour qu’on arrête l’âme damnée, qui s’éclipse : « Je vous aurai prévenu ! » [Epiphanie gagne trois phrases : [Politique] Il me reste de nombreuses ficelles à tirer. [Mémoire] Le Podestat a la mémoire courte, je saurai m’en souvenir. [Folie] La paranoïa de mon ancien maître me contamine. AK gagne deux phrases : [Mémoire] Le Duc se souvient qu’il me doit beaucoup. [Vengeance] J’ai plus d’ennemis que je ne croyais.] Déçu par l’homme qu’il servait depuis si longtemps (quinze ans ?), celui qui n’est du coup plus l’âme damnée du Duc compte se venger de Sixtine. Il a besoin d’alliés : les deux autres accusés. Il va chercher Di Giovanni auprès des Anges de la Boue. Il arrive vers 15h chez l’orfèvre.

 

Turtle : Di Giovanni est en sale état, il a des accès de fièvre, des hallucinations (des mains de bébés partout, qui l’agrippent ou le pincent). L’orfèvre prend soin de lui, et conduit l’ex-âme damnée à son chevet. Di Giovanni dit avoir besoin d’un exorcisme, et est complètement paranoïaque. L’ex-âme damnée dit savoir ce qu’il lui faut. Di Giovanni rappelle qu’il était sans tache, et qu’on lui a volé son honneur. L’ex-âme damnée dit que Di Giovanni sait qui est son ennemie… « Mais si je la tue, le Duc ne me le pardonnera jamais ! » L’ex-âme damnée dit qu’il y a d’autres ennemis, et que d’autres personnes ont été accusées à tort. Di Giovanni accepte de suivre l’ex-âme damnée s’il peut ainsi récupérer son honneur. L’ex-âme damnée révèle ses traits, et dit qu’il a été inculpé également. [Florence] Je ne suis pas le plus grand bretteur de Florence pour rien. L’ex-âme damnée affirme qu’il leur faut également retrouver le dernier suspect, Fra Dario, et rassure Di Giovanni : l’évêque avec lequel il l’a vu n’est pas plus affilié à Rome qu’eux. Di Giovanni le croit, et ils partent retrouver Fra Dario.

 

AK : On informe Sixtine qu’on a failli attraper l’ex-âme damnée, et aussi que le cardinal Dante est mort ce matin. Il va donc falloir que Sixtine s’entretienne avec l’archevêque. En attendant, elle donne des ordres pour qu’on retrouve Di Giovanni et Fra Dario, que l’ex-âme damnée va sans doute chercher à contacter. [CONFLIT DUEL : si AK l’emporte, l’ex-âme damnée et Di Giovanni sont repérés et une troupe importante leur tombe dessus devant la planque de Fra Dario ; si Turtle l’emporte, ils be sont pas repérés et ont toute latitude pour faire ce qu’ils veulent. Epiphanie et moi aidons Turtle, qui gagne. Elle raye J’ai besoin d’un exorcisme (Di Giovanni pète maintenant le feu…). AK gagne deux phrases : [Comédie] Je ne suis pas la seule à jouer un rôle. [Arts] Florence m’érigera une statue après tout cela !] L’ex-âme damnée et Di Giovanni entrent dans la planque de Fra Dario.

 

Nébal : J’entends Di Giovanni qui provoque les « républicains » ; je viens calmer le jeu et nous nous retirons tous avec mon fils pour discuter. Ils m’exposent ce qu’ils savent. [Je sèche complètement sur cette instance, j’en parlerai plus loin… Tout le monde me fait des suggestions, et c’est notamment Epiphanie qui donne l’orientation de la scène en proposant ce qui suit.] Nous allons monter un grand carnaval pour semer la zizanie au couvent de saint Pierre et décrédibiliser les processions des Guelfes. [Comédie] C’est l’heure du grand carnaval blasphématoire ! Fra Dario, Di Giovanni et mon fils nous rendons sur place accompagnés des « républicains », pendant que l’ex-âme damnée va organiser une diversion par rapport à Sixtine.

 

AK : Sixtine va prendre contact auprès de l’archevêque, qui lui donne rendez-vous en ville avec l’assassin, qui a un signe distinctif (c’est sans doute Rufio). Ils se retrouvent en basse ville. Sixtine organise l’assassinat du Duc par Rufio grâce à ses entrées dans le palais ; elle va se réfugier au cas où dans un endroit fréquenté par les notables. [CONFLIT DUEL : si AK l’emporte, son plan se passe bien, et le Duc est assassiné ; si Epiphanie l’emporte, le plan rate et Rufio est mis en fuite. Turtle s’allie avec Epiphanie, qui gagne. Il raye la phrase Il me reste de nombreuses ficelles à tirer. AK gagne une phrase : [Politique] Mon pouvoir est sans limite. C’est la douzième phrase de Sixtine, qui quitte donc la partie par le haut…] À l’heure dite, Rufio s’introduit dans le palais. L’ex-âme damnée le suit discrètement jusqu’à la chambre du Duc. Il a de nouveau altéré ses traits, cette fois pour ressembler au Duc, et surprend Rufio au dernier moment en lui tapant sur l’épaule par derrière. Rufio, abasourdi, s’enfuit en lâchant sa rapière. Le Duc est tétanisé en se voyant lui-même. L’ex-âme damnée lui dit : « Peut-être me croirez-vous maintenant quand je vous dis que Sixtine prépare votre assassinat. » Le Duc s’approche de lui, fasciné par son propre visage… et l’ex-âme damnée lui enfonce la rapière dans le ventre. Le Duc s’écroule. L’ex-âme damnée tire la sonnette et s’enfuit par un passage secret, en espérant, si le Duc survit, que le nom de Sixtine lui restera en tête…

 

(À suivre…)

 

[Quelques remarques sur mon interprétation personnelle (il y aurait sans doute bien d’autres choses à dire sur cette partie – notamment sur les assez nombreuses incohérences qu’elle comprend, et qui, si elles pouvaient être discrètes en cours de jeu, deviennent flagrantes à la lecture de ce compte rendu – mais je manque de légitimité pour ce faire ; a fortiori pour ce qui est de la performance de chaque joueur…). Mazette, donc… J’ai repris Inflorenza avec grand plaisir après une longue et frustrante période sans jeu de rôle (j’étais en manque !), mais ça se sent que j’étais rouillé… Je suis content de mon personnage de Fra Dario, que j’ai trouvé très amusant et cohérent avec le théâtre, et suis satisfait de mes premières instances outrancières pour les mêmes raisons. Cependant, j’ai commis plusieurs erreurs par la suite, qui m’ont enfermé dans une trame dont il était difficile de se dépêtrer. Le problème venait du personnage de mon fils, que j’aime bien, et qui a monté en puissance au fil des instances – sans doute pourra-t-il faire des choses intéressantes par la suite –, mais je lui ai consacré beaucoup trop d’importance : mes phrases, mal choisies, tournaient presque systématiquement autour de lui plutôt que de moi ; il était difficile de les employer en jeu – en dehors de celle selon laquelle il n’était pas ce que je croyais –, et cela m’a notamment empêché de faire le moindre conflit tout au long de la partie, ce que j’ai trouvé un peu frustrant à force. D’où mon gros problème, mentionné au cours du compte rendu, lors de ma dernière instance : je souhaitais faire enfin un conflit, ce qui m’a été impossible, et ne voyais absolument pas comment intervenir moi-même dans la trame unissant les autres personnages de manière cohérente ; j’avais bien quelques idées de « blasphèmes » – que la suggestion d’Epiphanie, le carnaval, est venue prolonger et mettre en œuvre – mais qui risquaient trop de m’isoler encore une fois, même si elles pouvaient être amusantes… J’ai ainsi séché complètement lors de cette instance qui devait être cruciale, ce qui m’a passablement gêné – et a en outre cassé le rythme de la partie, pardon, pardon. Pas mal d’enseignements à tirer personnellement, donc, de cette session, sur des points « techniques » (en terme de narration et de « mise en scène ») que je n’avais pas forcément perçus auparavant.]

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"L'Opéra de Shaya", de Sylvie Lainé

Publié le par Nébal

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LAINÉ (Sylvie), L’Opéra de Shaya, préface et interview de Jean-Marc Ligny, Chambéry, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, 2014, 177 p.

 

J’imagine que c’est ressorti notamment de mes comptes rendus consacrés aux trois précédents recueils de Sylvie Lainé, Le Miroir aux éperluettes, Espaces insécables et Marouflages, mais j’aime vraiment beaucoup ce que produit cet auteur rare et précieux (c’est pas du luxe ?), spécialisé dans la nouvelle. Elle est pour moi, et de très, très loin, une des meilleurs nouvellistes de la SF française (à vrai dire, là, tout de suite, je ne vois pas qui pourrait rivaliser ; Thomas Day, peut-être ; sans doute Serge Lehman du temps où il écrivait, Léo Henry aussi en plus borderline… je n’ai pas d’autres noms en tête pour l’instant, désolé). Et c’est pas pour faire de la lèche, non, non. Je n’irais d’ailleurs pas jusqu’à parler de chef-d’œuvres absolument parfaits – il y a parfois un petit truc que je trouve un brin dommageable, mais c’est généralement tout à fait anecdotique en regard de la qualité globale. N’empêche, je me joins volontiers au concert de louanges qu’elle suscite à peu près partout sur son passage ; lisez Sylvie Lainé, c’est de la bonne.

 

L’Opéra de Shaya est donc le quatrième recueil de nouvelles de Sylvie Lainé, de nouveau chez ActuSF. Il comprend quatre textes composés entre 2012 et 2014, dont la longue novella (format peu commun chez cet auteur prisant la forme courte) qui lui donne son titre. Seulement deux inédits sur ces quatre textes, par contre (heureusement, la novella en fait partie) ; mais peu importe, je relis Sylvie Lainé avec plaisir – j’y reviendrai.

 

Un recueil qui frappe par sa cohérence, rarement aussi évidente dans une collection de nouvelles. Les quatre nouvelles lorgnent du côté du space opera (genre dont elle regrette dans l’interview en fin de volume qu’il soit aujourd’hui un brin délaissé – je n’en suis pas si sûr, perso, mais bon), ou peut-être plus exactement du planet opera, si l’on tient à pinailler. Mais participe plus encore de cette cohérence si frappante une grande unicité dans les thèmes, que l’on retrouve de nouvelle en nouvelle, le principal étant l’échange – mais on notera aussi un goût pour les écologies extraterrestres les plus « autres », qui joue beaucoup pour la réussie frappante de l’ensemble. Enfin, si la science-fiction de Sylvie Lainé a généralement quelque chose d’assez lumineux (sur la corde raide, le risque étant grand de tomber dans la niaiserie, mais son talent lui permet d’éviter avec brio cet écueil), on trouve cependant dans tous les textes composant L’Opéra de Shaya une très vague ambiguïté, rendant le tableau plus sombre au fond (et donc plus juste ?) : l’échange, thème central donc, n’est jamais loin de l’exploitation et de l’oppression… Sylvie Lainé, dans l’interview finale, se qualifie de « plutôt optimiste », mais après avoir exposé des vues qui pourraient la faire passer pour pessimiste, ce qui correspond bien au fond du recueil.

 

On commence donc avec la novella inédite « L’Opéra de Shaya ». So-Ann peine à trouver sa place dans la galaxie colonisée par l’humanité, d’autant qu’elle est née à bord d’un vaisseau. Partout, l’implantation humaine sur des mondes parfois hostiles a entraîné une éradication des spécificités locales ; mais l’intégration dans les colonies n’en est pas plus aisée, du fait notamment du développement de pratiques sociales fondées sur rien, plus ou moins ridicules, et qui se muent bien vite en traditions insupportables, ce que l’on voit bien sur Flog6 au début. So-Ann est ainsi contrainte d’errer sans cesse… jusqu’à ce qu’on lui confie un précieux secret : l’existence d’une planète où tout est harmonie, et qui a pour nom Shaya. Elle parvient à s’y rendre, et découvre un monde étonnant, et sans doute très original : oui, l’harmonie est ici essentielle, ce qui se justifie par le caractère évolutif de la structure génétique des autochtones, qui s’adaptent sans cesse à ce qu’ils croisent, et manifestent une empathie au premier abord extrême. Au premier abord… « L’Opéra de Shaya » est à n’en pas douter une réussite, et cela tient notamment à la superbe écologie extraterrestre qui y est détaillée avec un sens du détail presque maniaque, non, disons vancien. La réflexion sur l’harmonie et l’intégration est belle, profonde et juste, intelligente dans tous les sens du terme. J’ai en outre apprécié la subtile ambiguïté qui imprègne (eh eh) la novella, et qui lui évite de sombrer dans la naïveté (ce que l’on redoute à plusieurs reprises, tant Sylvie Lainé joue ici un jeu dangereux, façon baba-cool). J’ai un peu redouté le nécessaire retournement final, à cet égard, mais il est parvenu à me surprendre… Un tout petit bémol, toutefois, quasiment insignifiant : la plume m’a paru un peu moins élégante que d’habitude, notamment en raison de quelques répétitions et phrases alambiquées abusant de la virgule ; défaut de relecture ? Peu importe : le bilan est globalement très positif.

 

J’avais déjà lu « Grenade au bord du ciel » dans Utopiales 13, mais je l’ai relue avec grand plaisir. Nous avons ici une équipe d’explorateurs humains qui découvrent un astéroïde artificiel en orbite autour d’une planète passablement primitive, et qui décident d’en apprendre davantage (en y allant comme des bœufs). L’ambiguïté est cette fois encore plus subtile, mais dans le prolongement direct de la novella précédente, et m’a paru très intéressante. « Nous sommes une espèce vivante, et tout ce qui est vivant avance et marche, et bouge et se transforme. Ce qui ne bouge plus est mort. » Cette morale – qui a comme de juste sa contrepartie – me parle : dans l'absolu, je tends en effet à partager grandement ce point de vue, et j'abhorre en tout cas la réaction et ne comprends tout simplement pas le conservatisme et l'attachement aux traditions. Mais là il y a un petit truc qui gêne, tout de même (que je ne révèlerai pas ici, bien sûr...) ; très intéressant, oui. Je lui reprocherais juste, pour pinailler là encore, une fin peut-être un poil expédiée… Mais peu importe, vous dis-je.

 

Suit « Petits arrangements intra-galactiques ». Cette nouvelle figurait déjà dans l’anthologie « positive » de Laurent Gidon Contrepoint (également chez ActuSF ; je l’ai, mais n’ai pas encore eu l’occasion de la lire…). Cette nouvelle « légère » (mais pas si légère que ça, remarque à bon droit Jean-Marc Ligny dans sa préface) prête largement à rire, ce qui fait du bien, d’autant que le thème de l’échange y est là encore fort bien traité, et que nous avons droit à une écologie extraterrestre très réussie (avec des sapinous). C’est aussi sans doute, de ces textes, celui où la violence de l’exploitation par l’homme de ce qu’il ne comprend pas ressort le plus, paradoxalement… Et tout cela simplement parce que nous y suivons un homme échoué sur une planète quasiment inconnue, et qui cherche à bouffer. Reste à savoir quoi… Assez remarquable dans son genre.

 

Le recueils se conclut enfin (non, déjà ?) sur « Un amour de sable » (inédit), avec là encore une belle écologie étrangère, là encore un développement, poussé ici jusque dans ses moindres recoins, de la thématique de l’échange… avec là encore un fond d’exploitation bornée, et un retournement plus « cruel », pour reprendre le qualificatif employé dans l’interview. Cette histoire, en apparence seulement simple voire convenue, de scientifiques humains décortiquant le sable recouvrant une planète tout juste explorée, constitue à nouveau une vraie réussite. C’est aussi, ai-je l’impression, celle où le style est le plus travaillé (mais Jean-Marc Ligny dans sa préface vante les « plumes invisibles », alors je sais pas…).

 

Une fois de plus, avec L’Opéra de Shaya, Sylvie Lainé nous livre un très bon recueil qui confirme tout le bien qu’on pensait déjà d’elle. Une science-fiction subtile et intelligente sans être pontifiante, qui sait se montrer authentiquement dépaysante et parfois émouvante, assez lumineuse mais jamais totalement… Oui, Sylvie Lainé est bien l’une des meilleures nouvellistes de la SF française, je l’ai dit maintes fois et le redis encore une fois, histoire de. La concurrence ? Quelle concurrence ? Eh. N’empêche : si vous avez aimé les trois précédents recueils (y a pas de raison), vous pouvez vous précipiter sur ce petit nouveau. Il ne constitue peut-être pas la meilleure des portes d’entrée à la production de Sylvie Lainé (je n’en sais rien, à vrai dire), mais les novices auraient également tout intérêt à se procurer la chose.

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"Les Cheyennes", de Mari Sandoz (abandon)

Publié le par Nébal

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SANDOZ (Mari), Les Cheyennes, [Cheyenne Autumn], traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Chevrier, avant-propos d’Olivier Delavault, Paris, Télémaque, coll. Frontières, [1953, 1996] 2014, 570 p.

 

(Abandon après 200 pages environ.)

 

Longtemps, toujours en fait, j'ai lu jusqu'au bout des livres qui me faisaient suer abondamment dès le début ; j'ai peiné d'innombrables fois sur des ratages, voire des saletés, simplement parce que, par principe sans doute, ça me faisait un peu mal au derche de lâcher l'affaire... J’ai pris la résolution de ne plus me laisser faire de la sorte : pas de temps à perdre, nan mais oh. On verra si je parviens à m'y tenir... C’est pourquoi j’inaugure une nouvelle catégorie d'articles sur ce blog, que j'espère rares, des notules consacrées à mes abandons, expliquant brièvement (euh...) pourquoi je laisse tomber le bouquin en cause.

 

Première victime : Les Cheyennes, de Mari Sandoz : à environ 200 pages, je m'emmerdais toujours à mourir, je ne me sentais pas de m'en enfiler encore 370 comme ça (oui, parce que gros bestiau tout de même)...

 

La déception est à la hauteur de la réputation du roman, mais plus encore du très célèbre film qui en a été tiré par John Ford en 1964 (je ne l’ai bien évidemment pas vu…), et qui a joué son rôle dans la « réhabilitation » des Indiens dans les westerns.

 

L’histoire, vous la connaissez probablement, et même très certainement si vous êtes un habitué de ce blog, puisque je l’ai évoquée récemment dans un autre article, en rendant compte (mal...) de ma lecture de La Dernière Frontière d’Howard Fast. Un livre très différent cependant (outre qu’il est lisible, au moins…), essentiellement pour une question de point de vue : le roman de Mari Sandoz, en effet, se passe presque intégralement chez les Cheyennes.

 

Ceux-ci, qui ont longtemps figuré l’incarnation la plus « noble » des Indiens, n’en ont pas moins subi les conséquences de la politique hostile (oserait-on dire d’extermination programmée ? On pourrait probablement...) des Blancs. C’est ainsi qu’après de nombreux accrochages (avec Custer entre autres), au moindre prétexte, ils ont été exilés loin de leurs terres ancestrales pour s’installer de force dans ce qu’on appelait alors le « Territoire Indien » (aujourd’hui l’Oklahoma), pauvre et d’autant plus invivable qu’il était déjà surpeuplé. On avait fait bien des promesses aux Cheyennes, au travers d’une agence – ressources diverses, notamment –, promesses jamais tenues. Et puis on leur avait dit que, si ça se passait mal dans le Territoire Indien (euh…), ils pourraient rentrer chez eux.

 

Les chefs Dull Knife et Little Wolf (pas vraiment des excités par ailleurs, probablement plutôt même des « pacifistes »), se fondant sur cette parole donnée, qu’ils entendent bien faire respecter, décident donc en septembre 1878 de conduire environ 280 des leurs, affamés et souvent malades, dans une odyssée de quatre mois, un long périple devant les ramener dans le Montana.

 

Bien évidemment, les Blancs ne l’entendent pas de cette oreille… et, face à ce peuple finalement assez réduit et dans un état lamentable, ils font péter les grands moyens : environ 10 000 soldats, secondés par 3000 civils, supposés arrêter les Cheyennes, et les abattre le cas échéant…

 

Le sujet, on en conviendra aisément, est absolument fascinant et sans aucun doute très porteur. Howard Fast, ainsi, en a tiré un western tout à fait recommandable, encore qu’en adoptant un point de vue très différent. J’en attendais à vrai dire davantage encore (bien davantage) du roman de Mari Sandoz, justement en raison de son approche centrée sur les Indiens. La quatrième de couverture, élogieuse comme il se doit, n’hésite pas à parler d’un « chef-d’œuvre de la littérature américaine » ; je la croyais naïvement, d’autant que ce qualificatif s’applique indéniablement au Little Big Man de Thomas Berger, paru en même temps dans la même collection.

 

Tu parles…

 

Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait seulement d’une question d’acclimatation, mais le fait est qu’au bout de 200 pages (tout de même), je n’y parvenais toujours pas. Le problème est que,en fait de roman, on est là devant quelque chose de « pas vraiment littéraire », à la limite de l'essai historique et anthropologique. Ce qui devrait me plaire en temps normal, me ravir même, mais là je me suis ennuyé : le déroulement, pointilleux, est en effet monotone et répétitif (au bout de la centième scène de conflit entre Little Wolf et les jeunes chiens fous, on en a quand même un peu marre…). Accessoirement, mais cela va de pair, la structure du roman tend à être un peu confuse, avec des allers-retours pas toujours bien gérés (au sortir du Wilderness de Lance Weller, qui en use beaucoup mais avec brio, ça faisait comme un choc…). À côté de ça – et c’est sans doute ce qui m’a le plus gêné, au final –, j’avais une fâcheuse tendance à me perdre dans les très nombreux personnages mis en scène par Mari Sandoz ; il faut dire que la caractérisation, même s’il y a quelques exceptions notables (Little Wolf en tête), n’est pas vraiment son fort…Quant au style, de manière générale, il se montre au mieux quelconque, mais assez souvent un poil laborieux (d’autant que pas hyper romanesque, donc).

 

C’est ainsi que Les Cheyennes m’a fait l’effet, tant il était pénible, d’un roman à peu de choses près illisible. Et c’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter les frais avant la moitié : je ramais dessus et ne prenais absolument aucun plaisir à ma lecture. Inutile donc de prolonger le calvaire, même si j’ai eu du mal à me résoudre à refermer définitivement le livre… Bon, au-delà de cette déception carabinée, demeure la curiosité de voir le film de John Ford (faudra vraiment que je m’y mette, un de ces jours…). Mais pour le « chef-d’œuvre de la littérature américaine », c’est rapé.

 

 (‘tain, moi qui devais faire une courte notule, j’ai fait un article aussi long que d’habitude… Allez comprendre…)

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Pub copinage : "Dernières Nouvelles d'OEsthrénie", d'Anne-Sylvie Salzman

Publié le par Nébal

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SALZMAN (Anne-Sylvie), Dernières Nouvelles d'Œsthrénie, préface d'Yves & Ada Rémy, Evry, Dystopia Workshop, 2014, 307 p.

 

Hop.

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Pub copinage : "Chants du cauchemar et de la nuit", de Thomas Ligotti

Publié le par Nébal

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LIGOTTI (Thomas), Chants du cauchemar et de la nuit, nouvelles choisies, présentées et traduites de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Sylvie Homassel, Evry, Dystopia Workshop, 2014, 240 p.

 

Hop.

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