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CR Imperium : la Maison Ptolémée (08)

Publié le par Nébal

CR Imperium : la Maison Ptolémée (08)

Huitième séance de la chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Tous les joueurs étaient présents : le jeune siridar-baron Ipuwer, sa sœur aînée Németh, le Conseiller Mentat Hanibast Set, l’Assassin (Maître sous couverture de Troubadour) Bermyl, ainsi que le Docteur Suk, Vat Aills.

 

Vat Aills se trouve à Cair-el-Muluk, où il continue de travailler sur les documents récupérés sur le marché franc de Khepri. Il flaire une piste, mais qui ne débouche pas pour le moment sur des noms concrets, il faut creuser davantage ; il remarque cependant, à l’occasion, tout un luxe de précautions, que ne semblent pas justifier les cargaisons en cause… Il fait son rapport à Hanibast (actuellement auprès d’Ipuwer, sur le Continent Interdit), puis s’entretient avec Bermyl (lequel se trouve à Heliopolis) ; l’Assassin pourrait bénéficier des connaissances du Docteur Suk, dans la mesure où il poursuit la piste du trafic d’organes ; il compte infiltrer la Maison Mineure Nahab, en se faisant passer pour un client potentiel ; les deux hommes envisagent la possibilité d’infiltrer également Vat, mais abandonnent bien vite cette idée : le Docteur Suk est en tant que tel bien trop facile à identifier… Vat se rend cependant à Heliopolis, accompagné de son serviteur Armin Modarai – Bermyl et lui conviennent d’un protocole pour se retrouver sans trop éveiller la suspicion.

 

Bermyl continue donc de fureter du côté des Nahab. Il ne s’y prend pas forcément au mieux, toutefois, perd du temps avant de trouver à s’adresser aux bonnes personnes, mais sa couverture tient le choc… Il obtient, pour bientôt, un rendez-vous avec la mystérieuse Akela (dont lui avait parlé Si-Mouth lors de son interrogatoire), mais comprend que le délai avant d’accéder à la trafiquante s’explique sans doute par une surveillance accrue le concernant, et agit en conséquence – il devient dès lors risqué d’interagir avec les « officiels » de la Maison Ptolémée, aussi se replie-t-il sur un hôtel relativement rupin, où il prépare sa rencontre avec Vat Aills, en mettant l’accent sur la discrétion.

 

Németh est toujours à Nar-el-Abid ; après s’être entretenue avec sa mère, Dame Loredana, retirée auprès de ses sœurs du Bene Gesserit, elle va voir la Révérende-Mère Quibailah Amari, vieille femme loquace et active – qui se méfie un peu de la jeune femme, depuis longtemps, tout en ayant bien conscience qu’elle est quelque peu rentrée dans le rang et que son statut de première conseillère de son frère Ipuwer a sans doute changé la donne sur bien des points (et notamment son rapport, autrefois tendu, au Bene Gesserit ?). Németh ne connaît pas la « cuisine interne » de l’ordre (et notamment de la Missionaria Protectiva), mais elle subodore une action essentielle du Bene Gesserit en matière religieuse (et se montre même relativement paranoïaque à cet égard…). La conversation porte notamment sur l’identification de Németh à Isis ; la Révérende-Mère, narquoise, lui demande si ça ne lui plait pas, au fond… Quant à savoir si tout doit être imbriqué dans un « grand complot », c’est encore autre chose… Quibailah Amari questionne par ailleurs la dévotion de Németh, parfois douteuse par le passé… Elle veut bien, cependant (au moins à titre personnel), venir en aide à la Maison Ptolémée dans cette affaire – en s’étonnant ouvertement que les services de renseignement de la Maison ne se soient pas davantage intéressés aux rumeurs concernant le retour des morts (et pas seulement de Namerta) à Cair-el-Muluk, et à ceux qui les propagent ; elle avance qu’il pourrait être intéressant de s’entretenir, le cas échéant, avec un de ces morts censément revenus, ou du moins sa famille et son entourage : elle évoque ainsi « le Vieux Radames », qui avait la réputation d’être un sage de son vivant (du moins dans son environnement local, ce n’était en rien une personnalité de Gebnout IV), et qui, dit-on, le serait plus encore depuis sa résurrection… Quibailah Amari ne dit rien concernant ses sources, mais elle n’exclut pas d’aider à nouveau Németh et la Maison Ptolémée dans cette affaire, dès lors que leurs arrangements pourraient être mutuellement profitables…

 

Ipuwer, décidément, se plait bien dans cette expédition loin de Cair-el-Muluk et de ses obligations de siridar… Dans l’immédiat, il a par ailleurs une tâche importante à accomplir : assisté par son Conseiller Mentat Hanibast Set, il prend personnellement en charge l’interrogatoire de Taa – la mystérieuse femme entre deux âges qu’il a rencontrée au retour de sa partie de chasse. Il examine au passage l’arme qu’avait laissé tomber l’inconnue : c’est un sabre de facture ancienne, avec sans doute quelque chose d’ostentatoire avant tout – ce n’est pas une chose très utile au combat… L’interrogatoire est ambigu, sans doute à certains égard parce que Taa manque étrangement d’informations à confier, ne sachant finalement même pas ce qu’il en est des origines de son propre ordre, voire de son fonctionnement : elle le répète à plusieurs reprises, au fil des siècles, le secret est devenu sa propre justification… Et c’est bien ce qui la met mal à l’aise : elle sait qu’elle aurait dû faire connaître la présence de l’ordre à la Maison Ptolémée ou au clergé du Culte officiel, à l’occasion des étranges événements qui se sont produits environ deux ans plus tôt… mais n’avait pu s’y résoudre. Elle explique que son ordre est composé de cinquante femmes, ni plus ni moins (les rangs, le cas échéant, sont complétés dans la plus grande discrétion en enlevant des jeunes femmes dans les plus retirés des villages fluviaux – ce qui n’inquiète pas outre-mesure sur place, cela n’arrive que rarement et personne n’a jamais établi de lien entre ces divers crimes, vite relégués dans la catégorie des inévitables faits-divers –, et en les fanatisant par la suite pour qu’elles oublient toute considération ne relevant pas de leur mission d’entretien du Mausolée des Ptolémée et de nettoyage périodique de la baie où s’entassent les bateaux des morts). Or, il y a deux ans de cela, elle n’a pu que constater que son ordre ne pouvait faire le poids face aux « profanateurs »… Elle parle d’une troupe bien coordonnée de 500 femmes au moins – et c’est bien pourquoi elle n’a pas ordonné d’assaut, ce qui aurait été un suicide inutile… Gênée, elle avoue par ailleurs avoir été décontenancée, voire effrayée, par un élément étrange : ces 500 femmes se ressemblaient toutes… Hanibast Set ne lui soumet pas le portrait-robot de Druhr, afin de ne pas l’influencer, mais la description que livre spontanément Taa colle parfaitement. Ces inconnues se sont donc livrées à une importante activité dans la baie – elles ont complètement vidé un bateau des morts, un de ces grands cargos réservés aux plus pauvres des défunts ; elles se sont donc également rendues au Mausolée, mais n’ont pillé qu’une seule tombe – celle de Namerta (mais cela, Taa et ses sœurs ne s’en sont rendu compte qu’après leur départ, le Mausolée leur étant auparavant inaccessible). Taa explique en outre que la troupe était arrivée, par ornithoptères, de l’ouest, et y a disparu à nouveau une fois sa tâche achevée… Elle confesse cependant avoir croisé d’autres personnes sur cette terre censément interdite, notamment ces dernières années (ce qui l’inquiétait, même si elle n’a donc pas pris l’initiative de se « révéler »…) ; Ipuwer et Hanibast comprennent bientôt qu’elle parle cette fois des Atonistes de la Terre Pure, dans leur Pèlerinage Perpétuel… Ipuwer dit que les choses vont désormais changer, mais ne se montre pas défavorable, ou encore moins hostile, à ce que Taa et ses sœurs ont fait (ou n’ont pas fait…), quand bien même celle-ci est dévorée par la honte et le sentiment d’échec ; il suppose néanmoins que les historiens et les clercs de Gebnout IV ne manqueront pas de s’intéresser à leur communauté secrète… Mais Hanibast lui suggère de ne rien en dire pour le moment, et le siridar-baron approuve. Sur place, ils comptent cependant en apprendre davantage – questionnant déjà Taa sur une éventuelle sœur plus âgée, qui pourrait servir de « mémoire » à l’ordre… mais Taa revient à nouveau à cette constante : le secret de l’ordre est devenu au fil des siècles sa propre justification, et, au fond, personne ici ne sait rien de l’histoire de leur petite communauté… Hanibast, fort de ces nouveaux éléments, décide de rentrer à Cair-el-Muluk – après avoir visité l’abri souterrain des sœurs, d’une grande discrétion, où elles abritent en outre leurs engins de chantier servant à l’entretient de la baie (c’est le genre d’endroit que l’on ne peut trouver que si l’on sait un minimum ce que l’on cherche). Il envisage d’interroger à nouveau les Atonistes de la Terre Pure, et notamment Thema Tena, par exemple quant à l’existence, encore maintenant, d’un contingent caché en plein cœur du Continent Interdit (les données satellites de la Guilde pouvant là encore se montrer fort utiles). Le Conseiller Mentat, par ailleurs, comprend très bien, dès lors, que la recherche de Druhr n’a plus vraiment de sens, et qu’on ne la coincera pas à l’astroport… Ipuwer en est bien conscient lui aussi. Hanibast envoie un rapport à Németh, et un autre à destination de Bermyl à Heliopolis (mais celui-ci n’y a pas accès pour le moment, puisque sa couverture actuelle lui interdit d’avoir des contacts avec des « officiels » de la Maison Ptolémée), et rentre au palais.

 

Bermyl et Vat avaient convenu d’un point de ralliement secret, à tout hasard (l’hôtel où loge Bermyl étant très probablement surveillé, du moins dans l’immédiat), et se décident pour une petite gargote que l’Assassin connaît bien et sait fiable. Tous deux s’entretiennent sur la stratégie à adopter face aux Nahab – Bermyl cherchant notamment à savoir ce qu’il pourrait demander au juste de manière crédible… a fortiori en prenant en compte le « trouble » exprimé par Si-Mouth à l’idée d’un trafic de cadavres ou du moins d’organes. L’idée est que l’Assassin se fasse passer pour un riche bourgeois de Nar-el-Abid, désireux de trouver à n’importe quel prix un organe à greffer sur son fils malade (ils se décident pour des yeux ; ils envisagent un moment de faire passer Armin Modarai pour le fils de Bermyl, et donc de le faire passer pour aveugle, mais laissent finalement tomber cette idée un peu trop tordue : Bermyl entend garder les coudées franches… Armin Modarai, le cas échéant, pourrait simplement passer pour un domestique). L’Assassin, par ailleurs, exprime ses doutes : peut-être la trop grande focalisation sur le trafic d’organes risque-t-elle en fait de les empêcher d’accéder aux informations les plus essentielles… Quoi qu’il en soit, le Docteur Suk lui apprend tout ce dont il a besoin pour se montrer convaincant en la matière.

 

Németh cherche des informations éventuelles sur le Vieux Radames à Nar-el-Abid, mais ne trouve rien dans les bibliothèques, et suppose qu’il en ira de même à Cair-el-Muluk : le personnage n’a probablement rien d’un « notable », en effet. Cela relève sans doute des services de Bermyl – Németh lui envoie donc une note à ce sujet (qu’il ne peut pas consulter dans l’immédiat), et rentre au palais (elle y arrive en même temps qu’Hanibast – qui envisage cependant de se rendre au plus tôt à Heliopolis, pour s’entretenir avec Thema Tena et ses Atonistes des découvertes effectuées sur le Continent Interdit).

 

Ipuwer reste un peu plus longtemps sur le Continent Interdit, au moins un jour de plus. Il se partage entre ses fonctions officielles (l’organisation des troupes sur place, notamment)… et ses pulsions irrépressibles qui l’incitent à chercher de la « chair fraiche » parmi les sœurs – mais celles-ci sont toutes tétanisées, voire terrifiées, par sa seule présence, ce qui ne lui facilite pas vraiment la tâche… Il a envisagé de ramener Taa avec lui à Cair-el-Muluk, mais suppose qu’il vaut mieux rester discret à cet égard. Il visite cependant longuement l’abri des sœurs, en s’échinant à donner la meilleure image, jouant sur sa supériorité naturelle (mais bienveillante et rassurante le cas échéant) et sur leur fanatisme. Taa accepte, quand bien même gênée et honteuse, de servir d’ « interface » entre le siridar et ses sœurs : elle sait que sa mission a nécessairement changé… Ipuwer fait aussi en sorte que les soldats qui l’ont accompagné prennent à leur charge l’interrogatoire des autres sœurs, mais ils ne se montrent guère compétents pour cela, d'autant que les instructions du siridar-baron n'étaient pas des plus claires...

 

Bermyl a bien soigné sa couverture, sous tous ses aspects, et se rend donc seul à son rendez-vous avec Akela (sans micro non plus, au cas où – on peut de toute façon supposer que son entretien sera protégé par un cône de silence). Akela est une femme dans la cinquantaine, le teint basané, qui l’accueille avec un grand sourire commercial, se montrant particulièrement affable et désireuse de se rendre utile. Elle laisse entendre, mais sans forcer le trait ni « dire les choses » à proprement parler, que l’organe devra être « prélevé à la source »… et qu’il faudra donc tuer quelqu’un. Bermyl le comprend bien, mais n’a aucun scrupule d’ordre éthique à cet égard (pas plus lui-même que sa couverture, d’ailleurs). Elle lui dit en outre que « son fils » devra disparaître quelque temps… Une fois qu’ils se sont mis d’accord sur ces préliminaires, elle se montre très commerçante et serviable, l’interrogeant sur la couleur désirée des yeux (bruns clair, noisette), ce genre de choses (et demandant aussi une photo de « son fils » à Bermyl – qui n’en a pas sur lui… mais pourra lui en fournir une le lendemain). Ils conviennent ainsi d’un nouveau rendez-vous, Bermyl cherchant même à attirer Akela à son hôtel… mais celle-ci refuse bien entendu, tout sourire : ce sera au client de revenir chez elle…

 

Németh, à Cair-el-Muluk, poursuit ses recherches sur le Veux Radames dans les documents dont dispose la bibliothèque du palais ; elle ne trouve guère qu’une nécrologie, confirmant que le Vieux Radames était mort il y a un peu plus de deux ans, et que son corps avait entrepris le rituel de la Grande Fête d’Osiris à bord d’un gros bateau des morts, de ceux destinés aux plus pauvres – le vieillard ne laissait qu’une fille derrière lui, du nom de Ta-ei. Elle retrouve Hanibast, et fait le point avec lui, évoquant notamment les suggestions de Quibailah Amari – elle est convaincue que l’avis du Bene Gesserit doit être pris en considération, et engage Hanibast à travailler dans ce sens, avec Bermyl probablement (une enquête sur le terrain est bien davantage dans les attributions du Maître-Assassin). Le Conseiller Mentat récapitule les éléments acquis. Il sait que Namerta était relativement populaire – et, comme souvent, qu’il l’est probablement plus encore depuis son décès (l’incompétence notoire de son successeur Ipuwer en rajoutant une couche)… Le Conseiller Mentat comprend dès lors l’intérêt de le « ressusciter », ou du moins de propager des rumeurs dans ce sens ; mais pourquoi ramener à la vie des individus aussi insignifiants que le Vieux Radames dont parle le Bene Gesserit ? Et comment l’ordre est-il au courant, d’ailleurs ? Il manque d’éléments pour livrer une réflexion sûre à cet égard, mais effectue néanmoins une intégration cognitive : il en déduit que le retour d’inconnus ne relève pas totalement du hasard – si les individus en eux-mêmes sont de peu d’importance, l’effet de masse a sans doute eu pour objectif de préparer le retour de Namerta (les Ptolémée ont eu vent de toutes ces rumeurs dans un laps de temps assez court, mais cela ne signifie pas que tout s’est produit absolument en même temps – en y réfléchissant, c’est même probablement tout le contraire)… Németh ordonne aux services secrets de Bermyl (ou Kibuz…) d’enquêter sur le Vieux Radames et sur d’autres cas similaires : il s’agit maintenant, autant que de désigner nommément des individus « ressuscités », de déterminer l’ordre de grandeur du phénomène, et de le dater ; enfin, il faut trouver qui a commencé à propager ces rumeurs…

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (04)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (04)

Quatrième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, et premier compte rendu détaillé. Vous trouverez les précédents comptes rendus ici.

 

Tous les joueurs étaient présents : le bootlegger Clive, l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Plusieurs d’entre nous étaient sévèrement amochés après les derniers événements… Nous avions besoin de soins, que pouvait nous prodiguer le Dr. East – un médecin planqué dans une ferme à l'ouest d’Arkham, habitué de ce genre de travaux, discret, mais assez anxiogène… Moira, Patrick et moi sommes allés le voir ; nous n’avons pas forcément beaucoup récupéré, mais les risques d’infection ne sont plus une menace.

 

Je me lance dans des recherches correspondant sans doute davantage à mon profil, en me focalisant sur Hippolyte Templesmith et Todd Newell. Pour cela, je commence à écumer la presse. Le Scoop de Boston est le seul magazine « people » de la région (les journaux d’Arkham sont très posés). Je fouille dedans pour trouver des éléments sur Templesmith : il y a quelques années seulement, il apparaissait très timoré sur les photos de gala, etc. La presse à scandales faisait d’ailleurs des blagues sur sa virginité supposée ; il a beaucoup changé depuis, gagné en assurance… Il vient d'une famille pionnière de Boston, des puritains riches et influents. Je récupère l'adresse des parents, Jacqueline et Harold Templesmith, à Boston.

 

Clive et Johnny cherchent le clochard bibliophile Harvey afin de l’interroger sur la pierre que « La Brique » a dénichée dans l’entrepôt. Ils hésitent à aller dans un foyer ou à patrouiller dans la rue… Ils le voient cependant sortir d’une soupe populaire, avec sa charrette de bouquins.

 

Patrick pour sa part s’intéresse à Locke & Key à Martin’s Beach, entre Arkham et Kingsport, et propose à Moira de s’y rendre. Elle accepte, et ils partent dans la voiture de Patrick. C'est un coin plutôt pauvre, anciennement touristique mais décrépit, avec quelques maisons riches isolées cependant…

 

Je veux activer mon réseau (de femmes de ménage) sur Templesmith et Newell. Pour ce dernier, je vais voir mon ancienne collègue Carol, dont je sais qu’elle a travaillé pour sa famille. Elle vit dans un quartier pourri, tenu par les Irlandais, avec un tout petit « Chinatown »… J'y croise une autre collègue, Abbey. Carol est contente de me revoir, Abbey autrement plus méfiante voire carrément antipathique en raison de mon ascension sociale. Les Newell ont viré Carol il y a quelque temps, sous une fausse (pour une fois ?) accusation de vol… En fait, ils avaient trouvé une femme de ménage moins chère…

 

« La Brique » montre la photo de la pierre à Harvey. Clive lui file 5$ d'avance, il va se renseigner – rendez-vous à midi dans un restaurant. Entretemps, « La Brique » va à l'hôpital (pour y retrouver Franklin).

 

Patrick et Moira arrivent dans une casse à bateaux, « Locke & Key, armateurs de plaisance », à côté d’anciennes installations touristiques ; il y a une boutique, où ils pénètrent. Moira dit à la secrétaire (Allison Locke) que leur bateau a été éperonné par un autre (celui d'Innsmouth), qu'ils ont retrouvé échoué plus loin, avec la facture de rénovation à bord ; ils recherchent le propriétaire pour obtenir réparation. Pourquoi ne sont-ils pas passés par la police ? Patrick dit qu’il vaut mieux parfois la laisser en dehors, avec un gros sous-entendu… Moira donne la facture à la secrétaire, qui va fouiller dans ses dossiers. Un homme (Alan Locke) pénètre par la porte arrière et lui dit de s’en aller (c'est visiblement sa fille), il prend la suite. Il demande à Patrick ce qu’il peut faire pour eux. Patrick raconte la même histoire que Moira. Le type est gêné, il tremble un peu... Il veut s’assurer que ça n’atteindra pas sa fille… Patrick lui fait une « promesse irlandaise ». Qu’est-ce qu’il y gagne ? Il leur dira ce qu’ils veulent savoir, mais ils se barreront ensuite pour ne plus jamais revenir : un jeune homme, 20-30 ans, « Robert » (pas richard mais qui travaillait pour un richard), est passé avec une centaine de dollars, pour un bateau en très sale état à retaper (coque extérieure, moteur) ; Locke y sentait une « puanteur d’étrangers », avant de préciser : « Innsmouth, si vous voyez ce que je veux dire... ». Une « sale gueule d’Innsmouth » est venue chercher le bateau retapé plus tard. Locke ne veut plus avoir affaire à eux.

 

Chez Carol et Abbey, je joue à la grande sœur/modèle, en glissant quelques allusions féministes/anarchistes, façon conscience de classe, émancipation, ce genre de choses, surtout pour gagner Abbey à ma cause. Elle est visiblement touchée… mais je devine une colère retenue, et mon discours n’arrange rien. Elle me dit enfin qu'elle était à l'enterrement de mon mec, et me demande où j'étais, moi, après, avec une certaine rancœur... Carol commence à parler : Todd Newell est un petit con, il s’amusait à se battre avec les voisins, et gagnait généralement – il l’avait même frappée elle, gratuitement… Abbey, avant d'en dire plus ou de laisser Carol poursuivre, me dit qu'elle a un ex qui l’emmerde… Elle me donne son adresse : Ed(ward) Beekman claque souvent son pognon dans un speakeasy de merde (j'en obtiens l'adresse également) ; elle dit qu’elles pourront me renseigner quand je reviendrai en ayant réglé le problème… Je leur demande si je peux les aider autrement – travail, ce genre de choses ; Abbey, moqueuse voire méprisante, parle de bijoux... Je préfèrerais quelque chose façon davantage « émancipation » ; mais, si ce ne sont pas des bécasses, ce discours les laisse un peu perplexes…).

 

Clive et « La Brique » arrivent à l'hôpital, ils cherchent un peu puis aperçoivent Franklin accroupi, qui essaye de forcer la serrure d’une voiture… La conversation entre Clive et Franklin est tendue, surtout quand Clive mentionne la mère du gamin, qui se montre alors très agressif. Clive sort même son flingue… Franklin avance doucement, pose son front contre le canon… « La Brique » les écarte… Clive range son arme, mais dit qu’il espère ne plus croiser Franklin… Il s'en va, rendez-vous avec « La Brique » et Harvey au restaurant à midi. « La Brique » part avec Franklin, tandis que Clive reprend sa bagnole (il va chez moi en attendant…). « La Brique » cherche un flingue pour Franklin, et lui obtient un .38 ; mais Franklin lui demande aussi un shotgun, il dit être efficace avec – « La Brique » lui en fournit un aussi… Il lui fait par ailleurs son « éducation », lui disant notamment qui il ne faut pas faire chier (les Italiens, Big Eddie…).

 

Patrick veut en savoir davantage et reste dans la boutique. Locke sait qu’ils sont du Milieu. Patrick dit le nom de Danny O’Bannion… Locke le connaît. Patrick prétend que Moira est la copine du « parrain »… Le bluff passe sur le coup… Patrick : « Faudrait pas qu’on se rende compte que tu as oublié de dire certaines choses… » Il menace même de faire sauter la boutique ! Locke craint pour sa boutique et sa fille… Il jure qu’il n’en sait pas davantage, il n'y a même pas de dossier client (le type a payé en liquide, pour Innsmouth). Il est a priori sincère, et exprime une empathie angoissée pour sa fille. Il connaît peut-être quelqu’un qui pourrait les aider ? Mais Patrick et Moira s’en vont sans information supplémentaire. Dehors, il y a un vieux, dans la casse (c'est Doug Locke, le frère d’Alan, ils l'apprennent plus tard), et ils vont l’interroger. Il s'exprime dans un sabir incompréhensible… À un moment, il attrape Moira et s’éloigne avec elle, Patrick les suit. Il montre une vieille coque de bateau, avec un sceau en vieux fer forgé représentant une étoile avec un œil à la pupille enflammée au milieu : « ‘smouth ! ‘smouth ! ‘smouth ! » Allison arrive discrètement et tapote l’épaule de Patrick : elle lui dit que son père est un peu borné, qu’il ne sait pas saisir les occasions, qu’il a une fierté mal placée… Elle offre quant à elle ses services (pas pour du transport, mais éventuellement pour des rénovations, ou s’il y a des choses à « enterrer » dans la casse…), ajoutant que son père part bientôt à la retraite ; son oncle (Doug) a pété les plombs depuis un naufrage… Le sceau était pour les gars qui allaient pêcher près d’Innsmouth, ils disaient que ça les protégeait… Patrick et Moira retournent à la voiture, et repartent pour Arkham.

 

Avant de m'en aller de chez mes collègues, je demande à Abbey si elle a une photo de Beekman : non, mais elle me le décrit précisément. Je leur dis que je cherche également des renseignement sur un autre pigeon : Hippolyte Templesmith ; je les fais un peu rêver, là (surtout Carol)… Je retrouve Clive devant chez moi, il me parle (en restant vague) de son altercation avec Franklin, j’essaye de calmer un peu le jeu mais Clive n'est pas réceptif... Je lui parle de ce que j’ai appris sur le passé récent de Templesmith, j'envisage une sorte de « planque » non loin de sa résidence, il faudra peut-être lui rendre visite plus tard – voire à ses parents à Boston… On arrange un rendez-vous de tous chez moi plus tard dans la journée.

 

Clive rejoint « La Brique » (sans Franklin...) et Harvey au restaurant. Clive demande à son collègue s'il s'est débarrassé du « petit merdeux » : non… et il compte encore l’héberger… et il l’a même engagé à son compte ! Il y a du coup une certaine tension… Ils retrouvent cependant Harvey, qui en profite pour se gaver… La photo lui a fait penser à deux personnes, dans le domaine de l'ésotérisme, de l'occultisme ; il parle de trois bouquins potentiellement liés :

  • Le premier, il l'a vendu à un étudiant, « Mortimer », qu'il n'a pas revu depuis : un livre sur Goody Fowler, avec des sortilèges...
  • Le deuxième avait des références autant mystiques que scientifiques (espace-temps, mathématiques avancées...) ; il l'avait vendu à Andrew Stuart de l'Université Miskatonic, un chercheur en mathématiques appliquées qui tenait aussi un club d'astronomie ; il a disparu depuis, et sa maison a été détruite, conformément à son testament...
  • Le troisième, il l'a toujours, et le présente comme une rareté, un manuscrit ésotérique en vieil anglais – dans les 300 pages, titre pas lisible, une retranscription venant d’Arkham sur des faits paranormaux, des sortilèges, on y trouve des symboles pas identiques mais similaires à celui de la photo… Une belle pièce, Harvey insiste... Clive offre de le loger un certain temps, proportionnel à la valeur du livre ; Harvey dit qu'il faudrait le faire expertiser à l’Université ; ça doit valoir dans les 50 ou 100 $... Clive lui offre trois mois de logement dans un hôtel pas trop miteux ; Harvey s'empresse d'accepter, puis en rajoute, demande quatre mois... Clive est d'accord, il va lui trouver un hôtel.

 

Je vais à l’adresse de Beekman, dans un quartier peu moins pourri que chez mes copines... Il y a des gamins en bas, dont une fillette futée qui a de toute évidence de l'ascendant sur le garçon ; elle dit qu'elle veut une mèche de mes beaux cheveux... Je lui fais une promesse vague, elle me « révèle » que Beekman laisse sa clé sous le paillasson... mais qu'il est là de toute façon… Je ne lui donne pas de mèche de suite. Je devine qu'elle me prépare un mauvais coup... Je monte au troisième étage, prend la clé sous le paillasson, mais Beekman est bien là, en train de cuver, dans un appartement sordide puant la bière et le vomi. Je trouve dans le salon une photo de lui et Abbey, datée de plusieurs mois, dont le verre est brisé (probablement parce qu'il l’a fracassée sous le coup de la colère…) ; je m'en empare, et vais dans la chambre où je l’entends ronfler…

 

Clive et « La Brique » ne peuvent pas lire le livre eux-mêmes, il va falloir le donner à quelqu'un... « La Brique » avance le nom de Trevor, mais Clive n'est pas convaincu (d’autant que Trevor n'est probablement pas compétent)… Clive feuillette le livre, il y a des illustrations « magiques », des retranscription de procès de sorcellerie ou de lycanthropie, le prénom « Goody » y apparaît, Arkham sous une orthographe ancienne, et effectivement des symboles similaires mais pas identiques à ceux de la pierre.

 

Patrick et Moira rentrent à Arkham, et retournent devant chez moi.

 

Dans la chambre de Beekman, je trouve des brouillons de lettres d’amour à destination d’Abbey, qui se finissent par des insultes... Je lui balance le contenu de son pot de chambre à la gueule, il se réveille. Il récupère lentement, et se montre agressif, ce qui lui vaut une démonstration de mon Légendaire Coup de Genou dans les couilles. Je lui dis d’arrêter de faire chier Abbey, le menace par rapport à mes relations, évoquant même O'Bannion ; il dit et répète qu’il arrêtera, mais je sais qu'il me ment… et devine qu'il pourrait se montrer dangereux, du genre à tuer Abbey avant de se suicider... En bas, la gamine me tendait une embuscade avec son copain (armé d'une barre de fer !), je m'en rends compte, je la sermonne, elle dit que « Mortimer a raison de dire que les adultes mentent toujours » ; je vais à ma voiture, je lui coupe une mèche de perruque et la lui jette, elle me balance en retour un chat à la gueule (j’esquive...) et s’en va en courant et en riant…

 

On se retrouve tous chez moi, vers 14h. Clive et « La Brique » parlent du livre, Patrick et Moira de ce qu'ils ont trouvé à Locke & Key. Je parle de mes « contacts » à l’université, pour le livre (notamment le bibliothécaire amouraché que j’avais rencontré lors du préambule), et décide d'y aller. Je rapporte mes quelques informations sur Templesmith et ses parents, évoque aussi mon altercation avec les gamins en bas de chez Beekman (peut-être aussi le nom de « Mortimer » ? Pas sûr, je ne fais probablement pas le lien, il y a beaucoup de Mortimer, après tout...). Clive et Patrick envisagent une planque près de chez Templesmith, je pourrais les rejoindre le soir... Mais d’abord ils vont tous (sauf moi, donc) chez Drexler. Quelqu’un toque à ma porte peu avant notre départ – c'est Seth, un type aux cheveux longs qui fait passer les messages du crime organisé irlandais : il parle d'un des bars clandestins, en manque d’alcool, mais le patron a sorti son stock personnel pour la cérémonie d'enterrement de Neil O’Malley (un type qu'on connaissait dans le Milieu, qui s'occupait d'armement, de réparations…) ; il ajoute qu'on n'a pas trop l’occasion de s’amuser, avec Big Eddie… On peut y passer si jamais. Avant de partir, je m'entretiens en privé avec La Brique : je sais que Beekman n'est pas fiable, et probablement dangereux ; pourrait-il le supprimer discrètement ? Ce n'est pas vraiment mon rayon, et j'hésite...

 

Les autres vont à l’adresse de Drexler. Ils mettent un peu de temps à trouver l'immeuble. Ils tombent sur un « concierge », qui leur dit qu’il a payé – mais ils ne sont pas venus pour ça… Il leur dit que l’appartement de Drexler a été loué à plusieurs personnes depuis (ça fait quelques mois)… Rien de plus. Ils décident alors d'aller voir les parents de Bridget (une petite fille croisée tout d’abord dans le préambule, et que « La Brique » a revue, en pleine nuit, non loin des docks où nous autres enquêtions quant au bateau d’Innsmouth et l’entrepôt où il avait déchargé sa cargaison ; la fillette, accompagnée d’autres enfants, s’amusait avec un cadavre humain !).

 

Avant de voir le bibliothécaire, je parcours le livre vendu par Harvey pour m’en imprégner et pouvoir en causer un minimum. Je le situe vers 1700, 1720. J’y trouve bien des comptes rendus de procès de sorcellerie, de lycanthropie, croise le nom de Goody Fowler, les symboles effectivement proches de ceux de la pierre… Je rentre dans la bibliothèque, reconnais une bibliothécaire, assez stricte, la plus proche du comptoir d’accueil – et, plus loin, celui dont je m’étais attiré les faveurs (Stanley – j’avais oublié son nom, mais le lis plus tard sur son badge...). La bibliothécaire m’interpelle, l’autre a l’air un peu gêné, un peu apeuré ; elle me demande ma carte, mais j’en avais fait la demande auprès de son collègue (à mon nom) ; la bibliothécaire me donne le sésame, et je tâche de m’entretenir avec son collègue… Mais Stanley me fuit visiblement, il va dans la réserve, il m’évite ; je m’installe non loin, guette le passage, l’accoste quand il ressort enfin, alors qu’il s’enfuit dans un rayonnage ; il est troublé (sans doute par son audace antérieure, sa tentative de m’inviter à l’opéra), mais je le mets en confiance et lui montre le livre pour expertise, etc., en me présentant comme une dilettante poursuivant ses études sur des sujets assez proches de ceux dont je lui avais fait part la dernière fois... Je joue la carte professionnelle essentiellement, avec juste un tout petit peu de flirt pour la forme, mais pas au point de le mettre mal à l'aise. Il se montre très intéressé par le livre, mais l’expertise et la transcription demanderont du temps (il parle même de plusieurs mois...) ; je lui dis que c'est assez pressant, il me dit qu'il va profiter de ses congés, et me tenir au courant de ses avancées régulièrement (il a mon adresse et mon téléphone).

 

Les autres se rendent à la maison de la famille de Bridget McConnelly (sauf « La Brique », qui s’en va pour « une affaire perso », d’autant que les parents de Bridget pourraient le reconnaître…). Une femme, Irene, dans les 45 ans, leur ouvre – c’est la mère de Bridget. Clive se présente sous le nom de « Howard Jones », et ses collègues « Edward Cherry » et « Steffie Poole », d'une association de protection de l’enfance ; il dit qu'ils ont eu un signalement d’une petite fille qui pourrait être Bridget. « Bridget ? Vous êtes au courant ? » Irene est intriguée, elle les accueille à l'intérieur. Bridget leur cause des problèmes en ce moment, oui… Mais comment en ont-ils entendu parler ? Ils demandent des détails : elle a fait l’école buissonnière, elle est déjà revenue avec du sang sur les mains et disait fièrement s’être battue, elle est sortie plusieurs fois la nuit… Ils essayent de la garder dans sa chambre, mais les baffes et les prières n’y changent rien… Clive parle de la placer éventuellement dans un établissement, ce qui effraie Irene ; il tente de la rassurer. Est-ce qu’ils veulent la voir ? Ils vont à l’étage. Sa mère l’appelle fermement, pas de réponse, elle déverrouille la porte. La chambre semble vide. La fenêtre est fermée (de l’intérieur). Elle n'est pas sous le lit, pas dans le placard non plus. Clive soulève le tapis, y trouve deux lèvres humaines d’un rouge violacé… Patrick remarque qu'il y a un trou de souris sous l’armoire, quelques taches de sang… et des choses étranges, qui le perturbent : des empreintes de pattes d’un gros rat, avec des griffes, mais aussi avec des nuances physiologiques humaines faisant penser à des empreintes digitales… Irene tourne de l’œil, Clive va la soutenir et la fait sortir de la pièce, il veut lui servir un thé en bas… Mais ils entendent une détonation de fusil de chasse au rez-de-chaussée (Irene s’évanouit dans les bras de Clive, il la dépose sur son lit)… En bas, ils entendent un petit rire enfantin dans la pièce où M. McConnelly faisait la sieste… Patrick voit son cadavre, et Bridget sur le cul, troublée mais amusée, avec un gros fusil de chasse dans les mains – le recul lui a fait un peu mal. Elle tourne son arme vers Patrick, lui demande qui il est... Elle s’approche de la porte… Patrick parvient à s'emparer du fusil, Bridget se dirige vers la fenêtre, Patrick la déstabilise, il parvient à refermer ses bras sur elle… Elle appelle à l’aide : « Mortimer ! » Ils l’emmènent dans la voiture…

 

« La Brique » retrouve Franklin. Il lui dit qu'il a un contrat, mais qu'il faudra essayer d’être discret, et notamment ne pas utiliser d’armes à feu. Ils vont chez Beekman (j’avais donné l’adresse et la clé à « La Brique »). Il y a un chat mort, mutilé, en bas… Ils rentrent dans l’appartement : personne. Puis ils entendent des bruits de pas qui se rapprochent de l’entrée. « La Brique » et Franklin se planquent près de la porte. Beekman rentre assez lourdement : « J’avais pas fermé ? C’est à cause de la pute ! » Johnny lui colle une patate pour l’assommer, Franklin passe derrière lui pour le ceinturer et lui passer la main sur la bouche ; ils le trainent jusqu’à la chambre. « La Brique » lui en refout une en précisant « de la part de Tess »… Beekman tombe dans les pommes, « La Brique » l’étouffe dans son vomi… Une fois leur cible morte, Johnny et Franklin s’en vont, après avoir remis la clé sous le paillasson. Franklin est assez content, il a appris des truc, la discrétion…

 

Je vais vers chez Hippolyte Templesmith, à un kilomètre d’Arkham environ, dans un lotissement de quatre luxueuses villas bien éloignées les unes des autres ; on remarquerait trop le passage d'une voiture – je laisse donc la mienne dans un endroit discret, mais je me ferais probablement repérer même à pied… Je me déguise donc en femme de ménage, ça devrait passer en principe... Je repère au loin la porte au premier étage qui donne dans le vide… Je repère aussi des bois qui pourraient éventuellement servir de planque. Mais la maison est entourée par un mur de trois mètres de haut... En me rapprochant, j'entends des bruits de volailles (je comprends ensuite que ce sont des oies), comme si elles se battaient… Il y a une guérite sur la droite. Je vais dans les bois, d’où je peux apercevoir la porte du premier étage, une œuvre d’art antique, vitrée à hauteur d’homme, d'un vert clair assez agréable, décorée par des entrelacements de métal…

 

À suivre…

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Cookie Monster, de Vernor Vinge

Publié le par Nébal

Cookie Monster, de Vernor Vinge

VINGE (Vernor), Cookie Monster, [The Cookie Monster], traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Daniel Brèque, Saint Mammès, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière, [2003] 2016, 100 p.

 

Troisième titre de la toute nouvelle collection du Bélial’ baptisée « Une Heure-Lumière », Cookie Monster est le deuxième que je lis (après le très sympathique Le Choix de Paul J. McAuley). Plusieurs raisons à cela, notamment de bons échos encore une fois, et une certaine curiosité à l’égard de l’auteur qu’il me faudra bien satisfaire pleinement un jour en lisant ses plus célèbres romans, le diptyque composé de Un feu sur l’abîme et Au tréfonds du ciel… Je n’en ai toujours pas trouvé l’occasion ; ma seule lecture du théoricien de la Singularité reste donc Rainbows End, roman qui a pu être décrié en son temps mais que j’avais trouvé fort intéressant (en dépit d’une couverture de l’inoubliable Jackie Paternoster plus en forme – de quoi ? – que jamais). Ceci étant, la présente novella, lauréate des prix Hugo et Locus 2004, se rapproche peut-être davantage dudit roman que du diptyque précité… ou pas. Puisque nous sommes ici dans une complexe – très complexe – histoire d’apparences…

 

Ce qui ne me facilite vraiment pas la tâche. J’ai en effet la certitude que Cookie Monster gagne à être lu sans que l’on sache vraiment dans quoi on s’engage. Détailler davantage le propos revient à commettre cet horrible blasphème qu’est le spoiler… Je vais donc me contenter ici d’une version courte, « spoiler-proof », en guise de teaser. Disons déjà qu’il s’agit bel et bien d’une très bonne novella, résolument axée « hard science », avec ses corollaires habituels (migraine et austérité presque anti-littéraire), mais aussi son plus bel effet, typique du genre quand il est bien employé – le vertige… C’est aussi un texte qui s’amuse avec les références, citant directement un certain nombre d’œuvres de science-fiction (que je ne peux pas citer à mon tour ici sous peine de déflorer excessivement l’intrigue… Notons cependant que, parmi ces références, figure Vinge lui-même !), et probablement aussi des choses plus inattendues dans ce domaine – encore que, dans Rainbows End, l’auteur s’amusait déjà avec les expéditions imaginaires d’Alice à la poursuite d’un certain lapin blanc, mais l’effet est peut-être encore renforcé ici quand se fait jour cette certitude ozienne : non, on n’est plus au Kansas…

 

Mais pour ce qui est de l’histoire à proprement parler, je ne peux guère me permettre de dépasser ici les quelques éléments avancés par une quatrième de couverture à bon droit lapidaire. Nous avons donc Dixie Mae, jeune femme un brin paumée ayant enchaîné les boulots de merde ; là, elle vient de décrocher quelque chose de bien plus intéressant et bien mieux payé, une sacrée aubaine : elle a tout juste intégré le service clients de LotsaTech, la grosse boîte de l’informatique et compagnie, celle qui a mis à genoux Microsoft et quelques autres. Et elle se montre très consciencieuse. Mais le pénible Victor, qui bosse dans le même bâtiment aux mêmes conditions, l’interpelle et lui montre un curieux email qu’il vient de recevoir – et qui n’aurait jamais dû passer, tant il traficote les standards du service clients ; le plus inquiétant est cependant qu’il contient des informations personnelles à propos de Dixie Mae – des choses que personne d’autre qu’elle n’est censé savoir… Alors la jeune femme, de tempérament plutôt sanguin, décide de sacrifier sa pause déjeuner, et peut-être même de mettre en danger son chouette job, pour mener sa petite enquête : tout l’incite en effet à croire que le plaisantin à l’origine de cet étonnant et pervers message se trouve sur le site, dans le bâtiment voisin… Mais ses investigations, très vidéoludiques – peut-être à la façon d’un point-and-click ? – s’avèreront bien plus surprenantes que tout ce qu’elle pouvait imaginer…

 

Encore une précision qui me paraît utile : au-delà des références SF citées par l’auteur lui-même, via ses personnages (enfin, « ses »…), il en est une que bon nombre de lecteurs ont rajoutée, presque inévitable quand on parle de « hard SF », à savoir Greg Egan ; peut-être… Pour le coup, je ne peux m’empêcher de penser ici à une des nouvelles les plus rudes de l’auteur australien, à savoir « La Plongée de Planck » (dans Radieux), mais pas tant pour le fond que pour cette provocatrice déclaration d’intention : « Baudelaire peut aller se faire foutre. Je suis là pour la physique. » On remplace « physique » par « informatique et sciences cognitives » et hop ! Cookie Monster. Bon, j’exagère peut-être un peu, mais il faut bien dire ce qui est : Vernor Vinge, dans le présent texte, ne vise certainement pas à l’élégance – sa plume est purement utilitariste, ses personnages de même, tout est au service d’une intrigue complexe qui, passé un certain temps, ne rechigne par ailleurs guère à employer des concepts scientifiques, ou en voie de le devenir, particulièrement abscons, au risque d’une certaine austérité accompagnant la nécessaire migraine ; un peu comme si le lecteur était attrapé par le colback par un auteur sadique, s’ingéniant à lui fracasser la tronche contre tel ou tel concept velu en lui hurlant à l’oreille : « TU VAS LA BOUFFER MA SCIENCE ?! » Ce qui n’est pas toujours facile à gérer. Et certainement guère digeste…

 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : au-delà de cet aspect éventuellement rebutant, Cookie Monster est bel et bien une réussite. Si son anti-style et sa froideur conceptuelle en font presque à l’occasion une caricature de « hard SF », le fait est qu’il s’agit bien d’une très belle démonstration du genre. Bien que d’une culture scientifique au mieux limitée, votre serviteur y a pris beaucoup de plaisir – le même genre de plaisir, disons, qu’avec de bons Greg Egan ou Stephen Baxter, ou encore Charles Stross (voire Ted Chiang, pas très loin ?). C’est astucieux et intelligent ; c’est bien conçu et construit, avec un certain humour un brin pervers peut-être, ludique assurément, compensant la sécheresse minimale du style (et l’horreur sous-jacente – car tout ceci, sans en dire trop, a assurément quelque chose de cauchemardesque, au-delà des premières investigations paranoïaques…) ; et, au fil des pages, s’accroît cette délicieuse et troublante sensation de vertige, caractéristique des meilleures œuvres du genre. Une jolie réussite, donc – sans doute pas à même de satisfaire quiconque, et pouvant même en rebuter radicalement un certain nombre, mais pour ma part j’ai beaucoup aimé.

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (00-03)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (00-03)

Jusqu’à présent, les seuls comptes rendus de parties de jeu de rôle repris sur ce blog provenaient de parties maîtrisées par votre serviteur. Mais j’ai envie de faire une exception (qui sera peut-être suivie d’autres encore ? On verra…).

 

En effet, depuis que j’ai décidé de me mettre au jeu de rôle virtuel (notamment via le forum sobrement baptisé JDRVirtuel, d’ailleurs), j’ai eu l’occasion de vivre quelques très chouettes parties en tant que joueur. En l’espèce, presque immédiatement, j’ai intégré une fort sympathique table, dirigée par le vaillant MJ Cervooo, enchaînant tout d’abord, sous le titre global de « Poulpe du jeudi soir », des parties hebdomadaires de L’Appel de Cthulhu basées sur des « one-shots » du commerce (d’avant Sans-Détour sauf erreur), généralement étendus. Or la donne vient de changer récemment, me paraissant du coup plus propice à ce que j’en livre des comptes rendus ici.

 

Tout avait commencé, pourtant, dès le premier scénario que j’ai joué dans ce cadre (ce devait être ma deuxième ou troisième session en virtuel). Le Gardien Cervooo nous avait fait jouer le scénario « Irish Coffee », qui avait pour sympathique particularité de changer un tantinet la donne en ce qui concerne les investigateurs clichés du jeu, et, du coup, leur rapport à l’enquête et aux PNJ : nous incarnions en effet tous des gangsters, issus de la pègre irlandaise d’Arkham, aux ordres du guedin fini Danny O’Bannion. L’atmosphère classique de Prohibition prenait dès lors une tout autre signification, et les méthodes des personnages, autant que leur éthique, ne pouvaient qu’en être profondément chamboulées…

 

Les personnages (conçus par le Gardien des Arcanes sauf erreur, peut-être développés à partir de prétirés – ils en faisaient office, en tout cas) étaient les suivants : Johnny « La Brique », au pseudonyme éloquent, était donc un homme de main pas forcément des plus subtils, néanmoins d’une grande efficacité ; Drexler (le joueur n’a pas suivi après les premières séances…) était un tueur à gage à l’imperméable rebondi, et sentant sempiternellement la cordite ; Dugan « L’Anguille » était un cambrioleur fort agile, ancien artiste de cirque ; Agnes « Ma » Fletcher, un peu à part, était une braqueuse de banques afro-américaine, confrontée au racisme des WASP du coin au moindre geste, à la moindre parole, mais s’en accommodant à sa manière exubérante ; pour ma part, j’incarnais « Classy » Tess McClure, une séduisante jeune femme issue d’un milieu populaire, ancienne femme de ménage, mais ayant connu une belle ascension sociale, notamment en raison de son habileté à faire chanter les pigeons… et à une romance avortée.

 

Nous avions tous un passé défini, et une bonne raison de travailler pour Danny O’Bannion. Je ne vais pas détailler outre mesure l’histoire à proprement parler… Disons simplement que s’y mêlaient pègre et folklore irlandais, le « Mythe » n’étant pas à proprement parler au cœur de la trame, néanmoins riche de phénomènes troublants et de créatures qui ne l’étaient pas moins.

 

Ce fut une très chouette partie, avec une belle ambiance ; la table fonctionnait par ailleurs très bien. Depuis, nous avons joué (avec quelques changements de joueurs occasionnels) d’autres « one-shots étendus », fort sympathique à leur tour. Le Gardien Cervooo envisageait ultérieurement de relancer la mythique campagne des Masques de Nyarlathotep (qu’il avait déjà jouée avec trois des membres de la première table – je devais y participer, cette fois, avec quelques autres), puis a avancé une autre idée : la table ayant bien fonctionné et l’ambiance ayant été très chouette sur « Irish Coffee », ils nous a proposé de créer une campagne plus personnelle, passablement « bac à sable », dans ce joli cadre de la pègre irlandaise d’Arkham – belle idée que nous avons tous approuvée sans hésitation. Et c’était donc parti pour « Arkham Connection » (ou, de son petit nom, « Cthulhu GTA » ?).

 

Le scénario « Irish Coffee », en bon « one-shot » de L’Appel de Cthulhu, avait été assez… mortifère, disons. Des personnages qui avaient joué ce « préambule », seuls deux ont donc pu intégrer la nouvelle campagne, à savoir Johnny « La Brique » et ma « Classy » Tess (Drexler et « Ma » Fletcher étaient morts, quant à Dugan « L’Anguille » je crois qu’il avait fui la ville ?). De nouveaux personnages s’y sont donc agrégé. La joueuse incarnant « Ma » Fletcher est passée à Moira, une flingueuse (mais auparavant femme au foyer, d’un milieu assez confortable) ; Dugan « L’Anguille » a cédé la place à Clive Donnelly, un bootlegger et plus généralement trafiquant ; un nouveau joueur (rencontré lors d’autres séances du « Poulpe du jeudi soir ») a remplacé celui qui avait un temps incarné Drexler, avec son propre personnage de Patrick O’Brien, perceur de coffres et amateur de dynamite le cas échéant, qui avait par ailleurs combattu auprès de l’IRA au pays…

 

Mes notes des premières séances de la campagne étaient probablement trop lapidaires pour que je puisse les livrer utilement ici telles quelles. Je vais donc me contenter de résumer un peu les éléments essentiels, mes comptes rendus complets commençant par la suite, avec la quatrième séance.

 

Contexte de base : la pègre irlandaise d’Arkham est dirigée par Danny O’Bannion – un inquiétant fou furieux, tellement instable et violent qu’il en devient très dur à appréhender et à supporter au quotidien. Sa position au sein de la ville est relativement confortable, et il a globalement pris le dessus sur l’autre grande faction criminelle d’Arkham, aux mains des Italiens – il cherche cependant à éviter toute guerre des gangs (toute guerre ouverte, en tout cas). Ses affaires se portent plutôt bien et, outre son réseau de speakeasies, plus ou moins couvert par des entreprises « légales » en guise de façade (la compagnie de taxis du Trèfle, notamment), il entend au début de la campagne (nous sommes aux environs de Noël) lancer une sorte de club prestigieux – le Trèfle, là encore.

 

Les PJ doivent faire face à quelques conséquences du « préambule », plus ou moins heureuses : ainsi, en guise de récompense, j’ai pu découvrir qui était le responsable de la mort de feu mon époux, en l’espèce son associé Edward Timley, qui avait fricoté avec les Italiens – il a été torturé et éliminé avec ma bénédiction… Les enfants de « Ma » Fletcher, le futé Trevor et la racaille Franklin, sont par ailleurs arrivés à Arkham – « La Brique » et moi étions censés leur venir en aide, en mémoire de notre défunte camarade (je m’occupe volontiers du sympathique Trevor, l’encourageant même – ce qui n’est certes pas évident étant donné son statut social – à « faire son droit » ; mes relations avec Franklin sont plus tendues, et c’est « La Brique » qui le prend bien vite sous son aile…). Plus anecdotique, Margaret Hoover, veuve depuis peu, a offert une récompense à qui pourrait éclairer la mort de son époux – un dommage collatéral de nos expéditions dans les égouts de la ville… –, tandis que le père Sheene, avec lequel nous avions eu des relations un brin houleuses et qui s’était retrouvé en prison, s’en est évadé en tabassant un garde, ce qui a fait les gros titres !

 

Surtout, il nous a fallu nous occuper du cas de Thomas Lindsay III, un WASP bien trop curieux rencontré lors de notre enquête initiale… Mais le bonhomme s’avérait probablement moins propre que l’image qu’il voulait bien donner : son goût secret pour les prostituées (de couleur, qui plus est) et la pornographie a permis de se débarrasser de cet encombrant fureteur.

 

Au-delà, nous avons été bombardés d’informations et de pistes dès le départ – il y a beaucoup de choses à faire dans cette ville… Par exemple, nous avons été amenés à nous intéresser de près au personnage d’Hippolyte Templesmith, un rupin fantasque récemment arrivé à Arkham, et bien mystérieux au-delà de son excentricité typique de « people » ; d’autant qu’il s’est retrouvé en affaires auprès d’O’Bannion, victime d’une pénurie d’alcool… et lui a même « piqué » sa compagne, Elaine !

 

Cette pénurie d’alcool est par ailleurs en rapport avec des trafics indélicats, par bateau, sur lesquels O’Bannion aimerait en savoir davantage… Et il y a des choses plus inquiétantes – ainsi, des enfants qui disparaissent, ou que l’on croise à l’occasion, la nuit, dans des endroits improbables… Mais aussi un mystérieux tueur, une vraie machine, qui sème la mort et la destruction à Arkham et dans les environs, en laissant sur les cadavres de ses victimes (du Milieu) des cartes à jouer – toujours un as de pique…

 

Les premières séances (après cependant la mise en jambes de l’affaire Thomas Lindsay III) ont d’ailleurs été assez mouvementées. « La Brique » et moi avons ainsi pu constater les dégâts commis par le tueur à l’as de pique (tout d’abord sur les Rocks, un gang de gamins italiens) – et, après coup, Johnny m’a même raconté le plus improbable : ce tueur en imperméable n’avait pas de tête ! Or nous avons recroisé sa route à plusieurs reprises depuis, et l’évidence s’est faite : le tueur sans tête n’est autre que notre ancien camarade Drexler, mort depuis plusieurs mois…

 

Nous avons cependant rejoint les autres, partis, la nuit, enquêter sur les docks d’Arkham. Ils ont fait mouche, repérant un mystérieux bateau passablement délabré, vite identifié comme provenant de l’inquiétant petit port d’Innsmouth… Notre tentative conjointe de nous approcher de l’entrepôt où officiaient les marins, tous affligés du « masque », a cependant tourné court ; s’en est suivi un très violent affrontement, et, si nous avons bien fini par vaincre, Moira et Patrick ont été sévèrement amochés – voire aux portes de la mort –, et j’ai moi aussi pris quelques coups…

 

« La Brique » et moi avons fouillé l’entrepôt, avec plusieurs lots de caisses, comprenant tant des alcools a priori plutôt luxueux ou des cannettes de la nouvelle boisson à la mode, le Miska-Tonic !, que des choses plus improbables – notamment des chiots bâtards, avec une sorte de dague sacrificielle, et plus loin une étrange pierre gravée de mystérieux symboles ésotériques, disposée sous le cadavre d’un chat… Dans le bateau, d’une puanteur invraisemblable, Moira, Patrick et Clive ont également trouvé des documents potentiellement utiles, renvoyant au propriétaire, Mike Sargent (éliminé lors de l’affrontement, j’avais d’ailleurs empoché quelques objets en or véritable en fouillant les cadavres…), évoquant une rénovation auprès de l’entreprise Locke & Key, située à Martin’s Beach, et surtout une lettre sibylline :

 

« Lot 1 : comme prévu, puis passez à celui des Irish.

« Lot 2 : doublez le rendement, finissez l'extrait, je vous en fournirai d'autres par la suite.

« Lot 3 : à poser sur l'angle signé, puis sacrifiez. Evitez de le laisser vous voir.

« Nous nous élèverons ensemble, nous les bâtards de nos dieux et maîtres, au rang que nous méritons.
« – 6X »

 

Le retour a été agité lui aussi – tandis que Moira, Clive et Patrick repartaient à bord du bateau d’Innsmouth, le Corail d’Ébène, « La Brique » et moi sommes retombés sur Drexler, qui a enchaîné les massacres ! Le temps de rejoindre Big Eddie, patron par intérim (c’est le bras droit brutal de Danny O’Bannion, en retrait ces derniers jours, mais qui avait un peu trop sévèrement corrigé son second habituel, Vinnie, lors de la deuxième séance, à l’inauguration du Trèfle – après son entrevue tendue avec Templesmith accompagné d’Elaine…), les morts se sont accumulés, et bien des « pièces à conviction » ont disparu…

 

On en arrive alors à la quatrième séance. Désormais, je vais pouvoir faire des comptes rendus plus précis. Et donc :

 

À suivre…

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Karpath, n° 3/4 : Hommage à H.P. Lovecraft

Publié le par Nébal

Karpath, n° 3/4 : Hommage à H.P. Lovecraft

Karpath, n° 3/4 : Hommage à H.P. Lovecraft, Vouziers, De Vermis Mysteriis, 1990, 2 vol., 74 + 73 p.

 

L’étonnant objet que voilà… Karpath était un très éphémère (1989-1990) fanzine traitant de fantastique au sens large, sous la houlette notamment de Florian Brion ; dès le départ, il a louché sur Lovecraft et les lovecraftiens, ce qui a cependant culminé avec ce numéro double conçu en 1990 (pour le centenaire de l’auteur), entreprise étonnamment ambitieuse qui n’a cependant pas eu de suite : ce bel ouvrage est la dernière occurrence de Karpath… Mais, oui, entreprise ambitieuse, assurément : d’emblée, on est d’ailleurs étonné, et ravi, par le côté étrangement luxueux de l’objet – tranchant sans doute sur la conception habituelle des fanzines ; les deux volumes le composant, de 74 pages chacun, sont rassemblés dans une sorte de petit coffret, ou de chemise peut-être, en carton très (trop ?) fin, joliment illustré par Guillaume Sorel, un habitué de la revue ; ces deux volumes sont d’ailleurs très abondamment illustrés par ledit Guillaume Sorel (et quelques autres à l’occasion… généralement bien moins doués), qui livre un travail parfaitement admirable et ô combien dans le ton – à ce stade, on s’étonne en fait que la mise en page des articles fasse autant ressortir un certain côté « artisanal », qui, pour le coup, tranche un peu. Autre belle surprise à la découverte de ce curieux objet : il y a du beau monde à l’affiche, ainsi qu’en témoignera ce compte rendu par la suite – du beau monde français, mais aussi anglo-saxon ; tout le matériau n’est certes pas inédit, d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, mais c’est bien le cas de la majeure partie des communications – et les reprises proviennent essentiellement de publications au moins aussi confidentielles que le présent fanzine, aussi n’a-t-on pas à s’en plaindre.

 

Certes, on y trouve un peu de tout. Des choses excellentes (dues par exemple à Gilles Menegaldo, Michel Meurger, Joseph Altairac, Jean-Luc Buard ou encore Robert Bloch), d’autres assez consternantes hélas (le pompon revient sans doute à l’indicible Brian Lumley, mais la hideuse bande dessinée de Patrick Van Langhenhoven et Pascal Bresson se défend bien dans la catégorie blasphématoire), et, entre les deux, du bon, du moins bon, de l’anecdotique souvent, du médiocre parfois…

 

Voyons donc ce que ça donne au fil de la revue. Jacques Goimard, dans « Atypique », livre une brève réminiscence, pas toujours très tendre pour Lovecraft d’ailleurs, surtout éclairante sur la perception de l’auteur à l’époque de sa découverte en France – et, déjà, la lutte entre amateurs de fantastique et amateurs de science-fiction…

 

Jacques Finné livre alors une communication intitulée « Conception du fantastique chez H.P. Lovecraft », d’ailleurs : c’est que ce vieux débat s’est prolongé (le colloque de Cerisy en a encore témoigné un peu plus récemment, par exemple) ; j’avoue, pour ma part, rapprocher surtout Lovecraft de la SF, instinctivement, même si je ne vois pas vraiment de raison de partir en croisade à ce sujet – mais, dès lors, les articles appuyant sur sa dimension fantastique me paraissent plus ou moins pertinents… En fait, j’en retiens surtout, là encore, que l’intérêt pour Lovecraft et son œuvre révolutionnaire n’implique pas nécessairement un fanisme de tous les instants : une fois de plus, l’auteur peut, à bon droit sans doute, se montrer quelque peu sévère pour son sujet – ce qui reviendra dans d’autres articles par la suite.

 

Jean Marigny poursuit d’une certaine manière dans cette voie, tout en raccrochant l’étude à son propre dada, avec un article intitulé « Le Vampirisme dans l’œuvre de Lovecraft », concluant bien vite que le gentleman de Providence, si désireux de débarrasser le genre horrifique de ses croquemitaines traditionnels, n’a pas vraiment eu recours à cette figure classique, si ce n’est de manière très détournée et plus « matérialiste » (on évoque forcément « La Maison maudite », sans doute son récit le plus ouvertement vampirique quand bien même c’est à sa manière très personnelle, mais aussi « La Couleur tombée du ciel » ou L’Affaire Charles Dexter Ward…) ; article un peu lapidaire, et qui n’apprend pas forcément grand-chose.

 

On arrive à quelque chose de bien autrement intéressant avec « Le Monstre dans l’œuvre de H.P. Lovecraft », article de Gilles Menegaldo plus consistant, détaillant les diverses implications de l’usage du monstrueux chez Grandpa Theobald, sujet complexe tant ses usages sont variés, de la simple répugnance instinctive, effet d’horreur immédiat, à la suggestion outrée d’altérité prenant des dimensions cosmiques (voire métaphysiques ?). Très bien fait.

 

Louis Vax, dans « Des infra-caves aux ultra-greniers », reprend et critique la notion développée par Maurice Lévy dans son Lovecraft, ou du fantastique, de « verticalité de l’horreur », mais entendue avant tout dans le sens de la profondeur ; l’auteur complète cette perception première en s’intéressant aux connotations tout autres, mais non moins présentes dans l’horreur lovecraftienne, de la hauteur, fouillant les greniers qui répondent aux caves (à grand renfort de Bachelard et quelques autres). L’idée est sans aucun doute juste, mais j’ai l’impression qu’elle ne débouche pas sur grand-chose de palpitant, là où il y aurait eu sans doute de la matière – et le ton vaguement pédant et volontiers redondant de l’article ne m’a pas vraiment incité à approfondir (euh…) le sujet, dommage…

 

Roger Bozzetto traite alors de « L’Indicible et son portrait : Le Modèle de Pickman », texte qui ne m’a hélas guère convaincu : il est un brin lourd de paraphrase du petit conte lovecraftien, et son style très pénible n’arrange en rien les choses, ne donnant guère envie de s’attarder à développer plus hardiment les implications de l’usage des tableaux et des descriptions dans cette nouvelle, là où il y aurait eu indéniablement de quoi faire…

 

Puis arrive heureusement mon chouchou, Michel Meurger, avec « De l’homme au singe. Dévolution et bestialité chez Howard Phillips Lovecraft », superbe article s’intéressant au contexte comme au contenu de la nouvelle « Arthur Jermyn » (ouvrant des voies à d’autres textes plus consistants, « Le Cauchemar d’Innsmouth » au premier chef). À l’instar de ses brillants « Cahiers d’études lovecraftiennes » consacrés à Lovecraft et la SF (hop, et hop ; le deuxième reprendra d'ailleurs cet article), mais aussi de ses fascinants dossiers pour la revue Le Visage Vert, c’est bluffant d’érudition mais sans épate, et toujours d’une extrême pertinence ; des anecdotes sur les phénomènes de foire aux polémiques darwiniennes, avec au cœur la quête du « chainon manquant » entre l’homme et le singe, et des conséquences variables (mais racistes et pessimistes chez Lovecraft), c’est passionnant de bout en bout et remarquablement bien fait.

 

Autre très bel article admirable d’érudition, même si plus léger à certains égards, peut-être, on vantera « De L’Antarctique aux Montagnes Hallucinées, ou pour en finir avec la nostalgie des origines », de Joseph Altairac, comparant pour l’essentiel le célèbre roman de Lovecraft avec un roman français peu connu, L’Antarctique, de Dominique Sévriat (1923) ; il ne s’agit bien sûr pas de déterminer ici une influence, mais de se pencher sur les implications philosophiques, et les divergences en définitive, de ces deux récits polaires assez proches en apparence, et piochant parfois aux mêmes sources (dans le rapport à l’Arthur Gordon Pym de Poe, mais aussi bien au-delà). Or, là où le récit lovecraftien, un de ses plus ambitieux, appuie sur la dimension scientifique pour affirmer en définitive l’horreur cosmique, corrélative au sentiment d’insignifiance de l’homme dans un univers indifférent, le roman de Sévriat sombre à terme dans l’ésotérisme de foire et plus encore la religion « pop », à mille lieues des préoccupations du gentleman de Providence, et pour un effet semble-t-il incomparablement moins convaincant, voire tout bonnement ridicule. Au-delà, cependant, on appréciera les considérations sur les thèmes en vogue à l’époque, et leur utilisation commune et pourtant on ne peut plus différente par les deux auteurs (ainsi des théories de Wegener, très discutées alors, sur la dérive des continents – et dont l’usage par Sévriat est pour le moins cocasse). En fin de compte, cette comparaison, autrement plus favorable au chef-d’œuvre lovecraftien qu’à la naïve rêverie atlante du Français, débouche sur une critique des vaines quêtes d’un « âge d’or » où l’humanité, plus proche de Dieu, était incomparablement « supérieure » aux pathétiques ersatz du XXe siècle avec leurs tristes gesticulations matérialistes – tout en plaçant l’homme, de manière globale, au centre d’une création conçue spécifiquement pour lui ; thème cependant un peu trop vite expédié à mon goût, peut-être – il y a sans doute bien des choses à dire à ce sujet…

 

Ce premier volume s’achève sur un autre article tout à fait intéressant, et bien moins anecdotique qu’il en a l’air : dans « Lovecraft et Larousse », Jean-Luc Buard se penche sur les notices biographiques du gentleman de Providence dans les dictionnaires français, la première datant de 1966 – qui fait de Lovecraft un pionnier : il est le premier auteur de SF américain à avoir droit à cette reconnaissance. On s’amusera des imprécisions, voire des erreurs pures et simples, de ces notices – à caractère peut-être en partie publicitaire ? –, mais, au-delà, l’auteur dresse une généalogie complexe des innovations et emprunts en la matière, avec tout ce qu’ils pouvaient impliquer. Très intéressant (et ça m’aurait sans doute été très utile pour le Bifrost 73…).

 

On passe alors au deuxième volume, s’affichant globalement plus « subjectif ». Il s’ouvre sur plusieurs brèves remémorations d’un intérêt très variable (le machin de François Truchaud est hors-concours) : le « Lovecraft » de (John) Ramsey Campbell est assez étonnant ; j’ai cru comprendre que l’auteur anglais avait considérablement évolué dans son rapport à Lovecraft et aux lovecrafteries, au fil du temps – de l’admiration inconditionnelle et naïve et la haine pure et simple ; ici, en tout cas, il livre un article plutôt lucide sur l’œuvre initiale et la contribution des pasticheurs, dont lui-même, via Derleth – mais le tout sans rancœur et de manière finalement juste.

 

Richard D. Nolane, dans le bref article « L’Importance de Lovecraft ? », est sans doute nettement moins juste – d’autant sans doute qu’il y glisse un éloge de la biographie contestable de Lyon Sprague de Camp, qu’il avait traduite il est vrai (et qui était sans doute une avancée à l'époque)… On remonte le niveau avec « Présence de Lovecraft » de Patrick Marcel, bien trop bref sans doute, mais plus assuré (et justement sévère pour les derletheries et compagnie). Niveau qui retombe aussitôt avec Jacques Baudou pour « Je me souviens de Kadath », brève encore réminiscence consacrée à Démons et merveilles, fantasmes de Jacques Bergier compris – j’imagine qu’on peut juger ça amusant, à la limite… Quant à Stéphane Bourgoin, dans « À Robert Bloc(h) pour H.P.L. », il est hors-sujet, et se la pète peut-être un peu…

 

Or le texte suivant, justement, est dû à Robert Bloch – et ce « De Lovecraft Mysteriis » est clairement à mes yeux le plus beau, le plus juste, le plus touchant de ces divers hommages, et de très loin. Un très joli texte, qui vibre d’émotion et de reconnaissance pour cet aimable modèle, jamais rencontré, mais d’une sympathie et d’une attention rares ; l’auteur y joue, ainsi que Stéphane Bourgoin juste avant par rapport à lui-même, de sa correspondance timide de débutant avec le Maître, mais l’effet est tout autre – et, cette fois, c’est l’humilité qui prend le dessus…

 

L’article de Jacques Van Herp, « Mes découvertes de H.P. Lovecraft », est assez déconcertant. Mais je lui trouve un côté ludique, et assez malin, dans ses considérations mathématiques, et dans son exploration des hypothèses de « Blancs sauvages » américains, sur de minuscules territoires censément inexplorés, au cœur même de la Nouvelle-Angleterre… Au-delà, je ne suis à vrai dire pas certain de ce que je pense au juste de cet article étrange, ni de ce que l’auteur pense au fond de Lovecraft…

 

Suit une horreur indicible, avec l’indicible Brian Lumley. Son article intitulé « Arkham, Derleth, Lovecraft » m’a fait l’effet de ne clairement pas être à sa place ici – je n’ai appris que plus tard, dans l’ours de la revue un peu planqué quelques pages plus loin, qu’il s’agit en fait de la préface à son roman Beneath the Moors, paru chez Arkham House, ce qui explique bien des choses… Celui qui a commis les terribles « Titus Crow » n’y cause finalement guère de Lovecraft, mais se livre à un éloge malvenu d’August Derleth, de ses pastiches fort réussis (…) et de son activité éditoriale essentielle au sein d’Arkham House (ça tombe bien), débouchant finalement sur sa propre apologie (après quelques rares concessions concernant la médiocrité de ses tout premiers textes). Je ne sais pas si c’est avant tout consternant ou édifiant – probablement les deux à la fois, en fait.

 

On passe alors brièvement au personnel du fanzine : David Neiss (du comité de rédaction) livre un « Les Rejetons de Cthulhu » passablement confus, dont il me paraît difficile de retenir quoi que ce soit. Passé un consternant dessin « humoristique » (oh, oh, oh) de Jean-Pierre Andrevon, le rédacteur en chef Florian Brion, dans « Something About Cats and Other Piece », traite de Lovecraft et des chats (notamment de ceux d’Ulthar, comme de juste) avec un enthousiasme plutôt communicatif, même si sans doute pas plus constructif que ça.

 

Retour à l’exégèse de pointe, encore que de manière plus légère que dans le premier volume, avec Gilles Menegaldo, pour un compte rendu de la « Conférence du Centenaire » à Providence (où il représentait la critique française avec Maurice Lévy) ; ce résumé assume à bon droit sa subjectivité, faisant état des divers panels avec ce qu’ils avaient d’intéressant comme de douteux (notamment une communication visiblement très étrange sur « La Couleur tombée du ciel » – et quelques remarques sur Donald R. Burleson pas toujours facile à suivre dans l’exposé de sa « déconstruction » façon Derrida de Lovecraft, tu m’étonnes…), mais aussi de quelques séquences émouvantes (l’arrivée impromptue de Frank Belknap Long, en chaise roulante ainsi que son épouse, ou les visites guidées de Providence culminant par des cérémonies plus ou moins formelles sur la tombe de l’auteur). Intéressant – d’autant qu’il s’agit d’un cliché appréciable de l’état de la recherche en 1990.

 

Marc Thomas, dans « Atmosphère… Atmosphère », évoque le tournage de son court-métrage de fin d’études, La Transition d’Ulrich Zann (1988), s’étendant sur les difficultés propres à l’adaptation des récits du Maître. J’avoue ne pas vraiment partager son opinion, bien souvent – y compris le relatif mépris dans lequel il semble tenir son matériau de base, « La Musique d’Erich Zann » (alors qu’il s’agit pour moi d’un des meilleurs contes fantastiques de l’auteur, avant ses « grands récits » ; Marc Thomas lui préfère notamment « Le Témoignage de Randolph Carter », dont il a joué dans ladite adaptation libre et sur lequel il est revenu ultérieurement, alors que j’ai toujours trouvé ce récit – inspiré d’un rêve certes troublant – guère convaincant voire carrément ridicule en définitive, bon…). Globalement, ça ne m’a guère convaincu – et pas davantage le scénario dudit court-métrage, qui suit immédiatement (bon, sans avoir vu le film, je ne peux pas en dire grand-chose de plus, forcément…).

 

Suit une abomination, avec l’adaptation (très libre à nouveau) en BD de « La Musique d’Erich Zann », justement, par Patrick Langhenhoven (texte, innombrables fautes comprises…) et Pascal Bresson (dessin). C’est parfaitement hideux…

 

Et, en guise de dessert, « Will », une nouvelle de Graham Masterton, mêlant lovecrafterie de façade (plus dans le vocabulaire et la grosse bestiole que dans l’horreur cosmique, quoi) et amusantes considérations shakespeariennes ; l’idée de base est plutôt sympathique (encore qu’elle me paraisse bien fade en comparaison, disons, des épisodes shakespeariens de Sandman, auxquels j’ai immédiatement pensé, peut-être à tort), mais son traitement est plutôt calamiteux, dans la forme comme dans le fond – au final, une énième zèderie écrite avec les tentacules…

 

Tout n’est donc pas bon dans ce Karpath double. Globalement, pourtant, je suis très enthousiaste – cette entreprise ambitieuse, ô combien, a dans l’ensemble été bien menée, et il en résulte un « objet » à part, bénéficiant de quelques travaux fort intéressants et des belles illustrations de Guillaume Sorel. Tout cela est donc très, très sympathique – et ce Karpath, au-delà de son seul statut déjà notable de curiosité, s’avère très convaincant et appréciable. Vraiment une chouette lecture.

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La Chose dans la cave, de David H. Keller

Publié le par Nébal

La Chose dans la cave, de David H. Keller

KELLER (David H.), La Chose dans la cave et autres nouvelles, traduit de l’américain par Jacques Papy et France-Marie Watkins, préface de Jean-Pierre Ohl, Talence, L’Arbre Vengeur, 2007, 106 p.

 

Commençons large : une caractéristique essentielle de la science-fiction en tant que genre est probablement sa mémoire – au-delà même de la seule intertextualité qui la fonde, il se trouve des érudits du domaine pour repêcher heureusement de fâcheux oublis, et ramener à la lumière des auteurs qui ont pu, en leur temps, avoir leur importance, mais ont été abandonnés depuis. Mais temporairement abandonnés, du coup. Même si ces rappels parfois salutaires peuvent prendre des voix inattendues – plus ou moins. L’Arbre Vengeur, ainsi, n’est probablement pas connoté comme un éditeur d’imaginaire, mais a à maintes fois, dans son fort joli catalogue, joué ce rôle de (re)passeur. En tout cas, c’est grâce à cette maison d’édition que j’ai pu pour ma part redécouvrir des auteurs comme Algernon Blackwood (voyez l’excellent L’Homme que les arbres aimaient) ou, de par chez nous, Jacques Spitz (l’excellent L’Œil du Purgatoire), entre autres (sans oublier à l’occasion des choses plus récentes, comme l’excellent Plop de Rafael Pinedo). Parmi les antiquités glorieuses exhumées par l’éditeur, il faut aussi mentionner, bien sûr, Régis Messac, pour l’excellent Quinzinzinzili – or Messac était un amateur des nouvelles de science-fiction de David H. Keller (en son temps un protégé de Hugo Gernsback, par ailleurs), auteur qu’il avait publié en France dans sa collection des « Hypermondes ». On pourrait du coup supposer que c’est cette attitude de Messac qui a incité L’Arbre Vengeur à se pencher sur le cas de David H. Keller – sauf que ce tout petit recueil est a priori sorti un an avant la réédition de Quinzinzinzili, bon… Mais peu importe. Et puis, franchement : un auteur admiré par Messac et méprisé par Curval, ça doit être bien, non ?

 

Uh uh.

 

Cela dit, je n’avais absolument aucune idée de tout cela quand j’ai fait l’acquisition de ce tout petit volume (pour le coup bien onéreux, d’ailleurs…). Inculte de moi, je n’avais jamais entendu parler de l’auteur. Mais j’avais été séduit par la couverture ultra-sobre, le titre connoté, la quatrième de couverture aguichante… Et une relative confiance, mêlée de curiosité bienveillante, envers L’Arbre Vengeur, donc, qui exhumait régulièrement des pépites d’imaginaire (avec parfois des ratages, ceci dit : plus récemment, les Rêves cruels de Rhoda Broughton m’ont laissé totalement de marbre…).

 

Un auteur inconnu pour ma pomme, donc. Et un auteur rare, semble-t-il, de toute façon. Qui signait « David H. Keller, MD », comme pour illustrer la priorité de sa profession (médecin, et neuropsychiatre) sur sa production littéraire. Gernsback l’appréciait, donc – et Messac aussi. Mais pour sa science-fiction, surtout (assez « pessimiste », a priori). Et donc, fausse piste pour le coup, car ce tout petit recueil de quatre nouvelles (provenant d’une édition américaine chez Arkham House, tiens, tiens ?) ne relève en rien de la SF (officiellement) naissante, mais bien plutôt du fantastique (et/ou de l’horreur). Quatre textes très brefs, plus ou moins convaincants – autant le dire tout de suite ? –, mais intéressants néanmoins, et très variés : à vrai dire, ce recueil donne presque une impression d’exercices de style (impression que je trouve parfois fâcheuse, mais pas tellement ici), mais passablement intriguant…

 

On ne s’étonnera pas forcément de l’étiquette de fantastique « psychologique » accolée notamment à la première nouvelle – « La Chose dans la cave », donc –, elle paraît couler de source étant donné la profession de l’auteur. Mais, au fond, c’est peut-être discutable… Ce texte, en tout cas, relève pour le coup carrément de l’épure – bien trop à mon sens, d’ailleurs. Une autre référence avancée par Jean-Pierre Ohl, le patron sauf erreur, dans sa préface, me paraît plus précise et probablement pertinente – celle renvoyant au cinéma de Jacques Tourneur, l’inévitable La Féline et quelques autres (je dirais bien Vaudou, mais ne connais pas le prestigieux réalisateur au-delà, je plaide coupable…), référence qui reviendra pour les textes suivants, d’ailleurs, mais avec toujours une nuance différente. Mais revenons à cette idée d’épure : dans « La Chose dans la cave », nous entendons parler d’un couple passablement prolo, et de leur enfant, qui, dès son plus jeune âge, tout bébé incapable de s’exprimer autrement, vagit à n’en plus finir dans la cuisine où sa mère le garde, dès lors que l’accès à la cave y est ouvert. En grandissant, il confirmera cette crainte de la cave, affirmant qu’il s’y trouve… quelque chose… Et là, bon, je vais raconter la fin, oui, et je n’ai pas vraiment envie de parler de SPOILER même si au cas où – tout simplement parce que cette conclusion était inévitable : un docteur (mauvais psychologue pour le coup ?) donne à ses parents un fâcheux conseil, exposant l’enfant à l’absence nécessaire de menace dans la cave : forcément, enfermé seul dans la cuisine, la porte de la cave ouverte, il hurle, puis se tait, on ouvre enfin – oui, il est mort. Point. Une épure, disais-je donc. Et sans la moindre explication malvenue. Mais par ailleurs sans surprise – et c’est un aspect qui ressurgira dans les deux nouvelles suivantes, moins dans la dernière (à mon sens la meilleure). On est peut-être trop habitué, dans notre petit monde d’amateurs de nouvelles fantastiques, a fortiori celles issues des pulps, à l’art dangereux de la chute – pas du tout pratiqué ici, tout coule de source. Pour le coup un peu trop à mon goût – si l’aspect « cas clinique » accompagnant cette épure n’est pas inintéressant en soi, il peut à bon droit laisser perplexe…

 

La deuxième nouvelle, « Le Chat-Tigre » (j’aurais mis au féminin, mais bon… et Tourneur là encore, certes) implique elle aussi une cave, mais se montre bien différente. Le texte, à bien des égards, relève de la parodie – celle, en l’occurrence, du genre gothique, dont bien des clichés ressortent, du cadre tant qu’à faire italien à l’inquiétant souterrain (bis), en passant par une déstabilisante figure féminine, évoquant peut-être une sexualité plus ou moins assumée mais probablement perverse. Il y a là encore un côté très épuré, malgré les emprunts appuyés, et peut-être un brin rigolards, donc, au « roman noir » des origines. J’ai trouvé, cependant, que cela fonctionnait bien mieux que « La Chose dans la cave », notamment en ce que l’ambiance, bizarrement, se montre autrement plus oppressante, assez subtile finalement, et en tout cas convaincante – chose d’autant plus improbable au vu des poncifs recyclés. La nouvelle, vue sous ce dernier angle, pourrait prêter à rire – et pourtant, elle procure à sa manière inattendue de fort agréables frissons. Elle parvient même à surprendre – ce qui n’était pas gagné –, voire à écœurer légèrement. Et ce au-delà de l’absence de chute, une fois de plus. On pourrait en garder à nouveau un goût amer en bouche, mais non : ça marche, plutôt bien voire très bien.

 

Selon Jean-Pierre Ohl, la troisième nouvelle, « La Morte », est le chef-d’œuvre de ce petit recueil. Je ne suis pas vraiment de cet avis, même si cette nouvelle, plus ou moins poesque, d’ailleurs (et probablement celle pour laquelle le qualificatif de « psychologique » s’impose le plus), n’est certes pas désagréable… En tout cas, là encore, absence de chute, plus que jamais délibérée : dès le titre, après tout, nous savons bien ce qu’il en est de la femme du narrateur… La poursuite du récit, dès lors, rejoint à mes yeux à nouveau cet idéal d’épure, mais avec plus ou moins d’habileté – et peut-être, pour le coup, cette nouvelle est-elle un peu longue, car forcément répétitive ? Cela participe sans doute de l’exercice de style, en même temps. Et l’ambiance est à nouveau plus que correcte : à l’instar du pastiche gothique qui précède, quoique d’une manière bien différente, ce conte suscite autant le frisson qu’un sourire complice…

 

Cela dit, le vrai chef-d’œuvre dans ce (trop) petit recueil, c’est pour moi la dernière nouvelle, « La Bride magique » (qu’on aurait pu traduire plus brièvement et fidèlement par « La Bride », pour une fois, mais bon… Je n’en ai pas parlé plus haut, mais ces nouvelles sont traduites par Jacques Papy – parfois élégant, admettons, mais pas toujours très respectueux du texte, à en juger par ses traductions de Lovecraft – et France-Marie Watkins, croisée ici ou là avec des résultats, euh, pas toujours très probants…). Rien d’étonnant à cette préférence personnelle, sans doute – cette nouvelle, probablement bien moins « psychologique », pour le coup, que celles qui précèdent, a quelque chose de quasi « grand guignol », et incontestablement surnaturel, qui la distingue clairement. Nous y suivons le quotidien d’un jeune et pauvre médecin dans une Amérique rurale et archaïque, ou plutôt carrément hors du temps, qui évoque à Jean-Pierre Ohl des auteurs comme Washington Irving et Nathaniel Hawthorne – c’est très possible –, mais qui m’a bien davantage renvoyé à Lovecraft, et notamment à Dunwich (mais aussi à « La Couleur tombée du ciel », ou peut-être plus justement « L’Image dans la maison déserte », ou encore « La Peur qui rôde »…). Le surnaturel est certes affiché, relevant clairement du fantastique, mais il y a quelque chose, néanmoins – dans cette ambiance poisseuse, lourde de secrets inavouables, liés à des rivalités ancestrales de clans tous plus infréquentables les uns que les autres ; le folklore, la superstition, imprègnent tout de leur patte intraitable et plus ou moins grossière… Cela pourrait, comme souvent, être un tantinet ridicule, mais, loin de là, et comme dans les textes de Lovecraft cités, ça fonctionne parfaitement, procurant le frisson recherché, mais, en outre, sans s’arrêter là : il s’y rajoute en effet une vague gêne, un embarras plus ou moins assumé, devant les problèmes moraux que le texte développe – et tout cela culmine, cette fois, avec une conclusion plutôt inattendue (sans être une chute à proprement parler), et profondément dérangeante… Et c’est donc ce texte qui, logiquement, m’a le plus parlé.

 

Dommage : ça s’arrête là… C’est bien trop court, j’en aurais volontiers lu davantage… Mais, si je n’ai pas été complètement convaincu par ce tout petit bouquin, j’y ai bien trouvé de quoi attiser encore un peu plus ma curiosité. Il y a sans doute bien des choses à redécouvrir, là encore…

 

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Boulevard du Crépuscule, de Billy Wilder

Publié le par Nébal

Boulevard du Crépuscule, de Billy Wilder

Réalisateur : Billy Wilder

Titre original : Sunset Boulevard

Année : 1950

Pays : États-Unis

Durée : 110 min.

Acteurs principaux : William Holden, Gloria Swanson, Erich Von Stroheim, Nancy Olson

 

Une bien bonne idée que cette rediffusion hier soir sur Arte de cet immense chef-d’œuvre qu’est Boulevard du Crépuscule (ou Sunset Boulevard, comme vous voulez) de Billy Wilder – probablement un de ses plus grands films, et peut-être même le meilleur, même si je manque du bagage pour pouvoir pleinement en juger. Il est vrai que sous la pression bienvenue d’un mien camarade canard, j’en ai vu quelques-uns, mais il y a de la marge – j’ai surtout vu, d’ailleurs, de ses comédies, souvent délicieusement transgressives ; je l’ai sans doute nettement moins pratiqué dans d’autres registres, et notamment dans celui du film noir, dont il fut pourtant un des maîtres.

 

Mais, à vrai dire, classer Boulevard du Crépuscule dans une catégorie précise s’avère difficile. Je ne sais pas si ce monument peut être définitivement rangé dans tel ou tel genre – j’en doute. Il y a indéniablement du noir dans ce film – l’esthétique est assez éloquente, et l’introduction sur le cadavre participe de cette atmosphère – et, oui, à l’occasion, on rit… Mais d’un rire gêné, douloureux, tant ce qui se déroule à l’écran est sordide et même, disons-le et j’y reviendrai, pervers… Il y a du drame, du coup – aucun doute à cet égard. Il y a peut-être même des choses encore plus inattendues – en fouinant sur le ouèbe, je suis tombé sur l’hypothèse d’un critique rapprochant le film, d’une certaine manière, du cinéma d’horreur ; dit comme ça, c’est sans doute excessif, mais il y a peut-être quelque chose de vrai là-dedans – dans la voix-off du narrateur cadavre, dans le délire gothique dégoulinant de la demeure de Norma Desmond, par ailleurs quelque peu vampirique (yeux hypnotiques et dents grinçantes), avec aussi son fidèle valet Max jouant de l’orgue à la manière d’un inquiétant fantôme de l’opéra…

 

Mais bon : on en retiendra que Boulevard du Crépuscule est avant tout un film à part. Il a peut-être même, à sa manière iconoclaste, suscité paradoxalement un quasi-genre, du moins l’exploitation d’un thème, qui a pu donner plus tard d’autres choses fort recommandables – en tête, là, j’ai The Player de Robert Altman, ou encore Mullholland Drive de David Lynch.

 

Car le film de Billy Wilder tire sa force de son sujet fascinant mais ô combien casse-gueule, heureusement géré avec un brio fantastique : l’histoire d’Hollywood, mais celle d’après les paillettes, quand la gloire et le scandale s’amenuisent, ne laissant plus, à l’état de ruines que l’on évite instinctivement, que des anachronismes confits dans leur splendeur passée. C’est un film hollywoodien qui traite d’Hollywood, et ne s’embarrasse pas de prendre des gants, et encore moins d’édulcorer le propos en mettant en avant une sorte de glamour éternel ; dans Boulevard du Crépuscule, la légende est d’emblée fanée – et c’est ce processus cruel de décomposition qui imprime l’écran, fascinant, avec quelque chose que les critiques du temps ont pu qualifier de « cynique » (mais je ne suis pas sûr, au fond, que ce soit là le terme le plus approprié).

 

Résumons un brin, au cas où. Joe Gillis (William Holden) est un scénariste d’un talent plus ou moins douteux – ex-journaliste, il est monté à Hollywood, comme beaucoup d’autres, en quête de gloire, tout en étant bien conscient que son poste, derrière la caméra, n’est pas vraiment à même d’en faire une star : on retient les acteurs, qui s’intéresse aux scénaristes ? Mais il a des problèmes bien plus pressants : financièrement, il est aux abois, et a besoin de 300 dollars tout de suite, là, maintenant – les huissiers sont passés saisir sa voiture, qu’il avait dissimulée, mais ça ne durera pas éternellement… C’est d’ailleurs en fuyant ces derniers qu’il atterrit dans une de ces fastueuses et excentriques demeures de stars qui avaient poussé comme des champignons sur Sunset Boulevard, à l’âge d’or d’Hollywood (il y a toujours un prétendu « âge d’or », nécessairement antérieur…), c’est-à-dire l’âge du muet. La bâtisse arrogante est décrépite, et Gillis la suppose abandonnée – comme bien d’autres. Ce n’est pourtant pas le cas, et un invraisemblable quiproquo va l’amener à faire la connaissance de la vieille gloire qui hante ces ruines ; il la reconnaît, en bon cinéphile : il s’agit de Norma Desmond (Gloria Swanson), star du muet n’ayant pu s’adapter au cinéma parlant, oubliée de tous ou presque – voire supposée morte. La diva, imbue d’elle-même (c’est peu dire), prépare pourtant son grand et nécessaire retour : elle qui a fait les studios Paramount (par ailleurs producteurs du film de Wilder…), elle qui a tourné pour les meilleurs et au premier chef Cecil B. DeMille, entend bien imposer, du haut de sa splendeur éternelle (réplique célèbre : elle est grande, ce sont les films qui sont devenus petits…), un scénario hasardeux et prétentieux tout à son prestige – la vieille peau se rêve encore en Salomé… Elle coince ainsi le jeune scénariste, lui offrant contre rémunération invraisemblable de travailler son script (sans rien en couper !) ; Gillis, guère farouche et cupide par nécessité, tombe ainsi dans un piège arachnéen – la star d’antan le kidnappe peu ou prou, l’installant de force chez elle, et, de simple collaborateur sur un plan strictement professionnel qu’il était en principe, le scénariste se fait bientôt gigolo… Et tout ceci, nécessairement, finira mal : le film, après tout, s’ouvre sur le cadavre de Gillis, pourtant narrateur, flottant dans une piscine…

 

Le film est irréprochable de bout en bout : la réalisation parfaite, dynamique et évocatrice, bien servie par une photographie splendide, illustre à merveille un scénario minutieusement conçu, d’une adresse et d’une justesse exemplaires. Les acteurs sont brillants et brillamment dirigés – William Holden en mâle beauté se partageant entre un cynisme de façade et une sensibilité contenue mais bien réelle, avant tout Gloria Swanson, bien sûr, fascinante dans son outrance inquiétante d’à-propos ; du côté des seconds rôles, Erich Von Stroheim campe un Max d’abord intimidant, plus tard touchant, tandis que la charmante Nancy Olson offre un contrepoint plus subtil qu’il n’en a l’air, ambigu à vrai dire, à la diva du muet – de jeune première préférant finalement rester derrière les caméras quand elle avait à peu près tout pour être une énième starlette (les caprices absurdes des studios ne l’ayant cependant pas épargnée).

 

Le script est semé d’anecdotes et références à Hollywood, celui de jadis comme le contemporain – avec un name-dropping conséquent. Mais c’est pourtant sa cruauté, sa perversité aurais-je donc envie de dire, qui lui confère en définitive un statut résolument à part – et qui a pu choquer, à l’époque de sa sortie, même si, globalement, le film a été bien vite reconnu pour être un chef-d’œuvre. Ceci au travers d’une mise en abyme glaçante autant qu’audacieuse – qui aurait pu être fatale au film, mais s’avère en définitive une force essentielle. Car les auteurs, d’une certaine manière, empoignent Hollywood par le col, pour l’obliger à se regarder dans un miroir – lequel, bien loin de le mettre en valeur, exacerbe ses traits les plus saillants pour les révéler dans toute leur laideur. En ressort l’image vaguement répugnante d’une machine à produire des gloires factices, tout aussi prompte à révéler des talents supposés et à les auréoler d’un prestige de pacotille, lourd de fallacieuses promesses d’éternité, qu’à reléguer dans des placards oubliés et malodorants celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, ne parviennent pas à perdurer.

 

Question d’adaptation pour Norma Desmond – elle n’a pu se faire, elle la star du muet, à la diabolique évolution du cinéma parlant. Elle aura beau vanter, dans une triste illusion, les merveilles produites par l’expressivité des acteurs de son temps, leur permettant assurément de se passer de quelque chose d’aussi vain et irritant que des dialogues, le fait n’en est pas moins certain : elle est une relique du passé, et s’y complait bien trop pour s’en dégager.

 

Or c’était là le sort d’authentiques actrices et acteurs. La perversité, dès lors, consistait à offrir ce rôle à quelqu’un qui, pour le coup, ne ferait pas exactement dans la composition, mais jouerait bien volontiers de ses propres fantasmes et névroses. Même si Gloria Swanson avait semble-t-il su faire la part des choses, à la différence de certaines de ses rivales correspondant dès lors bien davantage à Norma Desmond (et qui avaient été approchées en premier lieu, mais avaient refusé le rôle…), il n’en reste pas moins qu’elle incarne le personnage avec un brio d’autant plus fascinant que sa performance a quelque chose de masochiste. Elle est une diva parfaite, et sa collection personnelle d’innombrables photos tout à sa gloire s’insère parfaitement dans le décor étouffant d’une fastueuse demeure qu’elle aurait très bien pu habiter – elle s’approprie ainsi le personnage au sens le plus fort : elle est littéralement elle-même.

 

Mais la perversité va plus loin. Avec notamment Erich Von Stroheim, dans le rôle de Max, le domestique – dont on comprend bien vite qu’il fut en son temps un réalisateur notoire et acclamé, qui avait lui-même fait tourner Norma Desmond (on en apprendra encore davantage sur son compte ultérieurement, le personnage en devenant étrangement touchant…). Or Erich Von Stroheim fut bel et bien ce réalisateur lui-même… et avait justement fait tourner Gloria Swanson ! La scène où Joe Gillis, Norma Desmond et Max regardent, dans le cinéma privé de la diva, un témoignage de sa gloire passée – c’est-à-dire bel et bien un film d’Erich Von Stroheim avec Gloria Swanson dans le rôle principal – n’en est que plus glaçante…

 

Et il y a d’autres « apparitions ». Ainsi celles des « figures de cire », ces autres stars d’antan qui jouent régulièrement au bridge avec Norma – autant d’acteurs jouant là encore leur propre rôle, et sans la moindre ambiguïté cette fois (contrairement aux personnages « refaits » de Norma et Max) : parmi eux, on reconnaît par exemple Buster Keaton, qui est bien appelé ainsi… Plus tard, lors d’une des scènes les plus émouvantes du film, ce sera au tour de Cecil B. DeMille d’apparaître dans le champ, et dans son propre rôle, pour plonger le film dans une nouvelle spirale d’autoréférence : le célèbre réalisateur, en plein tournage, accueille quelque peu gêné (mais tendre aussi, d’une certaine manière) Norma Desmond venue forcer l’entrée des studios de la Paramount pour imposer son script indigeste de Salomé ; or Cecil B. DeMille, présenté ici comme le principal réalisateur associé à Norma Desmond, était bel et bien celui qui avait révélé, dans la « vraie vie », Gloria Swanson… L’actrice, dans son rôle, y subit une scène aussi touchante qu’effroyable, quand les employés du studio la reconnaissent pour ce qu’elle était – dès lors que les spots sont braqués sur elle par un vieux camarade (et tant pis si un micro malencontreux l’agresse au passage)… Ce semblant de gloire ressurgissant de manière impromptue la conforte dans ses illusions de grandeur – et c’est ainsi cet ersatz ambigu de cinéma-vérité qui s’avère, au fond, le plus factice.

 

C’est probablement, à mes yeux en tout cas, une particularité étrange de ce film à part : pris en tant que tel, il est excellent ; mais réinséré dans son contexte, dans tout ce qui l’environne, dans ce qu’il implique et comment, dans du méta-machin si vous y tenez, il est encore plus fort. Il ne s’agit en effet pas de gloser ici sur de simples anecdotes de tournage, ou de s’en tenir à l’évocation amusée de tel ou tel caméo – on dépasse le simple gag ou clin d’œil pour découvrir une autre couche de ce qui fait le film, de ce qui contribue à son essence même.

 

Ce en quoi je tends à qualifier ce film de « pervers » – dans son audace initiale, dans son rapport à son sujet, dans son rapport aux spectateurs avides de sordide aussi. Le cynisme supposé du film, auquel on renvoie souvent, me paraît plus contestable – peut-être faut-il une bonne dose de cynisme pour se lancer dans un projet pareil, oui, mais le tableau final n’a à mon sens rien de cynique ; peut-être aussi dans la mesure où le personnage de Joe, qui se présente de lui-même comme étant volontiers cynique au départ, connaît une métamorphose au fil des séquences – métamorphose douloureuse, sans doute, mais révélant chez lui une sensibilité certaine, qui, pour n’avoir rien de commun avec une sensiblerie d’ailleurs hollywoodienne pour le coup, n’en crève pas moins l’écran à sa manière autrement fine.

 

Le résultat est fascinant – et étrangement intemporel, pour un film si marqué dans son époque, et traitant des conséquences qui lui étaient contemporaines du faste des décennies tout juste précédentes ; on aurait pu croire que la disparition de tous ces « acteurs » (au sens large, bien sûr) ferait à son tour du film de Billy Wilder un artefact dépassé, autant dire une relique, mais ce n’est certainement pas le cas. Il reste à ce jour une des plus belles paraboles de l’industrie du spectacle, et son traitement des gloires éphémères reste d’une actualité vaguement dérangeante, lui assurant pour quelque temps encore la perpétuation de son statut de chef-d’œuvre. Le procédé casse-gueule de la mise en abyme n’a jamais été aussi bien servi, après tout…

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Le Choix, de Paul J. McAuley

Publié le par Nébal

Le Choix, de Paul J. McAuley

McAULEY (Paul J.), Le Choix, [The Choice], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Gilles Goullet, Saint Mammès, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière, [2011] 2016, 82 p.

 

Le Bélial’ a tout récemment lancé une nouvelle collection, baptisée « Une Heure-Lumière », et accueillant dans son sein des novellas, a priori toutes inédites. Principe qui me paraissait alléchant, et j’ai eu globalement de bons à très bons échos des quatre premiers titres, un français (Dragon de Thomas Day) et trois anglo-saxons (Le Nexus du Docteur Erdmann de Nancy Kress, Cookie Monster de Vernor Vinge et Le Choix de Paul J. McAuley).

 

Pour découvrir la chose, j’ai jeté mon dévolu sur le quatrième titre, donc – parce que j’en avais eu des échos tout particulièrement positifs, et aussi, paradoxalement peut-être, parce que je n’ai jamais vraiment lu de Paul J. McAuley jusqu’à présent (voire jamais lu tout court ?), auteur qu’on m’a pourtant souvent recommandé, et dont j’ai conçu une image séduisante – peut-être erronée globalement ? Mais elle colle ici, en tout cas – d’une science-fiction mêlant élégamment « sense of wonder » aux connotations passablement « hard science » et, éventuellement, finesse psychologique teintée d’humanisme… Le meilleur de deux mondes, en somme. Mais je ne suis pas très sûr de moi, ici…

 

Le Choix, novella lauréate du prix Theodore Sturgeon 2012, s’inscrit dans un ensemble plus vaste de textes tournant autour du même univers (deux de ces nouvelles ont déjà été traduites en sus de celle-ci, une dans Bifrost et une autre dans l’anthologie consacrée au Nouveau Space Opera, semble-t-il). Elle se lit cependant parfaitement de manière indépendante, comme de juste.

 

Quelques mots, donc, sur cet univers : les humains ont sans surprise foutu un bordel colossal sur leur pauvre planète Terre, et l’apocalypse écologique leur tombe sur le coin de la gueule (notamment, le réchauffement climatique a grosso modo fait fondre la calotte glaciaire du Groenland, ce qui a entraîné une radicale montée des eaux – la novella se déroule ainsi dans une Angleterre méconnaissable, aux rivages en constante évolution, et où les hommes se sont tant bien que mal adaptés à la vie maritime sur des îlots isolés ; ce n’est pas encore le stade ultra-catastrophiste du Monde englouti de Ballard, hein, mais c’est… différent, quoi). Mais c’est alors que les extraterrestres ont fait leur apparition, comme un bien étrange Deus ex machina. Les premiers d’entre eux, les Jackaroos, ont rapidement entraîné d’autres espèces dans leur sillage, et sont venus en aide à l’humanité, en lui fournissant par ailleurs une éventuelle échappatoire via un réseau de trous de vers permettant d’accéder à des exoplanètes ; depuis, cependant, ces extraterrestres ont peu ou prou disparu… Et s’ils n’ont du coup pas tout à fait l’indifférence à l’égard des humains des pique-niqueurs de Stalker, ils n’en ont pas moins, comme eux, semé derrière eux leur lot d’artefacts incompréhensibles, qui fascinent autant qu’ils inquiètent une humanité dépassée – et par ailleurs très clivée dans son appréhension des « sauveurs » extraterrestres : s’ils ont séduit un certain nombre de Terriens désireux de suivre leurs traces quasi divines, tout aussi nombreux sont ceux qui refusent toute ingérence dans leurs affaires de la part de ces étrangers malvenus – « ET go home ! »

 

La novella adopte le point de vue de Lucas, un ado anglais qui s’est fait à la vie maritime et a conçu de lui-même un petit voilier. Il s’occupe par ailleurs de sa mère, une militante écologiste radicale adepte des réseaux sociaux mais devenue impotente du fait d’une maladie qu’elle n’entend pas soigner autrement qu’avec les potions d’une « sorcière » locale – elle est sans surprise farouchement hostile aux extraterrestres, a longuement milité dans ce sens et a élevé son fils dans cette optique.

 

Damian, qui a approximativement le même âge que Lucas, est son meilleur ami. Il est le fils du propriétaire d’une ferme crevettière, brute épaisse qui le bat pour un oui, pour un non. Il s’est sans doute fait à cette vie misérable, du moins le prétend-il, mais on devine bien vite en lui un désir exacerbé et fort compréhensible de fuite – vers l’infini et au-delà, le cas échéant.

 

Or un artefact extraterrestre (baptisé « dragon », mais pas grand-chose à voir avec Smaug et consorts) s’est échoué non loin, fournissant une distraction bienvenue aux autochtones. Damian demande donc à Lucas de se rendre sur place à bord de son bateau, histoire de profiter du spectacle…

 

Les deux garçons se lancent dans cette « aventure », mais sans doute dans une optique bien différente : Damian voit dans le dragon la clé des étoiles, évocatrice d’un autre monde, infiniment loin de son existence injuste et de ce père abusif qui lui fait souffrir quotidiennement le martyre – là où Lucas est plus perplexe, disons (probablement sans être aussi borné que sa militante de mère, cela dit). Mais les conséquences de leur excursion seront bien plus graves que tout ce qu’ils pouvaient imaginer…

 

… et le lecteur aussi, peut-être. Après une mise en situation relativement classique, le récit prend tout d’abord son temps, au rythme du voilier s’approchant lentement de l’artefact ; le tempo reste assez nonchalant une fois les deux ados arrivés sur place… Puis le rythme change radicalement, et la novella passe à une succession de saynètes, généralement douloureuses, et qui m’ont fait l’effet d’être plutôt inattendues : le récit, sans opérer pour autant de bouleversement artificiel, et tout en obéissant à une logique interne sans doute discernable dès les premières pages et jamais mise en défaut, emprunte des voies éventuellement surprenantes, lui permettant d’affirmer son propos avec une force insoupçonnée.

 

La novella bénéficie bel et bien de cette optique « humaniste », voire « intimiste », supposée un peu gratuitement plus haut. Si le « sense of wonder » est là, incarné dans le dragon incompréhensible, le récit reste cependant à hauteur d’homme (ou d’ado). Les portraits sont assez fins, au-delà des clichés que l’on pouvait craindre à la mise en place ; et la tonalité douce-amère de l’ensemble tempère la noirceur du propos global d’une manière astucieuse et bien vue.

 

Sans aller jusqu’à faire de ce Choix un chef-d’œuvre indispensable, on l’appréciera pour ce qu’il est : un récit imbriquant rêve et amertume avec une sensibilité fort appréciable. Je reviens bientôt sur les autres titres inauguraux de cette collection « Une Heure-Lumière », mais ce premier contact s’est avéré plus que sympathique.

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Le Guide Howard, de Patrice Louinet

Publié le par Nébal

Le Guide Howard, de Patrice Louinet

LOUINET (Patrice), Le Guide Howard, Chambéry, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, 2015, 277 p.

 

Avec le temps, les « petits guides » publiés par ActuSF ont pris de l’ampleur, et c’est pas plus mal. Les dernières publications dans cette série sont autrement plus alléchantes que les premières tentatives bien trop lapidaires – faudrait d’ailleurs que je me fasse celui sur l’uchronie, tiens –, et ce Guide Howard concocté par ZE spécialiste français (et même mondial) de l’auteur, Patrice Louinet, en est une illustration éloquente – et d’autant plus bienvenue, sans doute, qu’elle peut à certains égards surprendre : c’est le deuxième guide ActuSF consacré à un unique auteur, après celui sur l’inévitable Philip K. Dick – mais si la postérité du Texan, avec tout ce qu’elle peut avoir d’ambigu, en même temps, justifie amplement l’entreprise, le fait est qu’on est encore en pleine redécouverte du personnage comme de son œuvre, les deux ayant longtemps pâti des mensonges et manipulations de margoulins en tout genre – le principal étant Lyon Sprague de Camp (qui avait également sévi quant au camarade Lovecraft, tiens…), qui s’en prend ici plein la poire, sans surprise mais à juste titre… Aussi l’œuvre de Robert E. Howard, malgré des antécédents légendaires via notamment François Truchaud et NéO, est-elle encore mal connue en France – et cantonnée aujourd’hui pour l’essentiel aux superbes éditions chez Bragelonne de bon nombre de ses récits, et pas seulement ceux relevant de la fantasy ou du fantastique, d’ailleurs ; superbes éditions par ailleurs coordonnées et traduites par Patrice Louinet himself… Il y a là peut-être un vague paradoxe : si l’on excepte le « best of » des récits de Conan repris en Milady, le lecteur français ne dispose pas d’éditions « populaires » d’un auteur qui le fut assurément, mais seulement d’ambitieux volumes « scientifiques » ; mais cela fait peut-être partie du problème, témoignant là encore de ce que l’auteur est à redécouvrir – et à intégrer pour ce qu’il fut vraiment.

 

Dès lors, on ne s’étonnera guère du parti-pris de Patrice Louinet, consistant – avant même toute biographie, celle-ci ne vient que plus tard, et s’avère comme de juste irréprochable (mais pouvant être complétée, si je ne m’abuse, par celle, plus ample, figurant dans le très chouette volume Échos de Cimmérie) – à tordre d’emblée le cou à quelques préjugés concernant Howard ; autant d’héritages regrettables des mensonges de Lyon Sprague de Camp, notamment, mais aussi d’erreurs d’analyse tenant à ce que l’on s’est longtemps basé sur des œuvres d’inspiration howardienne plutôt qu’émanant véritablement de l’auteur, pour juger globalement ce dernier sans même jeter un œil aux textes de référence – ici, la BD de Marvel et le film de John Milius ont incontestablement joué un grand rôle ; et Patrice Louinet se montre du coup régulièrement narquois… Plus loin, son très bref chapitre sur « Howard au cinéma » consiste ainsi en une unique phrase : « Il n’existe à ce jour aucune adaptation d’un texte de Howard au cinéma. » Bien sûr, après ce charmant trollage, l’auteur concède qu’il y a eu çà et là des inspirations, ou du moins que des œuvres ont usé de noms howardiens… Attitude bien compréhensible, et évidemment légitime, dès lors que l’on entend, à l’instar de Patrice Louinet ici, s’en tenir à Howard même ; ce qui ne m’empêchera pas de conserver des souvenirs émerveillés des séries conanesques de la Marvel – qui m’ont fait découvrir le personnage, certes « slip de fourrure » – et plus encore du film Conan le Barbare, qui, pour être l’œuvre d’un « fasciste zen » autoproclamé trippant sur Gengis Khan, n’en reste pas moins à mes yeux, et de loin, la meilleure œuvre de fantasy cinématographique – sans véritable concurrence encore à ce jour (n’en déplaise aux apôtres des peterjacksonneries hobbitesques – dont le rapport à Tolkien pourrait d’ailleurs être commenté, j’imagine).

 

Le plan de cet ouvrage a cependant quelque chose de déconcertant, au-delà de cette relégation de la traditionnelle biographie aux pages 105-132 ; mais c’est que Patrice Louinet entend mettre en avant cette dimension « guide » plutôt que de donner un « essai » à proprement parler – d’où, peut-être, une vague impression de bric et de broc, finalement guère dommageable. Aussi, une part importante de ce livre consiste-t-elle stricto sensu en un guide de lecture, examinant récit après récit ce que le lecteur, qu’il soit déjà fan ou entreprenne timidement de découvrir cette œuvre étonnamment prolifique pour une période aussi brève, ferait bien de lire en priorité – « Les vingt nouvelles qu’il faut avoir lu (et pourquoi) », pp. 51-102, résumées et commentées en une ou deux pages chacune –, ce qu’il lirait également avec profit au-delà de ces essentiels – « Vingt autres textes qui méritent aussi votre attention », pp. 137-167 –, et quelques mots laconiques sur d’autres nouvelles pour conclure.

 

Ce guide de lecture, très enthousiaste, témoigne d’une éloquente passion pour l’œuvre de Howard, au sens large – bien évidemment, il ne s’agit pas ici de s’arrêter au seul Conan, le barbare qui cacherait la horde : le préjugé à ce sujet, faisant de Conan un personnage « à part » dans la production de l’auteur, et sous-entendant vaguement une qualité « supérieure » dans les récits consacrés au Cimmérien, est combattu d’emblée, et à bon droit. Les autres personnages récurrents sont examinés (tels Kull, Solomon Kane, Bran Mak Morn – qui est peut-être mon préféré, au fond, le volume qui lui avait été consacré m'avait vraiment séduit –, Steve Costigan, etc.), et tout autant bien sûr les nombreux textes « indépendants ». Ces brefs commentaires, toujours pertinents – même si très laudateurs, forcément (ou pas ?) –, remplissent en tout cas parfaitement leur office : ils illustrent tant le travail acharné que la singularité d’un auteur rattaché aux pulps, mais qui n’en avait pas moins quelque chose d’iconoclaste y compris dans ce milieu, et savait se montrer inventif au-delà du jeu des influences – qui l’affectait, mais qu’il savait rapidement dépasser, globalement ; et tout ça donne une sacrée envie de lire et relire… Faut d’ailleurs que je m’y remette, moi, j’ai pris du retard – attendent dans ma bibliothèque Les Ombres de Canaan, Almuric, El Borak et Agnès la Noire… Je vais tâcher d’y remédier dans les semaines qui viennent.

 

Cette passion pour l’œuvre ressort aussi dans une profonde empathie à l’égard de l’auteur envisagé à son tour en tant que personnage – tout en balayant donc les mensonges des époux De Camp, qui en faisaient par exemple un enfant chétif et malheureux, et plus tard, en conséquence directe, un psychotique au dernier degré. Comme pour son comparse Lovecraft (qu’il n’a jamais rencontré malgré une correspondance abondante), on ne peut pas vraiment dire que la (très courte…) vie de Robert E. Howard a quelque chose de foncièrement palpitant, mais elle intrigue néanmoins, au point d’avoir pu devenir un sujet proprement littéraire, ainsi dans un important ouvrage qui lui fut consacré par sa fiancée Novalyne Price. Là encore, les présupposés – dans un sens ou dans l’autre, d’ailleurs – ont longtemps nui à l’appréhension au plus près de la personnalité réelle de Howard ; d’autant que sa vie, probablement plus encore sa mort, ont été à certains égards mises en scène (y compris par son propre père !). Il n’en reste pas moins, au-delà des dérives psychologisantes (à base d’Œdipe et d’asexualité… comme pour Lovecraft, tiens ?) effectivement condamnables dès lors qu’elles procédaient d’une distorsion de la réalité au seul service d’une image à susciter, entretenir et colporter, que l’auteur garde à certains égards une aura de mystère vaguement perturbante – notamment, donc, en ce qui concerne son suicide…

 

Le Guide Howard, au-delà de ces grandes rubriques, comprend encore d’autres éléments, plus discrets mais pas moins intéressants – sans surprise, je relève notamment ces quelques commentaires concernant sa correspondance avec Lovecraft (et plus largement son rapport au gentleman de Providence), dont quelques extraits éloquents sont par ailleurs fournis – balayant notamment, s’il en était encore besoin, le cliché d’un Howard « fasciste » (ce qu’il n’était certainement pas, à l’évidence – on relèvera au passage quelques lignes lucides et tempérées sur son racisme, d’emblée affiché, et à bon droit, comme étant une tout autre question). Enfin, l’ouvrage comprend quelques suggestions de lecture permettant à l’amateur d’aller plus loin – et dresse, comme un contrepoids nécessaire à la noire statue de Lyon Sprague de Camp, un éloge de Glenn Lord, englobant dans un sens tous les lecteurs passionnés qui, à son instar, ont travaillé contre vents et marées pour rétablir l’œuvre howardienne ainsi que l’auteur dans ce qu’ils étaient réellement… Entreprise encore en cours, et dont on espère qu’elle continuera à porter ses fruits.

 

Un très chouette guide, donc. Passionnant autant que passionné, par ailleurs d’un sérieux irréprochable ; utile au néophyte, parlant à l’initié… Le Guide Howard remplit pleinement son ouvrage.

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Kult

Publié le par Nébal

Kult

Kult, [Kult], Ludis, 1993 [1995], 256 p.

 

Kult, pour moi, c’est l’histoire d’une fascination un brin sordide. En tout cas, quand le jeu est paru (cette édition française date de 1995 ; on notera au passage le bordel dans l’histoire éditoriale du titre, passant par des éditions suédoises – la langue d’origine –, anglo-saxonnes et françaises peu ou prou toutes différentes), l’avertissement passablement racoleur en couverture, « Ce jeu n’est pas recommandé au moins de 16 ans », ne pouvait pas me laisser indifférent : forcément, j’avais moins de seize ans… Mais bizarrement ou pas, je n’ai pas sauté le pas à l’époque (quand bien même, chez le même éditeur français, Ludis, du coup un brin connoté, je me suis ultérieurement procuré Wraith, qui vaut aussi son pesant de glauquerie…). Peut-être cet avertissement n’est-il pas totalement gratuit, même si je n’en suis pas tout à fait convaincu… On peut quand même supposer à bon droit que des joueurs matures sont un atout certain, voire un prérequis, pour un jeu à l’imaginaire aussi marqué ; dans ce sens-là, peut-être, alors : il ne s’agirait dès lors pas d’ « interdire » ce jeu aux moins de seize ans en craignant hypocritement de choquer les pauv’ petits, mais simplement de constater que les pauv’ petits en question n’ont probablement pas encore développé la mentalité nécessaire pour pleinement s’immerger dans tout ce qui fait le sel du jeu, et ainsi en tirer le meilleur – loin du seul festival de grand-guignol teinté de nihilisme morbide adulescent toujours à craindre en l’espèce, sans doute… avec le risque d’absurde bourrinade que cela implique.

 

Il n’en reste pas moins que cette pseudo-polémique de l’époque a ancré ce jeu dans mon imaginaire – sans que j’en sache forcément grand-chose, pourtant… La couverture a joué aussi, sublime (le reste de la gamme n’était pas vraiment à la hauteur pour ce que j’en sais, et, dans le présent volume, si les illustrations plus-ou-moins-noir-et-blanc ne sont pas mauvaises en tant que telles, elles manquent cependant de lisibilité – outre qu’on ne sait pas toujours très bien ce qu’elles illustrent au juste… Quant aux illustrations couleurs intérieures, elles sont tout simplement atroces). Du coup, j’ai conservé dans un petit coin de mon crâne l’idée de tenter l’expérience un jour. Parce que cette glauquerie générale m’intriguait et me séduisait ; aussi parce que j’étais bien tenté de trouver un jeu de rôle d’horreur contemporain un peu « sale », loin de mon L’Appel de Cthulhu habituel (sous sa forme la plus classique, disons), et que le peu que je savais de Kult m’évoquait un Clive Barker en bonne forme – impression vite confirmée à la lecture du bouquin, c’est vraiment la référence essentielle du jeu (jusque dans certains clins d’œil très appuyés – ainsi, je suppose qu’il n’y a aucun hasard dans le fait que le détective du surnaturel que l’on suit régulièrement dans les textes d’ambiance et les exemples de jeu soit prénommé Harry…) ; la lecture navrante des toutes récentes Évangiles Écarlates dudit auteur, paradoxalement ou pas, m’a conforté dans l’envie de tenter l’expérience – avec l’arrogante conviction qu’on pouvait sans doute, que je pouvais sans doute, à l’instar de l’artiste pluridisciplinaire dans ses œuvres, faire bien mieux que ça – faut pas gâcher… Et puis, de manière plus générale, je cherchais une bonne campagne « écrite » pour jouer en parallèle de ma chronique perso d’Imperium et de mes investigations lovecraftiennes hebdomadaires (en tant que joueur cette fois) ; Or Taroticum (que je lis prochainement, du coup) avait l’air d’avoir plutôt bonne réputation…

 

Des renseignements pris çà et là, au cas où, m’ont donné des sons de cloches très divers : globalement, tout le monde ou presque s’accordait à louer le background et à défoncer le système de règles ; il y a eu des hauts et des bas dans les appréciations, quelques attaques perfides ayant en fin de compte amené les fans hardcore à faire l’apologie de la chose – pour son ambiance, pour sa maturité, pour les souvenirs de personnages ou de campagnes extraordinaires qui allaient avec… Je me tâtais, hésitant à jeter peut-être aussi un œil à Within, autrement récent (ce que je vais peut-être tenter quand même un de ces jours), mais ces dernières appréciations, et un arrivage bienvenu du livre de base et de Taroticum dans ma boutique de VPC habituelle, m’ont fait franchir le pas…

 

Kult, donc. Un bouquin d’environ 250 pages, noir et blanc pour l’essentiel, composé à partir d’éléments originaux distincts (dans une trentaine de chapitres qui se chevauchent ou s’enchaînent parfois étrangement), traduit plus ou moins habilement (et relu de même). Très vite, une impression s’en est dégagée (enfin, après la confirmation essentielle que ceci était très barkerien) : l’ensemble n’est pas vraiment d’une clarté à toute épreuve… Les premiers aperçus de l’univers sont ainsi nécessairement flous et même abstraits – ce qui peut se concevoir, certes, pour un jeu « à secrets », alors admettons. Plus gênant, les éléments de règles (au-delà de la base : jet de compétence au d20, faut faire en dessous de son score, y a des modificateurs, la marge de réussite est cruciale, en cas d’opposition ce sont les marges que l’on compare – jusqu’ici tout va bien) ne brillent pas toujours par la pédagogie, loin de là ; à vrai dire dès les chapitres consacrés à la création de personnage, on peut, en cas d’attention juste un brin défaillante, perdre un tantinet le fil… Cela dit, au-delà des exemples « archétypaux » fournis au cas où, ce qui caractérise cette phase du jeu, c’est sans doute son extrême liberté – avec plein de points de compétence à répartir en gros comme on veut, en prenant toutefois en compte que certains scores, primordiaux, déterminent pour une bonne part les secondaires. Bref : faut faire son marché, et donc quelques calculs. Plus intéressants, mais participant de la même liberté globale, les classiques atouts et handicaps (on parle ici d’Avantages et de Faiblesses – même si plus tard on peut y ajouter des distinctions supplémentaires) sont ici d’une grande importance, à au moins deux titres : d’une part, ils déterminent l’Équilibre Mental du personnage, fluctuant, et fondamental dans le jeu (notamment en ce qu’un score trop faible, dans les négatifs, mais aussi – plus surprenant mais bien vu – trop élevé, a une influence directe sur les capacités du personnages, sur la manière dont on le perçoit, mais aussi – et c’est surtout ça qui me paraît alléchant à la lecture – sur la perception que le PJ a du monde, de l’espace, du temps, éléments cruciaux dans ce jeu ayant l’illusion pour thématique centrale) ; d’autre part, les Faiblesses (surtout) sont amenées à avoir une importance essentielle en jeu quand le personnage, pour une raison ou une autre, « craque » : on l’a souvent dit, et ça me paraît assez juste à la lecture de ce seul livre de base, dans Kult l’horreur est pour une bonne part « intérieure » ; au-delà des manifestations surnaturelles extérieures, pour le principe, le jeu exprime le cauchemar ultime dans une lutte perpétuelle du PJ contre ses mauvais penchants… Un autre aspect de la fiche de personnage (en quatre feuillets, WTF ?) est d’ailleurs le Sombre Secret que porte le PJ – que celui-ci, par exemple, soit la victime d’une malédiction, ait commis un crime particulièrement horrible, ou encore ait servi de cobaye pour de terrifiantes expériences médicales…

 

Jusqu’ici tout va bien – en gros. On peut bien s’étonner de la persistance de quelques archaïsmes dont on se demande un peu ce qu’ils foutent là, certes : des règles pour l’encombrement ou encore la vitesse de déplacement (dont je n’ai jamais vraiment vu l’intérêt hors donjonnerie – et à vrai dire, même là…), une détermination chiffrée du niveau de vie (en francs, eh…), ce genre de choses… Parfois, tout cela a sans doute un côté un peu trop matheux, pas forcément très bienvenu, a fortiori pour un jeu tel que Kult – que je vois plus du côté de l’ambiance, et je crains toujours qu’un excès de précision lui soit nuisible… Et puis il y a la partie de la fiche (une feuille entière sur quatre !) qui entre en résonnance avec les règles sur l’inévitable combat, et plus largement les blessures et la guérison ; là, j’ai craint le pire… et à raison, faut croire.

 

Bon. Je ne suis globalement pas fan des bastons, hein. Du coup, en tant que MJ, je me contente un peu (à tort sans doute) du minimum syndical en la matière – d’autant que je m’embrouille vite dans les systèmes trop complexes : je déteste avoir à prendre en compte, ailleurs que sur mon PC où la machine calcule tout ça pour moi, des dizaines de paramètres tactiques et à multiplier les jets de dés ; ça me fait chier, et je ne sais pas faire. Ce n’est pas le système de Kult en la matière qui va me réconcilier avec la baston rôlistique : à ce stade, je l’ai trouvé tout bonnement absurde… Pas mal de paramètres à prendre en compte, donc (y compris bonus à l’initiative, bonus aux dégâts, ce genre de caractéristiques dérivées dont je ne m’explique pas toujours très bien la présence ici), des règles pour le combat à distance relativement OK, d’autres pour le corps à corps pas hyper limpides… Et un système de blessures improbable, passant systématiquement par la localisation des coups, avec les effets particuliers que cela induit, et distinguant plusieurs types de blessures (superficielles, légères, graves, mortelles) se convertissant les unes dans les autres, mais selon un barème variable pour chaque personnage, dépendant de son score de Constitution – ce qui nécessite a priori quelques calculs supplémentaires dont je redoute vraiment qu’ils viennent nuire à la fluidité de l’action, d’autant qu’il faut y ajouter ceux concernant la perte d’Endurance, correspondant peu ou prou à la fatigue… Je ne vois vraiment pas l’intérêt d’un système aussi tordu et « précis » (à sa manière bien lourde) – de manière générale, et a fortiori dans un jeu où je ne compte vraiment pas mettre le combat au cœur des péripéties. Certains s’en accommoderont sans doute, qui écumeront le catalogue d’armes absurdement détaillé des pages 93 à 104, mais pas moi – vraiment pas.

 

Or cet excès de précision se retrouve en d’autres occasions, pour des sujets plus intéressants dans l’absolu, mais qui perdent du coup de leur pertinence en jeu, tant cette lourdeur se montre dissuasive. Il y a aussi, de manière assez récurrente, des absurdités façon grobillesques détaillant des cas particuliers ou donnant des caractéristiques dans l’hypothèse hautement improbable où se présenteraient certains phénomènes que je n’arrive pas à concevoir, même à très, très haut niveau : ainsi des caractéristiques chiffrées des créatures plus ou moins divines dont on entend parler çà et là (Astaroth, les Archontes, les Anges de la Mort…), ce qui me paraît au moins aussi absurde que de donner des scores de Force et de Constitution pour Cthulhu ou Yog-Sothoth (voyez le Malleus Monstrorum…). Mais il en va de même pour l’Éveil (imaginant des personnages arrivant aux scores démesurés de -500 ou +500 en Équilibre Mental, sérieux ?), ou encore pour des choses très alléchantes sur le papier, mais dont je doute qu’elles puissent se montrer véritablement utiles en jeu (par exemple, le contrôle de ses rêves, ou encore la manipulation de l’espace et du temps – tout ça m’emballe énormément, ça fait partie des originalités sympathiques de Kult, mais peut-on vraiment en arriver là ? On évoque des scores démentiels…).

 

Côté système, Kult me paraît donc effectivement foireux, et c’est bien regrettable – si jamais j’y joue un de ces jours, je doute que ce soit « by the book »…

 

Et puis il y a le background. Alors, attention au cas où, les gens, ou plus précisément les joueurs, je ne suis pas certain de SPOILER à proprement parler (enfin, je vais révéler quelques éléments utiles à l’appréciation du background quand même, donc…), mais les critiques lues ici ou là (bon, notamment sur le GRoG) prenant leurs précautions à cet égard, méfiez-vous éventuellement.

 

En fait de background, Kult propose pour l’essentiel une cosmogonie – ce qui, dans l’absolu, ne l’éloigne pas forcément de L’Appel de Cthulhu, pour le coup ; cependant, dans ses sources comme dans ses implications, cela n’a rien à voir. Pas de « weird science » ici, et la philosophie au cœur du jeu est l’antithèse même du matérialisme mécaniste : dans Kult, le Rationalisme est une Faiblesse – tout est dit. Le jeu, outre son esthétique barkerienne, s’inspire de sources mystiques voire ésotériques. Le fond est sans doute judéo-chrétien à bien des égards (encore que la thématique de l’illusion puisse avoir quelque chose d’hindou, mais je dis peut-être des bêtises), mais tel qu’il a été réinterprété notamment via la Gnose et la Kabbale.

 

Je résume l’idée de base, à gros traits : l’homme avait en lui quelque chose de divin, qui s’est perdu au fil des siècles. Une mystérieuse entité, le Démiurge, a en effet « emprisonné » l’homme, qui n’en a normalement pas conscience, dans un complexe système de geôles, une « Machine » impliquant plusieurs mondes (l’Élysée est le monde que nous connaissons – ou croyons connaître –, mais il faut y rajouter l’Enfer et les innombrables Purgatoires, les Limbes qui sont grosso modo le monde du rêve, Metropolis la cité originelle hors du temps et de l’espace, dont toutes les autres ne sont que des reflets, ou encore le Labyrinthe souterrain qui relie plus ou moins les mondes entre eux…). Surtout, l’homme est enfermé dans une réalité tronquée, illusoire par essence – cette illusion fondamentale coupant donc l’homme du réel, de la « vraie Réalité » comme ils disent, et le maintenant en captivité. Le sort de l’homme, créature déchue, n’est du coup guère enviable… Cela dit, au-delà de la punchline du jeu (« La Mort n’est que le Commencement… »), il n’est vraiment pas nécessaire de périr pour souffrir des horreurs sans nom que dissimule en principe l’illusion. Comme dit plus haut, le PJ doit lutter sans cesse contre lui-même, ses mauvais instincts, et de plus en plus à mesure qu’il prend conscience de l’irréalité de ce qu’il croyait acquis – un mécanisme, en plus complexe peut-être, en plus pertinent probablement, pouvant renvoyer à la classique Santé Mentale de L’Appel de Cthulhu, mais avec des implications d’un autre ordre, quand bien même au moins aussi terribles. Mais des événements surnaturels extérieurs, par exemple l’intervention d’étranges créatures tels que les Razides ou Népharites (honnêtement, je me paume encore dans le lexique, assez velu…), peuvent certes précipiter les PJ « captifs » dans la folie la plus insoutenable… ou réconfortante ?

 

La croyance religieuse a longtemps joué un rôle essentiel dans la perpétuation de l’illusion. Les choses changent, cependant – grosso modo depuis deux siècles, après que les Lumières ont radicalement chamboulé quelques prétendus acquis en Occident. L’illusion se fissure toujours un peu plus… d’autant que le Démiurge a disparu, laissant un gros bordel derrière lui – avec ses serviteurs, les Archontes (nommés d’après les sefirots de la Kabbale), qui se frittent entre eux, et son double maléfique (aha) Astaroth qui frétille d’ambition dans l’Enfer dont il a la garde, tandis que ses propres serviteurs, les Anges de la Mort, complotent en permanence…

 

Cette cosmogonie, bien détaillée, parfois encore bien abstraite cependant, s’appuie en outre sur la description des différents mondes qu’elle implique. Je ne suis pas certain de bien voir comment gérer le passage d’un monde à l’autre (dans des conseils au MJ, les auteurs recommandent pourtant d’insister là-dessus…), et la représentation de ces divers éléments est généralement obscure ; il y a sans doute des choses à creuser, pour chacun – même si une bonne compréhension, au-delà du seul et indispensable Élysée, de Metropolis et de l’Enfer est sans doute essentielle pour suivre une trame fondamentale à même de s’exprimer pleinement en campagne ; les Limbes et le Labyrinthe me paraissent obéir à des critères un peu différents, mais ce n’est là qu’un ressenti après première lecture, je peux faire fausse route (probablement, d’ailleurs).

 

On trouve, au-delà, des éléments fascinants sur les implications de l’illusion en ce qui concerne, par exemple, les rêves, ou encore la perception du temps et de l’espace – des trucs très alléchants mais d’un emploi probablement délicat, j’en ai causé plus haut. De même pour la folie et la « passion » (sexuelle), mais ça m’a moins emballé… Il faut aussi envisager la problématique de l’Éveil, une sorte de prise de conscience totale doublée d’une maîtrise parfaite, censément accessible « par le bas » (Voie des Ténèbres) ou « par le haut » (Voie de la Lumière), mais dont je ne crois pas un seul instant qu’elle puisse concerner les PJ (mais ça peut fournir des PNJ utiles, éventuellement).

 

Tout cela est globalement très intéressant… mais je ne suis pas bien sûr de voir comment en faire usage au mieux. D’autant qu’il serait sans doute bienvenu de s’éloigner de la base relativement commune (horreur + conspiration) pour vraiment mettre en scène tout ce que l’univers de Kult peut avoir de singulier, jusque dans son esthétique malsaine… La thématique de l’illusion pouvant par ailleurs être problématique – une fois que les joueurs ont commencé à percer le voile, l’intérêt reste-t-il ? J’aurais tendance à dire que oui (sinon, cela ferait des décennies que plus personne ne jouerait à L’Appel de Cthulhu, voire à Vampire…), mais peut-être.

 

Là, il n’y a pas de mystères, il me faudra jeter un œil à des scénarios. Je ne tarderai donc pas à lire Taroticum, qui a semble-t-il plutôt bonne presse (même si on lui reproche généralement un certain dirigisme). Dans l’immédiat, ce livre se conclut par « Et In Arcadia Ego », qui me paraît plus ou moins pertinent en guise de scénario d’introduction. Alors attention, là oui, je SPOILE : les PJ sont invités chez un vieil ami à l’agonie (point de départ à peu près aussi original que le testament de l’Oncle Machin dans L’Appel de Cthulhu…), en l’occurrence un professeur et esthète homosexuel ravagé par le sida (glauquerie « mature » un brin appuyée, quoi) ; progressivement, les personnages seront engloutis par les rêves de leur hôte, qui ont par ailleurs attiré l’attention d’une créature maléfique… L’idée de mettre l’accent sur le rêve, ici, me conforte dans l’impression que le jeu sur les Limbes et tout ce qui va avec tient quelque peu de « l’à-côté » par rapport à une trame impliquant Metropolis ou l’Enfer ; cela peut cependant donner des choses intéressantes… à ceci près que les PJ n’ont pas forcément grand-chose à faire ici (le scénario est découpé en journées d’abord parfaitement vides…), et que l’affrontement inéluctable avec la bestiole onirique (même tempéré) me paraît bien convenu et guère enthousiasmant… Il faut vraiment jouer sur les spécificités du rêve, et le contrôle relatif que les PJ peuvent en avoir. Alors peut-être…

 

Au final ? Eh bien, je ne sais pas trop quoi en penser… Enfin, si : le système est largement à chier. Pour le reste… Je ne sais pas. L’ambiance me plaît bien – beaucoup, même – mais je ne suis pas certain de bien voir ce qu’il est possible d’en faire… Ça demande sans doute à être approfondi. On verra donc bientôt avec Taroticum.

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