Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le Conte de la princesse Kaguya, de Isao Takahata

Publié le par Nébal

Le Conte de la princesse Kaguya, de Isao Takahata

Titre : Le Conte de la princesse Kaguya

Titres alternatifs : Taketori monogatari 竹取物語, The Tale of the Princess Kaguya, The Tale of the Bamboo Cutter

Titre original : Kaguya-hime no monogatari かぐや姫の物語

Réalisateur : Takahata Isao

Année : 2013

Pays : Japon

Durée : 137 min.

Acteurs principaux (voix) : Asakura Aki (Kaguya), Chii Takeo (Okina), Miyamoto Nobuko (Ôna), Kora Kengo (Sutemaru), Takahata Atsuko (Sagami)…

 

La chronique contient des SPOILERS, si on peut employer ce terme, et j'en doute, mais bon...

UN CONTE (?) ET UN CLASSIQUE

 

Ultime réalisation à ce jour de l’immense Takahata Isao, Le Conte de la princesse Kaguya est un projet pharaonique, l’adaptation en dessin animé d’un des plus fameux contes japonais, également connu (davantage, en fait) sous le titre (surprenant, à vrai dire) de Conte du coupeur de bambou (Taketori monogatari).

 

Ledit conte a éventuellement des sources orales très anciennes, mais sa version japonaise canonique a été fixée par écrit aux environs de l’an mil – l’apogée de l’époque de Heian, quand la domination politique des Fujiwara au faîte de leur pouvoir s’accompagne d’une intense vie artistique et culturelle, dont le sommet est Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu (j’ai vu çà et là des articles attribuer le conte qui nous intéresse à cette dame, je ne suis pas certain que ça se fonde sur grand-chose…), mais on pourrait également citer les Notes de chevet de Sei Shônagon, etc.

 

Le mot « conte », en français, a acquis (relativement tardivement, en fait ?) des connotations pénibles : « c’est pour les enfants ». Sans doute les enfants japonais connaissent-ils très tôt l’histoire de la princesse Kaguya, comme d’autres tout aussi anciennes et parfois proches (Issun-bôshi, Momotarô, etc.), mais le texte écrit il y a mille ans de cela ne leur était de toute évidence pas destiné, et ne l’est toujours pas (s'il a connu de nombreuses adaptations écrites plus abordables) : Le Conte du coupeur de bambou faisait les délices de la cour impériale, et d’autant plus qu’il s’agissait d’une œuvre profondément satirique, qui raillait les grands de ce monde (seul l’empereur y échappait – forcément ?) ; en outre, le merveilleux, ici, empruntait à diverses traditions culturelles, notamment bouddhique et taoïste, qui ne disent peut-être pas grand-chose aux enfants ?

 

Le Taketori monogatari est aussi et peut-être avant tout l’histoire d’une inconcevable rébellion : la princesse Kaguya ne se comporte pas comme devrait se comporter une jeune femme – son attitude est des plus choquante ! Là encore, on peut supposer que ce n’était pas spécialement la lecture jugée la plus appropriée pour des enfants par les austères moralistes d’un Japon prisant la piété filiale par-dessus tout – le néo-confucianisme de l’époque d’Edo, entre l’époque de la rédaction du conte et la nôtre, ne s’accommodait pas très bien, je suppose, des ruses de la princesse Kaguya…

 

Noter, enfin, que le film de Takahata, finalement, ne met pas vraiment l’accent sur le merveilleux – il est certes toujours présent, comme un arrière-plan nécessaire de l’histoire, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse véritablement dans ce récit (cela serait plutôt du domaine de son compère Miyazaki Hayao) ; il a pu dire que la traduction française du titre, « conte » donc, ne le satisfaisait pas vraiment, il aurait préféré « histoire »… Ce qui est parfaitement envisageable : le mot monogatari, très fréquent dans les titres de la littérature japonaise classique, évoque littéralement la « chose racontée », disons ; on traduit parfois par « dit », quand bien même des œuvres telles que Le Dit de Heichû (Heichû monogatari), Le Dit du Genji (Genji monogatari) et Le Dit des Heiké (Heike monogatari) n’ont absolument rien à voir – respectivement, ce sont un uta monogatari, soit un recueil poétique avec un peu de prose pour faire un mince liant ; un roman fleuve brillant par sa finesse psychologique ; et une chronique historique épique… Les Contes de pluie et de lune (Ugetsu monogatari) d’Ueda Akinari sont certes des histoires fantastiques, les Histoires qui sont maintenant du passé (Konjaku monogatari) aussi, même si dans une autre perspective (religieuse), mais pas le moins du monde les Contes d’Ise (Ise monogatari), etc. Et absolument rien de tout cela n'est destiné aux enfants.

 

DEUX HISTOIRES

 

J’aurais aimé faire ici une double chronique, sur la base de la version française la plus rigoureuse du conte, due à René Sieffert (toujours lui), mais je n’ai pas pu mettre la main dessus… C’est dommage, parce que j’aurais aimé travailler les différences entre le conte originel et le dessin animé de Takahata ; je vais le tenter, mais sur des bases bien plus fragiles…

 

Qui est-elle donc, cette princesse ? Voici ce qu’il en est dans le conte originel – dont je vais narrer la fin, oui, si vous voulez appeler ça des SPOILERS, et ça vaudra ensuite pour le film…

 

Le conte originel

 

Un vieux coupeur de bambou, sans enfant, trouve un jour une petite fille minuscule, de quelques centimètres à peine, dans un bambou scintillant qu'il coupe. Émerveillé, il ramène l’enfant miracle chez lui (un thème commun à d’autres contes japonais, dont ceux cités plus haut), et, avec son épouse, ils l’élèvent comme leur propre fille – tandis qu’elle grandit à une vitesse improbable, jusqu’à devenir bientôt une très belle jeune fille ; une vraie princesse radieuse… Kaguya-hime.

 

Parallèlement, le pauvre coupeur de bambou a fait fortune, car d’autres bambous abritaient des pépites d’or ! Et les deux événements sont liés, à n’en pas douter.

 

Mais la rumeur colporte bientôt la beauté effarante de la « princesse », et cinq hauts dignitaires se présentent chez le coupeur de bambou pour lui demander la main de sa fille (sans jamais l’avoir vue). Or Kaguya n’a aucune envie de se marier ! Elle impose donc à ses arrogants prétendants des quêtes à accomplir – des quêtes impossibles… Moyen très sûr de les éconduire tous. C’est ici, tout particulièrement, que le conte se montre satirique – et use en même temps des folklores bouddhique, taoïste, etc. Et si l’empereur est davantage préservé de sa malice, la princesse Kaguya n’en refuse pas moins de l’épouser lui aussi, quel impensable outrage ! Ils correspondent, cependant – comme font dames et galants en ce temps, échangeant des poèmes…

 

Mais la vérité sur le cas de la princesse apparaît enfin : certes, elle n’est pas de ce monde – elle vient de la Lune, et a été envoyée sur Terre par punition. Sa peine ayant été exécutée, elle doit retourner sur son monde natal… Décidément rebelle (ne serait-ce pas la raison de sa punition, qui n’est pas autrement précisée ?), elle n’a aucune envie de s’exécuter – mais sait qu'elle n'aura pas le choix ; les meilleurs soldats de l’empereur ne sauraient lui permettre d’échapper aux êtres lunaires qui viennent la ramener « chez elle ».

 

Elle a cependant le temps d’adresser une lettre à l’empereur, accompagnée de l’élixir de vie éternelle… Mais, Kaguya partie, l’empereur (comme le coupeur de bambou et son épouse, affligés) n’a aucune envie de vivre éternellement (le rapport à la mort est un autre thème important du conte) ; il charge ses soldats de jeter l’élixir dans le plus grand volcan du Japon – celui que nous connaissons depuis sous le nom de mont Fuji, symbole d’éternité…

 

Le film

 

L’adaptation par Takahata Isao est fidèle dans les grandes lignes, mais présente pourtant des divergences marquées, qui changent en fait pas mal la donne. Du moins, je le suppose, en l’absence de texte de référence…

 

Déjà, le film, au rythme assez lent de manière générale, s’attarde sur l’enfance de Kaguya-hime, dans un cadre rural idyllique, où la nature est resplendissante, et où les gens sont simples et bons – elle joue avec les autres enfants, qui l’appellent Pousse de Bambou, et tombe amoureuse du hardi Sutemaru…

 

Ce qui autorise un contraste : dans le film, le coupeur de bambou prend sa « princesse » très au sérieux, et décide d’abandonner son métier et la campagne pour bâtir, avec sa fortune récemment acquise dans les bambous scintillants, une magnifique demeure à la capitale, où il charge l’austère et rigide dame Sagami de « former » Kaguya, pour en faire une « authentique princesse ». Le personnage du coupeur de bambou a donc quelque chose d’un parvenu un peu ridicule, ici (tandis que son épouse incarne une paisible sagesse paysanne de tous les instants), même s’il reste sympathique en définitive ; mais, ainsi, la rébellion de Kaguya peut s’afficher bien avant que les cinq prétendants n’entrent en scène…

 

En fait, ce passage crucial du conte originel est relativement expédié ici – de même pour la relation avec l’empereur, mais avec une différence colossale : chez Takahata, l’empereur n’est certes pas épargné par la critique, c’est un horrible personnage ! Peut-être, cependant, comprend-il quelque chose après avoir été rejeté ?

 

Mais, à toutes ces étapes, il y a des changements de ton marqués : l’humour du conte originel laisse régulièrement la place à la tristesse et la douleur – d’abord quand Kaguya, haïssant les rigidités de la capitale et les bêtises humiliantes de l’étiquette, rêve de retourner dans sa campagne, auprès de ses amis et notamment Sutemaru ; ensuite quand elle comprend sa véritable nature, et craint le retour sur la Lune – en sachant très bien que rien ne pourra s’y opposer : la rébellion de Kaguya a pu lui permettre de triompher des codes absurdes de la bonne société en préservant son individualité et en refusant de se soumettre à qui ou quoi que ce soit, mais le destin la force en définitive.

 

Le peuple sélénite, cependant, acquiert ici des traits indéniablement bouddhiques, qui m’ont surpris : l’imagerie emprunte clairement au motif Haya raigô de la « descente rapide » d’Amida et de ses bodhisattvas venant chercher l’âme de ceux qui ont cru en lui pour les amener dans son paradis de la Terre Pure de l’Ouest – pas vraiment la Lune a priori… J’en avais donné un exemple illustré en chroniquant L’Art japonais, de Joan Stanley-Baker, ça me paraît éloquent. Mais je ne sais pas du tout ce qu’il faut en penser, ici – même si l’on peut sans doute faire le lien avec le thème de la mort, certes sensible dans le conte originel ; bon, je ne sais pas, n’hésitez pas à m’éclairer si jamais !

 

Enfin, le rôle de l’empereur étant bien moindre et bien autrement connoté dans le film de Takahata que dans le conte originel, l’épilogue avec l’élixir et le mont Fuji est totalement absent du dessin animé.

CHANGEMENTS DE TON (ET PEUT-ÊTRE DAVANTAGE ?)

 

Le conte originel est, à ce qu’il semblerait, un texte avant tout rusé, drôle et irrévérencieux. Le ton est assez différent dans le film, qui se montre peut-être moins subtil dans ses critiques – ou plutôt est-ce qu’il préfère mettre en avant d’autres dimensions.

 

Le contraste entre la campagne belle et pure, d’une part, et la capitale toute d’artifices avec ses absurdités protocolaires, est sans doute un peu (trop) naïf (tout en étant lié aux préoccupations écologistes de Takahata, particulièrement sensibles dans l’excellent Pompoko), mais le réquisitoire contre l’étiquette est plus virulent que dans le conte, d’une certaine manière.

 

Maintenant, il ne faut pas non plus exagérer, hein : si le conte comme le film dénoncent la mesquinerie des puissants, en les opposant aux paysans (enfin, surtout chez Takahata, je ne suis pas bien certain que cette contrepartie soit sensible dans le récit originel), il serait sans doute bien abusif de parler de « marxisme » dans tout ça – rigolez pas trop vite, j’ai croisé cette affirmation sur le ouèbe… Même « libertaire » n’est pas beaucoup plus à propos, mais j’y reviendrai.

 

Dans le film, la rébellion de Kaguya demeure jubilatoire (voyez-la se blanchir les dents, vision d’horreur pour dame Sagami !), mais la ruse dont elle fait preuve en manœuvrant ses prétendants est moins accentuée ; l'humour persiste, bien sûr, mais la douleur est tout de même bien plus sensible, par exemple avec les rêves impossibles de retour à la campagne et à une saine pauvreté ; la fuite sous la lune est probablement le plus beau moment du film à cet égard – j’ai été bien moins convaincu par les retrouvailles oniriques avec Sutemaru, un peu Superman et Loïs Lane… Même s’il est un point très intéressant dans ce passage : que Sutemaru ait femme et enfants – en contraste, encore, avec la princesse Kaguya qui ne veut pas devenir épouse et (donc) mère.

 

Peut-on vraiment dire que le conte originel mettait en avant le thème de la condition des femmes ? On peut en douter – même avec cette rébellion frontale, impensable à vrai dire, et même en prenant en compte combien la littérature japonaise de cette époque était souvent, peut-être même majoritairement, le fait des femmes (dont Murasaki Shikibu et Sei Shônagon au premier plan, mais il y aurait aussi Izumi Shikibu, auparavant la poétesse Ise, etc.) ; leurs propres œuvres témoignent pourtant de ce que la société aristocratique d’alors les reléguait à un statut inférieur (même si je crois que le Japon, au fil de son histoire, a connu des hauts et des bas à cet égard – j’en avais indirectement parlé en chroniquant Européens et Japonais, de Luís Fróis). Mais ce trait me paraît davantage affirmé dans le film de Takahata, clairement – ce qui n’a rien de si évident dans le Japon contemporain, toujours très patriarcal, et c’est peu dire… En même temps, c’est peut-être ce qui justifie l’accent mis sur la tristesse et la douleur de Kaguya-hime ; mais la rébellion se teinte en définitive de résignation, ce qui en dit peut-être long.

 

UNE MERVEILLE VISUELLE

 

On appréciera donc diversement le récit en lui-même, et ses variations par rapport au conte originel. Pour ma part, j’ai apprécié le dessin animé à cet égard – mais je préfère ne pas trop m’avancer sur ce terrain, tant que je n’aurai pas lu le conte dans sa version la plus fidèle et « adulte ».

 

Là où le film emporte sans mal l’adhésion, c’est au plan du graphisme, et plus généralement de la réalisation. Le studio Ghibli n’a certes plus rien à prouver en la matière – Takahata Isao comme le compère star Miyazaki Hayao ont toujours livré un travail admirable. Mais leurs approches peuvent pourtant différer – dans le fond, sans doute, car ils ne visent pas forcément le même public, n’ont pas forcément le même rapport à l’imaginaire, etc., mais aussi dans la forme, car Takahata, qui dit lui-même ne pas être un dessinateur, contrairement à Miyazaki (il se perçoit avant tout comme un réalisateur), est en mesure d’oser des choses un peu « différentes ».

 

Son précédent long-métrage, Mes voisins les Yamada, quatorze ans (tout de même) avant Le Conte de la princesse Kaguya, en avait déjà fait l’éclatante démonstration – fond et forme, il n’avait pas grand-chose à voir avec les autres productions Ghibli (qui rapportaient bien davantage), mais notamment en raison de son style graphique très particulier, avec quelque chose de délibérément « inachevé », des crayonnés, des teintes d’aquarelle, etc. C’était de toute beauté, et à mille lieues des standards de l’animation japonaise, auxquels s’est tenu Miyazaki – avec ce côté qu’on dira peut-être, sans trop d’assurance, « ligne claire », et dérivé du manga classique à la Tezuka, je suppose.

 

Dans Le Conte de la princesse Kaguya, Takahata tente quelque chose du même ordre que pour Mes voisins les Yamada, dans l’idée, mais en faisant appel à des techniques très différentes, qui accentuent le rendu « papier » – en usant de fusains, notamment, et de cadres plus ou moins esquissés, dont les crayonnés à la marge donnent une impression de brouillon ; ce qui n’a rien d’un reproche, c’est absolument superbe ! Et très singulier – un autre moyen de mettre en avant l’individualité du film comme de son réalisateur, même au sein de Ghibli. Cette « norme graphique à façon » produit des merveilles tout au long du film, mais plus encore quand elle explose dans une radicalité plus marquée – le grand moment du dessin animé est donc très certainement cette scène incroyable où la princesse Kaguya fuit sa demeure, se dépouillant de ses innombrables vêtements sous l’œil menaçant de la lune, courant dans les champs, désespérée, avide de retrouver son enfance à jamais perdue... C’est proprement extraordinaire.

 

Un autre aspect à noter, plus classique, relève du character design. Certains personnages s’affichent comme des archétypes, et leur approche est donc relativement conventionnelle – ainsi tout particulièrement de Sutemaru. Mais les personnages davantage burlesques sont plus inventifs, ce qui inclut le coupeur de bambou parvenu, certains des prétendants, et surtout cette fillette (dont le nom m’échappe, hélas) qui fait office de dame de compagnie pour la princesse Kaguya ; ses traits un peu batraciens, sa silhouette petite et bouboule, initialement, incitent à l’envisager comme une dame Sagami en devenir, mais elle se révèle bientôt d’une humanité et d’un dévouement qui la rendent autrement sympathique. Autant de réussites marquées, pour un film irréprochable sous cet angle.

 

ENCORE, TAKAHATA-SENSEI !

 

Dans son traitement du Conte du coupeur de bambou, le film de Takahata Isao, qui prend à bon droit ses libertés, s’avère probablement plus ou moins convaincant selon les passages et les thèmes traités – quant à moi, je suis convaincu que le bon l’emporte largement, mais j’imagine qu’il y a matière à discuter de tout cela.

 

Quoi qu’il en soit, Takahata sait raconter une histoire, et Le Conte de la princesse Kaguya est plus qu’à la hauteur de nos attentes très élevées sous cet angle. Relativement long (un peu plus de deux heures), le film prend son temps pour poser contextes, personnages et péripéties – tout en ménageant régulièrement quelques moments plus burlesques qui dynamisent parfaitement l’ensemble. Là encore, le film est d’une parfaite maîtrise, et bien plus que satisfaisant.

 

Mais, là où il triomphe sans peine, et au point à mon sens d’inciter à la clémence pour d’autres aspects très éventuellement plus discutables, c’est au plan de la réalisation. Visuellement, le film est absolument superbe, de bout en bout – et brille de cette très appréciable singularité.

 

La tâche d’adapter ce conte classique avait bien quelque chose de monumental, mais le résultat s’avère à la hauteur. On est ravi par la poésie et la délicatesse du film, et on souhaite avec ardeur que Takahata-sensei nous livre encore d’autres films aussi beaux !

Voir les commentaires

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (07)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (07)

Septième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici. L'enregistrement de la séance est disponible .

 

À ce stade, presque tout provient encore de la campagne Stone Cold Dead, mais je commence à y mettre quelques éléments de « The Winter War » et de Coffin Rock également, qui vont progressivement gagner en importance.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue (mais sa joueuse a dû partir un peu avant la fin de la séance) ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez ci-dessous l'enregistrement de la séance.

I : BRÛLE

 

[I-1 : Warren, Nicholas, Danny, Beatrice : Russell Drent ; Cordell, Shane Aterton] Warren et Nicholas, depuis Crimson Bay, ont perçu les coups de feu en provenance de la communauté des anciens esclaves, et, inquiets, y retournent – Danny et Beatrice sont toujours sur place. Warren et Nicholas ne peuvent cependant arriver qu’une fois que l’affaire est jouée : le hameau brûle – un ordre du shérif Russell Drent qu’il a été aisé d’exécuter. Les anciens esclaves, que leur chef Cordell, dépité, a dissuadé de riposter, ont quitté les lieux sans que les adjoints du shérif ne se préoccupent de les en empêcher – ils se sont contentés de rassembler les sacs contenant le pactole du tournoi sur la petite place au milieu de la communauté. Drent contemple les flammes sans un mot – il refuse de partir tant que le hameau n’est pas réduit en cendres. Danny, dès lors persuadé de ce que tout cela était un coup monté dès le départ, sait qu’il l’a vu « disposer » du corps inconscient de Shane Aterton, mais le shérif ne lui a pas fait la moindre remarque à ce sujet.

 

[I-2 : Danny : Russell Drent ; Shane Aterton, Gamblin’ Joe Wallace] Danny s’approche cependant de Drent – et ne mâche pas ses mots. Justice est faite ? En brûlant tout un village sans s'embarrasser de trier les coupables, et alors même que l’argent volé a été retrouvé ? Drent reste stoïque – et signale qu’il a vu Danny s’occuper de Shane Aterton : il n’a pas de leçons à lui donner. Le shérif n’a aucune envie de débattre – mais que son adjoint vertueux note ceci : des voleurs, dans tout autre ville, on les aurait pendus ; lui s’est contenté de leur dire d’aller voir ailleurs – ça n’est pas si « disproportionné ». Il y a eu un mort, mais, comme Danny est bien placé pour le savoir, le coupable a été puni : justice a été faite, oui. Danny laisse entendre qu’il a bien compris qu’il s’agissait d’un coup monté – et suspecte que le shérif a agi motivé par son racisme ; il en parlera à Wallace ! Mais Drent s’en moque : « Faites. » Danny rejoint ses amis, et retourne en ville avec eux.

 

[I-3 : Beatrice, Warren, Nicholas, Danny : Russell Drent] Beatrice, qui a accueilli Warren et Nicholas, discute avec eux de ce qui s’est passé. Tous sont également convaincus qu’il s’agissait d’un coup monté, que l’argent n’avait jamais disparu… et que Drent est pourri jusqu’à l’os ; Warren, un peu naïf, ne comprend pas forcément tout le tableau, mais ses camarades l’éclairent à ce propos. Ils rentrent à Crimson Bay avec Danny.

 

II : RÉVÉLATION TARDIVE

 

[II-1 : Rafaela : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent, Mike Paltron] Mais Rafaela était restée en ville – elle ne sait pas ce qui s’est passé exactement à la communauté des anciens esclaves, mais qu’importe, elle voulait déjà parler de tout cela avec Gamblin’ Joe Wallace. Le maire de Crimson Bay se trouve toujours au Gold Digger, qui reprend peu à peu une activité normale – Wallace a toutefois déserté la grande salle pour s’installer dans son bureau à l’étage. Rafie toque à la porte – à plusieurs reprises avant que le maire ne réagisse, il est visiblement saoul et au bout du rouleau ; son bureau est jonché de bouteilles vides. Rafie explique qu’elle a rendu son étoile à Drent, et pourquoi ; mais elle ajoute sans l'ombre d'une hésitation qu’elle s’est aussitôt rendue à la communauté des anciens esclaves pour les prévenir de l’arrivée imminente du shérif (elle ne mentionne pas ses camarades qui l’avaient accompagnée)… La parole du seul « témoin », Mike Paltron, n’était pas fiable – et le shérif et ses adjoints étant plutôt nerveux, elle a fait en sorte que les femmes et les enfants, au moins, ne soient pas sur place quand ils parviendraient à la communauté des anciens esclaves. Le racisme de Drent est pour elle une certitude – et elle confie à Wallace que, ce que le shérif a fait pour les anciens esclaves, il pourrait le faire également pour Chinatown, ce qui concernerait bien plus immédiatement Crimson Bay et les intérêts de Wallace dans la région.

 

[II-2 : Rafaela : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent] Le maire dodeline de la tête… Rafie a bien fait ; c’est une décision qu’il aurait peut-être dû prendre lui-même… Mais elle comprend qu’il était pieds et poings liés par le shérif ; simplement, elle insiste sur le fait que la violence n’est pas toujours la solution ! Mais Wallace est ivre, et sombre. Pour lui, cette affaire a fait office de révélation : pendant des années, il avait cru que Crimson Bay était sa ville ; maintenant, il a compris que c’était celle de Russell Drent. Tout ce temps. Rafie l’incite à reprendre les choses en mains, mais le maire n’y croit visiblement plus. Il ouvre une nouvelle bouteille de whisky – Rafie lui dit qu’il ne trouvera pas la solution dans la boisson, mais il n’en tient pas compte, et boit au goulot.

 

III : BLANCHIR

 

[III-1 : Danny, Beatrice, Warren, Nicholas : Mr Fong, Mr Shou] Danny, Beatrice, Warren et Nicholas, de retour, passent par Chinatown. Danny, aiguillé par Warren, souhaite parler à Mr Fong, le patron de la blanchisserie, et semble-t-il de Chinatown de manière générale (Danny songeait d’abord à Mr Shou, le patron du White Tiger – mais ce sinistre individu répugne à tous). Le savant fou guide les autres vers la blanchisserie ; il y était déjà venu, le garde le reconnaît, et, après un bref temps d’hésitation, il les laisse entrer dans l’usine à proprement parler – le bureau de Mr Fong est à la mezzanine, ce qui permet de surveiller toute l’usine.

 

[III-2 : Danny : Mr Fong ; Russell Drent] Mr Fong est bien dans son bureau. Il accueille les PJ, un peu perplexe – ils l’interrompent dans son travail, mais il n’a rien à refuser aux adjoints du shérif Russell Drent. Mais justement ! Danny lui résume la situation – et lâche sans plus de précautions qu’ils sont convaincus que tout cela était un coup monté, et ce dès la découverte du cadavre derrière le White Tiger, ce qui implique directement Chinatown : il s’agissait de tout mettre sur le dos des Chinois – Drent est foncièrement raciste, il s’en prendra à Mr Fong et aux siens dès que possible ! Fong relève que Danny lui dénonce ses collègues et supérieurs – le shérif n’appréciera pas… Mais, surtout, le patron de la blanchisserie assure Danny qu’il se trompe : Chinatown n’a rien à craindre de Russell Drent. Il n’en dit pas plus… Mais Fong avance à demi-mots qu’il croit deviner que Danny, à l’entendre, envisage de remplacer l’actuel shérif ? Un peu gêné, le bagarreur dit que ça n’est pas (pour l’heure ?) dans ses intentions, mais qu’il compte bien déloger Drent au plus tôt, oui. En homme d’affaires, Mr Fong ne peut pas se permettre de critiquer l’ambition – mais il recommande à l’adjoint zélé de se montrer plus prudent à l’avenir ; il le remercie de ses confidences – mais elles pourraient lui attirer des ennuis, ailleurs dans Crimson BayFong n’est pas un joueur, par ailleurs : s’il doit parier sur un cheval, à terme, ce sera sur celui dont il sait qu’il l’emportera…

 

[III-3 : Warren, Danny : Mr Fong ; Mr Shou] Mais Warren intervient, naïvement, devant Fong : il y avait cette affaire avec Mr Shou… Doivent-ils encore enquêter, alors ? Le patron du White Tiger semblait croire que quelqu’un voulait le piéger… Mr Fong a un vague sourire : « Vous devriez décidément vous montrer plus prudents… » Mais il prend bonne note de tout ça, et remercie l’adjoint Danny. Ils sortent.

 

[III-4 : Beatrice : Russell Drent] Dehors, Beatrice est sur le point d’exploser : personne ne va donc faire quoi que ce soit dans cette ville ? Elle ne s’y éternisera pas, si Drent reste en place et continue ses magouilles ! Ses amis l’incitent au calme – d’habitude, par la force des choses, la huckster dissimule bien mieux ses émotions… Par chance, les adjoints ne patrouillent pas dans Chinatown, mais le Chinois massif à la chemise rouge sang est toujours là à les observer, à distance…

 

IV : NOUVELLE RÉVÉLATION TARDIVE

 

[IV-1 : Rafaela, Danny, Beatrice : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent] Les PJ se retrouvent au Gold Digger, où ils font le point sur la situation. Le constat est navrant, et Rafie confirme que Wallace, bourré, déprimé, ne fera absolument rien. Danny entend bien lui secouer les puces : il monte à l’étage, frappe au bureau du maire, et entre sans attendre de réponse. Wallace est dans un état encore pire : « Trinquons ! Trinquons au succès du grand tournoi de poker de Crimson Bay ! » Danny lui suggère plutôt de trinquer « à la reprise de cette ville ». Wallace sait bien que « tout le monde est au courant, maintenant »… Peut-être ont-ils toujours su… Danny s’empare de la bouteille du maire. Il ne va pas lui faire de sermon, ça ne sert à rien – mais il lui faut agir ! Il faut déloger Drent de sa position : il a détruit un village entier sur un prétexte ; l’argent n’avait jamais été volé, il l’avait dès le départ en sa possession ! Beatrice, qui avait suivi discrètement Danny, ajoute que le shérif a fait tuer ses propres adjoints, pour accomplir son plan… Danny confirme : Drent a volé l’argent de Wallace, c’est lui qui a anéanti le tournoi de poker. La huckster prend le relais : peut-être le maire a-t-il toujours été un homme de paille, ce qu’il ne cesse de répéter, mais ça n’est pas important – ce qui compte, c’est ce qu’il va faire maintenant. « Boire une autre bouteille ? Tirer des plans sur la comète : les transports maritimes et ferroviaires… Oh, et l’usine : il faut prier pour que la guerre reprenne ! Mais ça ne serait pas très chrétien… » Danny s'énerve : non ! Il faut prendre les armes, et virer Drent et ses hommes – mais ils se comptent par dizaines, note Wallace… « On peut pas demander aux braves gens de cette ville de faire la révolution simplement parce que le shérif se montre un petit peu méchant... En fait, ils aiment que ça se passe comme ça – Drent assure la sécurité dans la ville, c’est tout ce qu’ils veulent. Ils en ont peur, mais c’est une peur qu’ils acceptent, qu’ils apprécient, même. »

 

[IV-2 : Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent, Kang, Cordell] Le maire paye le salaire du shérif – mais ce dernier n’en a visiblement pas besoin, et il va lui rendre l’argent du tournoi, retrouvé « quelques heures après le départ des joueurs, c’est fâcheux »… Car Drent a sans doute trouvé quelqu’un d’autre pour le financer ; on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais c’est clairement quelqu’un d’intelligent ; il ne se serait pas lancé dans un truc pareil sans avoir des appuis – et pas seulement une milice à ses ordres, mais quelque chose au-dessus de lui. Beatrice lui demande s’il a quelqu’un en tête. Possible… Danny le presse d’en dire plus. Le maire s'explique un peu : la clef, c’est la communauté des anciens esclaves. Drent, raciste ? Wallace ne le pense pas : c’est un homme pragmatique. Il se trouve que c’était des Noirs, là-bas… Oui, ça a sans doute facilité les choses, mais des Blancs ou des Chinois, ça n’aurait pas forcément posé beaucoup plus de problèmes, croit-il. Quand on regarde une carte de la région, finalement, ça n’est pas bien mystérieux… On veut étendre le réseau de chemin de fer ? Il faut un endroit approprié pour ça – la Iron Dragon de Kang ne peut pas se satisfaire du semblant d’axe qui passe par Crimson Bay, ultime reliquat d’une petite compagnie bientôt asphyxiée par les barons du rail. La clef des négociations, c’était ce terrain. Wallace est un homme d’affaires, mais réglo – et il savait que Cordell était le propriétaire légitime de ces terres ; Drent le savait aussi, Wallace le lui avait confié… Peut-être le shérif l’a-t-il trouvé trop « mou », et a-t-il décidé d’agir de manière plus radicale « pour le salut de Crimson Bay : imaginez tout l’argent de la Iron Dragon qui affluerait dans les caisses de la ville ! » Eh oui : Danny et ses amis n’ont pas seulement affaire à un shérif un peu rude et à sa milice d’une vingtaine d’hommes au moins ; derrière, il y a un baron du rail… Ils veulent toujours faire leur petite révolution ? « Plus que jamais », l’assure aussitôt Beatrice – qui est obsédée par les barons du rail et les « puces » qu’ils mettent dans la tête des gens… Il ne veut rien faire ? Il méritera ce qui lui arrivera. Les PJ sortent – Danny s’est emparé d’une bouteille de Wallace, qui ne réagit pas, il en a d’autres…

V : PRENDRE LE POULS DE LA VILLE

 

[V-1 : Warren, Danny, Beatrice, Nicholas, Rafaela : Richard Lightgow, Jon Brims, Josh Newcombe, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace, Jeff Liston, Denis O’Hara] Dehors, Crimson Bay a repris des couleurs. Il fait un temps magnifique, le soleil est éclatant – la pluie de ces derniers jours n’est plus qu’un mauvais souvenir. Les gens sourient, l’air un peu béat... Les soucis de tout un chacun semblent s’être envolés. Tout va bien… Warren décide d'organiser un repas dans la soirée, au Washington, avec le médecin Richard Lightgow, son ami l’entrepreneur de pompes funèbres Jon Brims, et peut-être également le journaliste Josh Newcombe, du Crimson Post – il est curieux de ce qu’ils pensent tous de Drent, mais aussi de Wallace (dont le tableau de l’économie de la ville ne l’a pas laissé indifférent : le maire a sans doute raison, Crimson Bay disparaîtra sans le soutien de la Iron Dragon). Danny et Beatrice, eux, ont bien besoin de boire quelque chose, et prennent la direction du Red Bear – l’avis de Jeff Liston les intéresse également. Quant aux dévots Nicholas et Rafie, ils se rendent à l’église du père Denis O’Hara.

 

[V-2 : Warren : Richard Lightgow, Josh Newcombe ; Jon Brims] Warren va donc à la clinique du Dr Lightgow pour l’inviter ainsi que Jon Brims au repas du soir, et mentionne qu’il va proposer également à Josh Newcombe de se joindre à eux ; mais, à peine a-t-il eu le temps de le dire... que le journaliste entre dans le cabinet, vêtu d’un grand manteau, et affichant un regard inquiet de conspirateur ! Il chuchote à l’oreille de Warren : « Psst ! J’ai votre édition spéciale ! Je vous avais dit que je vous la livrerais en personne ! » Il tend un exemplaire de son journal au savant fou… sauf qu’il ne s’agit pas d’un imprimé – sans doute le journaliste n’avait-il toujours pas accès à sa machine, car « l’édition spéciale » en question est un exemplaire bien mince et entièrement manuscrit, au crayon ! Newcombe s’en va aussitôt, sans un mot de plus – Warren a à peine le temps de l’interpeller (« Soyez discret, bon sang ! Je représente la presse libre qui lutte contre l’oppression ! Si l’on sait que je suis ici, cela pourrait très mal tourner… ») : le savant fou l’invite au repas du soir – et garantit que sa protection sera assurée. Le journaliste acquiesce rapidement et s’éclipse. Warren retourne au Washington, et y lit son « édition spéciale »…

 

La Sainte Résurrection des Morts parodiée par d’Impies Charlatans !

 

Un billet d’humeur signé Josh Newcombe

 

Christ mort et ressuscité nous en a fait la Sainte Promesse : nous vivrons pour l’Éternité quand viendra le Jugement. D’ici là, cependant, nous ne pouvons que constater qu’il se trouve en notre sein de bien impudents et sinistres personnages, qui prétendent exercer des Miracles en lieu et place du Saint Fils de Dieu.

 

Leurs Voies sont multiples, si toutes mensongères : d’aucuns prétendent que leur Science Impie saura perpétuer les corps au-delà du terme fixé à notre vie, de toute éternité, par Dieu le Père. Même en admettant que ces féroces et cruels émules de l’Odieux Docteur Frankenstein pourraient bel et bien accomplir leurs Sombres Promesses, le fait demeure : ils entendent préserver les corps, mais qu’en est-il de l’Âme ? Ils ne sauraient la réduire en équations, et n’en tiennent donc même pas compte ! Quelle promesse est-ce là, sinon une preuve supplémentaire des ravages que l’Odieux Matérialisme suscite chez les Mécréants, au péril même de ce qui en fait des hommes ?

 

Mais ces méprisables personnages qui s’honorent du titre de Savants, lequel ne devrait jamais être autre chose qu’un Stigmate d’Infamie, ne sont pas seuls à proférer pareilles sottises. On dit qu’il est chez les Nègres des Îles de Sataniques Hommes-Médecines qui dérobent au Seigneur les corps fraîchement enterrés pour s’en faire des Légions de serviteurs. Certains, dit-on, auraient même le secret d’une poudre qui, projetée à la face d’un de nos semblables, le plongerait tout aussitôt dans un sordide comas, sans plus jamais d’espoir d’en sortir ! Quoi de plus tragique que le destin de ces « Zompés » privés de la Gloire de la Résurrection pour n’en exhiber que la plus grotesque et scandaleuse des Caricatures ?

 

L’Union doit agir ! La Résurrection des Morts n’appartient qu’à Christ Notre Sauveur ! Ceux qui la moquent sont les pires des Hérétiques, et la plus grave des menaces qui pèsent sur notre Communauté de Fidèles…

 

Josh Newcombe

 

[V-3 : Warren : Nicholas, Rafaela ; Josh Newcombe] Warren n’en revient pas de tant de bigoterie – qui plus est anti-scientifique ! Il n’y avait pas pris garde – mais, en y réfléchissant, Josh Newcombe avait bien, en quelques occasions, exprimé des idées religieuses, par exemple quand il s’en était pris au « faux prêtre » Nicholas… Le savant fou regrette maintenant de l’avoir invité ! Il avait fait en sorte que Nicholas ne les rejoigne pas, au vu de son différend avec le journaliste, mais, tout compte fait… Il réalise cependant que Nicholas lui-même... est parti à l’église ! Ce qui ne fait pas vraiment son affaire… Des grenouilles de bénitier partout ! Ce qu’il accepte chez Rafie, avec sans doute une certaine part de sentiment de culpabilité, il le tolère bien moins chez les autres… Il prend toutefois sur lui, et rejoint ses amis croyants ; il explique à Nicholas que, tout compte fait, eh bien… Cessant de bafouiller, il leur laisse son « édition spéciale », et retourne sans plus attendre au Washington. Là-bas, il décide de griffonner un message : « Lieu compromis. Attendre instructions. Rentrez chez vous. » Il le confie à un gamin, avec une pièce, pour qu’il le livre à Josh Newcombe

 

[V-4 : Nicholas, Rafaela : Denis O’Hara ; Russell Drent, Josh Newcombe] En attendant, à l’église justement, tandis que Rafaela prie, Nicholas échange quelques mots avec le père O’Hara, toujours aussi rougeaud, et qui le taquine sur son statut ambigu de « prêtre ». Nicholas cherche à connaître son sentiment concernant Drent, mais les circonvolutions de son discours ne laissent guère de doute : il ne dira rien et ne fera rien contre le shérif. La richesse de Crimson Bay l’intéresse bien plus que sa liberté (qui est « plutôt un truc de catholiques »)… La discussion s’envenime progressivement, même si elle procède par citations bibliques parfois très approximatives – Nicholas accuse le père O’Hara de « fuir ». Mais non : il est très content de sa place, de sa résidence, de ses ouailles... Quand Nicholas pose sa main sur l’épaule du père O’Hara, ce dernier se crispe et affiche un regard noir : « Veuillez ôter cette main, "mon père"… » Nicholas s’exécute – mais il ne laisse pas là le pasteur ; obtenant de discuter dans un cadre davantage privé, il présente le shérif Drent comme étant un véritable démon, parlant de l’œil de Caïn, etc. Ce que le père O’Hara trouve bien mélodramatique. Mais quand Nicholas pose à nouveau sa main sur son épaule, il la dégage d’un geste brusque, et saisit son interlocuteur par le bras – et il a de la poigne… D’un ton sec et menaçant, avec le regard sombre et dur associé, il exige que Nicholas s’en aille, sous-entendant qu’il ne veut plus le revoir dans son église… Rafaela n’a pas suivi tous les échanges, mais suffisamment pour se faire une opinion du pasteur de Crimson Bay. Nicholas et elle s’en vont – le premier annonçant que « l’œil de Caïn se met en route »… Quant à Newcombe, après avoir lu le « journal », ils sont partagés ; pour Nicholas, il n’a aucune importance – mais Rafie a noté qu’il avait raison pour la pieuvre, peut-être y a-t-il bien quelque chose… Elle n’a certes pas oublié les avertissements de la Vierge de Guadalupe ! Pour cette raison, l’article portant sur les morts ressuscités ne la fait pas rire, loin de là…

 

[V-5 : Beatrice, Danny : Jeff Liston ; Russell Drent, Shane Aterton] Pendant ce temps, au Red Bear, Beatrice discute avec Jeff Liston tandis que Danny furieux se contente de boire. Que faut-il penser de Drent ? L’ex-trappeur n’en est pas bien sûr : Shane Aterton (dont il ne sait pas qu’il est mort) est un connard, ça, oui ; Drent… C’est l’employeur du connard – ce qui ne joue pas en sa faveur. Au-delà… Il fait peur à pas mal de gens, oui. Beatrice informe Liston que, concernant Shane Aterton, il faut désormais en parler au passé. « Il a eu chaud », ajoute laconiquement Danny, plongé dans sa mauvaise bière... Beatrice explique au tenancier du Red Bear ce qui s’est passé à la communauté des anciens esclaves. Ils sont remontés contre le shérif… Liston s’assied à leur table, avec une bouteille d’un affreux whisky ; ils ont son oreille. Comme le dit Beatrice elle-même, il ne veut pas foutre le bordel en ville si ça doit nuire aux habitants ; il ne va pas les suivre dans une tentative précoce de « coup d’État » qui ferait plus de mal que de bien… Mais il se tiendra au courant.

 

[V-6 : Warren, Nicholas : Richard Lightgow, Jon Brims ; Josh Newcombe, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace, Edgard Tomlick, Mortimer Stelias, Cordell, Mr Fong, Mr Shou] Le soir, Warren reçoit ses invités Richard Lightgow et Jon Brims au Washington (dont Nicholas a étudié les sorties, etc. – il pourrait y avoir du grabuge qui rendrait ce savoir utile, très prochainement...) ; le savant fou regrette qu’il n’y ait pas de poulpe au dîner… En attendant qu'on les serve, les invités expliquent qu’ils ont vu le Gold Digger bondé – tous les hommes du shérif y fêtent ce qui s’est passé à la communauté des anciens esclaves… Quant à Newcombe, Warren a reçu ce message sibyllin : « Ne peux assister à kermesse. Tendinite. » Ils en discutent : finalement, le savant fou est bien obligé de reconnaître que Lightgow avait raison concernant le journaliste… La discussion (à table dans une salle privée) tourne bientôt et assez ouvertement autour de Russell Drent, et de ce que les compagnons en pensent. Lightgow ne fait guère qu’exprimer le sentiment général à Crimson Bay : il fait peur aux habitants, mais la ville est sûre… Bien sûr, on pourrait tenir un débat philosophique sur la liberté contre la sécurité… Et Brims ? Le croque-mort, essentiellement mutique, réfléchit un bon moment… puis répond – et tient un discours incroyablement long pour qui le connaît si taiseux habituellement ! En fait, au point où son ami le Dr Lightgow lui-même est stupéfait… Le croque-mort ne fait pas confiance à Drent ; le coup monté contre la communauté ne le surprend pas, hélas… Oui, l’économie de la ville dépend sans doute du ralliement au réseau de la Iron Dragon ; sinon, à moins qu’on ne trouve un filon de roche fantôme dans les collines… Mais la communauté ? Pour tous les habitants de Crimson Bay, les anciens esclaves s’étaient établis illégalement là-bas – mais c’est faux : Brims fait partie des rares personnes à le savoir, avec Wallace et Drent, peut-être quelques rares autres, comme, probablement, le banquier Edgard Tomlick… Avant l’arrivée de Wallace, il y avait un autre grand propriétaire dans le coin – un type du nom de Mortimer Stelias. Riche comme Crésus, mais progressiste – abolitionniste, quoi, et depuis un bail. C’est lui qui avait fait venir à Crimson Bay les anciens esclaves, pour certains exfiltrés par le Underground Railroad ; il leur donnait du travail, mais salarié, dans des conditions qui n’avaient rien à voir avec celles qu’ils connaissaient dans le Sud – ou dans les îles, d’ailleurs. Cordell était son jardinier, par exemple. Et quand il a senti la mort approcher, il a vendu le terrain audit Cordell, pour un dollar symbolique – à charge pour lui d’accueillir les autres anciens esclaves, qu’ils aient un endroit où vivre en paix, libres et sereins... Du coup, les anciens esclaves, via Cordell, étaient (et sont toujours) légalement les propriétaires de la communauté et des terres environnantes. Wallace est bien l’homme « réglo » qu’il prétend être : en sous-main, discrètement, il n’a cessé de proposer à Cordell de racheter ces terres – et pour une belle somme ; mais l’ex-jardinier a toujours refusé, ç’aurait été une marque de mépris pour son ex-employeur et bienfaiteur… Drent n’a de toute évidence pas les scrupules de Wallace ; si les occupants du terrain avaient été des Blancs, il aurait peut-être été davantage embarrassé – mais avec des Noirs… En fait, le shérif lui-même, à cet égard, n’a pas spécialement besoin d’être raciste, il suffit bien que les habitants de Crimson Bay le soient, de manière plus ou moins avouée. Mais Chinatown ? Non, ce n’est pas la même chose : c’est une ville dans la ville, mais pas aussi isolée que ses maîtres le prétendent ; ils sont liés aux triades de Shan Fan, et peut-être même à d’autre au-delà du Pacifique ; c’est ce qui explique leur lien avec Wallace – les triades fournissent la poudre pour son usine de munitions. Maintenant, ils ne forment pas nécessairement un bloc uni – les triades rivalisent entre elles, et pas à fleurets mouchetés... À Chinatown, d’ailleurs, le vrai pouvoir n’est pas celui que l’on montre : Fong ? Ou même Shou ? Des façades… Le vrai pouvoir est dans l’ombre – et bien plus redoutable. Quoi qu’il en soit, ils n’ont probablement pas grand-chose à craindre de la part de Drent – qui en est lui-même parfaitement conscient. Sous les yeux du Dr Lightgow, qui n’en revient toujours pas de ce que son vieil ami se soit montré aussi loquace, Warren remercie chaleureusement Jon Brims pour toutes ces précieuses informations ; le croque-mort explique qu’il a pris soin, avant de parler, d’étudier leur petit groupe tout récemment arrivé en ville : des électrons libres, sans attache, et qui semblent parfois faire preuve de sens moral, « même à géométrie variable ». Leur liberté... Eh bien, il y a un revers à cette médaille : ils ne connaissent pas la ville. Et ils ont besoin de ce genre d’informations pour agir utilement – c’est pourquoi le croque-mort s’est montré aussi disert. A-t-il des conseils à leur donner ? Non – il s’est retiré comme entrepreneur de pompes funèbres ici pour ne plus avoir à prendre ce genre de décisions ; maintenant, s’il trouve quelqu’un qui en vaut la peine, il fournit des informations – et ça s’arrête là. La suite du repas est plus détendue – Warren et Lightgow échangent sur leurs prothèses, qu’ils vont bientôt pouvoir tester. Le savant fou enthousiaste se voit déjà produire tout cela en série, au lieu des munitions, dans l’usine de Wallace ! Le docteur est plus sceptique : « Il y a sans doute un lien entre les deux, mais les munitions se vendent quand même beaucoup mieux que les prothèses… » Mais il n’est pas un homme d’affaires. Warren compte bien en parler à Wallace, quand le maire se sera un peu repris… Avant son départ, Warren suggère enfin à Brims, s’il lui est difficile de parler, de coucher ce qu’il sait sur le papier – et il pourrait bien avoir convaincu le croque-mort de le faire !

VI : APRÈS LE BEAU TEMPS, LA PLUIE

 

[VI-1 : Rafaela, Beatrice : Josh Newcombe ; Samantha Goggins] Le lendemain matin, le temps est encore plus beau que la veille – il fait très bon, l’été connaît comme un dernier sursaut alors que l’automne approche. Rafaela, accompagnée par Beatrice, rend visite à Josh Newcombe, qui travaille cette fois à composer l’édition « normale » du Crimson Post. L’élue souhaite lui parler de son article sur les morts-vivants… « Chut ! Pas si fort ! » C’était une édition très spéciale… Normalement, il aurait d’abord dû faire d'abord son édition spéciale météorologique, mais : impossible ! Alors il s’était contenté de ce billet d’humeur, bien malgré lui… Les morts-vivants sont sans doute un sujet un peu moins exaltant que le climat, mais, que voulez-vous… Beatrice lui demande ce dont il comptait parler, dans cette édition impossible à réaliser – la météorologie, vraiment ? « Oui ! La tempête qui s’annonce… » Mais il fait un temps magnifique ! « Ne vous y trompez pas : les nuages viendront de l’océan d’ici quelques heures à peine, et il va y avoir des pluies diluviennes. Vous voyez, la grande rue, devant le Gold Digger ? Dix dollars que la crevasse à cet endroit fera dans les… mmmh, 80 cm de large, d’ici à… allez, six ou sept heures au plus. » Mais comment peut-il se montrer aussi précis ? « Un journaliste ne révèle pas ses sources ! » Il n’invente donc rien ? Bien sûr que non, pour qui le prennent-ils ! Certes, sa plume est portée sur l’emphase, mais cela fait partie des règles de l’art, comme il voit les choses. Les informations n’en sont pas moins exactes ! D’ailleurs, ils feraient bien de se munir d’imperméables et de bottes bien épaisses… À la boutique de Samantha Goggins, par exemple (« une très bonne informatrice »). Et sur quoi porte son édition du jour ? Il ne révélera rien ! Les cousins cannibales, peut-être ? « Non, c’est déjà du passé… Et une menace mineure, avouons-le. Même s’il y avait moyen de faire une série sur le cannibalisme, oui, c’est un sujet pittoresque dans cette région. » Rafaela comme Beatrice ne voient absolument pas où il veut en venir… « Les wendigos, bien sûr ! C’est du folklore peau-rouge, mais pas des bêtises pour une fois, il y a des témoignages très solides – des vrais témoignages, de Blancs… Ils disent que les hommes qui succombent au cannibalisme, particulièrement dans les très rigoureux hivers qui frappent immanquablement l’Oregon, se changent en ces grandes créatures hirsutes et proprement démoniaques… » Il n’en dira pas plus : il protège ses sources ! Et il a du travail, la liberté de la presse n’attend pas.

 

[La joueuse incarnant Rafaela a dû s’absenter après cette scène.]

 

[VI-2 : Danny, Beatrice : Russell Drent, Glenn Cabott ; Shane Aterton, Jeff Liston] Danny et Beatrice sont toujours officiellement des adjoints du shérif Russell Drent… On ne les a pas mandés, et ils se disputent d’ailleurs concernant ce qu’il faut faire – Beatrice veut agir tout de suite, Danny préfère laisser passer deux, trois jours… dans l’espoir notamment que les adjoints surnuméraires engagés pour le tournoi arrivent au terme de leur contrat. Mais ils veulent savoir ce que Drent mijote, ou compte faire d’eux, et se rendent à son bureau. Quand ils pénètrent à l’intérieur, ils sont aussitôt frappés par le large sourire qu’affiche le shérif, dont ils n’avaient connu jusqu’alors qu’un visage bien plus fermé… Glenn Cabott a semble-t-il récupéré les attributions de Shane Aterton, par ailleurs. Drent se montre très sarcastique pour les « justiciers », qui n’ont pas fait la fête avec eux au Gold Digger… « Vous préférez boire chez Liston, à ce que l’on m’a dit ; pas un établissement de grand standing… » Quoi qu’il en soit, ils doivent toujours régler l’affaire du meurtre de Chinatown : « On ne peut pas laisser un crime impuni… » Danny répond sèchement qu’ils y veilleront...

 

[VI-3 : Warren, Nicholas : Gamblin’ Joe Wallace, Slim Jim Carrighan] Un peu plus tard, Warren souhaite parler à Gamblin’ Joe Wallace – il est accompagné de Nicholas. Au Gold Digger, Slim Jim Carrighan les informe que le maire s’est retiré chez lui – la grande maison très luxueuse un peu plus à l’est, qui fait plus ou moins office de mairie du seul fait que tout le monde sait que Wallace est le maire… Tandis que le domestique chinois les fait patienter dehors, le temps d’informer son employeur de leur visite, ils constatent que de gros nuages noirs sont apparus au large – une immense muraille qui tend à se rapprocher de la ville, et bien trop vite… Wallace est fatigué, mais a un peu décuvé ; il se morfond devant son petit-déjeuner, qu’il n’a pas touché, depuis des heures probablement… Warren lui parle de son projet concernant les prothèses – de quoi permettre un regain de moral ! Le maire dit qu’il en prend bonne note, mais il faudra sans doute le lui rappeler, il risque d’oublier tout ça et de ne rien faire du tout…

 

[VI-4 : Nicholas : Mr Fong] Mais quand les PJ sortent, ils constatent que la tempête a progressé bien plus vite qu’ils ne le pensaient : la luminosité a drastiquement changé, c’est presque comme s’il faisait nuit – il ne pleut pas, mais le tonnerre gronde, tout proche, et très menaçant… L'orage ne va plus tarder à s'abattre sur la ville ; un très gros orage... Nicholas comprend vite que Crimson Bay pourrait faire les frais de coulées de boue se ruant depuis les collines alentour, notamment… Par ailleurs, il faut prendre en compte le risque d’incendie : toute la ville est en bois, à l’exception de quelques rares bâtiments plus massifs – il pense aussitôt à la blanchisserie de Mr Fong. Les PJ se retrouvent tous au Washington. Nicholas est catégorique : il faut partir ! Les autres sont sceptiques, même s’ils ont bien perçu le changement de luminosité… Et le tonnerre gronde, tandis que la cloche de l’église se met à sonner… Ils sortent, et prennent la direction de la blanchisserie. Mais les éclairs frappent maintenant la ville ! En plusieurs endroits, des incendies se déclarent…

 

[VI-5 : Danny, Beatrice, Rafaela, Nicholas, Warren : Mrs Duvall] La foule se met à hurler, prise de panique – et la rumeur circule bientôt : l’école est touchée, le feu a pris ! Il y a les gamins qui sont coincés à l’intérieur, avec leur institutrice, Mrs Duvall ! Les PJ étaient prêts à suivre Nicholas à la blanchisserie, mais c’est maintenant hors de question : Danny, Beatrice et Rafie se dirigent comme un seul homme dans la direction de l’école, à côté de l’église, dont la cloche ne cesse de sonner… Le faux prêtre et Warren sont un peu moins déterminés, mais suivent tout de même. L’école est bien en flammes – ne laissant aucune issue aux enfants et à leur institutrice, prisonniers du bâtiment. Warren use de son bras mécanique Roselyne pour déblayer le passage, et fait des miracles – il a peut-être ouvert un couloir ! Mais les occupants sont coincés plus loin, sous la menace du feu et de la fumée. Danny se colle un mouchoir sur le nez et se jette à l’intérieur de l’école – tandis que Nicholas, après avoir cherché en vain un accès alternatif, humidifie ses vêtements dans un abreuvoir à proximité pour suivre Danny. Beatrice également pénètre à l’intérieur, usant de son Pouvoir de Déflexion sur elle-même pour se protéger des flammes et des débris qui s’effondrent sans cesse à l’intérieur – Danny a en fait évité de justesse une poutre tandis qu’il essayait de se repérer dans la fumée. Le bagarreur et la huckster parviennent cependant à localiser les enfants – avec leur institutrice qui s’est jetée à terre pour prier en sanglotant ; Beatrice la saisit par le col pour l’entraîner, mais il y a une vingtaine d’enfants, certains n’ont pas six ans, et ils sont terrifiés, en larmes… Danny en soulève sous ses bras, et invite quelques autres à monter sur son dos – sa force et sa vigueur le lui permettent. Warren parvient à garder le passage libre à l’aide de son bras mécanique, et Nicholas rejoint les autres à l’intérieur pour évacuer les enfants. Cela demande un peu de temps, mais ils ont su se coordonner pour évacuer tout le monde, sous les yeux ébahis des habitants qui acclament les héros.

 

[VI-6 : Nicholas, Beatrice : Rafaela, Mr Fong] D’autres incendies se sont déclarés en ville… mais ce n’est plus la principale menace : la pluie se met enfin à tomber, diluvienne ! L’intuition de Nicholas se confirme : les coulées de boue menacent, et les rues éventrées deviendront très vite impraticables… Ils guident les enfants et les habitants qu’ils croisent vers la blanchisserie, l’endroit le plus sûr de la ville – s’il s’en est trouvé pour préférer se réfugier dans l’église, sous l’œil de Dieu… Un très mauvais choix ! Mais les PJ parviennent à en convaincre un certain nombre de les suivre – et leur sauvent ainsi la vie ? Beatrice et Rafie usent de leurs Pouvoirs en chemin pour protéger tout le monde ; parvenir à la blanchisserie est épuisant… Mais c’est bien la meilleure solution – et Mr Fong comme ses employés ne font pas de difficultés pour accueillir les réfugiés.

 

[VI-7 : Nicholas, Warren, Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace, Rafaela] Cependant, à proximité de la blanchisserie, Nicholas a repéré trois hommes qui descendaient tant bien que mal de la colline immédiatement au nord ; il les entend réclamer de l’aide – il faut prévenir Mr Wallace ! Le problème concerne les puits aménagés sur la colline, et qui alimentent Crimson Bay en eau potable – la tempête va détruire les installations, les auvents et poulies tout particulièrement, ce qui risque de poser des problèmes d’approvisionnement, voire d’entraîner une contamination de l’eau par les coulées de boue, ou pire ! Il faut consolider les installations, de toute urgence ! Les PJ n’hésitent pas un seul instant, et aident les trois employés à charger une charrette avec le matériel nécessaire pour des réparations d’urgence. Problème : le sentier sur la colline est déjà dans un tel état qu’il est inenvisageable d’y faire passer des chevaux ; d’une manière ou d’une autre, il faudra que les hommes eux-mêmes déplacent la charrette et son précieux chargement, ce sur plus de 300 m, sous la pluie battante, et en faisant l’ascension d’une colline rendue traîtresse par les coulées de boue ! Tous s’y mettent : Roselyne s’avère à nouveau d’une aide précieuse, tandis que Beatrice use de son Pouvoir d’Augmentation de Trait sur Danny, pour accroître sa Force (Rafie fait de même sur d’autres à l’aide de ses Miracles, qu’elle ne peut toutefois pas maintenir – mais elle passe de l’un à l’autre, fonction des circonstances). Tant bien que mal, guidés par Nicholas qui se concentre sur l’identification des meilleurs passages à emprunter, ils parviennent ainsi à progresser, lentement (mais peut-être moins lentement qu’ils ne le redoutaient, ils se débrouillent très bien !), jusqu’aux sources.

 

[VI-8 : Nicholas, Warren, Danny, Beatrice : Rafaela ; Josh Newcombe] Sur place, effectivement, les installations sont sur le point de s’écrouler – il faut s’en occuper illico ! Mais Nicholas, aux aguets, croit aussi distinguer plusieurs silhouettes, impossible d’en dire plus, qui fuient en direction du nord… Des saboteurs ? Warren trouve à employer ses talents d’ingénieur pour guider les réparations d’urgence – et use à nouveau de Roselyne pour décharger le matériel (mais ses réserves s’amenuisent – le bras mécanique, après cela, ne fonctionnera plus tant qu’il ne sera pas réalimenté en roche fantôme, et il faudra sans doute effectuer quelques réparations d’appoint ; c’est que le savant fou l’a utilisé au maximum de ses capacités…). Mais Nicholas est inquiet : ces silhouettes… Il fouille les environs – dans des conditions terribles, mais sa paranoïa lui est d’un précieux secours : il aurait été impossible de repérer pareille chose normalement, pourtant le faux prêtre remarque que, à proximité de chacun des trois puits, il se trouve des amas… de pattes de poulet tranchées ? Qu’il indique à Rafaela ; celle-ci suspecte une magie noire, mais n’en sait pas plus… Ils dispersent les pattes tranchées à tout hasard, en redoutant le pire… Les autres aident aux réparations – la force et l’endurance de Danny lui permettent de transporter le matériel où on en a besoin, tandis que Beatrice s’applique du mieux qu’elle peut à suivre les instructions de Warren, propulsé par la force des choses au rang de contremaître. Les consolidations devraient être efficaces – les puits sont protégés pour l’heure. Mais, sous cette pluie battante, ils ne peuvent pas s’attarder... Une fois à peu près sûrs d’avoir fait tout ce qu’il était possible de faire pour consolider les puits, ils reprennent la direction de Crimson Bay. Le retour est à peine moins difficile que l’aller, même sans s’embarrasser de la charrette… Ils constatent par ailleurs que d’autres incendies sont toujours en cours – même si le déluge devrait en venir à bout sans autre intervention ; par contre, il y a d’autant plus de fumée… et l’orage est tel que les PJ ont l’impression d’être en pleine nuit, alors qu’il est environ midi. Ils regagnent la ville sous le coup d’une panique apocalyptique… Pourtant, leurs conseils de se réfugier dans la blanchisserie, après quelques hésitations, ont été massivement suivis – ils ont à l’évidence sauvé des vies, et beaucoup… Mais il y a eu des pertes, c'est certain, impossibles à chiffrer pour l’heure. La pluie, si elle reste violente, perd toutefois un peu en intensité, dès lors – mais la ville est ravagée, et les rues sont largement impraticables (Josh Newcombe a d’ailleurs remporté son pari…).

 

À suivre…

Voir les commentaires

<< < 1 2 3