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"Cabale", de Clive Barker

Publié le par Nébal

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BARKER (Clive), Cabale, traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Paris, Albin Michel – J’ai lu, coll. Fantastique, [1988, 1990-1991] 2003, 317 p.
 
Après m’être régalé au visionnage du Maître des illusions de Clive Barker, j’ai eu comme qui dirait l’envie de prolonger un peu plus avant mes pour l’heure fort maigres lectures dudit maître de l’horreur. Va pour ce Cabale, qui me faisait de l’œil sur les étals d’un bouquiniste (et qui a par ailleurs été adapté au cinoche par l’auteur himself ; aucune idée de ce que ça vaut…).
 
En tout cas, y’a pas tromperie sur la marchandise. Dès les premières pages, on est dans du Clive Barker pur jus : l’horreur s’installe très vite, très glauque, éventuellement gore (pas vraiment érotique, par contre, cette fois), et, si l’on reconnaît bien quelques thèmes déjà lus et vus (et relus et revus) ailleurs, il y a ce petit quelque chose en plus, cette patte toute personnelle et difficilement définissable, qui fait tout l’intérêt de la production littéraire de Clive Barker.
 
Nous sommes au Canada. Le roman commence par s’intéresser à la figure d’Aaron Boone (que tout le monde appelle Boone). Un type « mal dans sa peau », comme on dit, sujet à des crises d’angoisse, de profondes dépressions, des sautes d’humeur… Très logiquement, un type comme lui consulte un psychiatre, le docteur Decker, en l’occurrence. Un type compétent, sympa. Mais, par un beau jour de printemps, le docteur, visiblement inquiet, rompt la routine éternelle des séances et s’adresse à son patient : « Boone. Je crois que nous avons de graves ennuis, vous et moi. […] Je croyais que vous alliez mieux. […] Je le croyais vraiment. Nous le croyions tous les deux. » Boone ne se souvient pas de ses récits sous hypnose, bien sûr, et Decker ne lui en avait jusqu’alors rien dit. Seulement voilà : Boone revenait sans cesse sur des images horribles, des meurtres sanguinaires, de véritables massacres… Et Decker tend à son patient les photographies de douze victimes atrocement mutilées. Tout semble indiquer que Boone est cet abominable tueur sanguinaire qui terrifie la région. Sans même en avoir conscience… Il n’y a pas de certitude, ceci dit, mais…
 
Boone, accablé de remords d’autant plus tragiques qu’il ne se souvient de rien, rongé par l’angoisse et la dépression, ne peut prolonger plus avant les investigations de Decker, qui ne veut pas confier son patient – son échec – à la police tant qu’il n’a pas davantage de preuves. Mais Boone ne peut plus attendre ; d’autant plus qu’il craint, lui, le monstre sanguinaire, de s’en prendre sans même le savoir à sa douce compagne, Lori… Il tente de se suicider. Il échoue, comme de bien entendu…
 
Et sa vie bascule à nouveau à l’hôpital où on le soigne. Il y rencontre un étrange individu, foncièrement déviant, au discours difficilement compréhensible. Mais il est une chose qui revient sans cesse dans ses paroles, une chose qui réveille d’étrange réminiscences chez Boone…
 
Il parle de Midian. Midian, une ville fantôme, perdue dans la campagne canadienne, et qui ne figure sur aucune carte. Il sait comment s’y rendre, néanmoins. Et attend qu’on l’y invite, qu’on veuille bien de lui, là-bas. Car la ville abandonnée de Midian, et tout autant l’inquiétante nécropole qui la jouxte, sont un refuge. Pour les monstres. Pour les Enfants de la Nuit.
 
Un refuge pour les monstres… C’est peut-être ce que cherche Boone, en définitive, lui, le tueur assoiffé de sang, un des pires de l’histoire du Canada, probablement… Il s’enfuit de l’hôpital, et se met en quête de la ville fantôme. Il y trouvera la mort.
 
La nouvelle atteint brutalement une Lori déjà effondrée par la subite disparition de Boone. Son amour, un assassin sanguinaire ? Impossible… Pourtant, les preuves sont là. Mais Lori a du mal à entamer son travail de deuil. Elle décide de se rendre à son tour sur les lieux du drame. Midian. Et ce n’est qu’alors que la véritable horreur va débuter…
 
Du Clive Barker à l’état pur, donc. Malsain, glauque, terriblement angoissant. Ce n’est pas donné à tout le monde de susciter ainsi la peur par l’écriture. Et Barker est bien, en la matière, un authentique maître, digne des plus grands du genre, d’un Lovecraft ou d’un Matheson, aujourd’hui d’un Stephen King ou d’un Dan Simmons. Il parvient souvent, qui plus est, à créer un monde parfaitement original, une atmosphère qui lui est propre, en renouvelant des thèmes pourtant classiques.
 
Ici, entre autres – et je ne pense pas que l’on puisse considérer cela comme un spoiler, les indices étant vite nombreux et l’histoire ne s’arrêtant pas là, bien au contraire (ce thème « classique » ne constituant à bien des égards qu’un cadre) –, c’est notamment le mythe du vampire qui passe à la moulinette barkerienne. Comprendre par là que les Enfants de la Nuit sont des vampires, et n’en sont pas en même temps (le terme n’est pas employé, d’ailleurs, il me semble). Si l’atmosphère, le fond thématique, est celui du vampirisme, tout l’attirail gothique – crocs inclus – disparaît, pour laisser la place à d’étranges et fascinants métamorphes qui ont trouvé dans Midian un havre d’exil. Des monstres ? Si l’on en reste au critère de « l’humanité » au sens le plus strict, indubitablement. Pourtant, il est des monstres qui n’ont pas leur place à Midian, et sont bien plus répugnants que les Enfants de la Nuit. Des monstres authentiques, qui cachent leur visage humain derrière un masque de poupée de chiffon, jusqu’à devenir la poupée elle-même, ou du moins tout aussi dénués de conscience… Et, à vrai dire, les rednecks des environs, consternantes sommes de mesquinerie beauf et réac, ne valent guère mieux.
 
Sur le plan de l’atmosphère, Cabale est une brillante réussite. Pourtant, j’avoue avoir été au final un peu déçu par ce roman. En effet, la géniale introduction et les premières étapes du périple de Lori me semblent bien plus réussies et intéressantes que la suite du roman. Attention : c’est loin d’être mauvais, et on ne souffre pas à attendre désespérément la fin comme un lointain soulagement. Ca coule tout seul, et efficacement. Seulement voilà : ça finit par se contenter d’être efficace. La fin n’a plus guère le charme, l’inventivité, et même, pourquoi pas, la subtilité du début, et donne dès lors un peu l’impression d’avoir été bâclée. Dommage…
 
Ceci dit, Cabale reste une lecture agréable, un roman d’horreur efficace. Une bonne série B, quoi. C’est déjà bien, même si l’on pouvait espérer mieux…

CITRIQ

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Nébal 15/10/2007 10:40

Argh, je ne serais probablement pas là... Désolé. Je compte toujours sur la prochaine projection dans un certain bar mal fréquenté. ;)

Sinon, si "This Is England" passe toujours à mon retour, j'irais peut-être bien y faire un saut, effectivement, ça a l'air bien. Quant à toi, tu peux aussi aller voir "Control" (tiens, faut que j'en fasse un petit compte rendu, d'ailleurs...).

Sylvain from outer space 14/10/2007 13:51

gna !Ca à l'air sympa comme bouquin, en général ce cher Clive trouve toujours le mot qui fait gerber... Sinon dernière news : changement de date de la projection d''Edmond Pettibone et le croque-monsieur', ce sera donc le lundi 23 Octobre à 16h à l'esav... cette date arrange beaucoup de monde j'espère que ce sera le cas pour toi et que tu seras dans la salle ;). Oh et puis vas voir 'This is England' ;) A la prochaine hombre ! Rock'n'roll !