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Le Cycle de Tschaï, de Jack Vance (relectures 2007 et 2018)

Publié le par Nébal

Le Cycle de Tschaï, de Jack Vance (relectures 2007 et 2018)

VANCE (Jack), Le Cycle de Tschaï : Le Chasch –  Le Wankh – Le Dirdir – Le Pnume, traduit de l’américain par Michel Deutsch, Paris, Opta – J’ai lu, coll. Science-fiction, [1968-1971, 2000] 2004, 862 p.

 
EDIT 02/05/2018 : suite à une énième relecture de ce cycle (afin de préparer une autre lecture, celle du beau livre Tschaï : retour sur la planète de l'aventure), il ne m'a pas paru pertinent de livrer une nouvelle chronique en tant que telle, en remplacement de celle-ci, mais je vais m'autoriser à l'éditer par endroits, pour revenir sur certaines impressions ou souligner brièvement d'autres aspects que j'avais un peu trop laissé sous silence. Près de onze années se sont écoulées depuis l'article initial... Et certaines choses changent. Pas toutes...
Une fois n’est pas coutume, c’est d’une relecture [EDIT : doublement...] que je vais vous entretenir cette fois. Le Cycle de Tschaï, je m’en étais en effet régalé gamin, dans ma première phase de dévotion à la SF [EDIT : et à deux reprises sauf erreur, je crois que j'en suis à ma quatrième lecture, donc]. C’était alors une édition en quatre volumes plus ou moins poussiéreux, empruntés dans une bibliothèque ; j’avais été attiré par les sonorités étranges des titres – Le Chasch, Le Wankh, Le Dirdir et Le Pnume – et ces couvertures [EDIT : de Tibor Csernus] représentant chaque fois le portrait de l’espèce bizarroïde qui était au cœur du roman [EDIT : plus ou moins ? En relisant encore une fois le cycle, j'ai davantage relevé combien ces quatre espèces étaient de manière générale en retrait ; ceux qui sont vraiment au centre des romans, ce sont bien plutôt les « hommes hybrides » qui leur sont associés, et divers autres groupements humains « indépendants », dont les cultures sont décrites avec un luxe de détails que le mystère essentiel des espèces non humaines ne permet pas] (au passage, je regrette un peu ces couvertures, celle du présent recueil, pour être du grand Caza, n’en étant pas moins clairement inappropriée, moins poétique et saisissante ; probablement plus racoleuse, par contre… [EDIT : « racoleuse » n'est pas le mot ; mais mon sentiment demeure]). Mais la lecture de ces romans était un vrai bonheur, ça, je m’en souvenais très bien, à défaut d’autres choses.
 
La question était de savoir si cela me ferait toujours le même effet aujourd’hui, presque quinze ans plus tard [EDIT : et donc... encore onze ans plus tard ; OLD, Nébal, OLD...]. Entre temps, entamant ma rééducation science-fictionnelle, j’avais lu un peu de Vance, mais n’avais guère été convaincu – les intrigues me semblant clairement poussives et l’écriture inintéressante, que ce soit dans les « Alastor » ou dans Les Chroniques de Durdane, ces dernières m’ayant d’autant plus déçu que le premier tome me semblait de loin être le plus intéressant, du fait de la découverte du monde de Durdane et des sociétés qui l’habitent. [EDIT : Depuis cette chronique, cependant, j'ai lu d'autres titres de Vance qui m'ont bien davantage parlé : La Terre mourante, ou encore Planète géante, ou Les Langages de Pao, quelques nouvelles indépendantes dans Baroudeur...]
 
Car c’est bien là que réside le plus souvent l’intérêt des romans de Jack Vance. Celui-ci n’est clairement pas un styliste, c'est le moins qu'on puisse dire [EDIT : en fait, je suppose que c'est discutable, mais je maintiens l'assertion dans le contexte précis du Cycle de Tschaï et des quelques titres cités dans le paragraphe précédent de la chronique initiale] (même si on a lu bien pire) ; ses intrigues sont [EDIT : parfois un tantinet convenues et en mode automatique], efficaces ceci dit [EDIT : ou avant tout picaresques ? Sans jugement de valeur ? Cela tient peut-être à la part de fix-up dans ces récits qui peuvent donner une impression d'improvisation ; mais, dans Cugel l'astucieux, par exemple, cela fait clairement partie du plaisir], mais aussi un peu agaçantes (je n’aime pas les « héros », là, c’est dit… Du coup, faudrait probablement que je jette un œil à Cugel l’astucieux, une de mes nombreuses lacunes – honte sur moi –, qui a l’air plus intéressant à cet égard [EDIT : ce que j'ai fait depuis, lisant et appréciant La Terre mourante. Ce que je disais sur les héros... Je généralisais sans doute trop ; mais je maintiens que ça s'applique à Adam Reith – mais peut-être était-ce délibéré de la part de l'auteur, je n'ose pas me prononcer]). Non, Vance, avant d’être un conteur, est surtout un créateur d’univers [EDIT : opposer ces deux titres est sans doute une erreur, même si je maintiens que la création d'univers est son principal atout]. C’est bien dans l’élaboration de mondes et de sociétés que réside ce que l’on peut très légitimement appeler son génie. Vance est un démiurge, qui s’amuse de toute évidence comme un petit fou à bâtir des civilisations, fournissant un cadre exotique à ses récits, et prenant en définitive souvent la première place du roman, l’intrigue – comme un vulgaire « passage obligé » – étant reléguée au second plan [EDIT : c'est sans doute discutable, mais, dans le cas précis du Cycle de Tschaï du moins, cela m'apparaît toujours vrai]. Vance est un amateur de voyages et de descriptions ethnologiques, et cela se sent. Il est bien un maître de ce que l’on a pu qualifier d' « ethno-SF » (aux côtés, dans un genre bien différent, d’une Ursula K. Le Guin, ou, dans le sous-genre du planet opera – dont Le Cycle de Tschaï est par ailleurs une belle réussite –, d’un Frank Herbert, avec Dune, ou d’un Brian W. Aldiss avec Helliconia [EDIT : que je n'ai toujours pas lu...]).
 
D’où mon envie de relire Tschaï. D’autant que, si je me souvenais du plaisir que j’avais éprouvé à la lecture de ces quatre volumes, je n’en avais pas moins totalement oublié de quoi que ça parlait donc, tout ça… La mémoire vous joue de ces tours, ma bonne dame… Je me saisis donc de cette intégrale en un volume (et en poche, qui plus est), et hop, vaccins OK, passeport OK, et bon voyage Nébal !
 
Je ne m’étendrai guère sur l’histoire précise de ces quatre tomes, pas forcément palpitante de toute façon, ce qui évitera toute révélation inopportune. Contentons-nous de poser le point de départ. Dans un lointain futur, la Terre a découvert le secret de la navigation interstellaire, et s’est lancée dans un vaste processus d’exploration de la galaxie. Une émission radio vieille d’environ deux siècles, signe d’intelligence extraterrestre, a été captée, en provenance du système 4269 de la Carène ; le vaisseau terrien Explorator IV s’y rend donc pour établir le contact avec une éventuelle civilisation inconnue. Mais à peine a-t-il le temps d’éjecter une petite navette d’exploration qu’il est anéanti par un missile… La navette se pose en catastrophe sur la planète hostile. Seul survivant de la catastrophe : Adam Reith, qui devra dès lors mener une lutte de tous les instants pour survivre dans ce monde étrange, et trouver, peut-être, un moyen bien hypothétique de le fuir et de regagner la Terre, à 212 années-lumière de là…
 
Ca s’annonce pas facile. D’autant plus que Tschaï, ainsi que ses habitants la nomment, est une planète assez unique en son genre, théâtre de bien des luttes tout d’abord incompréhensibles pour le Terrien abandonné. Si tous les habitants de Tschaï parlent une même langue – petit tour de passe-passe, facilité peu crédible mais rendue presque nécessaire pour le déploiement du récit –, ils n’en sont pas moins extrêmement variés. Adam Reith comprend bien vite que la seule race intelligente autochtone est celle des énigmatiques et discrets Pnume, la plupart du temps confinés dans leurs souterrains. Mais il faut y ajouter trois races dominantes, en provenance d’autres systèmes, également réparties sur toute la surface de Tschaï, et se livrant à l’occasion une guerre impitoyable. C’est tout d’abord le cas des Chasch, par ailleurs divisés en sous-groupes, une race belliqueuse, mais dans l’ensemble assez décadente, la barbarie des uns rivalisant avec le sadisme raffiné des autres. Mais il y a aussi les Wankh, impénétrables et hautains, qui vivent presque coupés du reste du monde. Et, enfin, les Dirdir, agressif et farouche peuple tribal ayant maintenu d’ancestrales traditions de chasseurs, mais bénéficiant néanmoins d’une technologie remarquablement évoluée, [EDIT : et dont la société de caste est en même temps extrêmement subtile autant que cruelle].
 
Mais les surprises ne s’arrêtent pas là pour le pauvre Adam Reith. Il est en effet une cinquième espèce qu’il rencontre sur Tschaï : des humains. Oui, des humains, exactement semblables à lui (du moins sur le plan biologique [EDIT : et encore ? L'évolution et la science sont passées par là en même temps que le folklore…]). Ils sont sans doute l’espèce « intelligente » la plus répandue sur Tschaï, même s’ils n’en sont probablement pas natifs ; Adam Reith suppose bien vite que ces humains ont été pris sur Terre pour être transplantés sur Tschaï il y a bien longtemps par une des espèces extraterrestres, probablement les Dirdir – la mythologie semble en témoigner [EDIT : cependant, cette certitude de la part de Reith de ce que « la vraie planète des humains » est forcément la sienne est éloquente à sa manière...]. Ils sont dans une position d’infériorité flagrante par rapport aux quatre espèces non-humaines. Chacune a en effet « dressé » des humains pour en faire des serviteurs directement rattachés à leur espèce, et souvent dotés d’un fort esprit de caste : on parlera donc « d’hybrides » pour désigner ces Hommes-Chasch, ces Hommes-Wankh, ces Hommes-Dirdir et ces Pnumekin. Mais il faut y rajouter une infinité d’humains « libres », ou plus exactement « non affiliés », maintenus dans une position sociale encore plus inférieure (les « hybrides » les qualifient de « sous-hommes », et les envisagent à peu de choses près comme de vulgaires animaux), et qui forment une mosaïque bigarrée de sociétés toutes plus hétéroclites les unes que les autres. Dès le début du cycle, Adam Reith fait ainsi la rencontre des Hommes-Emblèmes, au système tribal complexe, chaque individu étant défini socialement par l’emblème – et donc la fonction – dont il a hérité ou qu’il a gagné au combat, cette fonction définissant par avance les comportements sociaux, jusqu’aux émotions, et prohibant par là-même toute initiative individuelle. Mais on peut très vite opposer à cette société « barbare » d’innombrables autres groupes sociaux [EDIT : plus ou moins « civilisés », comme les intriguants Yao du deuxième volume], prétextes à de savoureuses descriptions ethnographiques, et qui font de Tschaï un monde complexe et fascinant.
 
C’est en effet dans le détail des institutions et des comportements sociaux que Jack Vance laisse s’exprimer à plein son talent. Chaque société, chaque ethnie, est construite avec une minutie exemplaire, pour donner au final un résultat à la fois exotique et cohérent, intriguant et crédible. C’est ici que le lecteur se régale, bien plus qu’à suivre les aventures plutôt viriles et un brin laborieuses d’Adam Reith (pleines de bruit et de fureur, de traîtrises et de punchlines, et d’inévitables jeunes vierges enlevées par des meuchants [EDIT : Tout cela n'est par ailleurs pas très #MeToo, sans surprise... Notons tout de même le tragique destin d'Ylin-Ylan, dans le tome 2, qui m'a surpris à chaque relecture, et qui sort de ce schéma très pulp de la damsel in distress, auquel le premier tome s'était plié tout naturellement ; les tomes 2 et 3 n'appuient pas trop le trait, surtout parce que, la Fleur de Cath exceptée, donc, les personnages féminins y sont rares, mais le problème se pose à nouveau dans le tome 4, avec Zap 210, et là pour le coup c'est passablement lourdingue]…). Le personnage d’Adam Reith est d’ailleurs bien falot [EDIT : et agaçant... Notamment dans sa volonté, périodiquement, de remodeler l'humanité de Tschaï selon le modèle terrien, à la façon d'un colonisateur ; c'est un thème central de Tschaï : retour sur la planète de l'aventure, et à bon droit], et l’on s’intéressera davantage à ses compagnons de route, plus colorés, et notamment l’Homme-Emblème Traz Onmale et l’Homme-Dirdir Ankhe at afram Anacho, qui l’accompagnent tout au long du cycle [EDIT : le déroulé du tome 4, cependant, implique de les reléguer à une place secondaire, et, en ce qui me concerne, c'est probablement un problème ; mais j'ajouterai désormais qu'il faut aussi prendre en compte, de la même manière, certains antagonistes : dans le tome 2, l'insupportable Dordolio, qui aurait très bien pu figurer dans La Terre mourante, à égale distance de Cugel et de Rhialto, mais aussi Helsse, subtil et fascinant, qui joue un rôle essentiel, à la fois nécessaire et en apparence paradoxal, dans Tschaï : retour sur la planète de l'aventure ; le cas de Woudiver dans le tome 3 est peut-être davantage problématique, car Vance en abuse un peu, trouvé-je, mais c'est une sacrée figure de gros, gros connard...]. Adam Reith n’a qu’une seule chose pour lui : son ignorance de Tschaï et de ses coutumes lui confère de l’audace, et il triomphe souvent de ses ennemis, non parce qu’il est plus fort ou plus rusé qu’eux, mais parce qu’il pense à faire des choses impensables pour eux (« parce que ça ne se fait pas, tout le monde le sait ! »), ce qui, on en conviendra, ne manque ni de sens ni d’intérêt.
 
Mais Adam Reith n’est de toute façon qu’un prétexte. Le Cycle de Tschaï est un guide de voyage, empruntant aux plus savoureux récits de voyages philosophiques et autres « lettres édifiantes » sur les sociétés lointaines. [EDIT : et c'est aussi, comment ne pas le noter, un modèle de romans d'aventure ! Qui bouge dans tous les sens, bigarré, chatoyant, bourré de rebondissements et de personnages hauts en couleur... Durant cette énième relecture, alors que je savourais particulièrement cet aspect, je me suis demandé comment il se faisait que le cycle n'ait pas été adapté au cinéma ou, mieux peut-être, en série ; noter que le jeu de rôle Tschaï World est en approche, chez 500 Nuances de Geek, on verra... Mais c'est clairement un cadre parfait pour tout ça !] L’imagination sans limites de Vance est une garantie de dépaysement, et « Tschaï » est sans doute une de ses plus belles réussites. Un type-idéal du divertissement de qualité, un modèle de rigueur dans la création d’univers, et, autant le dire, un incontournable du planet opera, de « l’ethno-SF », et au-delà de la science-fiction en général. [EDIT : là aussi, le sentiment global demeure ; mais, sans rentrer dans les détails, je dirais tout de même aujourd'hui que le cycle n'est pas toujours aussi bon, il y a des hauts et des bas au fil de la progression d'une intrigue dont le moteur principal est le rebondissement ; globalement, je crois que Le Wankh a été mon volume préféré ; Le Chasch et Le Dirdir sont tous deux d'un bon niveau, mais quelques passages çà et là sont un chouia plus faibles – les passages les plus damsel in distress dans le premier volume, les pénibles marchandages avec Woudiver dans le troisième ; Le Pnume est un peu à part, ne serait-ce que parce que les compagnons de route d'Adam Reith en sont absents sur la plus grande partie, et, si le périple du héros dans les tunnels des Pnume a ses bons moments, sa relation à la femelle de service Zap 210 est un peu soûlante ; une fois hors des tunnels, avant même de retrouver Anacho et Traz, Vance retourne davantage à la manière des trois premiers volumes, et avec succès ; par contre, la fin est clairement précipitée, mais j'ai l'impression que c'est un trait commun aux quatre romans... Qu'importe : cette énième relecture a été globalement un vrai plaisir, que je ne bouderai certainement pas !]

CITRIQ

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Asmodeus 21/09/2017 11:38

A l'égard des plus grand site de critiques comme Noosphère et ActuSF, la critique de Nébalia est citée dans la présentation du projet de JdR Tschaï sur ULULE. Bravo, ton blog et ces critiques commencent à être renommé. (je dirais que c'est un juste retour des choses).

Nébal 21/09/2017 13:28

Allons bon ! Mais je n'étais pas du tout au courant de ce projet, merci de me l'avoir signalé.

Nébal 24/10/2007 14:57

Ben tiens !

Sire Planchapain 24/10/2007 14:50

Diantre, vous êtes fort bien renseigné à mon sujet! Sans doute êtes-vous une de mes nombreuses conquêtes passées... Dans tous les cas, oui, je lyonnifie un peu, et non, nous ne tomberons jamais d'accord à propos de Vance(encore une preuve indiscutable de son génie flouteur de troubles et de ses origines extraterrestres. CQFD)

Nébal 20/10/2007 11:24

Mon cher Planchapain, tes interventions font toujours plaisir. Par contre, faut forcer un peu moins sur la coco...

N'empêche que je maintiens que Vance n'est pas un grand styliste ("La chartreuse de Parme", et pis quoi encore, uh uh uh...), ni un brillant façonneur d'intrigues (mais j'aime pas les héros), mais bien avant tout un génial créateur d'univers. Bon, on en avait déjà causé, hein, et visiblement on n'arrivera pas à se convaincre mutuellement (au passage, je ne crois pas vraiment que la traduction joue vraiment un rôle ici, mais bon...). Pas grave. De toutes façons, papy Jack est à lire, et sur ce plan-là on est d'accord.
A bientôt, messire (au fait, tu t'es bien exilé à Lyon ?).

Sire Planchapain 20/10/2007 10:54

Aaaaaaah! En un monde d'où la poésie s'en est allé, comme l'illusion, encrottant le dernier pas d'une Cécilia fuyante, qu'il est bon de songer à ce vieil homme qui écrivit d'intenses et rêveuses sagas. (Joyeux versaire Old Jack)
Cependant, et même s'il y a du monde au nébalcon qui pense autrement, Vance est un des plus grands conteurs de la SF, et non une sorte d'ethnologue de l'improbable, un embouché de la précision sociale, un pétrifié du « système ». Non! Vance, matelot de l'imagination, n'a pas la fierté d'un conquistador tombant amoureux d'un porte plume nommé Pocahontas. La société vancienne est le terreau nécessaire aux images fortes du conte, où vibre la beauté contenue dans l'espace infini.
Adam Reith, héro carpenterien, vogue comme un esquif sur la verve Vancienne. Après tout, que reste t-il de la lecture de Vance? Qui se souvient des étapes de la vendetta de Keith Gersen?... Il reste la vision romantique, poétique et symbolique, comme de la lecture de la Chartreuse de Parme. Il reste de Vance des images, des allusions, des fantômes et des blessures littéraires, comme du brouillard d’un Moreau.
Vance est un peintre, figeant dans l'étrange soupe imaginative, des sociétés sans poésie, d'où la poésie jaillit.
Vance est un conteur, jouant des expédients les plus simples, afin de suggérer la beauté.
Le problème de Vance, c'est bien plus souvent les traducteurs, qui nous transforment Sire Pompon, Madouc, Cugel et autres polichinelles merveilleux, en un cassoulet sans porc et sans graisse de canard...
Et, une autre erreur, crois-crois-je, est de transformer le vieux Jack, noble conteur de coin de feu, en une machine à hybrides sociales, à bêtes de foires, en un cabinet des curiosités ethnologiques…
Vance est un intense propulseur Hawkins laissant dans le vide inconnu de l’espace la traînée miroitante et bleutée de milliards d’ions de poésie atomisée.

Le spitz japonais 18/10/2007 05:26

Merci beaucoup ! Et j'attaends avec impatience la suite de tes impressions de lecture !

Nébal 17/10/2007 11:24

Merci pour ce sympathique commentaire, et pis pour la pub aussi, eh eh !

D'ailleurs, j'avoue avoir un peu vadrouillé sur ton fort sympathique blog de temps à autre, et me dis qu'un échange de bons procédés est devenu inévitable. Damn ! Mais tant mieux, en fait ! Hop, un lien de plus dans les blogs et sites bien. ;)

Le spitz japonais 17/10/2007 05:42

Je partage entièrement ton analyse, l'écriture de Vance est un peu old fashion et les intrigues assez simplistes (ne sont-elles pas comme tu le dis des simples prétextes ?) mais tout l'intérêt de cet auteur est d'être capable de créer un monde cohérent dans lequel on éprouve du plaisir à se promener. En fait, Vance, c'est ça: une promenade !

P.S: je suis avec beaucoup d'intérêt ton blog, merci pour ces comptes-rendus détaillés de livres SF (et autres), je me suis permis de faire un lien de chez moi vers chez toi.