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"Le Miroir aux éperluettes", de Sylvie Lainé

Publié le par Nébal

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LAINE (Sylvie), Le Miroir aux éperluettes, préface de Jean-Claude Dunyach, Paris, ActuSf / Les trois souhaits, 2007, 87 p.
 
Voici donc enfin venu le temps de rendre compte de ma lecture du troisième petit recueil publié il y peu par ActuSf, via sa toute jeune branche de micro-édition Les trois souhaits (on peut y préférer les expressions d’Eric Holstein dans une récente et sympathique interview chez les abominables gauchistes de la Salle 101, et parler de « plateforme multimodale d’alter-édition », ce qui en pète plus, hé hé…). Blague à part, j’ai déjà eu l’occasion de dire tout le bien que je pensais de ce genre d’initiatives en évoquant Appel d’air et Cendres de Thierry Di Rollo (et on peut remonter plus loin avec H.P.L. de Roland C. Wagner, d’ailleurs).
 
Aujourd’hui, je vais donc vous entretenir d’un recueil de nouvelles de Sylvie Lainé intitulé Le Miroir aux éperluettes (dédicacé par l’auteur, ce que je ne savais pas, mais qui fait donc bien plaisir !). Et avant d’aller plus loin, je saisis mon vieux dictionnaire et cherche à « éperluette ». Rien. Zut. Rhalala, ces écrivains de SF et leur manie des mots bizarres… Bon, en cherchant sur le ouèbe, je tombe sur une page faisant le lien avec le mot « esperluette », ce qui me parle déjà davantage… Voyons voir… Ah, oui ! Le singe de Yorick Brown dans l’excellente bande-dessinée de Brian K. Vaughan Y le dernier homme. Rien à voir ? Probablement. Alors c’est quoi donc que cette esperluette / éperluette ? A en croire mes fouilles, ce serait donc ce que l’on connaît plus prosaïquement sous le nom de « et commercial », c’est à dire « & », symbole bien connu dérivé de la ligature du mot latin « ET », ou plus simplement des lettres « E » et « T ». Ce qui est finalement assez approprié, maintenant que j’y pense : la rencontre de deux lettres (êtres ?), et pas n’importe lesquelles, qui fusionnent ou sont liées… Hein ? Je brise la poésie avec ma misérable et creuse tentative d’interprétation à vol d’oiseau ? Pardon. C’est vrai. Honte sur moi et ma curiosité maladive. On peut bien se contenter des jolies et mystérieuses sonorités de ce titre singulier.
 
Je plaide coupable (une fois de plus) : je n’avais jamais entendu parler de Sylvie Lainé auparavant. Je sais maintenant qu’elle a publié plusieurs nouvelles, dont certaines ont été récompensées, et que c’est là son premier recueil, contenant cinq textes déjà publiés auparavant, dont « Un signe de Setty », Prix Rosny Aîné 2003, et un inédit (déjà ancien). Six textes sur le thème de la rencontre et de l’autre, comme le précise la quatrième de couverture. L’autre comme inconnu, voire inaccessible, avec toutes les difficultés dans la communication que cela implique, pourrait-on ajouter.
 
Après une préface hagiographique de l’ami et collaborateur Jean-Claude Dunyach, le recueil démarre très fort avec ce qui est à mon sens une de ses plus belles réussites, « La Bulle d’euze » (pp. 13-23). Sous ce titre une fois encore très énigmatique se dissimule un très beau texte, touchant et poétique, assez original également, belle histoire d’amours frustrées, difficilement résumable. Je n’en dirai pas davantage afin de ne pas gâcher le réel plaisir que l’on éprouve à la lecture de ce petit bijou.
 
Le texte qui suit immédiatement, « La Mirotte » (pp. 25-42), s’il n’est pas mauvais, est néanmoins beaucoup moins intéressant à mon sens. Un texte de science-fiction plus traditionnel, où les thématiques très fortes soulevées dans les premières pages sont finalement traitées d’une manière plutôt décevante à mon sens. Il me paraît à vrai dire assez difficile de faire le lien entre ce texte et les autres…
 
« Thérapie douce » (pp. 43-50) est autrement plus convaincant. Rencontre et amour frustré, à nouveau, dans une atmosphère quelque peu paranoïaque, cette fois-ci.
 
Avec l’inédit de 1985 « Question de mode » (pp. 51-56), on retombe un cran en dessous. Si l’atmosphère aigre-douce de cette saynète hautement féminine n’est pas sans charme, sa conclusion m’a laissé plutôt froid.
 
Les deux derniers textes, heureusement, sont bien meilleurs, et retrouvent le niveau et les thématiques de « La Bulle d’Euze », en y rajoutant à mon sens une nouvelle dimension, au travers d’un amour passionnel passant par l’abandon total aux mains de l’inconnu adoré. Ainsi, tout d’abord, avec « Un rêve d’herbe » (pp. 57-62), joli conte fantastique à l’atmosphère unique, naviguant avec brio entre rêve et cauchemar. Une réussite incontestable.
 
Le recueil s’achève enfin sur l’excellente nouvelle de science-fiction intitulée « Un signe de Setty » (pp. 63-88), qui fut donc très justement récompensée par le Prix Rosny Aîné 2003. La jeune Léa s’ennuie dans son « p’tit monde » virtuel ; elle y introduit alors un élément de surprise, en construisant un homme avec les données d’une intelligence artificielle extraterrestre captée par le projet SETI… Je n’en dirai pas davantage. Une excellente nouvelle, avec quelques idées brillantes, et un remarquable sens de l’atmosphère.
 
La plume de Sylvie Lainé, sans être extraordinaire, est cependant le plus souvent remarquablement sensible et juste, évitant les pièges du pathos outrancier et de l’exercice de style poétique pour privilégier la communication d’émotions authentiques et touchantes. Une jolie performance, assez rare dans le milieu de la SF.

Le Miroir aux éperluettes
constitue ainsi un recueil très intéressant quand bien même inégal, et l’on peut bien remercier une fois de plus ActuSf / Les trois souhaits pour cette compilation bienvenue. J’y ai en tout cas pour ma part découvert un auteur intéressant, dont je suivrai dorénavant avec plus d’attention la carrière, en espérant de nouvelles publications de ce niveau.

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