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"Science-Fiction 2007"

Publié le par Nébal

Science-fiction-2007.jpg

Science-Fiction 2007, Paris, Bragelonne, 2007, 123 p.
 
La cruelle tenancière de lupanar bibliophile a récidivé : après m’avoir gracieusement offert il y a de cela quelque temps Fantasy 2007, elle a profité de mes achats inconsidérés de l’autre jour pour me refiler avec le sourire son pendant science-fictionnel. Cruelle, vous dis-je.
 
Rappelons-le, Fantasy 2007 était une belle merde, dont la gratuité ne pouvait même pas être perçue comme un atout, tout au plus une excuse, et encore. Je pouvais donc craindre le pire, une fois de plus… Mais, la précision s’impose à nouveau, sans être véritablement attiré par la SF type « nouveau (?) space opera » qui semblerait caractériser la collection Bragelonne SF, j’admets sans l’ombre d’un doute que son directeur, Jean-Claude Dunyach, me paraît mille fois plus compétent, honnête et respectable que les gougnafiers du versant BCF. En outre, le fabuleux canard Alkayl, sans verser pour autant dans l’éloge, ayant été relativement aimable pour ce cadeau des éditions Bragelonne (chronique hélas disparue depuis dans les méandres du ouèbe...), je me suis dit que je pouvais bien en risquer la lecture, de toute façon fort brève…
 
Et je peux d’ores et déjà rejoindre le palmipède lyonnais pour en tirer un bilan bien plus sympathique que pour Fantasy 2007. Si l’on n’atteint jamais véritablement des sommets, on ne sombre pas non plus dans des abysses de nullité, et c’est déjà bien : on est au pire dans le médiocre ou le dispensable, et à l’occasion dans le pas mal du tout, voire très bien. J’ajouterai – et je rejoins ici la critique de Thomas Day dans le Bifrost n° 49 – que la traduction de ce volume est incomparablement meilleure que le bâclage poussif et douloureux de son jumeau diabolique. Et là on peut bien pousser un soupir de soulagement, car il est des expériences que je ne souhaite à personne de vivre trop souvent.
 
Détaillons maintenant un brin, en commençant par la courte préface de Tom Clegg et Jean-Claude Dunyach, maladroitement intitulée « Une SF métissée, féminine et un brin provoc’… » (pp. 7-10). Sale titre, on est d’accord. Et le contenu est plus que contestable : nulle provoc’ dans les textes qui vont suivre, déjà (sauf peut-être, mais alors à peine un tout petit peu, dans la nouvelle de Kristine Kathryn Rush, mais j’y reviendrai). Pour ce qui est de la SF « féminine », j’avoue que ma critique n’engage que moi (et ici je dépasse allègrement le contenu de la préface, hein) ; seulement, je n’y crois pas, à cette SF spécifiquement féminine… Entendons-nous bien : je ne veux certainement pas tomber dans le cliché d’une SF machiste pleine de bruit et de fureur ET d’une rationalité nécessairement masculine, reléguant les femelles et leurs phantasmes puérils dans une fantasy fourmillant de petits elfes jolis, parce que la sensibilité féminine, voyez-vous, tout ça… Non, justement. Parce que la prétendue sensibilité féminine, et tous les clichés (tout aussi machistes) qui vont avec, je les empapaoute, personnellement. Je ne crois pas qu’une SF écrite par une femme doive pour cette raison avoir une tonalité différente de celle qu’écrit un homme. Et ici je rejoins notamment Joëlle Wintrebert, visiblement agacée par ce cliché (tu m’étonnes !), et qui remarquait très justement qu’à ce titre, une des œuvres les plus authentiquement féminines de la littérature française… serait Madame Bovary. Et si j’aime beaucoup les œuvres d’Ursula K. Le Guin, de Catherine Dufour ou de Sylvie Lainé, par exemple, ce n’est certainement pas parce que j’y retrouve une touche typiquement féminine (voui, même dans le cas de Sylvie Lainé, qui, pourtant, livre une SF correspondant passablement à ce cliché, voyez ma note sur Le miroir aux éperluettes), mais tout simplement parce qu’elles écrivent de la très bonne science-fiction, de la très bonne littérature tout court. Pour cela, de même que leurs confrères, ces dames emploient les outils traditionnels de l’écriture : un cerveau, un cœur et des mains. Elles n’écrivent certainement pas avec leur foufoune, sauf à considérer que leurs homologues masculins écrivent avec leur zigounette… Alors pourquoi appliquer des critères différents à l’appréciation de leur œuvre ? Cette tendance, à mon sens, relève d’une certaine condescendance passablement insultante, et en tout cas authentiquement machiste, pour le coup. C’est en tout cas mon point de vue, il n’engage que moi… Tiens, je me suis un peu égaré, moi… Concluons rapidement : pour ce qui est de la SF « métissée », ça se tient davantage ; les textes composant le recueil naviguent dans l’ensemble avec bonheur entre space opera, hard science, SF politique, SF psychologique, on y voyage dans l’espace et dans le temps… On dresse bien ainsi un rapide panorama, certainement pas exhaustif, mais plutôt bien pensé. Voici pour le fond, plutôt contestable à mon sens donc. Reste que, sur la forme, cette préface se montre bien plus subtile que son affligeant pendant dans Fantasy 2007, en étant moins ouvertement auto-promotionnelle (même si, nécessairement…), et, surtout, en ne prenant pas le lecteur pour un con, ce qui est plus qu’appréciable. Merci MM. Clegg et Dunyach, vous vous montrez ici bien plus estimables et sympathiques que vos sinistres confrères ricanant derrière leur prénom.
 
Mais je me suis étendu inconsidérément, et il est bien temps d’aborder les trois nouvelles et « l’essai » qui composent ce court recueil.
 
On commence avec « Araignées temporelles, toiles spatiales » de Lavie Tidhar (pp. 11-17). Un court texte très pictural, tenant presque du poème en prose, et à peu près dénué de récit ; une lecture agréable, mais qui laisse un peu perplexe, et qui s’oublie vite. Ca reste pas trop mal.
 
Avec « Eternité » de Sean Williams (pp. 19-69), on retourne à une SF plus traditionnelle, avec un space opera à haute teneur psychologique, contant les déboires d’un petit groupe d’engrammes (des sortes de clones) condamnés à un voyage sans fin à travers le vide intersidéral. Thomas Day me paraît un peu sévère en qualifiant ce texte de « sous-eganerie sans grand intérêt », mais le fait est que l’on a déjà lu ça ailleurs. Bon, ça se lit…
 
Je tends par contre à le rejoindre pour la suite, sans m’enflammer autant toutefois : « Dommage collatéral » de Kristine Kathryn Rush (pp. 71-99) est bien à mon sens, et de très loin, le texte le plus intéressant de ce recueil. Un professeur y est accusé d’avoir commis un geste abominable à l’encontre d’une gamine de quatre ans ; évidemment, on pense tous à la même chose… et, naturellement, on se trompe. L’auteur y manie avec dextérité une idée finalement banale (le voyage dans le temps comme procédé éducatif), et se montre assez subtile. Peu importe que la chute se laisse assez rapidement entrevoir, et j’aurais même envie de dire que c’est presque un atout ; cela permet à Kristine Kathryn Rush de ménager une remarquable scène de suspense, où elle fait astucieusement monter la tension du lecteur conscient de l’horreur inéluctable et de ses ultimes conséquences. J’ajouterai que cette nouvelle est aussi bien plus profonde qu’il n’y paraît, conduisant à un questionnement finalement assez original, et en tout cas politiquement incorrect, sans se montrer didactique et « presse-bouton ». Une très bonne nouvelle, pas de doute. Kristine Kathryn Rush, à l’œuvre très diverse, a semble-t-il été récompensée par plusieurs prix, et non des moindres (deux Hugo, deux Locus et un World Fantasy Award, tout de même) ; si ses autres textes sont du même niveau, ces récompenses ne sont pas volées. J’ai donc bien envie de découvrir plus avant cet auteur dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler ; acheteur compulsif (donc…), je viens de m’offrir son roman Les disparus, premier tome de sa série des « Récupérateurs », qui vient de paraître… chez Bragelonne SF. Bon, ben, l’opération promotionnelle aura bien marché, finalement…
 
La qualité baisse sérieusement avec le court article de Chris Moriarty « Hard SF », bêtement traduit sous le titre on ne peut plus commun et passablement douteux « Confessions d’une hardeuse de la SF… » (pp. 101-124 ; on parlait pas de machisme, tout à l’heure ?). L’auteur cherche à y définir la science-fiction et la hard science, en tombant dans l’habituelle collection de clichés guère convaincants. Quelques mots sur la « SF féministe » (voir plus haut…) achèvent de faire tomber cet « essai » (le bien grand mot !) dans le vide le plus total. Sitôt lu, sitôt oublié.
 
En dépit de cette fausse note en fin de course, il n’en reste pas moins que Science-Fiction 2007 est incomparablement plus intéressant que le pathétique Fantasy 2007. Certes, il n’y a rien ici d’indispensable, à même de justifier un achat (quand bien même, je le répète, la nouvelle de Kristine Kathryn Rush me paraît très réussie). Mais, cette fois, c’est un cadeau, un vrai, et pas du foutage de gueule. Alors on dit « merci, c’est gentil », voire « ça m’a détendu pendant une heure ou deux, c’était bien sympa », et tant qu'à faire « continuez dans cette voie, par pitié, ne tombez pas dans les escroqueries de vos margoulins de voisins de bureau ».

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Nébal 01/02/2008 09:49

Ah, heu, effectivement... Y'a comme un souci, là. Condoléances.

Alkayl 01/02/2008 07:34

On se rejoint globalement sur l'appréciation de ce recueil. Pour ma part, même si le récit est loin d'être original, je préfère "Eternité" à "Dommage collatéral".

En ce qui concerne la SF féminine, j'ai préféré ne pas m'attarder là dessus.

Et en parlant de ma note sur SF 2007, j'ai l'impression qu'elle a disparu dans les méandres du Net sans que je la supprime moi-même. Super...