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De la science-fiction à l'Ecole Normale Supérieure, ou : Prends ta tête à deux mains mon cousin

Publié le par Nébal



Oui, oui, vous avez bien lu : de la SF à Normale Sup’. En soi, c’est déjà de la science-fiction… Et pendant un mois, qui plus est ! Oui, les paradoxes temporels sont de la partie. Une preuve ? Allez : tout cela a eu lieu en mai 2006, et c’est très exactement deux ans plus tard que je vous en cause sur mon blog miteux. Je suppose, d’ailleurs, que bon nombre d’entre vous connaissent déjà la chose ; mais ce n’était pas mon cas, et il me paraît plausible de prétendre que, parmi les gens qui rodent en Nébalie (parce qu’ils n’ont vraiment rien d’autre à foutre), il s’en trouve pour partager mon ignorance. Merci, donc, au dénommé Tétard de m’avoir fait part de cette étrange expérience que, c’est magnifique, la magie de l’Internet nous permet de vivre et de revivre quand on veut, comme on veut et où on veut, toutes les communications ayant été enregistrées et étant disponibles au téléchargement pour la modique somme de rien du tout : ça se trouve sur le site de la Diffusion des savoirs de l’Ecole Normale Supérieure, et sous divers formats (pour ma part, j’ai tâté des mp3 haut débit, de qualité très correcte – si l’on excepte quelques interventions de gens qui n’ont pas de micro, c’est malin… –, mais vous avez aussi des vidéos).

 

Un vaste programme, et avec du beau monde. C’est long, mais c’est bon (enfin, la plupart du temps). Ces derniers temps, j’ai donc écouté l’ensemble de ces conférences, ce qui a un tantinet réduit mon temps de lecture disponible (je le répète : c’est la faute au ci-devant Tétard). Je ne vais pas m’étendre excessivement sur le sujet ici (manque de temps, à nouveau, de place… et probablement d’intérêt, les intervenants étant bien autrement compétents et futés que votre sinistre serviteur), mais il me paraît dans l’ordre des choses de dresser ici un petit bilan (heu, ouais, un de mes comptes rendus miteux, quoi, comme pour un bouquin…) de ce « mois de la science-fiction » organisé par Sylvie Allouche et Simon Bréan sous le patronage de Michel Murat (lequel ne donne pas de conférence, mais se montre souvent remarquablement pertinent dans ses interventions ; chapeau, m’sieur le big boss…) à l’occasion de la visite de Richard Saint-Gelais, et traitant de notre genre fétiche dans ses aspects littéraires comme philosophiques.

 

Quelques mots, donc, sur les différentes archives consultables, que je vais regrouper par thèmes. On commencera par évoquer rapidement les quelques rencontres-lectures (d’une durée pouvant aller jusqu’à deux heures chacune) qui ont émaillé ce mois de la science-fiction, et qui sont d’un intérêt variable. La première, associant Ugo Bellagamba et Claude Ecken, ne m’a à vrai dire guère séduit (et ce en dépit de la qualité des textes – plus particulièrement ceux de Claude Ecken, dois-je dire, qui se révèle en outre un très bon lecteur : on aura maintes fois l’occasion de constater que c’est loin d’être toujours le cas…) ; la faible participation du public y est sans doute pour beaucoup… La deuxième séance confronte Pierre Bordage et Serge Lehman, deux auteurs que j’avoue ne connaître guère, et œuvrant dans des genres bien différents : plus intéressant, déjà, plus drôle aussi. L’épisode 3 est consacré aux écrivains « débutants » : Alain Damasio, qui avait à vrai dire déjà publié La Zone du dehors et La Horde du Contrevent (et qui est d’ailleurs accompagné par son éditeur Matthias Echenay), écrase les pauvres Carole Boudebesse et Alain Leboutet de sa superbe ; c’est bien l’occasion de prendre conscience de son réel talent, quand bien même certains travers tout aussi indéniables de son écriture ressortent de ses lectures (accessoirement, je dois dire que le bonhomme me serait de suite beaucoup plus sympathique s’il s’abstenait de citer Nietzsche ou Deleuze toutes les trois minutes…) ; à part ça, l’intérêt réside surtout dans l’expérience de ces « jeunes » auteurs (oui, avec des guillemets, écoutez, vous comprendrez vite pourquoi…) confrontés à l’univers impitoyable de l’édition. Quatrième rencontre-lecture : Sylvie Denis et Roland C. Wagner ; si les textes de la première ne sont pas inintéressants, loin de là (d’autant qu’ils sont plutôt bien lus par une comparse), il est clair que l’auteur de L.G.M., entre autres, monopolise l’audience (phallocrate !), en se livrant à un réjouissant one man show où il rigole de ses propres blagues ; cela dit, il peut généralement se le permettre, et le public le suit volontiers (le Nébal aussi, du coup)… Très sympa, si si.

 

Poursuivons dans le collectif avec les diverses tables rondes (d’une durée comparable) qui ont émaillé la partie « littéraire » de ce « mois de la science-fiction, et qui faisaient généralement intervenir du beau monde. La première, intitulée « Sciences humaines et science-fiction » (Joseph Altairac, Gérard Klein, Xavier Mauméjean, Marika Moisseeff et Rémi Sussan), est franchement passionnante, très riche (trop de thèmes passionnants y sont abordés pour que je puisse en faire un résumé ; je noterai juste les intéressantes interventions de Xavier Mauméjean sur l’expérimentation, qui n’ont pas plus à tout le monde dans le public, mais qui m’ont semblé très pertinentes). La deuxième, intitulée « Lieux de la science-fiction » (Bruno Della Chiesa, Gilles Dumay, Jean-Paul Natali, Eric Vial et Jean-Paul Weuilly), est également intéressante, mais sans doute moins constructive, et part un peu dans tous les sens (les « lieux » du titre renvoyant à l’édition, aux fanzines, aux festivals, etc.). Troisième et dernière table ronde : « Espace, spéculation et science-fiction » (Laurent Genefort, Pierre Lagrange, Eric Picholle, Nicolas Prantzos, Aurélie Villers et Roland C. Wagner). Inévitable. Et dans l’ensemble très intéressant, en dépit de quelques détours par le Café du Commerce.

 

On passe ensuite aux conférences à proprement parler (chacune durant généralement entre une heure et une heure et demie, questions incluses). Si la première partie de ce « mois de la science-fiction » est essentiellement consacrée aux approches littéraires, il faut néanmoins réserver une place à part aux différentes interventions du chercheur québécois Richard Saint-Gelais, qui mêlent littérature et philosophie, et sont d’ailleurs rattachées au cycle « Encyclopaedia Galactica : l’Université de tous les futurs », de même que les conférences « philosophiques » clôturant le colloque. Toutes sont également passionnantes, et très riches. Tout d’abord, « Aberrations temporelles dans la littérature de science-fiction » : il ne s’agit pas ici des paradoxes temporels à proprement parler, mais des mécanismes de narration mis en œuvre au long de l’histoire du genre pour rendre possible l’anticipation ; indispensable. Ensuite, « La science-fiction entre discours et lectures », puis « Science-fiction et modernité littéraire », poursuivent une analyse souvent originale, fascinante, complexe, et en même temps accessible au béotien. Excellent.

 

Abordons maintenant chaque thématique séparément, en commençant par les journées « Littérature et SF » ; la première journée est consacrée aux « Frontières du genre », et la première séance, inévitablement, aux « Contours génériques ». J’avoue n’avoir pas forcément retenu grand chose de la conférence de Roger Bozzetto (« Pour une histoire idéelle de la science-fiction ») ; j’en ai gardé une impression d’imprécision, finalement peu convaincante. La communication d’Anne Besson (« Science-fiction et fantasy : frontières disputées ») m’a paru plus intéressante, quand bien même l’intervenante, confrontée à ce serpent de mer, n’apporte pas forcément grand chose de nouveau (quelques réflexions intéressantes vers la fin, ceci dit), mais il est assez amusant de la voir osciller entre consensualisme et polémique, notamment quand elle confronte – dans un duel de titans, of course – Gérard Klein et Jacques Goimard. Je ne m’étendrai pas ici sur la conférence de Francis Berthelot (« A la frontière de la science-fiction et du mainstream : les transfictions »), pour la bonne et simple raison que j’aurai l’occasion d’y revenir plus en détail très bientôt (disons demain ou après-demain), en rendant compte de ma lecture de sa Bibliothèque de l’Entre-Mondes. Dernière intervention, un peu décalée, celle d’Anne Larue (« Monolithe et monochromes : la science-fiction au carrefour des arts »), centrée essentiellement, comme son nom le laisse entendre, sur 2001 l’Odyssée de l’espace (le film, bien sûr) ; quelques considérations intéressantes sur le design, notamment, mais, pour le reste, en audio, ça ne passe pas très bien… Ici, la vidéo me paraît donc très utile (j’y ai jeté un œil à l’instant, la qualité a l’air très honnête).

 

Deuxième séance : « Géographie des corpus ». Il s’agit donc d’aller voir un peu ailleurs ce qui se fait. Première communication : celle de Sylvie Miller, qui s’intéresse bien entendu à « La science-fiction espagnole », mais aussi latino-américaine (c’est d’ailleurs pour cette dernière que les développements m’ont semblé les plus intéressants, dans l’identification de différents cas spécifiques). Des différents intervenants, elle est clairement la plus compétente. Cela dit, la communication de « l’amateur » (allons bon) Eric Vial (« Questions sur la science-fiction italienne ») est également passionnante, dès l’instant que l’on s’habitue à son élocution très particulière, et un brin agressive : l’étude remonte loin, dans une perspective résolument historique, et l’humour à froid du conférencier fait l’effet d’une fort appréciable cerise sur le gâteau. Aux antipodes (dans tous les sens du terme…), la communication d’Olivier Paquet (« Mondialisation et modernisation dans la science-fiction japonaise ») ne m’a pas du tout convaincu ; certes, je ne connais à peu près rien à la SF japonaise, et de même pour ce qui est des mangas et animes, qui ne m’ont jamais attiré ni passionné (à quelques très rares exceptions près) ; pourtant, le peu que j’en connais et, au-delà, mes quelques connaissances juste un poil plus correctes en matière de littérature, de cinéma, de culture et d’histoire du Japon (j’aurais l’occasion de revenir sur mon engouement pour tout cela très prochainement), sans faire de moi un spécialiste, loin de là, ni même un interlocuteur véritablement compétent, tendent néanmoins à me persuader que ce jeune homme a raconté un peu n’importe quoi, quand même… Parler de SF japonaise sans parler de Godzilla, déjà, ça me paraissait assez balaise ; faire l’impasse sur le cyberpunk, le steampunk et les thématiques apocalyptiques, et prétendre qu’il n’y a pas de fantasy à proprement parler au Japon, ça me paraît tout simplement aberrant… Dernière remarque enfin : puisque le conférencier a abordé le sujet sous l’angle de la culture populaire, ce qui est tout a fait légitime, on peut rajouter à ces « oublis » fâcheux deux autres qui me paraissent tout aussi instructifs : les sentai… et les jeux vidéos !

 

Passons à la séance « Lectures ». Serge Lehman l’introduit avec une conférence très réussie, constructive et passionnante : « Pour une définition auto-théorique de la science-fiction ». Je ne prétendrai certainement pas avoir été véritablement convaincu – ce point de vue me paraît « un peu trop » radical… –, mais les questionnements qui en découlent sont très riches, relativement originaux, et fascinants. Indispensable. Irène Langlet enchaîne sur « Les états du novum science-fictionnel : encodages littéraires, décodages lecturaux » ; au-delà du jargon, rien de nouveau sous le soleil, mais cela reste relativement intéressant. Ce qui n’est pas du tout le cas de la communication d’Emmanuel Boisset (« Science-fiction et attention stylistique »), totalement imbitable, réservée aux initiés…

 

Quelques mots sur la séance « Valeurs », maintenant. La première conférence est celle de Simon Bréan (« Autres mondes, autres mœurs : les fondements axiologiques des univers de science-fiction ») ; s’il s’était montré fort piètre animateur (c’est le moins qu’on puisse dire…), Simon Bréan fait ici un conférencier plus qu’honorable, et tout cela se suit agréablement. Suit une communication fort intéressante de Philippe Clermont (« A l’épreuve du texte : lecteurs et personnages de science-fiction didactique »), reposant essentiellement sur la réception par des collégiens de quatre nouvelles de science-fiction (de Matheson, Bradbury, Van Vogt – infliger ça à des enfants, mon Dieu, quelle horreur… – et Zelazny, si je ne m’abuse) ; l’enquête est assez édifiante, même si j’ai décidément du mal avec le discours professoral, qui tend à mon sens un peu trop à prendre les jeunes lecteurs pour des cons… Toujours est-il que la conférence est intéressante, et le débat qui la suit passionnant. Les deux conférences suivantes (Anne Simon, « De l’alien à l’aliénation ? Procréation et reproduction chez les romancières de science-fiction contemporaines » ; Denis Mellier, « Science-fiction et savoirs de la fiction ») m’ont paru plus anecdotiques, et bien moins convaincantes : la première est un peu confuse, un peu arbitraire, et les questionnements comme les exemples ne sont pas toujours les plus pertinents à mon sens ; la deuxième est assez obscure, fondée essentiellement sur un lien avec la thématique du « double » dans la littérature fantastique, mais tend hélas à mélanger un peu tout (certaines interprétations sont très personnelles… et vraiment très très contestables).

 

On en arrive enfin à « l’Encyclopaedia Galactica » précédemment mentionnée, et donc à la thématique « Science-fiction et philosophie » (une note au passage : le découpage des fichiers audio n’est pas toujours parfait, on trouve parfois plusieurs conférences dans un seul et même fichier). Autrement dit, en principe, c’est surtout là qu’il va s’agir pour toi, l’auditeur, de réflexionner un peu dans l’cerveau d’ta tête. Pourtant… Faut voir. J’avoue en effet avoir été passablement déçu par ces conférences, qui m’ont dans l’ensemble paru bien moins enrichissantes que les précédentes. En fait de philosophie, ça ne vole pas forcément toujours très haut (dès l’instant, une fois de plus, que l’on parvient à faire abstraction du jargon), et les thématiques abordées m’ont semblé plus ou moins pertinentes. Le vrai problème, cependant, réside cette fois dans la culture science-fictionnelle des intervenants, qui n’est pas toujours au top… Certes, je ne saurais prétendre être plus compétent en la matière, moi le cuistre, mais j’ai quand même soupiré, à l’occasion, devant quelques grosses bêtises, et quelques simplifications limite outrancières…

 

Les premières conférences sont essentiellement métaphysiques. Hélas, ça commence très mal avec Frédéric Ferro (« Sur quelques paradoxes temporels ») : le conférencier mélange un peu tout, s’embrouille abominablement, et se retrouve régulièrement à côté de la plaque, mais sans jamais l’admettre… La première conférence de Sylvie Allouche (« Métaphysique matrixielle : redoublement de monde délusif et existence d’autrui »), si elle cache derrière cet intitulé abominable quelques thématiques intéressantes, ne se montre guère plus convaincante : l’exposé – centré essentiellement sur les films Matrix, bon… – est un tantinet confus, et parfois arbitraire ; et si je ne saurais remettre en cause la culture science-fictionnelle de l’organisatrice de ce colloque (qu’elle en soit louée devant l’Eternel), j’avoue avoir été pour le moins interloqué de ne pas entendre prononcer une seule fois (si je ne m’abuse ; ou alors vite fait en passant…), sur un sujet pareil, le nom de Philip K. Dick… On passe à quelque chose de bien plus intéressant avec la communication de Jérôme Dokić (« Identités personnelles transitoires »), focalisée essentiellement sur une nouvelle de Greg Egan, « Rêves de transition », figurant dans l’excellent recueil Radieux… au sein duquel, à vrai dire, elle m’avait paru plutôt faiblarde. Mais le conférencier en fait ressortir ici nombre d’aspects passionnants. Tout l’inverse de la conférence d’Elie During (« Temps désaccordés et mondes clignotants »), basée sur L’Âge des étoiles de Robert Heinlein : la seule conclusion que l’on puisse en tirer, en effet, est que l’orateur ne maîtrise pas son sujet, fort complexe il est vrai, que ce soit sur le plan littéraire, ou – et c’est particulièrement flagrant, voyez la première « question » d’Eric Picholle – sur le plan scientifique. Moi non plus, certes ; et là n’est sans doute pas la question primordiale ; mais il en résulte une perte de crédibilité pour le conférencier qui nuit drastiquement à son propos… Suit une conférence complexe, limite arrogante dans le ton à l’occasion, mais finalement plutôt intéressante, de Quentin Meillassoux (« Métaphysique et fiction des mondes hors-science ») ; un sujet très riche et bien mené : ce n’est pas forcément convaincant, mais, à l’instar de la conférence de Serge Lehman précédemment évoquée, cela soulève nombre de questions intéressantes.

 

Je ne vous parlerai par contre pas de la conférence de Guy Lardreau (« A quoi les fictions sont-elles bonnes au philosophe ? »)… pour la bonne et simple raison que je ne l’ai pas écoutée. C’est la seule. Mais là, c’était au-dessus de mes forces… Pathétique orateur à l’élocution insupportable, il n’a pas manqué de faire preuve d’une arrogance et d’un mépris d’autrui inqualifiables dans la plupart des séances de questions suivant les autres conférences, qui plus est pour gatouiller le plus souvent, au mieux quelque chose d’inutile, au pire des conneries grosses comme moi. Alors il raconte peut-être des choses intéressantes, là-dedans, mais je n’ai pas eu le courage de dépasser les cinq premières minutes. Désolé. (EDIT : Nébal, t'es vraiment un con... En jetant un oeil sur quelques vidéos des conférences que j'avais le plus appréciées en audio, je me suis rendu compte que ma mémoire auditive m'a joué des tours, et que le sinistre interrupteur à l'élocution agaçante, mazette, c'en était un autre, en fait... Dans quelques cas que j'ai pu vérifier, en tout cas. Bon, je n'ai pas le temps de tout revérifier, hein. Néanmoins, conséquence inéluctable : si Guy Lardreau est tout aussi dissonnant, et même probabablement plus encore, fouyayaye, peut-être a-t-il bel et bien des choses intéressantes à dire, du coup ; je vais expier ma faute en regardant sa communication puisque c'est ça ; vous avez encore plus le droit de m'insulter que d'habitude...) (Re-EDIT : Bon, j'ai tenu jusqu'au bout, mais par pur masochisme mêlé de honte ; là, j'ai les oreilles qui saignent, et je remercie le micro d'avoir bien voulu planter pendant un moment, ce qui a fait des vacances ; j'ai les yeux exorbités, aussi ; et le cerveau vide : avec tout ça, je n'ai rien compris ; le problème, et l'inquiétant néant de la séance de questions m'y ramène, c'est que je ne suis pas sûr qu'il y avait quelque chose à comprendre... Fouyayaye...) 

 

Suit une conférence un peu isolée, celle de Tristan Garcia (« Philosophies de l’histoire et histoires du futur »). Le sujet est intéressant, envisagé d’une manière relativement originale (enfin… très vaste, surtout), mais le bilan n’est guère convaincant à mes yeux…

 

Suivent trois conférences portant davantage sur l’épistémologie (première partie de la journée d’études « Science-fiction, science et philosophie »). Etrangement (ou pas ?), ce sont dans l’ensemble ces conférences-là qui m’ont paru les plus intéressantes. On commence de manière assez généraliste avec Anouk Barberousse (« Les modèles comme fiction ») ; une conférence instructive et passionnante. Le meilleur est pourtant à venir, avec la superbe communication d’Eric Picholle (« La suspension d’incrédulité, stratégie cognitive ? »), où le co-auteur avec Ugo Bellagamba de Solutions non satisfaisantes se montre fin pédagogue, orateur passionné et passionnant, envisageant de manière toujours claire et attrayante nombre de questions très riches, touchant entre autres à ce que l’on pourrait appeler des « fantasmes scientifiques » (les rayons N !). Indispensable. A côté de ces deux excellentes conférences, la communication d’Hugues Chabot (« La science-fiction comme laboratoire de la logique de la découverte ») est bien plus anecdotique.

 

La journée se poursuit, et le colloque s’achève, avec quatre communications touchant davantage à la philosophie politique (aaaaaaaaaah !) et morale, et focalisées essentiellement sur la bioéthique. Grosse déception dans l’ensemble… et ce dès la première conférence, celle de Gilbert Hottois : « La SF au cœur de la philosophie morale. Jonas, Fukuyama, Habermas et Engelhardt autour d’Huxley et d’Orwell » (titre original : Jonas et Engelhardt n’ont en fait pas été évoqués dans cette conférence). La lecture d’Huxley et d’Orwell n’apporte rien de nouveau, est relativement réductrice, et parfois très contestable (surtout celle de 1984). Les développements sur Habermas ne sont guère folichons (sans surprise en ce qui me concerne) ; quant à ceux sur Fukuyama, je n’en ai tiré qu’une confirmation supplémentaire de sa consternante inanité. Il y avait sans doute bien plus intéressant à dire… Il est assez triste, enfin, de voir ce conférencier, mais ceux qui le suivront tendront souvent à faire de même, se limiter à ces œuvres phares, « fréquentables » et donc « intégrées », en laissant de côté des œuvres science-fictionnelles « moins nobles » (ce qui est un peu paradoxal au vu des intentions affichées par les organisateurs du colloque !). Jérôme Goffette (« La science-fiction comme laboratoire des métamorphoses de l’humain ») se montre un peu plus intéressant, mais j’avoue n’avoir pas retiré grand chose de sa communication… Celle de Nicolas Baumard (« La science-fiction contribue-t-elle vraiment au débat bioéthique ? »), à contre-courant, aurait pu être tout à fait passionnante : je le rejoins tout à fait dans sa critique du « mythe du Meilleur des mondes » et de la « panique morale »… mais le problème – de taille ! – est qu’il adopte des exemples hautement contestables, pour ne pas dire tout simplement foireux, au service d’une vision tellement naïve de notre monde, dans une perspective tristement évolutionniste et naïvement libérale-truc, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on lui saute à la gueule au moment des questions, évacuant ainsi les vrais problèmes qui auraient dû être soulevés… Dommage ; ces détours – une fois de plus – du côté du Café du Commerce sont en même temps très révélateurs d’un triste malaise concernant le débat bioéthique, jusque chez nos « philosophes »… Conclusion, enfin, avec Sylvie Allouche, qui a décidément un fâcheux penchant pour les intitulés « plus universitaire tu meurs » : « Spéculations science-fictives sur les règles d’encadrement politique et juridique des anthropotechniques ». Le fond est intéressant, la forme plus contestable (à nouveau assez confuse, et parasitée par les polémiques envisagées dans la communication précédente) : bof, bof…

N’empêche que. Mettre à la disposition de tout un chacun, d’un simple clic, les archives audiovisuelles de cette fort louable entreprise, y’a pas à dire, c’est quand même vach’ment bien vu : alors merci aux organisateurs, aux participants, et à ceux qui ont eu la bonne idée de mettre tout ça en ligne ; et merci à Tétard de m’avoir indiqué cette page. Bah oui, normal, on finit par les remerciements… Ah si, une ouverture, aussi : souhaitons que ce genre de colloques se multiplient à l’avenir, il y a assurément de quoi faire.

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L
"je ne vous parlerai pas, par contre, de la conference de G.Lardreau...."
Guy Lardreau t'emmerde du fond de sa tombe,espece de blaireau et toute sa famille avec !
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J

À propos d'Anne Larue, que vous mentionnez, son dernier livre aux éditions Classiques Garnier a été retiré des ventes dès publication pour des raisons idéologiques obscures.
L'essentiel des infos est sur Come4News :
http://www.come4news.com/anne-larue-censuree-a-contretemps-par-les-editions-garnier-416670


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N


Bon. On a compris. Stop.



J

À propos d'Anne Larue, pourriez-vous signaler :
http://www.come4news.com/anne-larue-censuree-a-contretemps-par-les-editions-garnier-416670


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M
Pauvre gentil petit tétard
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N

Bon, "Manleh" :

1/ C'est pas bien de se faire passer pour ses petits camarades, et de faire ses coups en douce. C'est "faux-cul", effectivement.

2/ Ici, tu tapes sur moi autant que tu veux, mais tu évites d'impliquer les autres.


T
Il en est heureusement certain(s) chez qui érudition ne se confond pas avec prétention...
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B
Mon pauvre ami, que de négligence et de paresse, de désinvolture et d'ignorance, dans ces commentaires. Qu'il est difficile de voir la sf objet d'un discours universitaire que le gentil lecteur érudit du fandom ne comprend pas très bien. Rien de très grave. Qu'il est drôle ce blog où se répandent des opinions très définitives et très inutiles. Peut-être faudrait-il envisager de lire autre chose que de la sf et de la fantasy, non?
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N

Tout ceci est rigoureusement exact. Merci pour ce commentaire éclairant.


N
@ Sylvain : allons bon ! La vérité est ailleurs. Sinon, Génération Science-fiction faisait déjà partie de mes "blogs et sites bien" (voir sur la colonne de gauche), mais merci quand même. :)

@ Tétard : J'ai à peine fouillé. J'ai peur. Môman...
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T
Grâce à Sylvain je découvre le cher commentaire de ce vieux Nébal :
Tous les sigles sont expliqués, ici ou là, sur Ce site
http://pagesperso-orange.fr/gestionnaires03/index.html
Et ce forum :
http://gestionnaires.actifforum.com/
(où sévit un certain Tétard)
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S
J'hésite, j'hésite. Ou tu es un psychopathe évadé d'un asile du futur ou un OVNI échoué sur notre bonne vielle terre...
En tout cas, tes articles à rallonge ont tendance à attiser la curiosité du SF-phile que je suis (mais pas encore atteint de la même maladie incurable que toi), sauf qu'il faut pauser une demi-journée de RTT pour les lire.
En substance je te conseille la lecture de ce blog :
http://generationscience-fiction.hautetfort.com/
Tu reconnaitras aisément les auteurs.
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N
Ben quoi, y se trouve, le temps !? ;)

Sinon, Tétard, je comprenions rien à tes sigles ; et l'adage se vérifie : on a peur de ce que l'on ne comprend pas...
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