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"Le carnaval des abîmes", de Jérôme Noirez

Publié le par Nébal

 

NOIREZ (Jérôme), Le carnaval des abîmes (Féerie pour les ténèbres, 3), Aix-en-Provence, Nestiveqnen, coll. Fractales / Fantasy, 2006, 398 p.

 

Mille excuses, et plus si nécessaires, pour le retard accumulé sur mon blog miteux. A ma décharge, cela dit, j’avoue avoir un peu manqué de temps, ces derniers jours, because of que boulot, déjà (si, si) ; à quoi il faut ajouter cette manie étrange et sidérante qu’ont plein de gens de naître fin mai, et de fêter ça, en plus : pas facile d’être productif le lendemain.

 

Et puis, il y a eu cette polémique ridicule, mais si, vous savez, celle sur le mariage annulé pour non-virginité, que c’est un scandale, que les barbus nous envahissent, que la laïcité est en danger (défendons-la donc avec Sarko) et les libertés publiques avec (défendons-les avec Devedjian). On a dit beaucoup de bêtises sur cette histoire tout à fait banale, qui n’aurait jamais dû faire les gros titres, ce qui n’a pas manqué de me faire réagir. Un temps, j’ai même envisagé de pondre un articulet inepte sur cette question ; puis je me suis rendu compte que, non seulement il s’en trouvait pour faire ça bien mieux que je ne saurais le faire (on ne recommandera jamais assez chaudement l’excellent journal d’un avocat, par exemple), mais aussi que ça ne serait probablement rien d’autre, en ces lieux, qu’un appeau à trolls (là encore, le record battu des commentaires chez Me Eolas en témoigne assez). C’est la foire aux préjugés, convaincre est impossible. Dommage…

 

Et puis, dernier point : sauf erreur, ce n’est pas pour ce genre de choses que quelques âmes charitables en viennent quotidiennement à errer dans l’interlope Nébalie ; dans l’ensemble, on s’attend plutôt à trouver par ici des comptes rendus de bons (en principe) bouquins de SF, de fantasy ou de fantastique (surtout). Cette triste affaire m’ayant en outre rappelé pourquoi j’étais misanthrope (et misogyne, bien sûr, hein…) et pessimiste, le besoin de s’évader un peu dans des contrées imaginaires ne s’en est fait que plus vigoureux. Devant l’embarras du choix quant à ce dont j’allais bien pouvoir vous causer aujourd’hui, j’ai donc jeté mon dévolu sur Le carnaval des abîmes de l’excellent Jérôme Noirez, excellent troisième tome de son excellente trilogie de fantasy foutraque « Féerie pour les ténèbres ».

 

Qu’on y mentionne (p. 244) le fameux ouvrage de Bochois d’Hastivel, dit aussi Bochois-le-veineux, intitulé Des Différentes Races de Femmes et de la Façon dont il Convient d’en Faire Elevage, n’a bien entendu aucun rapport avec tout ça.

 

Non, si j’ai choisi de vous entretenir du Carnaval des abîmes, c’est parce que « c’est bien », pour reprendre l’expression récurrente d’un personnage féminin du roman qui apprécie par-dessus tout mettre des choses dans sa bouche. C’est même très bien, vraiment très très très bien, ah oui, c’est épatant. Mais ça, vous vous en doutez déjà : je l’ai après tout assez répété pour les deux volumes précédents, Féerie pour les ténèbres et Les nuits vénéneuses.

 

On retrouve dans ce troisième et dernier volume tout ce qui faisait l’intérêt des deux précédents : un style alerte, une inventivité remarquable, un foisonnement d’idées, un humour un peu dingue, des personnages sympathiques, des scènes d’action rondement menées ; bref, tout ce qui fait la bonne fantasy, celle qui, dans le meilleur des mondes, serait à même de parler même aux intégristes acharnés à dénigrer le genre à gros coups de clichés, parce que à la fois divertissante et intelligente, subtile et efficace, inventive sans gratuité, bref, à la fois différente et idéale.

Avec un petit quelque chose en plus, ai-je trouvé : si le contenu est toujours aussi riche, si la trame est toujours aussi complexe, le roman me semble cependant un peu mieux construit que les deux précédents, où l’on avait parfois tendance à se perdre (enfin, presque, en tout cas) ; on appréciera en outre la démesure de ce final, rassemblant avec beaucoup d’adresse (la plupart du temps...) la multitude de personnages décrits et de pistes ouvertes par les deux premiers tomes ; ce qui, on l’avouera, n’était pas gagné d’avance, étant donnée l’ampleur du machin.

 

Le carnaval des abîmes prend directement la suite des Nuits vénéneuses. C’est ainsi que, dès le premier chapitre, nous voyons la terrible inquisition sainterelloise en marche vers la région du Centre, accompagnée des abominables reliques de l’Empereur dément Chincheface ; en chemin, l’excrucieur Repurgue fait halte à Enlori, où il compte bien en finir une bonne fois pour toutes avec l’ancien officieur de justice Obicion : celui-ci ne pourra trouver refuge qu’auprès des rioteux… Mais la région du Centre est également la proie du redoutable Barugal le Fou (superbe personnage !), secondé des chevaliers lépreux de Gachegaruche !

 

On retourne chez les rioteux avec la petite Grenotte, inconsolable, et qui somnambule bientôt vers le fond ultime, le fond des fonds, l’Intrafond. Jobelot et Gamboisine, eux, quittent cependant l’En-Dessous ; ils comptent bien percer le mystère de Gourios, quitte pour cela à monter dans un avion, au risque que le pilote ne soit le dangereusement enthousiaste Thopasion.

 

Pendant ce temps, à Caquehan, Estrec (de Gourios, justement) se change en arbre à Technole ; il rêve… tandis que Malgasta passe sa colère, sa déprime et sa frustration sur de singuliers adversaires increvables.

 

Et trois saints d’un genre assez malsain foutent le bordel ici et là. Bientôt, le carnaval convergera sur la capitale ; trois cortèges déments, traînant derrière eux la réponse à bien des questions…

 

Le carnaval des abîmes est riche, très riche ; inventif et astucieux comme ont su l’être les deux premiers tomes. La plume de Jérôme Noirez est toujours aussi adroite, maniant l’humour et l’horreur avec une même dextérité. Et le lecteur de se régaler. Je ne hurlerai pas à la perfection, certes (mais ça n’existe pas, une chose pareille) : inévitablement, le monde créé par l’auteur était d’une telle richesse que certaines réponses peuvent décevoir, ou briller par leur absence ; certaines ellipses, de même, peuvent parfois sembler regrettables. L’incontestable plaisir du lecteur peut ainsi s’accompagner, à l’occasion, d’une légère frustration…

 

Mais peu importe : ce qui domine, c’est un sentiment de parfait contentement, de pur plaisir de lecture. Jérôme Noirez, dès cette première trilogie injustement passée inaperçue, nous a ainsi prodigué, je le répète encore une fois, une excellente fantasy à la fois différente et idéale, jouant astucieusement des codes et les malmenant le cas échéant, avec cet enthousiasme et cette inventivité qui font si souvent défaut aux plus gros vendeurs du genre.

 

Alors que demande le peuple ?

 

« L’annulation de l’annulation du mariage, qui, c’est un scandale, a… »

 

Pfff, tu m’as cassé mon coup, là... Oui, c’est ce que le peuple demande, à ce qu’il semble. Mais c’est le même peuple qui demande à travailler plus pour gagner plus, aussi… Mais en vérité je vous le dis, camarades, ce que le peuple devrait demander, c’est un nouveau roman de Jérôme Noirez.

Parce que Jérôme Noirez, c’est bien.

CITRIQ

Commenter cet article

N
Aaaaaaaah !

(Mais pourquoi tant de hai-neuh ?)
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E
Convaincu, encore... Trois bonnes chroniques en sus de celle de la Salle 101, ça fait beaucoup.
J'y viendrai, c'est certain.
Nébal le peuple aura ta peau et mon pouvoir d'achat !

Ubik : disponible chez Scylla (si tu es parisien) et sur Amazon mais avec un gros délais.
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N
Facilement, faut voir. Pour ma part, je me suis précipité dessus dans l'excellente libraire Albums à Toulouse, le jour où, en raison d'une faille temporelle sans doute, il y avait en même temps les trois volumes. Visiblement, le premier serait le plus difficile à trouver. En même temps, je viens de voir qu'on les trouvait sur Amazon, alors...

Sinon, quand j'ai fait mon rapport de coquilles sur le Cafard, Jérôme Noirez a dit que les manuscrits devaient lui repasser dans les mains ; osera-t-on en déduire une éventuelle réédition hypothétique ? Ca serait une bonne idée, ma foi.

Quant au PS (si j'ose dire), ça ou le cancer, hein...
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U
Trouve-t-on facilement cette très estimée trilogie ?
Car maintenant que tu l'a bien vendu camarade, tu dois divulguer tes dealers.

PS : "Nébal ! Nébal ! Le peuple aura ta peau" (refrain bien connu et dont je ne ma lasse pas)
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