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"Bifrost", n° 50

Publié le par Nébal


Bifrost, n° 50, Saint Mammès, Le Bélial’, mai 2008, 183 p.

 

Je m’y étais engagé récemment avec le numéro Spécial Robert Silverberg : quelques mots, donc, sur ce n° 50 de Bifrost (alors que le n° 51, avec son dossier consacré à Lucius Shepard, vient tout juste de paraître ; oui, je suis à la bourre, comme d’hab’…). Ca devrait aller assez vite, Bifrost n’ayant pas spécialement célébré ce numéro plus ou moins symbolique marquant le cap de ses douze ans d’existence. Nous y retrouverons donc les rubriques habituelles (je ne vais pas m’étendre ici sur le cahier critique ; ah si, juste un truc : même si on ne l’a pas aimé – ce qui est très compréhensible –, mettre Code source de William Gibson dans les ouvrages « vivement déconseillés » par la rédaction, ça me paraît un peu pousser mémé dans les orties, mais bon… Je vais finir par croire être vraiment le seul à l’avoir plutôt aimé !), les chroniques de Roland Lehoucq et Frédéric Jaccaud (absent du précédent numéro ; saluons au passage la création sous sa supervision, conjointement avec l’excellent Sébastien Guillot, de la collection « Terra Incognita » chez Terre de Brume, dont j’aurai l’occasion de vous recauser prochaînement, le premier volume, Ignis, ayant immédiatement rejoint mon étagère de chevet), un dossier consacré cette fois à Tim Powers, et trois nouvelles.

 

Commençons donc par celles-ci. En reconnaissant que, dans l’ensemble, ce n’est pas là le point fort de Bifrost, qui publie régulièrement des nouvelles, non, pas forcément mauvaises (il y en a parfois, voyez le ridicule texte de Daniel Walther dans un numéro récent, d’ailleurs proposé pour les razzies…), mais quand même passablement médiocres (quelques exceptions dans les numéros précédents, après le volumineux et très sympathique n° 42 ? Allez : Jacques Barbéri par deux fois, Greg Egan une fois, de même pour Joëlle Wintrebert et pour mon chouchou perso, Robert Charles Wilson, dont la « Division par l’infini » m’a immédiatement converti...). Ce numéro me semble confirmer cette tendance, mais le tout, on l’avouera, est plutôt correct. Ainsi de la nouvelle de Stéphane Beauverger « Origam-X » (pp. 6-23), intéressante virée SM à façon, plutôt joliment écrite ; de quoi me donner envie de m’attaquer enfin à la trilogie « Chromozone », annoncée en poche pour bientôt. Pour ce qui est de la communication, Laurent Genefort se montre bien moins subtil et convaincant avec « La Nuit des Pétales » (pp. 24-40), nouvelle constituant, nous dit-on, une « entrée en matière » à son dernier roman Mémoria, publié comme il se doit au Bélial’ : ce n’est pas désagréable, mais ça ne casse certainement pas des briques ; une SF à l’ancienne, prévisible et assez superficielle… A la différence de ce qui s’était passé pour le précédent numéro, c’est bien à mon sens l’auteur auquel est consacré le dossier qui s’en sort ici le mieux : Tim Powers, avec « Itinéraire nocturne » (pp. 42-67), nous livre une chouette nouvelle à la croisée des genres, passablement dickienne et en même temps très personnelle ; si les premières pages m’ont semblé un peu trop confuses, le bilan est néanmoins très positif.

 

Mais sans doute me faut-il préciser ici que c’est là le premier texte de Tim Powers que j’ai l’occasion de lire. Oui, comme d’hab’ (et, comme d’hab’, honte sur moi). Et pourtant – re-comme d’hab’… – cela faisait un petit moment que je comptais m’attaquer au bonhomme, et que son fameux roman Les voies d’Anubis prend la poussière dans mon étagère de chevet (ça tombe bien, en même temps : Thomas Day comme Eric Holstein, dans le guide de lecture, en font le roman idéal pour découvrir l’auteur). C’est que Tim Powers, j’ai eu maintes fois l’occasion d’en entendre parler ; non pas tant pour la paternité du « steampunk » que l’on lui attribue régulièrement, que parce que, avec son compère K.W. Jeter, il faisait partie de ces jeunes écrivains que l’immense Philip K. Dick (que j’aime beaucoup, donc, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit… ?) avait plus ou moins pris sous son aile et assidument côtoyé vers la fin de sa vie, jusqu’à en faire des personnages centraux de son superbe Siva : Jeter y incarnait le cynique nihiliste comptant bien brandir à la face de Dieu le cadavre de son chat pour lui réclamer quelques explications, et Powers le gentil catholique, paisible et ouvert. Autant de thèmes, parmi bien d’autres, sur lesquels Thomas Day à l’occasion de revenir tout au long d’un entretien fort intéressant (mais peut-être un peu court ? pp. 120-139), où Powers se montre assez humble, lucide, et atrocement gentil (et amateur de points d’exclamation). Le dossier se poursuit par un guide de lecture nécessairement plus bref que celui du précédent numéro (Powers et Silverberg n’ayant pas exactement, ni la même carrière, ni le même rythme de production…), mais détaillé et d’autant plus alléchant qu’il fait régulièrement appel à du beau monde ; pour ma part, outre les interventions de Xavier Mauméjean qui s’amuse – de manière assez hermétique pour le novice, disons-le – avec le personnage du poète William Ashbless, créature ironique de Tim Powers et son compère James P. Blaylock, j’en ai notamment retenu la très enthousiaste critique de Le Poids de son regard par la très enthousiasmante Catherine Dufour ; nul doute que ce roman, présenté par Thomas Day comme le chef-d’œuvre de Powers, intègrera prochainement ma pile à lire. Le dossier s’achève enfin sur une bibliographie réalisée par Alain Sprauel.

 

Après quoi Frédéric Jaccaud nous parle en long et en large de Maurice Renard dans sa rubrique « Les anticipateurs » ; le titre de l’article est éloquent : « Où la science-fiction naît enfin… avant de disparaître » (pp. 156-170). De quoi donner envie de s’attaquer à l’Omnibus consacré à Maurice Renard dans la collection « Bouquins » de Robert Laffont, ou au moins au célèbre Les mains d’Orlac, adapté au cinéma par Robert Wiene, et qui devrait être prochainement réédité dans la belle « Bibliothèque voltaïque » des Moutons électriques.

 

Quant à Roland Lehoucq, il se montre égal à lui-même dans sa rubrique « Scientifiction ». Comme d’habitude, son « Vers les étoiles à dos de trou noir » (pp. 172-178) a de quoi coller suées et migraines aux vilains ignares en sciences dites « dures » dans mon genre, mais est en même temps d’une lecture agréable et fascinante.

Un numéro de cette chouette revue qu’est Bifrost, quoi. Me reste plus qu’à me procurer le petit dernier, dont la partie fictionnelle est semble-t-il constituée en tout et pour tout par une longue novella de Lucius Shepard, ce qui est à n'en pas douter une raison suffisante pour en motiver l’achat ; et le dossier qui est ensuite consacré à cet auteur sans doute trop peu connu s’annonce d'ores et déjà passionnant.

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N
Merci ; non, c'est important, rapport à mon chèque. ^^

(Le pire étant que je ne suis moi-même pas abonné...) :p
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E
Bon et bien à cause de toi je viens de franchir le pas en m'abonnant et commandant le numéro 51.
Vu l'influence que tes écrits ont sur moi, je te suggère de fonder ta secte...
(Il aura quand même fallut plusieurs chroniques de Bifrost ;) ).
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