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"Vélum", de Hal Duncan

Publié le par Nébal

 

DUNCAN (Hal), Vélum, [Vellum], traduit de l’anglais (Écosse) par Florence Dolisi, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [2005] 2008, 668 p.

 

Allez, hop, au boulot, feignasse de Nébal, à ton tour de causer de « l’événement » de la rentrée littéraire 2008©.

 

 

Mais non, voyons, pas le trou de Christine Angot, nous sommes ici pour parler de vrais livres.

 

L’événement, donc, ou encore « le choc », comme vous le savez tous, c’est bien entendu Terreur de Dan Simmons.

 

… Pardon, je voulais dire Lilliputia de Xavier Mauméjean.

 

… Zob, en fait, bien sûr, il s’agit de L’Accroissement mathématique du plaisir de Catherine Dufour.

 

« T’es lourd, Nébal. Et t’aurais pu, au moins, parler du dernier Pynchon. »

 

C’est vrai que ça a encore plus une gueule d’événement-choc. Mais je le lirai un peu plus tard, honnêtement (je suis lâche). Et, blague à part, les trois titres que je viens de citer sont quand même ceux qui m’excitent (rhaaaaaa) le plus.

 

Mais l’événement-choc dont je vais maintenant parler, c’est bien Vélum, le premier roman du jeune auteur écossais Hal Duncan, et premier volet d’un diptyque « en miroirs » intitulé « Le Livre de toutes les heures » (le second tome, Encre, déjà paru outre-Manche, est prévu pour septembre 2009 de par chez nous, ai-je cru comprendre).

 

Vélum, donc. Un bien beau livre (orné, on l’a dit et répété, mais c’est ma foi vrai, d’une superbe couverture du talentueux Daylon) dont vous n’avez peut-être pas entendu parler, en dépit de son statut événementiel, sauf, bien sûr, si vous fréquentez régulièrement, ainsi que votre serviteur, l’interlope mais néanmoins beau site du Cafard cosmique, où l’on ne parle presque que de ça depuis quelques mois déjà. Et c’est bien pour cela que je me suis autorisé cette entrée en matière lourde au possible : je trouve en effet (cela n’engage que moi, hein…) que, ce livre, on en a pour une fois un peu « trop » parlé (et sans doute trop tôt) ; et pas forcément de la meilleure manière, qui plus est. D’où un mélange ambigu de curiosité et de lassitude chez votre serviteur, et une tendance inévitable des sujets consacrés audit événement à partir en couilles de troll (bah, faut dire, 90 % des intervenants n’ayant pas lu le bouquin…). L’avenir proche devrait nous permettre de déterminer si, oui ou non, on n’a pas un peu trop fait monter la sauce. J’espère que non, j’espère qu’il s’en vendra des tombereaux, de ce roman, mais… bon, verra bien.

 

En attendant, j’avoue avoir été un peu sceptique. Vous avez déjà eu l’occasion de constater que je réagis presque systématiquement (et donc bêtement) ainsi chaque fois qu’il y a buzz ; or, là, même uniquement dans la communauté plus ou moins restreinte des cafards, buzz il y a eu. Ensuite, on a beaucoup glosé sur la supposée « difficulté » de ce pavé (genre « ça c’est pas un bouquin pour les ceusses qui lisent de la sous-littérature populaire, 'tention ! Nan, c’est du vrai, du lourd, du qui claque les neurones ! »), ce qui n’est pas forcément le plus séduisant des arguments en ce qui me concerne… Aujourd’hui, je peux bien dire, cependant – et il s’en est heureusement trouvé de bien plus compétents et convaincants que le médiocre Nébal pour le dire auparavant –, que, non, Vélum n’est pas un livre « si » compliqué que ça, et ne réclame pas « tant » d’efforts que ça : on est d’accord, ce n’est pas exactement une lecture idéale pour le métro ; maintenant, ce n’est pas non plus, pfiou, je sais pas, moi, du Joyce, du Burroughs ou du Pynchon, tiens, où on se crame le cerveau sur la moindre phrase : ça nécessite bien un minimum de concentration, mais ça se lit très bien, c’est souvent passionnant, et, dans certains passages, ça se dévore même comme le proverbial (et par nature hypothétique) bon thriller. Si, si (avec même des vrais morceaux de cliffhangers dedans). Autre problème, la présentation de la « trame » (heu…) de ce roman difficile à résumer ne me passionnait guère : on y parlait d’un multivers « à la Moorcock » où se frittaient des anges et des démons, mouais… Personnellement (très personnellement), c’est le genre d’histoires que j’ai du mal à prendre au sérieux depuis mes délires rôlistiques adolescents sur In Nomine Satanis / Magna Veritas ; et les histoires brodant sur ce canevas finalement ultra-classique m’ont presque systématiquement déçu (oui, y compris De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman, certes bien loin de Vélum, ou, plus proche – si, si – mais bizarrement peu mentionné avant que ne déboulent les premières chroniques, le très surestimé American Gods du même Neil Gaiman, deux romans pas mauvais mais qui m’ont paru bien inférieurs à leur réputation ; au passage, du même Gaiman, on pourait aussi évoquer, peut-être avec plus de raisons encore, sa génialissime BD Sandman). D’autres « références » ont pu être avancées, certes, qui me parlaient davantage : la quatrième de couv’, par exemple, après avoir galéré à son tour pour poser l’histoire, mentionne L’Échiquier du mal de Dan Simmons et Le Festin nu de William Burroughs ; deux romans que j’ai adorés, mais entre lesquels il y a quand même comme qui dirait une certaine marge… Enfin et surtout, à mélanger tous ces éléments, j’avoue, mea culpa, en avoir retiré la fâcheuse impression d’une probable boursouflure mégalomane, imbitable et chiante, qui se la pétait pour pas forcément grand chose…

 

Rappelez-vous : Nébal est un con.

 

Cela dit, je restais curieux ; même si, pour toutes ces raisons, Vélum ne figurait pas en tête de ma liste d’achats, je comptais bien le lire. Pour voir. Parce que. Et quand un moult généreux donateur m’en a offert la possibilité, très honnêtement, bien loin de cracher dans la soupe, je me suis passablement jeté dessus… La chair est faible.

 

Et voici venue l’heure du bilan. Pour faire simple : Vélum, c’est mégalo, oui, mais c’est bien (mangez-en) ; c’est même très très bien, hou là, oui ; mais peut-être pas aussi exceptionnel et fantabuleux qu’on a pu le prétendre, cela dit ; car franchement agaçant par moments.

 

Maintenant, par où commencer ? Peut-être, comme le roman, par cette découverte du mystérieux Livre de toutes les heures, dissimulé dans une bibliothèque ; un livre au contenu changeant, qui semble pouvoir tout contenir, qui contient tout, peut-être. Un livre qui fait immanquablement penser à Borges, à son Livre de sable ou à sa « Bibliothèque de Babel ». Et sans doute aussi à Lovecraft. Pardon, Liebkraft, et son œuvre « populaire » mentionnant inlassablement le Macronomicon, ce grand livre contenant tous les noms – et les noms des morts, bien sûr –, et dont la lecture rend fou. Le découvreur – et voleur – de ce livre, obsédé par une légende familiale, est un certain Guy Reynard (tiens…) Carter, et il disparaît bientôt dans le Vélum.

 

Le Vélum est donc ce multivers « à la Moorcock », contenant tous les possibles ; ici, les nazis s’en sont pris aux gnomes pendant la deuxième guerre mondiale ; là, les rebelles écossais ont été massacrés par la police britannique lors du fameux Bloody Friday ; ailleurs, Guernica n’évoque rien à personne, mais les découvertes de Wilhelm Reich sont omniprésentes (comme ici, tiens) ; par-là, l’humanité s’est développée sur un monde en pente, prohibant tout contact avec le dessus et le dessous… Les mondes que traverse Reynard sont déserts ; quand il s’approche d’un autochtone interloqué par ses puissantes ailes, l’univers change ; et le voleur poursuit son errance à travers les mondes et le temps. Mais, le Vélum, c’est peut-être aussi ce monde d’après la mort, cet ultime point de fuite que traque inlassablement Thomas Messenger (le bien nommé) ; ou, encore, ce voile séparant les mondes de Dieu, et que seul franchit Métatron, l’ange porte-parole du Seigneur, le gardien de ce trône vide autour duquel s’est cristallisée l’Alliance. Mais il y a aussi les Souverains, ces déités anciennes, anges ou démons, qui refusent le diktat des Sept. Ceux-là, ces « adversaires », Métatron les connaît fort bien – ne fut-il pas en son temps Enki, le père des dieux, Souverain s’il en est ?

 

Certains de ces « Amortels », pourtant, refusent de prendre part à la guerre. Ainsi Phreedom, ou Inanna, de toute éternité fille, et sœur, et mère enfin ? Phreedom, qui descend toujours aux Enfers... Et ainsi Seamus Finnan, qui a connu l’horreur de la guerre dans les tranchées de la Somme, et qui s’est lancé dans une lutte perpétuelle contre l’autorité.

 

Perpétuelle, et universelle… pardon, « multiverselle ». Partout dans le Vélum, il y a Phreedom, ou Inanna, ou Anna ; et Seamus Finnan, Finn, Forsythe, Foresight. Et bien des Carter, le Cinglé en quête de la civilisation originelle et de son langage indicible, ou le Jack-Flash terroriste qui sait que l’Empire n’a jamais disparu. Des Guy Reynard, avides de connaissances, et prêts à les voler ; de froids Pechorin… Des personnages qui se croisent ici ou ailleurs, jadis, maintenant ou plus tard, qui s’allient comme le feu et la glace… ou se déchirent. Tous portent en eux, dans leurs tatouages ou les bitmites qui les infestent, un archétype, et un destin. Io, la fille-mère ; Prométhée, le rebelle ; un fils amené à dépasser son père…

 

Aussi, à travers le Vélum, dans l’espace et dans le temps, dans les dimensions et entre ces dimensions, ce sont toujours les mêmes histoires qui se répètent. À Prométhée volant le feu aux dieux pour le donner aux hommes, et assujetti sur le flanc d’une montagne où un aigle vient perpétuellement lui dévorer le foie, répond ainsi le soldat Finnan volant du whisky à ses supérieurs pour apporter du réconfort à ses hommes dans l’enfer des tranchées, et crucifié dans les barbelés par les larbins du Seigneur, des Ducs, des Lords… La quête des origines, de l’archétype primordial, peut emprunter les pages changeantes du Livre de toutes les heures, passer par l’exploration du Vélum en fonction de cartes fluctuantes et inexactes, par le déchiffrage de l’indicible Cryptolangue pré-sumérienne tatouée sur les peaux des morts, par l’exploration psychanalytique du subconscient d’un schizophrène supposé dans une salle tapissée de miroirs, par une simulation en réalité virtuelle d’une chute dans les abysses d’Ereshkigal, par la nanotechnologie brusquant la mémoire pour faire ressurgir le refoulé…

 

Toujours les mêmes histoires, reprises avec des variantes dans une sempiternelle récapitulation. Et des histoires que nous connaissons, puisque archétypales. Des histoires souvent empreintes de rébellion et de martyre, et dans lesquelles la mort a son mot à dire. Car nous sommes ici souvent sur le versant crépusculaire de la roue du destin, là où les mondes s’effondrent dans les cataclysmes pour renaître différents, dans les transitions des boites de Pandore et des déluges, des tours de Babel et des déicides, des apocalypses enfin, à la fois destructions et révélations ; le voile se fait noir, mais le crépuscule laisse présager l’aube. Et la révolte est toujours d’actualité, quitte à être sa seule récompense.

 

En piochant dans les contes et les mythologies du monde entier (avec tout de même une nette prédilection pour les traditions mésopotamienne, gréco-romaine et judéo-chrétienne), Hal Duncan brode une complexe tapisserie, un monstre de sens, tout en déconstructions et reconstructions. Non pas « une » histoire compréhensible de A à Z, mais « des » histoires, qui s’entremêlent, se chevauchent, s’éclairent ou s’obscurcissent, dans un gigantesque et baroque puzzle non-euclidien tendant vers l’infini. Ainsi, si le fond de Vélum, n’en déplaise aux plus inconditionnels de ses admirateurs et aux plus zélés de ses propagandistes, n’est pas a priori d’une originalité foudroyante, le traitement que lui inflige (si, si, c’est le mot) Hal Duncan et la forme qu’il adopte suffisent à lui conférer, effectivement, le statut d’œuvre hors-normes. Et cela bien au-delà de la seule fusion trouble de fantasy et de science-fiction qui a pu amener l’auteur à être catalogué sous l’étiquette « New Weird », aux côtés, par exemple, d’un Jeff VanderMeer, par ailleurs mentionné dans les remerciements.

 

Cependant, cela n’empêche pas Vélum d’être fortement référencé et de susciter régulièrement des échos. En sus des auteurs et des œuvres mentionnés précédemment, on pourra relever quelques allusions directes ou autres références plus ou moins cryptiques. Mon inculture crasse ne me permet guère d’approfondir véritablement (et utilement…) cet aspect ; mais, à tout hasard… Sur le plan philosophique, ainsi, outre l’évident positionnement anarchiste de l’auteur (c’est fréquent, avec le mythe de Prométhée...), et au-delà des quelques penseurs explicitement évoqués (Jung, Reich…), je n’ai pu m’empêcher de penser (vous allez dire que c’est maladif…) à la sophistique ancienne (mythe de Prométhée là encore, mais aussi conception du langage et de la vérité, approche relativiste de la religion, réalisme stratégique…) ; sans doute pourrait-on parler également de nominalisme et, plus proche de nous (et paradoxalement ?) de structuralisme…. Mais je n’en sais trop rien, à vrai dire. Pour ce qui est des références littéraires, ou des comparaisons possibles, si l’on a beaucoup parlé de Joyce (je veux bien le croire), de Kafka (tiens, oui, effectivement) ou encore du Samouraï virtuel de Neil Stephenson, je mentionnerais bien à mon tour quelques titres. J’aurais bien envie, inévitablement, de parler du génialissime « Quatuor de Jérusalem » d’Edward Whittemore, mais vous allez dire que j’essaye de le caser partout, et vous n’auriez probablement pas tort… Mais la quête de la langue originelle m’a également fait penser, par exemple, à Cité de verre de Paul Auster, et, plus largement, du fait de ce procédé consistant à réécrire plusieurs fois la même histoire, à la « Trilogie new-yorkaise » dans son ensemble.

 

Et surtout, il est un roman auquel j’ai beaucoup pensé à la lecture de Vélum (mais peut-être l’actualité littéraire n’y est-elle pas pour rien…), et c’est V. de Thomas Pynchon (interrogation naïve du Nébal : ce titre en « V » est-il d’ailleurs un hasard ?). J’y ai en effet trouvé la même ambition mégalomane, la même propension à plier l’Histoire au(x) récit(s) comme un démiurge paranoïaque cherchant à donner du sens au moindre événement (voyez Jack-Flash…), les mêmes jeux sur les personnages plus ou moins « flous » et contradictoires ainsi que sur leurs référents culturels (poésies et chansons de marins dans V., tubes pop-rock-punk dans Vélum), la même alternance de réalisme rugueux et éventuellement sordide et de détours plus colorés – et en même temps codifiés – dans l’onirisme pur (que ce soit en lorgnant sur les terres de la littérature de genre chez Pynchon, ou en s’y engouffrant résolument chez Duncan, mais avec un même goût pour les théories du complot), et, en parallèle, la même alternance entre hermétisme et expérimentation plus ou moins post-modernes (rhôôôôôôô !) et récits plus linéaires, plus abordables et divertissants…

 

Et j’y ai enfin (surtout ?) trouvé les mêmes… non, « défauts » ne serait sans doute pas un terme très approprié. Même si j’avais bêtement parlé de « maladresses » pour le Pynchon (parce que parler de « maladresses » chez l’intouchable Pynchon me faisait bêtement rigoler ; là encore, n’oubliez jamais, etc.), il est clair que, dans un cas comme dans l’autre, ces procédés ne doivent rien au hasard, et qu’on ne saurait mettre en cause l’inexpérience, le manque de savoir-faire des auteurs. Non, ce sont des partis-pris, évidemment légitimes, mais plus ou moins séduisants. Ainsi, de même que V., Vélum m’a à la fois beaucoup plu, et parfois franchement agacé, voire (horreur !) fait chier. Et c’est probablement encore plus vrai pour Vélum que pour V. Dommage… Mais, évidemment, cela n’engage que moi, hein.

Je m’explique. Vélum obéit à une construction non-linéaire, et c’est cela qui en rend la lecture « difficile ». Un premier élément est la multiplication des points de vue. En soi, ça n’a bien évidemment rien d’exceptionnel, ni a fortiori de « compliqué ». Mais cette multiplication des points de vue est ici poussée jusque dans ses limites : d’un paragraphe à l’autre, non seulement on peut changer de personnage, mais aussi de temps et/ou d’univers ; sachant que les personnages se recoupent parfois, différant subtilement d’un aspect du Vélum à l’autre, ou, au contraire, fusionnant à certains égards ; et en notant en prime que le roman alterne en permanence l’emploi de la troisième et de la première personne, sans que cette dernière ne soit généralement précisée, et sans que le contexte n’aide forcément à comprendre nous sommes, quand nous sommes et qui est ce « je » avant un certain nombre de pages (dans le meilleur des cas). Si, dans les premières pages, seuls les récits de Guy Reynard Carter sont à la première personne et tout le reste à la troisième, la suite devient vite bien plus complexe… Je ne crois franchement pas qu’il faille parler de « maladresse » : cette dilution du « je », cette perte (au moins temporaire) de repères, est généralement porteuse de sens (archétypes, miroirs, etc.) ; mais le fait est qu’elle ne facilite pas exactement la lecture de Vélum, et que, régulièrement, à passer du coq à l’âne et d’un « je » finalement plus ou moins défini à un autre « je » indéfini, on en vient à trouver le procédé un peu excessif et fatiguant… Enfin, ce fut mon cas.

D’autant que le deuxième élément rajoute encore à cette impression (et ici, donc, je n’ai pu m’empêcher de repenser à mon expérience sur V.). Commençons par un compliment (là est le drame...) : Hal Duncan ne se contente pas d’avoir dans l’ensemble une fort jolie plume, il est aussi un conteur talentueux, au style très efficace. Régulièrement, il accroche le lecteur, et le promène avec une aisance exceptionnelle tout au long d’une ligne narrative (quand bien même tarabiscotée par les changements de point de vue) franchement passionnante. Et puis, d’un seul coup, sans que l’on ne soit arrivé à une « fin »… PAF ! Il passe à tout autre chose. Dans l’optique du roman, c’est bien entendu parfaitement sensé et justifié (voir plus haut...). Mais, là encore, j’ai trouvé le procédé excessif, et, pour tout dire, un peu mesquin, limite hautain voire cruel à l’égard du lecteur. Quand cela se produit les premières fois, on accepte volontiers ce « And now, for something completely different », et avec un sourire de bon aloi ; le problème est que ce procédé se reproduit sur les 666 pages du roman (ce qui est long, tout de même). Et au bout d’un moment, en ce qui me concerne, j’ai trouvé ça agaçant, pour ne pas dire franchement lourd… Car ces cassures dans le rythme imposent régulièrement des redémarrages plus ou moins enthousiasmants. Si, en certaines occasions (et notamment les pérégrinations de Reynard), Hal Duncan sait poser un cadre, un univers, une atmosphère, bref, accrocher le lecteur en quelques pages à peine, il lui faut généralement plus de temps, et la curiosité du lecteur, très vivace tout d’abord, ne lui est plus forcément d’un grand secours passées quelques itérations du procédé. En effet, on SAIT que, après quelques longueurs et baillements, on va de nouveau se passionner pour le récit, éventuellement se laisser emporter dans une sorte de crescendo orgasmique, et... et... PAF ! Merde, encore ?! Groumf… Alors, oui, Hal Duncan parvient toujours à nous accrocher, et son roman se dévore ; mais, à force de jouer avec le lecteur, ce dernier se lasse quelque peu… Enfin, moi, en tout cas, je me suis lassé. Et s’il y a des merveilles de bout en bout dans Vélum, si ce roman est à l’évidence très fort, très enthousiasmant, s’il ne saurait faire de doute qu’il vaut le détour, il n’en est pas moins régulièrement frustrant, et, parfois, rarement, mais parfois… chiant.



Cela dit, je ne suis qu’un crétin de lecteur. Il est possible que vous trouviez ces remarques ridicules. Il est possible que vous trouviez l’ensemble de cette note ridicule. Après tout, si ça se trouve, j'y ai rien panné, moué, à tyeulé bouquin (d'autant que je lis quand même généralement des bouquins qui en pètent moins, gnu)... C’est légitime. Et rassurez-vous : il est bien des gens intelligents sur le ouèbe qui sauront vous parler bien plus pertinemment de Vélum que moi. Ceci n’est jamais que l’expression de mon ressenti personnel. Et ces dernières critiques ne m’empêcheront pas de me jeter sur Encre l’an prochain.

Alors quoi ? Alors, lisez Vélum. Ce roman a balayé mon scepticisme originel, et m’a bien fait forte impression. Et c’est bien un des grands romans de cette rentrée littéraire. Mais il m’est néanmoins impossible, même en prenant en compte toutes ses nombreuses et indéniables qualités, d’en faire le chef-d’œuvre que l’on a dit. Ça n’en reste pas moins un excellent roman, bluffant et prometteur, et qui vaut franchement le détour.

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Raphaël 09/11/2010 11:44


Je partage ton point de vue ; Vélum à de très bons passages mais l'ensemble n'est pas très agréable à lire et même ennuyeux parfois. Néanmoins Hal Duncan est maintenant un auteur à suivre. Et tout
compte fait je préfère lire un livre chiant dans ce sens qu'un livre chiant parce que plat, fade et prémaché.


Nébal 01/11/2008 14:20

Des longueurs, pas vraiment. Des cassures dans le rythme, surtout...

En tout cas, un bon roman, pas de doute là-dessus. Et avec le recul, plus j'y pense, plus c'était bon...

Mais mon chouchou reste "Terreur". Y'a pas photo.

efelle 31/10/2008 17:53

Enfin terminé, heureusement que j'avais des congés à lui consacrer.
Pas mal de longueurs, équilibrées par de grands moments.

Pas le roman de la rentrée littéraire (c'est Terreur de Simmons ou Liliputia de Mauméjean) mais un bon roman.
A suivre avec Encre l'année prochaine...

Nébal 26/09/2008 18:06

A qui le dis-tu...

Lazare 25/09/2008 15:47

Suis en plein dedans & suis franchement bluffé par l'engin. Pas facile d'en parler...

Nébal 15/09/2008 16:00

MOUAHAHAHAH ! Je n'arrêterai Jamais ! JA-MAIS !

(Je suis diabolique.)

(Je sais.)

(Gnuhahahahaha.)

Killer Queen 15/09/2008 11:49

Mais arrête de lire des bons bouquins ! Voilà, il va encore falloir qu'on achète des livres. Et c'est de ta faute.

Nébal 12/09/2008 09:29

@ efelle : Il y a TOUJOURS urgence. Je te rappelle que nous allons bientôt tous disparaître dans un trou noir, quand même. (Et puis "Vélum", c'est quand même avant tout très bien.)

@ bidibulle : Je garde l'espoir, Maître.

bidibulle 11/09/2008 21:17

>Nébal

Je confirme: tu n'es pas moi, mais ça viendra, ça viendra...

efelle 11/09/2008 10:15

Bon et bien si je comprends bien il est lisible et à lire mais sans urgence.
Merci pour ta chronique plus claire que ce qui a été déjà été fait ailleurs...