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L'Effroyable Vengeance de Panthéra, de Pierre-Alexis Orloff

Publié le par Nébal

 

ORLOFF (Pierre-Alexis), L’Effroyable Vengeance de Panthéra, préface et postface de Jean-Marc Lofficier, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche – Noire, 2008, 197 p.

Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique. Je la republie ici au cas où...

 

On ne va pas se leurrer : ce titre pompier et cette couverture pour le moins, euh, « spéciale », n’ont effectivement rien de « connard élitiste » à vue de nez. Avec L’Effroyable Vengeance de Panthéra, le « mystérieux » Pierre-Alexis Orloff (pseudonyme évident, pouvant renvoyer tant à Bob Morane qu’à Jess Franco ; quant à savoir qui se cache derrière… eh bien, il semblerait que... mais chût !) fait dans le roman-feuilleton qui tache, dans la littérature populaire qui s’affiche, et il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Le ramage se rapporte bien au plumage, et on ne va pas s’en plaindre, parce que ça fait du bien par où ça passe.

 

Nous sommes en France, en 1963, l’époque des yéyés et du Général. Une France un peu différente, certes, où, durant la Deuxième Guerre mondiale, les mythiques Faëriens sont venus sur Terre combattre les démons invoqués par les nazis. Enfin, « démons », « Faërie », autant de termes que l’on n’emploie que par facilité : les uns comme les autres, à la différence des pauvres humains, savent que la réalité est tout autre, et n’a rien de surnaturel à proprement parler.

 

C’est dans cette France que sévit la terrible Panthéra, la voleuse et tueuse qui déchaîne bientôt les fantasmes, à mesure que les gros titres de la presse locale s’emparent de ses exactions. Mais, là aussi, la réalité est tout autre : sous la combinaison moulante et les griffes démoniaques se dissimule en fait l’aimable Alice, charmante jeune fille qui ne ferait pas de mal à une mouche… Mais voilà : pour élucider et venger le meurtre de ses parents, son mentor Félix, avant de décéder aux mains de ses ennemis, lui a confié un démon intermittent, et, en variante sexy – et un peu gourde… – du Dr. Jekyll, Alice ne contrôle pas toujours son terrifiant pouvoir…

 

Ainsi, alors qu’elle pénètre dans la riche demeure bourgeoise des Peupliers, en banlieue parisienne, pour récolter quelques renseignements, elle est bientôt amenée à commettre malgré elle son premier meurtre. En sus des mystérieux assassins de Félix, les Faëriens étaient déjà sur sa trace – l’improbable duo d’enquêteurs constitué d’un centaure peu amène et d’une nymphe nécessairement lubrique –, et voilà que la police entre dans la partie, en la personne de l’inspecteur débutant – et pas très doué… – Antoine Carlier. Et pendant ce temps…

 

Disons le tout de suite : L’Effroyable Vengeance de Panthéra n’est pas vraiment « effroyable ». Ce premier épisode se contente largement de poser le cadre et les personnages, avec astuce et sens du rythme, et il ne s’y passe pas forcément grand chose. Bien évidemment, tout cela finit sur un cliffhanger abominablement frustrant, qui fait saliver en attendant le deuxième épisode. Mais, en l’état, ce court roman, qui a la bonne idée de ne pas se prendre excessivement au sérieux, se montre déjà suffisamment enlevé et jubilatoire pour emporter l’adhésion.

 

Dans cet univers uchronique mêlant héros populaires, horreur, polar, fantasy et science-fiction (d’une manière qui peut faire penser à Xavier Mauméjean ou Johan Héliot, avec un soupçon d’Hellboy en prime), les clichés et clins d’œil complices abondent, généralement jouissifs. Panthéra, qui évoque tant La Féline de Jacques Tourneur que la Catwoman SM incarnée par Michelle Pfeiffer dans le second Batman de Tim Burton, s’inscrit dans une longue lignée de héros ambigus de la littérature populaire, comprenant entre autres Fantômas et Arsène Lupin. Tout droit sortie d’un fumetti neri, la trouble et sensuelle Alice, pour être passablement – et nécessairement – caricaturale, ne manque pas de charisme, à l’instar des autres protagonistes de ce premier épisode, et c’est tout naturellement que le lecteur s’y attache.

 

Le style agréable et pince-sans-rire de l’auteur – auquel on pourra cependant reprocher d’abuser un peu du subjonctif… –, son sens du rythme et l’humour léger (non exempt de quelques subits accès de mauvais goût plutôt réjouissants) distillé tout au long du roman font que l’on en tourne les pages avec un plaisir constant, un peu régressif mais indéniablement savoureux.

 

Le petit jeu entre Pierre-Alexis Orloff et ses éditeurs (à moins que… ?), encadrant le récit et le prolongeant, achève de convaincre le lecteur (p. 196) : « Mon seul espoir, c’est que le bouquin soit tellement mal distribué, et sous une couverture Dieu merci tellement vulgaire et bariolée, qu’il passera inaperçu… ». Trop tard, ah ah ah !

 

Hommage réussi à tout un pan de la littérature populaire, L’Effroyable Vengeance de Panthéra n’est certainement pas de ces livres majeurs et indispensables qui changent la vie, l’univers et le reste. Ça tombe bien, il n’en a pas la prétention… Mais c’est bien une très bonne surprise, un divertissement de qualité tout ce qu’il y a de sympathique, bien ficelé, joyeusement naïf et excessif, qui se lit tout seul, et on n’en demandait pas davantage. Vivement le deuxième épisode !

 

Commenter cet article

G
Cher Nébal, rassure-toi. Le conditionnel passé deuxième forme est identique au plus que parfait du subjonctif.
Il eut fallu que tu eusses su cela auparavant.

Pour ta peine, tu copieras cinq fois: Aurait-elle eu la cuisse légère, Lucy eut été une aimable cuistre.
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P
Très bon papier sur le cafard cosmique, mais qu'est-ce que tu entends par "couverture, euh, spéciale"? Moi je la trouve super cette couverture (comme souvent chez Rivière Blanche) et très belle la Panthera : )
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N

Ah mais je l'aime bien, hein ! En tout cas, elle est appropriée ; elle dégouline bien comme il faut, quoi...


L
Ben moi,je la réapprends avec mes gosses... et avec le travail de direction littéraire...
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L
C'est pas du subjonctif, en fait, c'est du conditionnel passé deuxième forme. Et oui, il en abuse. Mais oui, le roman est absolument jubilatoire !
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N

Arf. Qu'elle est lointaine, l'époque où j'apprenais la conjugaison...