Partager l'article ! "Le Déchronologue", de Stéphane Beauverger: BEAUVERGER (Stéphane), Le Déchronologue, [s.l.], La Volte, 2009, ...
Le ridicule ne tue pas.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.
Donc le ridicule nous rend plus fort.
... Et je compte bien devenir super balaise !
BEAUVERGER (Stéphane), Le Déchronologue, [s.l.], La
Volte, 2009, 389 p.
…
Bon, allez, on va essayer de s’y remettre.
…
Très franchement, ça ne s’annonce pas facile, et je ne vous cacherai pas que j’ai failli baisser les bras, hésitant entre n’évoquer mes lectures en retard que sous la forme (détestable) des
notules que je vous ai infligées il y a de cela quelque temps, et ne pas en parler du tout. Ce qui m’ennuyait tout de même, puisque dans l’ensemble c’était du bon, et même du très
bon…
Ainsi cet étrange et enthousiasmant Déchronologue de Stéphane Beauverger. De l’auteur, je n’avais rien lu jusqu’à présent.
…
Bon, si, d’accord, sa nouvelle d’Appel d’air que j’avais détestée,
mais ça vaut pas, d’abord, hein, bon.
D’autant que le reste de la production littéraire du monsieur – la trilogie « Chromozone », alors – m’intriguait. À l’occasion de sa réédition en poche chez Folio Science-fiction, je me suis donc emparé de la chose (enfin, les deux
premiers volumes pour l’instant). Puis est sorti – avec un peu de retard – ce nouveau roman, toujours chez La Volte. Les critiques étaient unanimement dithyrambiques ; alors autant commencer
par-là…
Le Déchronologue, donc. Un intriguant cocktail, mélangeant aventures maritimes (pour ne pas dire piraterie) et science-fiction, en l’occurrence voyage temporel. Mais pas selon le schéma
habituel qui nous fait suivre le voyageur (celui de « la Patrouille du
temps », par exemple). Ici, l’on reste dans la mer des Caraïbes du XVIIe siècle, mais celle-ci est perturbée par d’étranges phénomènes temporels. Encore que les
flibustiers qui y sont confrontés ne les envisagent pas nécessairement ainsi ; simplement, ils rencontrent régulièrement ce qu’ils nomment des maravillas, des
« merveilles », que nous autres lecteurs savons être des objets venus du futur, pour une raison inconnue. Mais le passé peut également ressurgir, ainsi sous la forme de la flotte
d’Alexandre le Grand…
C’est le monde étrange, tout en superstitions et phénomènes inexplicables, dans lequel vit le capitaine Henri Villon. Pas pour longtemps : dès la première ligne du roman – son journal –, il
nous annonce sa mort prochaine. C’est que le sympathique flibustier français mène une vie dangereuse : son association avec les corsaires huguenots menés par Le Vasseur, désireux de prendre
l’île de la Tortue pour en faire une utopie protestante (sombrant bien vite dans la dictature, comme il se doit), suffit déjà à faire des Espagnols dominant les mers ses ennemis acharnés. Mais,
dans sa quête fascinée des maravillas, il sera également confronté à des dangers de tout autre nature, face auquel son Chronos ne peut faire grand chose. Cela changera, cela
dit, avec le Déchronologue, son nouveau bateau – je ne vous dirais bien évidemment pas dans quelles circonstances il en a obtenu le commandement, non mais… –, dont les canons tirent du
temps…
Mais le récit d’Henri Villon n’obéit pas à la chronologie. Les chapitres, comme s’ils étaient eux aussi perturbés par les maravillas, s’enchaînent en effet dans le
« désordre » : 1, 16, 17, 6, 2, 7, etc. Au premier abord, pour être honnête, j’ai craint l’artifice un peu vain, la formule gadget n’apportant rien au roman et, pire encore,
pouvant lui nuire en rendant l’action incompréhensible. Mais non : loin de là, Stéphane Beauverger a fait preuve d’une rigueur dans la construction tout à fait exceptionnelle ; du coup,
non seulement cette déconstruction apparente ne nuit pas à l’intrigue, mais, mieux encore, elle la sert tout à fait, dégageant insidieusement une trame efficace, riche en rebondissements, et qui
a bien un début et une fin en-dehors de la seule chronologie. On ne s’y perd jamais vraiment, et on applaudit bien fort.
Et le fait est que Le Déchronologue est un roman vraiment palpitant. Bien que n’étant guère pour ma part amateur de récits de piraterie, je me suis laissé happer dès la première page, et
ne me suis pas ennuyé un seul instant. Le talent de l’auteur, ici, ne saurait faire de doute ; et il s’illustre notamment dans l’ancrage de son histoire dans le réel. À l’évidence, Stéphane
Beauverger s’est énormément documenté pour écrire son roman, mais a su éviter avec brio les trois grands écueils des mauvais romans historiques (à mon sens, tout du moins), à savoir le didactisme
permanent, la gratuité des anecdotes destinées à faire maladroitement « couleur locale », et, en sens inverse, la modernité dans le ton – et notamment dans les dialogues – qui
empêche toute suspension de l’incrédulité. Ici, tout est question de dosage, et Stéphane Beauverger s’est montré d’une méticulosité tout à fait remarquable.
Et, du coup, ça marche très bien. Le Déchronologue est bel et bien un très bon roman, divertissement efficace conçu et rédigé avec adresse, dans lequel fond et forme s’associent pour le
plus grand plaisir du lecteur. Stéphane Beauverger me fait donc l’effet d’un auteur plus que prometteur, et je ne manquerai pas d’avancer la trilogie « Chromozone » (rien à voir, pour ce que j’ai pu en comprendre) dans ma volumineuse
pile à lire.
Et un message personnel pour finir : sire Planchapain, je suppose que vous l’avez déjà compris, mais vous devez lire ce livre, il ne pourra que vous
plaire.
Oderint dum metuant
A.C. de Haenne
Cette chro, je n'en suis franchement pas très satisfait. Je l'ai écrite dans une période un peu difficile pour moi, et ça se voit.
J'ai trouvé le livre très bon, mais effectivement, je pense qu'il ne méritait peut-être pas tous ces prix. Cela dit, je ne pense pas que Jaworski soit à plaindre pour autant, on ne peut pas dire que Gagner la guerre soit passé inaperçu, il a été récompensé aux Imaginales, et il a été finaliste au GPI et au prix du Cafard, etc.
Aux Utopiales, j'avais été un peu dégouté pour Jaworski ; il faut dire que je n'avais lu que Gagner la Guerre, et pas Le Déchronologue. Depuis, je me suis rattrapé, et je ne regrette pas ! Par contre, les coquilles ne t'ont pas gêné ?
A.C. de Haenne
Dans celui-ci, je ne me souviens pas que ça m'ait marqué plus que ça. Pourtant, d'habitude, je suis assez maniaque sur la question... Non, honnêtement, je ne me souviens plus.