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"Dernière Conversation avant les étoiles", de Philip K. Dick

Publié le par Nébal

DICK (Philip K.), Dernière Conversation avant les étoiles, [What if Our World is Their Heaven? The Final Conversation of Philip K. Dick], édité par Gwen Lee & Doris Elaine Sauter, avant-propos de Tim Powers, traduit de l’anglais (USA) par Hélène Collon, Paris – Tel Aviv, L’Eclat, [2000] 2005, 238 p.

 

Où l’on continue la dévoration fanique de tout ce qu’a pu écrire Philip K. Dick, ou de ce que l’on a pu écrire sur lui. Cette fois avec un entretien un peu particulier, puisqu’il s’agit tout simplement de la dernière interview accordée par l’auteur, à la jeune journaliste Gwen Lee, en janvier 1982. Deux mois après ce long entretien, Dick meurt, âgé de 54 ans… Ce qui, on l’avouera, confère une coloration particulière à ces pages. « Las, Philip K. Dick n’est plus / Dieu va prendre mon pied au cul », comme disait Michael Bishop dans son intéressant Requiem pour Philip K. Dick.

Mais, en attendant, c’est un Dick bien vivant – et relativement en forme – que l’on rencontre dans cet entretien. Un Dick plus gouailleur et blagueur que jamais, interlocuteur fascinant mais doté d’une forte propension à passer du coq à l’âne, selon une logique qui a parfois de quoi laisser perplexe. Un Dick qui parle de tout et de rien avec une jeune journaliste qui est avant tout une amie.

 

Mais c’est que Dick, dans ces pages, si l’on en ôte quelques longues digressions sans grand intérêt pour le lecteur, a bien des choses à dire, sur trois thèmes essentiellement.

 

Le premier, c’est l’adaptation de Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? sous le titre de Blade Runner, par Ridley Scott. Ce qui est l’occasion de tordre le cou à certaines légendes, et notamment au fameux « Ils ont tué Dick ! » (de Jean-Pierre Dionnet, je crois, mais je dis peut-être des bêtises… ?) [EDIT : je dis des bêtises, mais voir dans les commentaires.]. Dick fait preuve d’un enthousiasme certain pour le travail réalisé sur les effets spéciaux, notamment, et est loin d’adopter la posture d’un auteur trahi par Hollywood : s’il admet volontiers que le film n’a pas forcément grand chose à voir avec son roman, il ne s’en plaint pas, et semble trouver plutôt intéressante la manière dont on a « accaparé » son univers et ses thématiques.

 

Deuxième thème majeur : l’écriture, bien sûr. C’est notamment l’occasion de revenir sur son (génial) dernier roman, La Transmigration de Timothy Archer, avec nombre d’anecdotes intéressantes. Mais, plus intéressant encore, on voit Dick improviser à moitié le scénario de son prochain romain The Owl in Daylight, qui ne fut donc jamais écrit… Une vraie leçon sur le métier d’écrivain, et un condensé à la fois fascinant et déprimant d’un roman mort-né, qui n’a pas fini de nous faire rêver…

 

Dernier thème, enfin – mais indissociable du précédent, sans surprise – : les interrogations mystiques, pour ne pas dire religieuses. Dick revient abondamment et de manière passionnante sur sa troublante « expérience » de 1974 et sur ses conséquences, tant professionnelles que personnelles. On a beaucoup écrit à ce sujet, mais cet ultime entretien contient bon nombre d’éléments à même d’éclairer un peu plus la genèse des derniers romans dickiens et plus particulièrement de La Trilogie divine.

 

Ce court ouvrage, sans surprise, n’est véritablement destiné qu’à un public assez restreint. Seuls les fanatiques les plus décérébrés (dans mon genre, quoi) sauront véritablement y trouver un quelconque intérêt. Mais ceux-là, très honnêtement, se régaleront, et auraient tort de s’en priver. À bon entendeur…

Prochaine étape : probablement l’ABC Dick d’Ariel Kyrou. À une prochaine fois…

CITRIQ

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J
C'est sûr que c'est un livre intéressant, mais qui est surtout destiné à ceux qui connaissent bien la vie et l'œuvre de Dick. Comme j'étudie les adaptations au cinéma des œuvres Dick pour mon master 2 et, je l'espère, ma future thèse, les passages consacrés à "Blade Runner" m'ont beaucoup intéressé. J'ai trouvé ce livre merveilleusement vivant, même si ce n'est qu'une traduction. C'est fascinant de lire l'invention de ce roman (que sa fille a écrit et publié au début de l'année). Dick avait vraiment le don de fasciner et dérouter ses auditeurs, on le ressent à chaque interview. J'ai d'ailleurs récemment publié sur mon blog un article consacré à l'image de l'écrivain véhiculée par les journalistes ( http://jeremy-zucchi.over-blog.com/article-33144878.html ). Bref, Dick est toujours là, et je crois qu'on n'a pas fini de se poser la question du superbe (en effet) titre original du roman "Blade Runner": "Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?"
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C
Je suis loin d'avoir tout lu du monsieur (5-6 livres et autant de recueils de nouvelles - mais j'ai bien l'intention de rattraper mon retard ^_^). Ce livre m'intéresserait bien mais je me demande s'il est compréhensible pour quelqu'un n'ayant pas lu la plupart des œuvres de K. Dick...
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N

Très honnêtement, je doute de son intérêt dans ce cas. Il faudrait au moins avoir lu La Trilogie divine et Blade Runner... et sans doute aussi l'Invasions divines de
Sutin, ça peut aider...


A
Privilège de l'âge, je suis un fan de la première heure du maître. A l'époque d'ailleurs, les fans de Dick étaient essentiellement français, ses compatriotes l'ayant longtemps boudé.
Je me souviens tout particulièrement de l'époque de la sortie de Blade Runner. J'empruntais alors quotidiennement une ligne de métro aérien. j'ai pu apercevoir un beau (beau ?) matin, en contrebas, dans la rue, devant une librarie, un énorme placard publicitaire sur lequel était écrit, en non moins énorme, ces simples mots :
"C'est Philip K. Dick qu'on assassine"
Je ne pouvais pas le louper.
Il s'agissait d'une affiche publicitaire de Métal Hurlant. L'article était en fait signé ... Philippe Manoeuvre (qui n'avait pas aimé le film).
De fait le film est excellent mais pensez à lire le roman. Avec un titre comme Do Androids dream of electric sheeps, c'est à ne pas louper.
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N

OK, c'était bien de ça que je voulais parler. Merci !