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"Le Visage vert", n° 16. "Sorcellerie et littérature allemande"

Publié le par Nébal

Le Visage vert, n° 16. Sorcellerie et littérature allemande, Paris, Zulma, juin 2009, 191 p.

 

Chaque livraison du Visage vert est pour moi le béotien l’occasion de faire de magnifiques découvertes et, autant le dire de suite, cet excellent seizième numéro ne fait pas mentir la règle. J’ajouterai que, cette fois, au vu du sommaire, c’était carrément me prendre par les sentiments... Jugez plutôt : un concours de suicidés, un intrépide détective américain, des fantômes anglais, des renards chinois, et pléthore de sorcières allemandes… Miam.

 

Mais détaillons la bête (comme d’habitude un fort bel objet, abondamment illustré). Précisons d’entrée de jeu, mais je n’y reviendrai pas, que chaque texte ou presque, comme d’habitude, est suivi d’une brève communication sur l’auteur et son œuvre, généralement du plus grand intérêt (une seule exception ici, à mes yeux : le bref article de Jérôme Solal intitulé « Lermina et le supplice chinois des dix mille morceaux », pp. 93-95, qui, sous ce titre alléchant, n’est cependant pas loin de constituer une simple paraphrase de la nouvelle de Jules Lermina « L’Écorché vivant », pp. 89-92 ; dommage…).

 

Réservons le dossier pour la fin, et suivons la revue dans l’ordre. Tout commence très bien avec « Le Concours de suicide » (pp. 13-23), unique fiction écrite par Johannes Ilmari Auerbach : une très belle entrée en matière que cette fable caustique et grinçante, pour ne pas dire kafkaïenne (osons le qualificatif honni !) ; un texte politique très réussi, et la meilleure des introductions.

 

François Ducos, ensuite, poursuit sa « Chronique des ténèbres » sur les détectives de l’occulte dans la littérature populaire. Après le Sâr Dubnotal du précédent numéro, c’est cette fois le détective américain Nick Carter qui s’y colle (pp. 29-40) : un article passionné et passionnant sur l’intrépide détective américain, matérialiste et rationaliste au possible, mais qui, en certaines occasions, s’est bien trouvé confronté au mystérieux et à l’occulte. L’article est complété par un intéressant document, « Comment j’ai écrit un millier d’aventures de Nick Carter » de Frederick Van Rensselaer Dey (pp. 41-50), un texte impressionnant de moralisme à dix sous, mais néanmoins fort instructif sur le travail fourni par les forçats du pulp.

 

On retourne ensuite à quelque chose de plus élégant avec une très belle ghost story, « Le Vent dans le grenier » d’Alfred MacLelland Burrage (pp. 53-61). Un très joli texte, maniant adroitement l’ambiance, et porté par une plume savoureuse.

 

Une séduisante étrangeté ensuite : Pierre Kaser et Solange Cruveillé ont sélectionné quelques extraits du Zi bu yu (Ce dont le Maître ne parle pas), recueil d’anecdotes du poète chinois du XVIIIe siècle Yuan Mei. Les quatre premiers récits (pp. 65-70 ; le troisième étant tiré du Xu Zi bu yu, la suite du Zi bu yu) sont intéressants (et le dernier surprend par son ton grivois), mais j’avoue y avoir préféré, sans surprise, les « huit contes vulpins » qui suivent (pp. 71-82), et qui ne sont pas sans évoquer, chez nous, à mon sens tout du moins, Le Roman de Renart ; or je vous ai déjà assez bassiné sur l’adoration que je voue à cette œuvre phénoménale… Les renardiens s’y retrouveront, à n’en pas douter.

 

Avant d’attaquer le dossier, restent encore deux nouvelles de Jules Lermina. La première, « L’Écorché vivant » (pp. 89-92) se présente comme un amusant canular journalistique. Mais je lui ai largement préféré « Au-delà ! » (pp. 96-101), « histoire incroyable » ironique et très drôle, à la manière de Bouvard et Pécuchet.

 

Débute alors le dossier, concocté par Michel Meurger, et consacré au thème passionnant de la sorcellerie dans la littérature allemande, du XVIIe siècle à nos jours. On commence avec quatre fictions, très différentes les unes des autres. Tout d’abord, un bref extrait des Aventures de Simplicissimus de Hans Jakob Christoffel Von Grimmelshausen, intitulé ici sobrement « Le Bal des soricères » (pp. 105-106). Un beau morceau de littérature baroque, dressant un tableau faisant irrésistiblement penser à Jérôme Bosch, et qui m’a sacrément donné envie de lire cette œuvre imprégnée par les horreurs sans nombre de la guerre de Trente Ans ; faudrait que je mette la main sur une traduction française, tiens…

 

Le texte suivant, « Le Juge des sorcières » de Karl Hans Strobl (pp. 111-115) est cependant à mon sens le plus intéressant du dossier. L’auteur a indéniablement une belle plume, et un sens de l’atmosphère, avec un goût prononcé pour le grotesque.

 

J’avoue avoir moins adhéré au suivant, un peu trop hermétique à mes yeux, « La Pie sorcière » de Hans Watzlik (pp. 121-126). Restent cependant de belles atmosphères lugubres, qui m’ont un tantinet fait penser à la manière de Lovecraft (?).

 

La dernière fiction, enfin, est contemporaine (« La Tentation », de Michael Siefener, pp. 131-137). Un texte assez moyen, mais qui m’a énormément fait penser au film de George A. Romero Season of the Witch.

 

Puis l’on passe au gros du dossier, un volumineux et passionnant article de Michel Meurger intitulé « « Gravissons le Brocken ensemble ». Le thème sorcellaire dans la littérature germanophone de Grimmelshausen à Strobl » (pp. 139-188). L’occasion de bien des développements intéressants sur ce thème, dans une région connue pour avoir été celle où les bûchers de sorcières ont été les plus nombreux, essentiellement aux XVIe et XVIIe siècles. L’occasion également de faire bien des découvertes : je noterai plus particulièrement la figure singulière du pasteur fondamentaliste Wilhelm Meinhold, dont le Sorcellerie et ambre jaune, adroit travail de faussaire, paraît du plus grand intérêt. Une œuvre de plus à intégrer mes calepins fantomatiques de lectures indispensables…

On l’aura compris : ce numéro seize ne déroge pas au principe d’excellence et d’érudition enthousiasmante de cette magnifique revue qu’est Le Visage vert. J’attends déjà avec impatience le prochain numéro (l’an prochain, j’imagine…) ; et d’ici là, je m’en vais tâcher de jeter un œil aux autres parutions du Visage vert, puisque la revue a désormais sa collection…

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J
Complément: j'ai acheté le mien samedi chez Album Toulouse. C'était le second et dernier de cette livraison.
JDB
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J
@ M. Minuscule: la revue "Le Visage vert" est éditée par Zulma depuis 3 numéros et se trouve donc dans toutes les bonnes librairies.
C'est pour les livres labellisés LVV que c'est plus compliqué: POD, points de vente limités...
Au besoin, contacter Anne-Sylvie Homassel, qui tient le blog de la revue.
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N

Bah voilà. S'il faut des noms, à Paris on trouve ça chez Scylla, si je ne m'abuse, et à Toulouse à Albums et à Ombres blanches, il me semble. Quant à ce numéro précis, il est possible que j'aie
pris un peu d'avance, mais je le croyais déjà en librairie... ?


J
Ce coup-ci, Nébal, t'es en avance. Faut que je mette la main sur cette nouveauté. Miam!
JDB
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M
cela a l'air sympathique mais où est-ce que cela s'achète ? sur leur liste la liste des libraires est kaput (le site dans l'ensemble paraît un peu à l'abandon d'ailleurs).
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