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"Les Noctivores", de Stéphane Beauverger

Publié le par Nébal

BEAUVERGER (Stéphane), Les Noctivores, Paris, La Volte – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2005] 2009, 403 p.

 

La « trilogie Chromozone », épisode 2. Le tome 1 était une plutôt bonne surprise, malgré quelques imperfections ici ou là (je peux d’ailleurs maintenant confirmer que Chromozone ne rattrapait pas tous ses boulons…). D’où cette lecture rapprochée du tome 2, en attendant le troisième pour septembre, en principe.

 

Quelques années se sont écoulées depuis le final post-post-apo de Chromozone. Dans les premières pages du roman (après un « rembobinage rapide » fort bienvenu sur le virus et sa diffusion), nous faisons la connaissance, à Lourdes, dans une communauté néo-chrétienne, d’un étrange enfant du nom de Cendre. Celui-ci, pour des raisons que l’on ignore encore (on ne croit guère, et c’est heureux, à la thématique de « l’élu », qui plombe quand même un peu le début du roman), est à même de foudroyer les malheureux infectés par le virus militaire, changés à peu de choses près en zombies. Aussi l’enfant se retrouvera-t-il bien vite, et bien malgré lui, au cœur d’un complexe imbroglio politique.

 

Trois factions comptent en effet s’emparer du phénomène : à Marseille, Khaleel et ses sicaires ; à Berlin, Peter Lerner et ses noctivores ; à Ouessant, les restes de la bande de la maison-tortue, dirigés essentiellement par Justine Lerner (qui a une sacrée dent contre son époux) et Gemini… et qui ne sont pas forcément plus sympathiques que les autres.

 

Ah, et il paraît « qu’il est peut-être temps d’en finir avec la violence ». Mais comme pour la bêtise dans le premier tome, on est en droit d’en douter…

 

Les Noctivores obéit à une trame bien plus linéaire que Chromozone (découpée cette fois en trois parties, centrées sur trois personnages). C’est plutôt dommage… d’autant que son côté post-apo très classique n’en ressort que davantage : toute la thématique du repli communautaire, qui m’avait paru si intéressante dans le premier tome, passe peu ou prou à la trappe ; les communautés évoquent cette fois clairement un post-apo finalement assez traditionnel, à la manière de, disons, Edmund Cooper, Julia Verlanger ou Thomas Géha, pour en citer quelques-uns que j'ai pu lire (avec leur efficacité, d’ailleurs, et probablement plus d'ambition, mais...).

 

En contrepartie, la thématique de la post-humanité prend le devant de la scène, ce qui nous vaut quelques beaux moments et autant de cruels dilemmes. Cette fois, effectivement, j’y ai ressenti l’influence de La Schismatrice de Bruce Sterling…

Autre point positif : tout manichéisme est absent de ce roman. À vrai dire, la plupart des personnages, y compris ceux que l’on avait plutôt tendance à trouver sympathique dans Chromozone, révèlent cette fois leur parts équivalentes d’ombre et de lumière.

 

Pour ce qui est du style, après un début archaïsant un peu lourd, Stéphane Beauverger a fait d’incontestables progrès depuis Chromozone. Le roman y gagne en fluidité et en efficacité… mais y perd peut-être un peu en spontanéité, ce qui ne fait que renforcer l’impression de classicisme déjà évoquée.

 

En somme, j’avoue avoir été un peu déçu par Les Noctivores. Tout est relatif : je ne regrette certainement pas ma lecture, j’ai passé un très bon moment à lire ce deuxième roman, et j’attends avec impatience de pouvoir me jeter sur La Cité nymphale, conclusion de la trilogie. Mais je n’en ai pas moins trouvé ce roman un peu trop lisse, un peu trop sage ; presque déjà-lu, par endroits. Dommage…

Mais rien de rédhibitoire pour autant. Les Noctivores, avec ses défauts et les regrets qu’il peut susciter, reste un bon roman post-apo, témoignant du talent en germe de Stéphane Beauverger. On verra bien ce qu’il en sera de La Cité nymphale, et il me sera alors possible de tirer un bilan global de cette trilogie.

CITRIQ

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T

Bien déçu quant à moi par ces Noctivores, j'en avais écris ça à l'époque (pas si lointaine) :Le style manque, Beauverger s'englue dans sa création. Les femmes sont globalement toutes des putes à la
libido insatisfaite. Les hommes des connards se disputant un messie - seul personnage à surnager un peu ici - maniant le feu divin. On est loin de l'absolue folie de Teitomo du premier tome, le
récit tombe dans la vacuité sans aucune respiration salvatrice. Respiration, expiration, inspiration, le lecteur souffre et souffle.

(très beau blog monsieur, une mine ! )


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