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"Djeeb le Chanceur", de Laurent Gidon

Publié le par Nébal

GIDON (Laurent), Djeeb le Chanceur, Paris, Mnémos, coll. Icares / Fantasy, 2009, 275 p.

 

Djeeb le Chanceur est le dernier roman en date de Laurent Gidon, également connu sous le nom de Don Lorenjy, et, si je ne m’abuse, il s’agit également de son premier roman non destiné spécifiquement à la jeunesse. Un ouvrage qui joue la carte de la fantasy réaliste, ce qui n’est pas pour me déplaire : si la high fantasy ne m’attire plus vraiment depuis pas mal de temps déjà, cette veine-là m’a procuré il y a peu quelques vrais bonheurs de lecture (À la pointe de l’épée d’Ellen Kushner et plus récemment l’excellent Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworsky, s’il faut en citer). Alors pourquoi pas ? Hop.

 

Djeeb, donc. Djeeb Scoriolis, bientôt Djeeb le Chanceur, artiste et aventurier de son état. Mais laissons-le se présenter lui-même (p. 176) :

 

« Voyez-vous, récita-t-il comme on déroule un argumentaire vendeur, je me considère un peu comme un artiste dont chacun des instants serait l’œuvre. Je danse ma vie, je la chante et je la jongle aussi, et je veille à ce que chaque mouvement, chaque parole, avec son élégance propre, contribue à l’harmonie de l’ensemble. Oui, un artiste danseur de vie, vraiment, voilà ce qui me définit le mieux. »

 

Djeeb aime l’aventure, et les beaux gestes. Il est curieux, joueur, inconscient, d’une moralité douteuse, et arrogant à baffer. Ayant gagné un bateau sur un bon jet de dés, il a décidé d’épicer sa carrière en tentant l’impossible : se rendre en Ambeliane, la cité merveilleuse, réputée inaccessible aux non-Ambelians. Une réputation qu’entend bien anéantir Djeeb.

 

Et voilà le point de départ d’une foule d’aventures picaresques dans la cité fascinante. Des tavernes les plus sordides aux palais les plus luxueux, l’artiste Djeeb fera bien des rencontres… et, disons, des « bêtises ». Sans trop en dire, on avancera que le bonhomme, de par sa seule présence incongrue, va bouleverser le destin d’Ambeliane…

 

« Un voyage plaisir », nous dit-on. « Plaisir » est en effet le maître mot de ce roman à la fois dense et léger, rarement grave (même si…) et souvent drôle, sans pour autant jouer franchement de la carte humoristique ou encore moins burlesque. Je ne doute pas du plaisir éprouvé par l’auteur à l’écriture de ce roman. Son style s’en ressent, chatoyant et brillant ; un peu trop, peut-être : on peut bien reconnaître qu’il en fait des caisses, même si l’à-propos ne saurait faire de doute…

 

Et le plaisir du lecteur ? Il est bien présent, lui aussi, au fil des déambulations dans la majestueuse et exotique Ambeliane (on compte ici ou là quelques très belles séquences – je pense notamment à la vigie, aux souterrains du Lorne… –, parfois agréablement inventives ; Laurent Gidon, en tout cas, fait souvent preuve d’un sens du détail qu’on pourrait qualifier de « vancien »), et des pérégrinations de ce héros tour à tour sympathique et insupportable, assurément bigger than life, et qui dispose d’un véritable don pour tomber de Charybde en Scylla… et s’en sortir malgré tout, tel un Ulysse aux mille ruses. La quatrième de couverture évoque aussi Don Quichotte, à plus ou moins bon droit…

 

Très bien, alors ? Eh bien, pas tout à fait : ce premier voyage de Djeeb, avec ses qualités incontestables, n’est pas exempt de menus défauts. J’ai déjà évoqué le style, qui pourra en déconcerter plus d’un, et que j’avoue avoir trouvé à l’occasion un peu trop lourd. Mais il en va de même de la trame, relâchée, et qui accumule avec plus ou moins de bonheur les rebondissements plus ou moins crédibles (parfois franchement trop invraisemblables…) et autres « passages obligés » de ce genre de récit. Cela fait partie du jeu, sans aucun doute, et reste dans les limites du pacte établi entre l’auteur et le lecteur, mais on peut néanmoins trouver que Laurent Gidon en fait parfois un peu trop. Aussi, au fil des pages, un léger ennui survient de temps à autre, accentué à l’occasion par une sensation de déjà-lu… et si le roman est court, il ne se dévore pas pour autant de bout en bout.

 

Il occupe à vrai dire une position ambitieuse, comme son héros, mais aussi assez difficilement tenable : un divertissement, certes, mais parfois exigeant. Et, si le résultat séduit, il ne convainc pas pleinement. Djeeb le Chanceur, à l’évidence, n’arrive pas à la cheville des deux romans précités. Mais il ne manque pourtant pas de qualités, et saura offrir quelques heures de lecture agréables. Sans doute ne faut-il pas en attendre davantage.

En même temps, si Laurent Gidon venait à nous conter un nouveau voyage de Djeeb, j’avoue que j’y jetterais volontiers un œil… en en espérant, toutefois, un peu plus de maîtrise.

CITRIQ

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X
Je viens également de le finir, et je suis grosso modo de l'avis de l'ami Nébal. Il y a une attention particulière de l'auteur pour son style, chose très louable, mais qui tend à figer l'action et le bon déroulement de l'histoire. Pour le reste, j'y trouve effectivement l'écho d'un Cugel, des domaines de Koryphon, ou de la Planète Géante. J'y vois un hommage au maître Jack mêlé à une voix vraiment personnelle. Un voyage pas inintéressant. Curieux, j'allais dire.
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D
Je suis content d'avoir réussi à te faire plaisir ; je tâcherai de faire mieux la prochaine fois. (et merci pour cette opinion si rapide !)
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J
Au vu de cette critique, il semblerait qu'il n'y a pas que le sens du détail qu'on pourrait qualifier de vancien. Ça fait beaucoup penser à Cugel ou à la planète géante non ?
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N

C'est très possible, mais honte sur moi, et incroyable mais vrai, je n'ai pas lu ces Vance-là... Il le faudra bien, pourtant.


A
Hey dis donc, il était prévu en juillet, nous sommes le 2... alors soit tu l'as lu très vite, soit tu l'as eu avant ;)
En tout cas, super chouette de trouver ta critique, car justement ledit livre m'intéressait. Malgré les quelques défauts cités, tu es curieux de voir un autre tome pour Djeeb, alors pourquoi ne pas tester? :)
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