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"Le Bouclier du temps", de Poul Anderson

Publié le par Nébal

 

ANDERSON (Poul), Le Bouclier du temps, [The Shield of Time], avant-propos de Jean-Daniel Brèque, postface de Xavier Mauméjean, traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque, Saint Mammès, Le Bélial’, [1990, 1995, 2001, 2005] 2009, 512 p.

 

Ma chronique de ce dernier tome du cycle de « La Patrouille du temps » se trouve dans le Bifrost n° 55 (pp. 97-99).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Enfin ! On aura mis le temps (aha), mais, avec la publication de ce Bouclier du temps, le cycle, majeur, de « la Patrouille du temps » est enfin disponible intégralement en français. Louons donc le Bélial’ et Jean-Daniel Brèque pour leur édition de ce monument de la science-fiction, très justement récompensée aux dernières Utopiales. Une injustice est réparée, et le lecteur français ne saurait s’en plaindre.

 

 Poul Anderson est régulièrement revenu sur ce cycle pendant une quarantaine d’années, ce qui suffit déjà à lui conférer un caractère exceptionnel ; à bien des égards, « la Patrouille du temps » est l’œuvre d’une vie. Rappelons-en l’essentiel : Manse Everard, Américain du XXe siècle, passe un jour une série d’entretiens mystérieux qui l’amènent à intégrer la Patrouille du temps. L’institution a été fondée par nos lointains descendants post-humains, les Danelliens, après la découverte du voyage dans le temps, afin de lutter contre l’éventualité de toute modification de l’histoire susceptible d’empêcher leur apparition. Manse Everard devient bien vite un agent non-attaché, et remplit bien des missions à travers le temps, mais essentiellement dans notre passé, qu’il s’agit pour lui de préserver. « La Patrouille du temps », ainsi, est avant tout un cycle prenant l’histoire pour base : si les paradoxes du voyage dans le temps sont bien entendu régulièrement évoqués, l’essentiel est bien, cependant, de faire vivre à Manse Everard et à ses collègues de palpitantes aventures dans le passé, appuyées généralement sur une solide documentation (quand bien même on peut renâcler ici ou là devant quelques simplifications abusives, ou, en sens inverse, devant le didactisme « old school » de certaines aventures – c’est tout aussi vrai pour ce dernier volume).

 

 Le Bouclier du temps, dernier récit de la Patrouille, est un long roman, le plus long texte que Poul Anderson ait consacré à ce thème. Et il se pose très vite en apothéose en forme de bilan, recoupant tous les principaux éléments du cycle. Il est cependant possible de le découper en trois parties, reliées par de brèves séquences de transition.

 

 Dans la première, « Les femmes et les chevaux, le pouvoir et la guerre », on retrouve le versant le plus aventureux du cycle : Manse Everard y poursuit en effet la lutte (entamée dans les deux précédents volumes) contre les Exaltationnistes, sortes de terroristes temporels, cette fois dans la Bactriane du IIIe siècle av. J.-C., un cadre superbe et brillamment utilisé.

 

Dans la deuxième partie, « Béringie », prenant pour cadre une terre préhistorique depuis longtemps disparue, nous suivons cette fois Wanda May Tamberly, la charmante jeune fille dont on avait pu faire la rencontre essentiellement dans L’Année de la rançon, roman destiné à la jeunesse repris dans le troisième volume du cycle. Pourtant, il ne s’agit pas cette fois d’une aventure débridée : avec cette très belle séquence, où le dilemme posé par les interventions de la Patrouille ressurgit, Poul Anderson explore à nouveau avec talent le versant le plus intimiste et psychologique de « la Patrouille du temps », celui du chef-d’œuvre « Le Chagrin d’Odin le Goth » (tome 2) et de Stella Maris (tome 3).

 

Enfin, la troisième partie, « Stupor Mundi », réunit Manse Everard et Wanda May Tamberly pour une saisissante variation de « L’Autre Univers » (tome 1) : l’histoire a été modifiée, suscitant l’apparition d’un futur uchronique. Il s’agit dès lors pour nos héros de rétablir l’histoire telle que nous la connaissons, le point de divergence se situant en Sicile au XIIe siècle ; mais cela s’annonce plus difficile que jamais, à tous les points de vue… et peut-être, tout simplement, vain, l’entropie étant de la partie.

 

Les amateurs ne seront pas déçus du voyage : on retrouve bien dans Le Bouclier du temps tout ce qui faisait la saveur des trois précédents volumes. Poul Anderson, quand bien même il sombre parfois dans le travers du didactisme – mais ces passages se lisent malgré tout fort bien –, nous rappelle ici qu’il était un conteur d’exception. Et si ce dernier roman n’atteint pas la perfection du « Chagrin d’Odin le Goth », si l’on peut bien en critiquer quelques aspects (la lourdeur des passages amoureux, s’il ne fallait en citer qu’un), il ne s’en révèle pas moins efficace et passionnant. L’auteur y fait preuve d’une maestria tout à fait remarquable dans l’usage du thème classique du voyage dans le temps, multipliant les sauts en arrière et en avant sans jamais perdre le lecteur pour autant, ni achopper sur l’écueil des paradoxes insurmontables. Poul Anderson rassemble ici tous les éléments de son cycle, dont la cohérence éclate au grand jour, tout en en révélant de nouveaux aspects plus ou moins perceptibles jusqu’alors : on ne saurait imaginer meilleure conclusion au cycle.

 

Ajoutons que la traduction de Jean-Daniel Brèque est comme il se doit irréprochable, et que cette édition se voit complétée par une intéressante postface de Xavier Mauméjean. Les lecteurs des trois premiers tomes ne sauraient donc faire l’impasse sur ce dernier volume ; quant aux autres, on ne saurait trop les engager à la lecture de ce cycle majeur de la science-fiction. Il est heureux que les lecteurs français puissent enfin redécouvrir aujourd’hui l’œuvre de cet immense auteur du genre, et l’on ne peut que souhaiter de nouvelles parutions de semblable qualité.

CITRIQ

Commenter cet article

E
Ah j'allais oublier :"Merci d'avoir attirer mon attention sur cette série."
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E
Je ne vais pas faire original...
Ce roman n'arrive pas au niveau du Chagrin d'Odin le Goth mais reste un excellent moment, bien construit. J'ai beaucoup aimé la dernière intrigue en Italie.
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