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"Le Vent de nulle part", de J.G. Ballard

Publié le par Nébal

BALLARD (J.G.), Le Vent de nulle part, [The Wind from Nowhere], traduit de l'anglais par René Lathière, Tournai, Casterman, coll. Autres temps, autres mondes, [1962] 1977, 214 p.

 

Le Vent de nulle part est, si je ne m'abuse, le premier roman de l'immense et récemment disparu J.G. Ballard, et par la même occasion la première de ses quatre apocalypses. Toutefois, si Le Monde englouti, Sécheresse et La Forêt de cristal ont été il y a peu réédités chez Denoël dans la collection Lunes d'encre, ce n'est pas le cas de ce volume-ci, du fait même de la volonté de l'auteur, qui l'a semble-t-il plus ou moins renié. La légende, il est vrai, veut que ce roman ait été écrit très vite, et ne soit pas à la hauteur des suivants... Cela dit, ce n'était pas suffisant pour me dissuader de le lire. Dégotant le roman plus ou moins par hasard dans une excellente librairie parisienne, j'ai – sans surprise – vite craqué, acheté et lu la chose.

 

Adonc. Cette fois, c'est le vent qui conduit l'humanité à sa perte. Un vent terrible, qui ne cesse de souffler, et de gagner en vitesse. Bientôt, la Terre se retrouve en proie à un prodigieux ouragan permanent, toujours plus dévastateur. Le vent impitoyable lacère les immeubles, anéantit les villes et emporte et déchire les humains désespérés qui se risquent à l'extérieur.

 

L'humanité trouve alors refuge dans les sous-sols... pour un temps. Mais elle doit alors faire face à la famine et à la maladie... Et il y a pire : dans ce monde en fin de droits, le plus impitoyable ennemi de l'homme reste peut-être l'homme lui-même...

 

L'histoire du Vent de nulle part, un brin décousue, nous est rapportée par une poignée de ces réfugiés, parmi lesquels on retiendra notamment le docteur Donald Maitland et le commandant de submersible Lanyon. Ce seront nos guides – comme toujours assez passifs, mais peut-être un peu moins que d'habitude... – au sein de cette terrible apocalypse, et c'est à travers leurs yeux que l'action se dessinera, faite de cauchemars sans nom, de l'improbable espoir d'une chute du vent, et du mystère représenté par la tour Hardoon.

 

Eh bien autant le dire de suite : si Le Vent de nulle part est un roman parfois un peu bancal dans sa construction et si sa fin, abrupte, peut laisser un peu sceptique, ce n'en est pas moins une lecture tout ce qu'il y a de recommandable. Certes, on n'atteint jamais ici la puissance, la richesse et le profondeur du Monde englouti ou de La Forêt de cristal, mais il n'en reste pas moins que Le Vent de nulle part vaut à mon sens bien Sécheresse.

 

L'air de rien, J.G. Ballard nous a concocté avec ce roman qu'il aurait semble-t-il souhaité voir oublier un cauchemar saisissant, très visuel, évoquant le meilleur du cinéma-catastrophe. Si l'action se montre à l'occasion un brin répétitive, et si le style se montre encore un peu terne, on se laisse dans l'ensemble prendre par le récit de l'auteur, qui sait régulièrement nous concocter quelques très belles scènes cataclysmiques, qui marquent durablement. Et c'est d'ailleurs peut-être, des quatre apocalypses, le roman où Ballard a su le mieux nous dépeindre une humanité aux abois, sombrant progressivement dans le désespoir le plus total.

 

Rien d'exceptionnel, peut-être (encore que...), mais assurément rien de honteux. N'en déplaise au principal intéressé (qui est mort, hein, alors, bon), Le Vent de nulle part vaut toujours aujourd'hui d'être lu, et ne nuit en rien à la qualité globale de l'œuvre de celui qui fut à n'en pas douter un des plus grands écrivains du XXe siècle.

CITRIQ

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C
Cet article tombe à pic parce que j'ai eu envie de découvrir le monsieur récemment, sans savoir par quel livre débuter. Je me suis acheté "Que notre règne arrive", dont le résumé m'a mis l'eau à la bouche, pour me rendre compte juste avant de le commencer qu'il s'agissait du dernier livre de l'auteur. Du coup, je me suis dit que ce n'était peut-être pas la meilleure manière de découvrir Ballard...
Je sollicite donc ton savoir en la matière(qui semble immense, tu apprécies beaucoup l'auteur si j'ai bien compris)(non, je ne te flatte pas)(ou si peu ^_^): par quel Ballard vaut-il mieux commencer? (en sachant que j'ai également en ma possession "Sécheresse", "I.G.H.", "Crash" et "Millenium People")(combinaison librairie de seconde main + curiosité + achats compulsifs)


HS: Je suis fière de voir que ce livre a été imprimé dans ma ville! (ben quoi, ça n'arrive pas tous les jours, surtout depuis la fin du Casterman tournaisien...)Du coup, je viens de vérifier dans mes bouquins et j'ai réalisé (le mérite t'en reviens ^_^) que Presse Pocket appartenait à Casterman, chose dont je n'avais absolument pas conscience! (parfois, mon ignorance m'épate) Du coup, je vais pouvoir crâner en présentant des livres sortant tout droit de ma ville sur mon blog (j'ai des plaisirs très simples …)!
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N

Ben, je conseillerais les nouvelles, donc...

Sinon, Crash est un chef-d'oeuvre, et I.G.H. est très bon aussi. J'avais moins accroché à Sécheresse. Pour découvrir le romancier, Le Monde englouti me
paraîtrait un bon choix.


L
Tu veux parler de "la planète des ouragans" ? c'est ma seule lecture de Brussolo mais je ne regrette pas le baptême. C'est verbeux à l'envie mais prenant et cruel. J'ai un peu peur de lire Ballard mais j'aimerais bien rentrer dans son oeuvre par un bon livre.
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N

Dans ce cas, je suggérerais pour ma part les nouvelles.


A
J'ai relu très récemment ce "Vent de nulle part". J'avais lu les quatre apocalypses il y a de cela 25 ans. Au bas mot. Je me demande si je ne partage pas le sentiment de l'auteur au sujet de ce livre. J'ai trouvé le texte un peu daté quand même et le style aride. Ce n'est certes pas un mauvais roman mais il n'a plus à mes yeux l'aura qu'il a pu avoir dans ma jeunesse.
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E
En tout cas, ça a l'air mieux que du Brussolo...
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