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"Axis", de Robert Charles Wilson

Publié le par Nébal

WILSON (Robert Charles), Axis, [Axis], traduit de l’anglais (Canada) par Gilles Goullet, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [2007] 2009, 388 p.

 

Voilà bien un roman que j’attendais comme le Messie. Normal : il s’agit de la « suite » (on y reviendra) de l’excellentissime Spin, à n’en pas douter un des meilleurs romans de SF de ces dernières années, dûment récompensé par le prix Hugo, et probablement la meilleure vente du genre en France depuis l’excellentissime également Hypérion de Dan Simmons (ce qui remonte un peu, tout de même…). Un succès mérité pour un roman foisonnant, bourré d’idées science-fictives géniales, mais qui ne négligeait pour autant ni le style ni l’humanité. Bref : un chef-d’œuvre, comme on aimerait en lire plus souvent. Axis part donc avec un sacré handicap, tant son prédécesseur avait mis la barre haute…

 

Mais revenons un peu en arrière. Spin débutait par une scène d’anthologie : la disparition des étoiles. Pour des raisons mystérieuses, la Terre s’y retrouvait enchâssée dans une étrange barrière qui la séparait du reste du système solaire. Mais cette séparation se voyait en outre doublée d’un étrange phénomène temporel : au-delà de la barrière, le temps s’écoulait à une vitesse folle, des millions d’années s’écoulant en l’espace de quelques minutes terriennes… Nous suivions trois personnages confrontés à ce phénomène pour le moins déstabilisant, et pouvant décider à terme de l’extinction de l’humanité.

 

J’éviterai d’en dire davantage, au cas où certains n’auraient encore pas lu ce roman. Restent pourtant deux points à préciser, fondamentaux pour Axis (attention les gens, donc). Tout d’abord, l’expérience martienne, qui eut entre autres pour conséquence la découverte d’une véritable pierre philosophale, un traitement de rajeunissement autorisant un « Quatrième Âge » pour l’humanité… vite devenu illégal. Enfin, une ultime intervention des Hypothétiques, les mystérieux créateurs de la barrière, qui ont placé dans l’océan Indien un portail vers un monde vierge, Equatoria, semble-t-il modelé spécifiquement à destination de l’humanité.

 

Axis se déroule sur Equatoria, une trentaine d’années après la fin de Spin, avec – principalement… – de nouveaux personnages (même si les renvois au premier tome en rendent la lecture indispensable ; et pourquoi se priver, de toute façon ?). Le Nouveau Monde a été largement colonisé. Parmi ces nouveaux pionniers, nous en suivons essentiellement deux : Lise Adams, fausse journaliste à la recherche de son scientifique de père, fasciné par le Quatrième Âge et les Hypothétiques, et mystérieusement disparu voilà quelques années, et son ancien amant Turk Findley, pilote de son état, aventurier et baroudeur qui plus est. Un 34 août (si, si), ils se retrouvent, de même que l’ensemble de la population d’Equatoria, confrontés à un étrange événement : une pluie de cendres mystérieuses, qui semblent formées de débris de machines – de débris des Hypothétiques ? –, suscitant parfois à l’arrivée de nouveaux phénomènes tout aussi incompréhensibles. Bien évidemment, on sent derrière cette curieuse pluie la main des Hypothétiques. Mais que signifie-t-elle et quelles seront ses conséquences à plus ou moins long terme ?

 

Le jeune Isaac aussi a été confronté à la pluie de cendres. Mais il se pourrait bien que cet enfant hors-normes, élevé à l’ouest de Port-Magellan, la capitale d’Equatoria, par une communauté hors-la-loi de Quatrièmes Âges, soit directement lié au phénomène. Son chemin croisera bientôt celui de Lise et de Turk : tout semble bel et bien lié…

 

Axis, à l’instar de son illustre prédécesseur, ne manque pas d’idées science-fictives géniales. Mais l’intrigue se situe à un tout autre niveau, plus microcosmique. Les personnages, très humains, sont à nouveau placés au centre du canevas et, plus que les phénomènes mystérieux – générateurs cela dit de très belles séquences –, ce sont les réactions de ces individus qui intéressent Robert Charles Wilson.

 

A priori, ce nouveau roman dispose donc des atouts qui avaient hissé Spin au rang de l’excellence. Pourtant, cette fois, la sauce prend moins bien… La faute, sans doute, à une intrigue construite à la manière d’un thriller, avec plus ou moins de réussite. Je plaide coupable : ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer en ces pages, les thrillers ne m’ont jamais botté ou presque. Hélas, Axis ne fait que confirmer cette règle : j’ai eu du mal à m’intéresser aux déboires de Lise et de Turk, d’autant que le rythme de l’histoire ne se montre guère haletant (l'atmosphère étant plutôt à la mélancolie). C’est d’autant plus regrettable que les bonnes idées ne manquent pas, que certaines scènes, teintées d’apocalypse, sont absolument superbes, et que la plume de l’auteur leur fait honneur. Axis est à l’évidence un bon roman, et regorge de pépites science-fictives (un peu en retrait, cela dit) et humaines. Mais le fait demeure : le thriller qui est censé lier la sauce se révèle, à mes yeux en tout cas, plus ennuyeux qu’autre chose, d’autant qu’il ne lésine pas sur les clichés. En outre, les personnages, s’ils restent très humains, m’ont semblé plus ternes et plus « téléphonés » que le beau trio au cœur de Spin

Dommage… mais, sous cet angle,
Axis ne soutient pas la comparaison, inévitable même si à plus ou moins bon droit, avec Spin. Un roman victime de la malédiction des suites, qui, sans être fondamentalement mauvais, ne se montre pas la hauteur de ce que l’on était en droit d’attendre… Un bon roman, sans doute, mais guère plus, et en tout cas pas un chef-d’œuvre, loin de là ; et il y a fort à parier que nombre des admirateurs de Spin seront déçus par cette séquelle un peu bancale. Rien de dramatique, mais c’est tout de même un peu triste…

Cela dit, cela ne m’empêchera bien évidemment pas de me jeter sur le troisième tome, Vortex, dès sa sortie française ; mais en espérant que Robert Charles Wilson saura relever le niveau, après ce tome intermédiaire – tome de transition dans l’œuvre de l’auteur ? – finalement guère satisfaisant.

CITRIQ

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E

De mon côté la sauce a plutôt bien pris et je n'ai pas eu l'impression de thriller, le roman est monté globalement de manière similaire à Ange Mémoire même si son ambiance n'est pas sans rappeler
Blindlake.


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