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"Aux armes d'Ortog", de Kurt Steiner

Publié le par Nébal

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STEINER (Kurt), Aux armes d’Ortog, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1975] 1981, 156 p.

 

De Kurt Steiner, de son vrai nom André Ruellan, j’avais déjà lu, grâce aux rééditions chez Rivière Blanche, quelques romans publiés en leur temps dans la collection « Angoisse » du Fleuve Noir ( hop et  hop), mais je n’avais encore jamais tâté de ses romans de science-fiction, qui ont bien davantage contribué à établir sa renommée. Le diptyque « Ortog », constitué par Aux Armes d’Ortog et Ortog et les ténèbres, est probablement à cet égard une de ses œuvres les plus célèbres, et Jacques Goimard avait déjà attiré mon attention dessus dans Critique de la science-fiction. Mais, une fois de plus, c’est  La Science-fiction en France de Simon Bréan qui m’a décidé à sauter le pas et à me procurer ces deux volumes (ainsi que Tunnel, publié sous le nom d’André Ruellan). J’avoue cependant, malgré cette curiosité relativement ancienne et renouvelée par la lecture de ladite thèse, que j’y suis allé un peu à reculons : je craignais en effet la « SF à papa » (Aux armes d’Ortog fut publié pour la première fois en 1960 au Fleuve Noir « Anticipation »)… et à bon droit, puis-je dire désormais. À ceci près que dans ce genre qui a tout pour me laisser froid a priori, je concède volontiers que nous sommes là en présence du haut du panier.

 

Nous sommes au Le siècle (et pas au XXXe comme le prétend la quatrième de couv’). L’humanité a colonisé les Trois Planètes (Mars et Vénus en plus de la Terre) et établi un avant-poste sur Alpha 3. Mais la Guerre Bleue, ainsi nommée en référence à une terrible arme vénusienne, a ravagé le système solaire et fait trente milliards de morts… Au sortir du conflit, l’humanité exsangue, et qui a pas mal régressé, a établi un nouveau système politique, la Sopharchie, sorte d’aristocratie nobiliaire. Mais elle n’en a pas fini avec les ennuis pour autant : en effet, pour une raison inconnue, les hommes meurent désormais de plus en plus jeunes, et le processus tend perpétuellement à s’aggraver… Et si gérontologues et généticiens cherchent à combattre ce fléau, nombreux sont ceux qui succombent au pessimisme des prêtres qui y voient un châtiment divin pour les horreurs de la Guerre Bleue.

 

C’est ainsi que meurt de façon soudaine le père du héros, Dâl Ortog, un jeune berger de la Terre. Mais, bien loin de se résigner comme le voudrait l’usage, Dâl jure publiquement de tout mettre en œuvre pour arrêter ce mal inconnu. Sacrilège ! Dâl ne doit sa survie, après cette déclaration intempestive, qu’à la protection d’un des trois Maisonniers de son village, qui l’envoie à la capitale Lassénia, auprès des Sopharques les plus progressifs. Et le berger de devenir soldat, puis gladiateur, puis, enfin, Chevalier-Naute, ce qui lui fait intégrer l’aristocratie – il devient Dâl Ortog Dâl – et, surtout, lui permet d’explorer l’espace à la recherche d’un remède. Il est en effet une ancienne prophétie, qui évoque une mystérieuse « Planète des Archanges » qui pourrait bien receler la solution du problème. Et Dâl se voit ainsi rapidement (trop rapidement, on y reviendra) confier le commandement du vaisseau Solaris, en quête de ladite planète et de son Prophète…

 

« SF à papa », donc. C’est rien de le dire : tout cela fleure effectivement le Fleuve Noir « Anticipation », et pas qu’un peu. Le roman, très court, est ainsi focalisé sur l’action, qui ne s’arrête pas de rebondir jusqu’aux toutes dernières pages ; à ce stade, c’en est carrément hystérique. Kurt Steiner ne s’arrête pas sur les détails, et enchaîne les séquences avec une frénésie impressionnante. Tout va très vite dans Aux armes d’Ortog ; trop vite, sans doute : pas le temps de s’arrêter, hop, ça, c’est fait, et donc hop, la suite, faut pas relâcher l’attention du lecteur, qui a payé pour du divertissement, et qui va en avoir, du divertissement, nom d’une pipe en bois ! Ce qui, je l’avoue, même en comprenant bien les impératifs de la publication au FNA, m’a laissé un poil perplexe et même un peu frustré. Cela dit, à la décharge de l’auteur, ça marche : le roman s’enquille très vite, et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Cependant, pour ce qui est de la suspension d’incrédulité, cela n’est pas sans poser quelques problèmes : disons-le franchement, si le fond de l’intrigue est plutôt bien ficelé, on n’y croit pas toujours dès l’instant que l’on s’arrête à un épisode en particulier ; ainsi, l’ascension de Dâl de simple berger à Chevalier-Naute au seul prix de quelques épreuves mortelles dans une arène laisse pour le moins sceptique, de même que son attribution immédiate du commandement du Solaris, alors qu’il n’a même pas vingt ans (d’accord, on meurt de plus en plus jeune dans cet univers, mais quand même pas à ce point !) et n’est jamais allé dans l’espace, qui lui fout les boules, en plus…

 

Ce n’est pas là le seul trait « SF à papa » caractérisant Aux armes d’Ortog : à vrai dire, tous les clichés du genre y sont, ou presque. Et si la plume de Kurt Steiner est plutôt agréable dans sa simplicité, sans être exceptionnelle pour autant, faut pas déconner, le fait est qu’il ne lésine pas sur le didactisme propre à la SF de l’époque, que ses personnages sont tristement caricaturaux, que les rebondissements sont, au choix, téléphonés ou relevant du deus ex machina, etc.

 

Mais, oui, ça marche. On ne s’ennuie pas. On tourne les pages l’air de rien, avide de savoir ce qui va se passer ensuite, sans même trop savoir pourquoi (mais on préfère instinctivement ne pas se poser la question).

 

Et, au-delà, il y a tout de même un point qui joue en faveur de ce premier « Ortog », et c’est que, en dépit du rythme sprintesque de la chose, Kurt Steiner parvient à mettre en place une ambiance assez chouette, caractérisée par un pessimisme généralisé (même si, rassurez-vous, bien sûr, Dâl parvient à ses fins…) : l’image de l’humanité que donne le roman n’est guère positive, c’est le moins qu’on puisse dire, et la résignation des prêtres, contre laquelle se rebelle le héros, contamine néanmoins la plupart des personnages à un moment ou à un autre, ainsi que le lecteur, de manière insidieuse ; et ça, j’ai bien aimé.

 

De là à faire d’Aux armes d’Ortog un chef-d’œuvre de la science-fiction française, il y a un pas que je ne saurais franchir… Non. Définitivement non. C’est un roman de gare honnête, une fois encore, et probablement un peu plus que ça, mais pas des masses non plus. C’est à n’en pas douter très efficace, mais ça accumule tout de même les défauts rédhibitoires qui l’empêchent en toute logique d’atteindre à ce statut si souvent galvaudé. Bref : c’est pas mal, pas mal du tout même, mais faut pas pousser mémé dans les orties (sauf si elle le demande) ; c’est sans doute de la meilleure « SF à papa », mais c’est de la « SF à papa » néanmoins. Dès l’instant qu’on accepte cet état de faits, on peut passer un bon moment, mais Aux armes d’Ortog n’a pour autant rien de bouleversant. Pas de quoi fouetter un chat (même si ça fait toujours plaisir) : c’est un bon divertissement, et je lirai volontiers Ortog et les ténèbres (qui a l’air sensiblement différent, mais on verra), et c’est déjà bien. Rien de plus, et rien de moins.

CITRIQ

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Gérard Klein 20/12/2012 13:55

Là encore, il aurait mieux valu le lire dans l'excellente (pour le moins) édition que j'en ai faite dans A&D classiques, au surplus complétée de Ortog et les ténèbres.
Nebal a la mauvaise habitude de lire ces grands textes dans les éditions J'ai lu, souvent écourtés, ainsi ma Loi du Talion dépouillée chez J'ai lu de ses deux meilleures nouvelles.
Un peu de rigueur…

chris 20/12/2012 13:23

J'avais lu les deux ortog (au collège, cela remonte à loin) et si le premier m'avait bien plu (j'adhère à ta critique), le 2e était pour moi une catastrophe. Mais radicalement différent, c'est sûr.
J'attends avec impatience ta critique sur le deuxième.

Nébal 21/12/2012 08:37



Ca va viendre.