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"Blaireau se cache", de Tony Hillerman

Publié le par Nébal

Blaireau-se-cache.jpg

 

HILLERMAN (Tony), Blaireau se cache, [Hunting Badger], traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle et Pierre Bondil, Paris, Payot & Rivages, coll. Noir, [1999, 2000, 2002] 2006, 265 p.

 

De même que je suis (presque) une cause perdue pour la polésie (malgré mon coming out récent à ce sujet…), je suis assez peu réceptif à tout ce qui est polar, noir, thriller, etc. Si, dans mon enfance, j’ai comme tout le monde dévoré des récits policiers « classiques », type Sir Arthur Conan Doyle ou Agatha Christie – je me souviens encore de la jubilation avec laquelle j’ai lu Dix Petits Nègres –, je n’ai pas franchi par la suite l’étape supérieure vers le polar, « Série noire », « Rivages/Noir » et compagnie. Manque de curiosité avant toute chose ; l’impression, aussi, renforcée par des préjugés nécessairement un peu bêtes, que ce n’était pas pour moi, et que, ne disposant après tout pas de réserves de temps infinies, j’avais autre chose à lire (de la SF, par exemple, ou de la littérature dite « générale »). Je suis sans doute passé comme ça à côté de bien des merveilles, mais, voilà, on ne se refait pas : malgré quelques tentatives de temps à autre, je n’ai jamais acquis le goût du polar.

 

Mais il s’en trouve, de temps à autre, pour me prendre un peu par la main, et tenter de combattre mes préjugés. La dernière tentative extérieure en date, ce fut lors de mon dernier anniversaire, quand un ami m’offrit ce Blaireau se cache de Tony Hillerman. Et je ne crois pas qu’il ait choisi cet auteur par hasard : c’est que le fourbe connaît mon goût pour l’ethnologie, et que les romans de Tony Hillerman, pour être avant tout des polars, regorgent souvent d’aspects ethnologiques, en particulier ceux, tels celui-ci, qui mettent en scène, dans la région des « Four Corners », le tandem de policiers Navajos Joe Leaphorn et Jim Chee (et il y en a toute une tripotée). Le plaisir du bon polar se voit ainsi doublé d’un aspect quasi documentaire sur les us et coutumes des Indiens d’aujourd’hui, Navajos certes, mais aussi Utes, comme c’est le cas dans Blaireau se cache. D’où un abondant lexique en fin d’ouvrage (qui ne nuit pas au confort de lecture pour autant).

 

Pour son roman, Tony Hillerman s’est fondé sur un fait-divers à la fois tragique et grotesque. Le 4 mai 1998, un agent de police du Colorado est abattu à la suite d’une interpellation (un camion-citerne volé). Deux des trois malfrats parviennent à prendre la fuite, le troisième se suicidant. Débute alors une gigantesque chasse à l’homme dans les canyons (mal) coordonnée par le FBI, faisant intervenir plus de 500 hommes. C’est un fiasco total : un an plus tard, quand Tony Hillerman écrit son roman, les deux malfaiteurs courent toujours…

 

Cette fois, tout débute par un hold-up sanglant dans un casino Ute, qui laisse un flic mort et un autre sérieusement blessé (qu’on soupçonne d’ailleurs de complicité…). On suppose que les malfaiteurs se sont enfuis en volant un avion, ce qui devrait a priori éviter de reproduire le fiasco de la grande chasse à l’homme de 1998, qui reste encore dans les mémoires. Mais tout n’est pas si simple…

 

Jim Chee, qui vient d’être rétrogradé au rang de sergent, s’intéresse ainsi au vol de cet avion, et découvre bien vite qu’il y a anguille sous roche – entendre probable escroquerie à l’assurance… Il se pourrait donc fort bien que les malfaiteurs n’aient jamais pris la voie des airs, mais se soient réfugiés dans les canyons… ce qui n’arrangerait personne.

 

Le Légendaire Lieutenant Joe Leaphorn, pour sa part, est à la retraite, et coule des jours paisibles avec son amie l’ethnologue Louisa Bourebonette. Mais, très vite, un mystérieux indicateur vient le voir, avec une liste de trois noms. Retient particulièrement son attention celui d’un activiste d’extrême droite, Everett Jorie… qui s’est suicidé en dénonçant ses deux complices. Parmi eux, un Ute du nom de Bras de Fer, dont l’ancêtre aurait été un sorcier, que l’on surnommait parfois « Blaireau »…

 

Tout se met en place pour reproduire la grande chasse à l’homme de 1998, tandis que nos deux enquêteurs, enfin amenés à se retrouver, conduisent la traque à leur manière pour le moins non conventionnelle, faisant intervenir les mythes indiens dans leurs éléments d’investigation. Et, dans leur chasse au « Blaireau », ils auront l’occasion de rencontrer bien des ordures, et de jeter, dans le cadre pourtant si magnifique des « Four Corners », un regard pour le moins désabusé sur notre monde et les petites mesquineries qui en font le sordide quotidien.

 

Tout cela se lit très bien, je suis bien obligé de le reconnaître : le polar à la sauce ethnologique est savoureux, les personnages sont bien campés, le style, bien que minimaliste (et riche en dialogues), a pour lui d’être fluide. L’histoire, enfin, est assez palpitante, quand bien même elle se montre largement prévisible ; c’est d’ailleurs à mes yeux le seul véritable défaut de ce Blaireau se cache : on voit un peu trop facilement où l’auteur nous emmène, et, si l’on excepte deux, trois surprises vite surmontées, on se dit que – sans le devancer, peut-être – l’on seconderait efficacement le Légendaire Lieutenant, après tout…

 

Mais le plaisir de lecture est là, et c’est bien l’essentiel. Aussi n’est-il pas exclu qu’à l’occasion je rejette un œil sur les enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee, ce sont là des policiers selon mon cœur. Et – qui sait ? – j’y trouverai peut-être le goût d’aller plus loin, et de faire d’autres découvertes…

 

 Allez, merci Doudou.

CITRIQ

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N

Bien, bien Nébal,
tu me feras le plaisir de lire "Le Vent Sombre" ou bien "Là où dansent les morts".
Les temps morts des romans de T. Hillerman sont plein de poésie, surtout en VO.
NicK.


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P

Dans le genre polar saupoudré d'ethnologie tu peux aussi aller voir du côté d'Arthur Upfield et sa série des " Napoléon Bonaparte " (en 10/18 dans nos contrées). D'ailleurs Tony Hillerman
reconnaissait s'être inspiré d'Upfield à ses débuts, lequel situait ses histoires dans le bush australien.


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L

Tu peux lire tout Tony Hillerman, malheureusement trop tôt disparu, chacun d'entre eux fut du plaisir à chaque fois !

Le Papou


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C

"Si, dans mon enfance, j’ai comme tout le monde dévoré des récits policiers « classiques », type Sir Arthur Conan Doyle ou Agatha Christie[...]"

ça c'était avant l'invention d'internet, des portables et du réal tv,sinon HONTE SUR TOI MACHO NEBAL, enfin je trouve une horrible faute de goût sur ton beau blog : tu donnes du Sir à l'adepte
d'ésotérisme mais tu oublies le titre de Dame de l'astucieuse créatrice de la perle narrative "Le Meurtre de Roger Ackroyd"... bouh! ;-)


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Y

Jamais lu Hillerman.J'en ai beaucoup entendu parlé (du bien essentiellement), mais je n'ai pas (encore) sauté le pas. A voir.
Dans le roman noir (le polar comme on dit en France), il y a bien sûr à boire et à manger et, comme tu le dis dans ta notule miteuse, tu passes à côté de quelques merveilles (me reviens en mémoire
"L'évangile du bourreau", "Londres Express", "J'étais Dora Suares", "Le faucheux", "La foire aux serpents", "Les marécages"...)
Bref, il suffit de creuser, de se renseigner pour affûter sa quête du bon bouquin. Je ne t'apprends rien.
Et puis, polar et SF entretiennent assez souvent des liens. J'irai même jusqu'à dire que certains romans de SF sont des polars cachés.


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