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"Contes noirs", d'Ambrose Bierce

Publié le par Nébal

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BIERCE (Ambrose), Contes noirs, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Papy, préface de Jacques Papy, Paris, Rivages, 1991, 159 p.

 

D’Ambrose Bierce, je n’avais à peu de choses près lu jusqu’à présent que l’indispensable Dictionnaire du diable, dans lequel tout le cynisme et l’humour noir propres à l’auteur se déploient à merveille. Mais j’avais depuis longtemps l’envie de me plonger dans les nouvelles de ce maître réputé de la forme courte, et en premier lieu ses nouvelles fantastiques. Il m’avait déjà été donné d’en lire quelques-unes (dont « Un habitant de Carcosa » dans Le Cycle d’Hastur, nouvelle également reprise dans le présent recueil, mais qui y tombe un peu comme un cheveu sur la soupe), et j’étais curieux d’en lire davantage. D’où ma lecture de ces Contes noirs, mais je suis loin d’en avoir terminé avec cet auteur, plusieurs autres de ses recueils patientant dans ma volumineuse pile à lire.

 

Le traducteur Jacques Papy (que je connaissais essentiellement pour ses traductions – tronquées… – de Lovecraft) affirme dans un avant-propos que le cynisme, la misanthropie et l’humour noir ne sont guère caractéristiques des textes repris ici ; je n’en suis pas si sûr : et c’est bien quand ces éléments entrent en jeu que je me suis le plus régalé, le plus souvent. Mais il est vrai que l’on y voit avant tout Bierce se livrer à l’exploration de quelques registres de l’horreur (surnaturelle ou pas), allant du pathétique au grand-guignol. On y trouvera nombre d’histoires de fantômes ou de morts qui ne le sont pas vraiment, de mises en scène macabres jouant avec les sens des victimes comme du lecteur, et l’ambiguïté est un élément fondamental de ces douze courts textes (comme à vrai dire du fantastique classique, sans doute).

 

On ne peut qu’admirer l’art d’Ambrose Bierce. Sa plume est adroite (a fortiori quand elle s’avance sur le terrain de l’humour noir), et la construction des nouvelles confine au modèle du genre, à la fois complexe et ambitieuse sans jamais pour autant desservir le propos.

 

Cependant, je ne peux qu’avouer une légère déception à la lecture de ce recueil. Très subjective : encore une fois, je n’ai guère de choses à reprocher à l’auteur sur le strict plan formel. Mais voilà : à la lecture de ces douze Contes noirs, je crains de m’être ennuyé plus que de raison… Les chutes, aujourd’hui, semblent souvent galvaudées, et l’adresse de l’auteur ne parvient pas à chasser les quelques désagréments que l’on peut ressentir malgré tout à la lecture de ces brefs textes (à mon sens tout du moins). Et je crains d’avoir trouvé, surtout, cette collection un brin malhabile du fait de la grande répétition des thèmes qui la caractérise, et qui donne un peu l’impression (sauf rares exceptions dont « Un habitant de Carcosa », donc) de lire un peu toujours la même chose…

 

Aussi, finalement, ne puis-je guère déterminer quels textes m’ont vraiment marqué. Tout se brouille dans un fouillis global de « ghost stories » ou d’histoires de profanation de sépultures plus ou moins efficaces, si indéniablement travaillées, et j’ai du mal à en faire ressortir le meilleur…

 

Essayons tout de même de citer les textes les plus marquants à mes yeux. J’évoquerais tout d’abord « La Route au clair de lune », étrange préfiguration du « Dans le fourré » de Ryûnosuke Akutagawa (dans Rashômon et autres contes), cependant moins stimulante. Quelques nouvelles empruntant un cadre « western » (ça tombe bien) m’ont également paru sympathiques, notamment en ce qu’elles dégagent une ambiance très particulière ; on peut citer dans ce registre, par exemple « Une sacrée garce » ou encore « L’Inconnu », qui constituent à mon sens le meilleur du recueil. Mais le reste ne m’a pas plus marqué que ça, en dépit, donc, de l’indéniable astuce dans la composition dont fait preuve Ambrose Bierce. On y trouve une théorie de maisons hantées (j’accorderais ici une mention spéciale à « Le Troisième Orteil du pied droit »), des sépultures violées (ce qui peut donner des nouvelles très différentes ; citons cependant celle qui ouvre le recueil, « Par une nuit d’été », plus amusante qu’autre chose dans son horreur baroque), des fantômes plus ou moins authentiques… Mais on tourne un peu tout le temps autour des mêmes thèmes et, au final, en ce qui me concerne, c’est la lassitude qui l’a hélas emporté…

 

Cela dit, malgré cette expérience finalement guère concluante, je n’en ai pas fini avec les nouvelles, notamment fantastiques, d’Ambrose Bierce, et compte bien remettre le couvert prochainement. J’aurai d’ici là le temps de changer d’avis…

CITRIQ

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Gérard Klein 25/09/2013 12:11

Je suis aussi un grand admirateur de Bierce et cela depuis ma plus tendre enfance. Son Dictionnaire du diable est un chef d'œuvre, ne serait-ce que pour cette définition: Seul: en mauvaise
compagnie.
Je ne suis du tout certain de connaître ce recueil, en tout cas sous ce titre.Mais rien que l'idée de traductions de Papy me hérisse le poil. Il est tout de même dommage que Actes Sud n'ait pas
cherché à obtenir du CNL une aide à la (nouvelle) traduction, aide que pour le coup, ils auraient sûrement obtenue. Bierce mériterait un Pléiade, ou mieux tout simplement un Bouquins ou un
Omnibus.
Cela dit, dans mon souvenir, il est assez inégal. Ce qui s'explique sans doute par sa vie, ses conditions de publication, etc.Et puis, comme il a influencé tous ses successeurs, ses chutes peuvent
en effet nous sembler recuites. Mais un très grand, à coup sûr.
Tu vois Nébal, il nous arrive d'être d'accord. Et finalement assez souvent.