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"Crypt of Cthulhu", no. 4

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 4, Bloomfield, Cryptic Publications, Eastertide 1982, 40 p.

 

Crypt of Cthulhu, suite. Avec ce quatrième numéro, consacré à Lovecraft et la science moderne, le fanzine de Robert M. Price double quasiment de volume. Et le contenu est parfois costaud… trop, sans doute, pour mon misérable petit moi : j’ai toujours été une pine en sciences. Mais il est aussi des fois un peu trop léger, bizarrement…

 

On commence avec S.T. Joshi et « Lovecraft’s Other Planets ». L’article, qui se penche d’abord sur les planètes du système solaire, puis sur les planètes « inventées » (au premier chef Yuggoth – Pluton – et Yaddith), avant de s’achever (un peu hors-sujet) sur des considérations concernant le voyage dans l’espace, mais aussi le voyage dans le temps, est surtout intéressant en ce qu’il montre que Lovecraft, ce passionné d’astronomie, était conscient de ses éventuelles lacunes scientifiques, mais ne les laissait pas l’embarrasser dès lors qu’une idée, même improbable, pouvait fournir le prétexte à une bonne histoire, ou à un élément de celle-ci.

 

Bert Atsma livre ensuite « Living on Borrowed Time (A Biologist Looks at « M. Valdemar » and « Cool Air ») ». Il s’agit donc de s’interroger sur les processus permettant de « continuer à vivre après sa mort » dans la nouvelle de Poe (hypnose) et celle de Lovecraft (réfrigération). La nouvelle de Poe est en fait assez rapidement expédiée : l’hypnose ne saurait permettre cette « conservation ». Le cas de la nouvelle de Lovecraft est plus compliqué, même s’il s’agit en gros de montrer que le procédé décrit par Lovecraft ne fonctionnerait pas lui non plus pour des raisons d’ordre biologique. D’où, selon l’auteur, le recours au surnaturel dans ce texte, qui offre une sortie de secours, en somme ; ce dernier point ne me convainc pas vraiment, et, à mon sens, la nouvelle de Lovecraft ressort bien de la science-fiction, dans la mesure où, en son temps, le procédé qu’il décrivait pouvait, du moins j’en ai l’impression, paraître plausible – peu importe dès lors que l’on sache aujourd’hui que cela ne fonctionnerait pas.

 

Suit un article auquel je n’ai quasiment rien pigé, « The Cosmology of Azathoth. Modern Physics and the Idiot Chaos », de Nevil Kingston-Brown. Lovecraft n’apparaît que tardivement, l’auteur se livrant dans un premier temps à une longue entreprise de « vulgarisation » concernant la physique moderne, et notamment la physique quantique. Mais Lovecraft y faisait référence à l’occasion, de même qu’à Einstein ; on peut néanmoins en déduire que sa compréhension de ces questions était au mieux superficielle. Reste la « description » d’Azathoth, qui correspond bien à celle d’un trou noir, par coïncidence voire interprétation capillotractée… L’article ne se prend pas trop au sérieux dans ces derniers développements, et conclut très justement : « the advance of science serves only to verify the cosmology of Azathoth. »

 

Les maths, ensuite, avec Donald R. Burleson et « A Note on Lovecraft, Mathematics, and the Cuter Spheres ». On sait que Lovecraft éprouvait quelques difficultés avec les mathématiques (je ne lui jetterai pas la pierre). L’auteur s’interroge sur la bizarre notion du « non-euclidien » dans ses récits, et notamment « La Maison de la sorcière ». Mais, là aussi, l’article ne se prend guère au sérieux, et s’achève sur une pirouette en forme de mauvaise blague…

 

C’est alors Robert M. Price qui prend le relais, avec « Seneca Lapham on Scientific Paradigm Revolutions ». Il s’agit cette fois de partir d’un texte d’August Derleth, et de montrer comment un de ses passages, par coïncidence sans doute, développait une idée comparable à celle des révolutions paradigmatiques de Thomas S. Kuhn (dont le livre majeur ne serait publié qu’ultérieurement). Cette question d’épistémologie me paraît intéressante en tant que telle, mais bon : difficile de retirer quoi que ce soit de sérieux de cet article…

 

Idem pour « The Mischief Out of Time », toujours de Robert M. Price, qui ne consiste guère qu'en une anecdote rigolote mais guère édifiante…

 

On passe alors aux rubriques. Le « fun guy from Yuggoth » de ce numéro, c’est l’illustrateur Jason C. Eckhardt, qui nous livre son expérience dans « Son of Cthulhu ». Dans la « R’lyeh Review », C.J. Henderson dit du bien de La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, puis Robert M. Price évoque deux nouvelles lovecraftiennes, « The Dreams in the House of Weir » de Lin Carter (pas géniale au premier regard) et « Documents in the Case of Elizabeth Akeley » de Richard A. Lupoff (qu’il loue, mais que je n’avais pour ma part pas trouvée si terrible que ça quand je l’ai lue ici). Je passe sur l’abondant courrier de « Mail-Call of Cthulhu », qui consiste surtout en félicitations de lovecraftiens plus ou moins distingués (Darrell Schweitzer livre néanmoins quelque chose de plus intéressant).

 

Un numéro un peu bancal, donc, parfois trop sérieux, parfois pas assez, qui ne trouve pas vraiment l’équilibre caractéristique de Crypt of Cthulhu dans l’idéal… Le prochain numéro, comme un pied de nez à celui-ci, s’intéressera à la « cosmologie occulte » ; à suivre…

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