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"Démences", de Graham Masterton

Publié le par Nébal

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MASTERTON (Graham), Démences, [Walkers], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par François Truchaud, Paris, Bragelonne – Milady, [1989, 2009] 2011, [édition numérique]

 

Tiens, ça faisait un moment que je ne m’étais pas fait un petit roman de terreur, moi. Et avouons que j’aime bien ça, de temps à autre, même si les bisseries douteuses sont autrement plus fréquentes que les plus belles réussites du genre, de celles que l’on doit à des auteurs du calibre de Stephen King ou Dan Simmons. Peu importe : j’avais envie de quelque chose de distrayant, et ne redoutais pas la nanardise éventuelle. D’où ma lecture de ce roman de Graham Masterton, auteur que je n’avais par ailleurs jusque-là jamais lu, même si je le connaissais de réputation (et puis il y a le prix Masterton…). Et faut avouer : lire un roman d’horreur qui se déroule pour sa plus grande partie dans la maison de santé Les Chênes, quand on se trouve soi-même à la maison de santé Les Pins (nettement moins gothique il est vrai), ça ne manque pas de sel.

 

Nous sommes dans les environs de Milwaukee et Madison, aux États-Unis. Jack Reed est un connard et un entrepreneur, dans cet ordre, dont le couple bat de l’aile. Pas grave : il a une secrétaire (modèle dinde). Un soir, il a un accident de la route (…), heureusement sans trop de gravité, qui l’amène, en suivant les traces d’un mystérieux enfant tout de gris vêtu, à faire la découverte d’une ancienne maison de santé abandonnée (Les Chênes, donc), qui le séduit comme c’est pas permis. Jack Reed se recyclerait bien, en faisant de la chose un centre de loisirs sans pareil. Il se lance donc sur les traces des propriétaires, et l’affaire est sur le point de se conclure.

 

Mais, évidemment, il va y avoir une couille dans le paté. C’est que le bâtiment a son histoire, mystérieuse of course : un soir, il y a de cela bien longtemps, tous les patients – nécessairement des psychotiques dangereux – ont disparu sans laisser de traces. Et pour cause : ils sont en fait encore là, dans les murs et le sol… Et ils enlèvent Randy, le fils de Jack, pour disposer d’un moyen de pression sur lui. À partir de là, les morts violentes s’enchaînent…

 

Démences est à l’évidence une grosse bisserie qui tache, pour l’essentiel, avec des côtés sous-Shining et d’autres sous-Clive Barker. Cela dit, on en a en gros pour son argent, et ça se lit tout seul, malgré le caractère foncièrement antipathique du « héros ».

 

Mais avouons-le : régulièrement, Démences tend plus que de raison vers le gros nanar, quand ce n’est pas vers le navet (du coup, ça a rappelé à mon bon souvenir Brian Lumley…). On rigole régulièrement, parfois avec le roman, le plus souvent de lui. Ce qui n’empêche étrangement pas le tout d’être efficace – si –, et de contenir – c’est rare, mais il y en a – quelques beaux moments de terreur, saupoudrés de gore bien craspec.

 

Alors, de toute évidence, Graham Masterton – pour ce roman-ci, en tout cas – n’est certes pas de la trempe d’un Stephen King ou d’un Dan Simmons, même s’il entend jouer sur leur terrain. Objectivement, le moins que l’on puisse dire est que tout cela n’est « pas très bon » (restons polis)… Mais c’est en même temps rigolo comme une bonne bisserie bière-pizza, et on a ce qu’on venait y chercher. Aussi n’est-il pas exclu que, par désœuvrement, je lise un de ces jours un autre roman de Graham Masterton, comme ça, par pur mauvais goût, et donc malgré les défauts évidents de ce Démences ; là, j’ai envie d’être outrancièrement bon public… J’assume.

CITRIQ

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L
Tout à fait d'accord avec le post précédent.
Graham Masterton vaut beaucoup mieux que çà. Je pense en particulier à "Rituel de chair" mais aussi à "les puits de l'enfer" qui lorgne du côté de chez Lovecraft.
Bonnes lectures.
Répondre
V
Salutations,
Et d'abord bravo pour votre blog. Quant à Masterton, après l'avoir abondamment lu, je peux vous affirmer qu'il s'agit d'un auteur extrêmement inégal, mais aussi un des plus prolifique de sa
génération. Ce qui sous-entend bâclage et oeuvres alimentaires. Toutefois, il me semble qu'il est un écrivain important, du moins dans le domaine du surnaturel et de l'épouvante, de par la richesse
de son univers (essentiellement inspiré par les mythologies et croyances du monde entier) et l'inventivité dont il fait preuve en renouvelant les vieilles antiennes du genre (possession, maison
hantée...). Si vous désirez en lire d'autres, je vous conseille vivement : "Hell" (inspiré par la Reine des neiges d'Andersen et la mythologie scandinave; peinture fascinante du monde de l'enfance
et développement d'une théorie fantastique originale à l'appui), "Le miroir de Satan" (remarquable évocation d'Hollywood, scènes d'horreur particulièrement marquantes et inventives; inspiré par
Lewis Carroll et le thème du miroir), "Les gardiens de la porte" (étonnante variation sur le thème des mondes parallèles; titille beaucoup l'imagination du lecteur, contient très peu de scènes
sanglantes, mais présente celle de la harpe magique, l'invention la plus délirante de l'auteur), "Katie Macguire" (le roman le plus sobre, froid et ambigu de l'auteur; beau portrait de femme
policière, éprouvante enquête dans l'Irlande actuelle, surnaturel suggéré et inspiré par des croyances locales), "Manitou" et sa suite, plus aboutie, "la vengeance du manitou" (peut-être deux
futurs classiques du genre inspirés par les mythologies amérindiennes. Manitou est son premier roman fantastique et tout G. M. y est déja. Les deux livres constituent le meilleur exemple du G. M.
"première manière" : concision, structure narrative impeccable, tension et surnaturel allant crescendo, légères touches d'humour... Par contre, les suites sont à fuir comme la peste). A lire
éventuellement :
"Le démon des morts" (roman très riche sur le deuil, la maison hantée, belles évocations de la ville de Salem et de la sorcellerie; inspiré par la mythologie aztèque, vraiment gâché par des scènes
pornographiques grotesques et un épilogue complètement débile, deux défauts récurrents chez G. M., absents dans les ouvrages précités, hormis une ou deux fins un peu trop vite expédiées)
"Le portrait du mal"(certains critiques y voient son meilleur livre, inspiré par "le portrait de Dorian Gray". Cependant, on est plus proche du plagiat qu'autre chose. Le roman me paraît trop long,
inégal, parfois laborieux et en définitive, peu marquant)
Ses autres romans sont au mieux divertissants ("Magie vaudou", "Magie des neiges", "La maison de chair", "Le trône de Satan", "Le djinn", "Rituel de chair" et "Apparition", lequel s'inspire
notamment de Lovecraft et est sans doute le plus impressionnant et inventif du groupe...) et au pire exécrables. J'espère ne pas avoir été trop assommant. Bonne continuation et bon courage.
Cordialement,

Vincent V.
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