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"Des homicides commis par les aliénés", d'Emile Blanche

Publié le par Nébal

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BLANCHE (Émile), Des homicides commis par les aliénés, [s.l.], [n.c.], 2011, [édition numérique]

 

Émile Blanche était un médecin, et un expert judiciaire, à la fin du IInd Empire et au début de la IIIe République. Dans cette monographie, il s’intéresse à la question de la responsabilité pénale, atténuée ou disparue, pour cause d’aliénation mentale, dans des cas extrêmement graves puisque l’auteur a choisi de se focaliser sur les homicides (ce qui n’en rend l’ensemble que plus spectaculaire). Son mémoire est constitué pour l’essentiel de rapports d’expertise, faits à la demande du juge d’instruction dans des affaires d’homicide. Aussi, si l’on excepte quelques pages plus « abstraites » au début et quelques interruptions ici ou là, nous n’avons quasiment à faire ici qu’à des études de cas.

 

Il s’agit donc de voir dans quelles cironstances les troubles mentaux peuvent entraîner au moins une atténuation de la responsabilité pénale. Dans les premiers cas qui sont ici portés à notre connaissance, le discernement est aboli en raison de délires de persécution, éventuellement accompagnés d’hallucinations (visuelles ou auditives). C’est à vrai dire assez terrifiant (et éloquent), et la perte de la responsabilité ne saurait faire ici aucun doute.

 

Dans le deuxième type de cas, l’abolition de la responsabilité pénale ou son atténuation est due… à l’épilepsie, ce qui peut nous paraître étrange (enfin, à moi, en tout cas, ça m’a paru étrange, mais à vrai dire je n’y connais rien), mais semble tout naturel à notre bon docteur comme à ses collègues.

 

Mais il est des cas qui ne relèvent ni des délires de persécution, ni des troubles épileptiques, mais dans lesquels le discernement est aboli ou au moins atténué, et par voie de conséquence la responsabilité également. L’étude de ces cas, débouchant le plus souvent sur une responsabilité atténuée (on évite la peine de mort, c’est toujours ça de pris…), occupe toute la fin du mémoire du docteur Blanche. J’avoue avoir été assez surpris par la mansuétude dont fait preuve le docteur, qui accorde assez facilement a priori l’atténuation de responsabilité (il y a même quelques cas d’infanticide où la responsabilité est abolie à en croire le docteur, et que l’on peut trouver très surprenants – même s’il faut bien entendu prendre en compte le caractère alors illicite de l’avortement, qui peut expliquer bien des choses). L’alcoolisme est également un facteur d’atténuation récurrent (ce qui n’est pas si évident que ça), mais on pourrait en citer bien d’autres.

 

 Une lecture intéressante (et parfois savoureuse), qui m’a surpris – positivement – plus qu’à son tour.

Commenter cet article

G
Par les temps qui courent, il faudrait écrire une monographie sur les cas d'aliénation collective entraînant des homicides.

En effet, l'épilepsie ne serait certainement plus retenue comme circonstance atténuante aujourd'hui. Encore qu'avec un bon avocat…
Mais il faut savoir que l'épileptique peut avoir des périodes d'absence (chez l'enfant, ça s'appelait le Petit Mal) dont il ne se souvient absolument pas ni de rien. Dans l'Antiquité et peut-être
encore durant les derniers siècles, ces absences durant le Haut Mal avaient un caractère sacré, de moment de communication avec le divin.

De façon plus générale, il serait intéressant d'étudier l'évolution à travers l'histoire et les sociétés des circonstances d'atténuation de la responsabilité pénale. Ainsi naguère et dans ce pays,
l'adultère féminin appelait une juste réparation, la mort de l'infidèle, et pouvait entraîner un acquittement. Les "crimes d'honneur" sont encore fréquents dans certaines populations et présentés
parfois avec succès comme excuse absolutoire jusque dans nos pays civilisés. Ne parlons pas des autres…
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