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"Desertshore / The Final Report", d'X-TG

Publié le par Nébal

Desertshore---The-Final-Report.jpg

 

 

X-TG, Desertshore / The Final Report

 

Tracklist :

 

CD 01 (Desertshore)

01 – Janitor Of Lunacy

02 – Abschied

03 – Afraid

04 – The Falconer

05 – All That Is My Own

06 – Mütterlein

07 – Le Petit Chevalier

08 – My Only Child

09 – Desertshores

 

CD 02 (The Final Report)

01 – Stasis

02 – E.H.S.

03 – Breach

04 – Um Dum Dom

05 – Trope (Bonus Track)

06 – What He Said

07 – In Accord

08 – Gordian Knot

09 – Emerge To Space Jazz

10 – The End

 

Au risque de me répéter (voyez notamment ici), Throbbing Gristle fut un des groupes les plus importants de la musique contemporaine, une entreprise unique en son genre, au carrefour de la pop et de l’avant-garde. Citons Dan Fox dans le livret de l’album du jour : « it was impossible to know whether you were listening to music, watching art or bearing witness to punishing satire and social critique ». En effet, Throbbing Gristle, ce n’était pas que de la musique (les mauvaises langues diraient sans doute même que ça n’en était pas du tout…), mais, au-delà, une entreprise généralisée de subversion des codes, de déconstruction/reconstruction et de détournement. Un projet singulier, au pouvoir de fascination durable.

 

Après une poignée d’albums et de concert aux heures les plus glorieuses du post-punk, le groupe fondateur de la musique industrielle s’est séparé à l’aube des années 1980, jugeant sa « mission » accomplie. Il en est résulté d’autres projets remarquables, Coil et Psychic TV en tête (j’avoue ne pas connaître les réalisations ultérieures de Chris Carter et Cosey Fanni Tutti, je plaide coupable). Puis le groupe s’est reformé dans les années 2000, et a enregistré notamment l’excellent Part 2. The Endless Not, puis entamé une nouvelle série de concerts. Le cyberpunk ultime Genesis P-Orridge a cependant lâché ses petits camarades fin octobre 2010, qui ont continué sous le nom d’X-TG (nous y voilà). Cette nouvelle expérience fut hélas interrompue du fait du décès de Peter « Sleazy » Christopherson le 24 novembre 2010 (voyez ici)…

 

Mais « Sleazy », force motrice, avait eu le temps d’initier de nouveaux projets pour le groupe, et en voici le résultat, qu’on peut supposer être l’ultime avatar de Throbbing Gristle (le nom X-TG ayant été conservé du fait de l’absence de Genesis P-Orridge, donc). Des enregistrements furent réalisés avec Chris Carter et Cosey Fanni Tutti, qui ont par ailleurs hérité des machines de Christopherson, créées spécialement à cet effet. Deux ans après la mort de ce dernier, est donc sorti Desertshore / The Final Report, doté d’un packaging aussi minimaliste que séduisant.

 

On pouvait craindre, une fois de plus – c’est le problème avec les groupes aussi novateurs et subversifs que Throbbing Gristle –, une production manquant de l’âme et de la folie des heures héroïques ; certains esprits chagrins ont également, à ce que j’ai cru comprendre, dénigré X-TG du fait de l’absence de Genesis P-Orridge. Le caractère posthume de cet enregistrement, enfin, avait de quoi effrayer…

 

Mais non.

 

Si X-TG n’est certes pas TG – après tout, ils le disent eux-mêmes, hein, le nom est révélateur –, il n’en reste pas moins que ce Desertshore / The Final Report est une pièce de choix, une double œuvre splendide bien loin de toute vaine et sordide récupération macabre, et témoignant du talent toujours intact de Peter « Sleazy » Christopherson, Chris Carter et Cosey Fanni Tutti.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, cependant : Desertshore / The Final Report n’est pas à proprement parler un double album, formant un tout homogène, mais bien le rassemblement de deux projets fort différents, dans l’esprit comme dans la réalisation.

 

Commençons donc par Desertshore. Ce projet, initié par Christopherson en 2006 (et dont les premières sessions de travail avaient été publiées en 2007), consiste en une reprise intégrale de l’album du même nom de Nico, datant de 1970 (un très bel album, au passage : ce fut pour moi l’occasion de le découvrir, et j’ai été instantanément séduit par son minimalisme et sa froideur, préfigurant à certains égards l’ambient, malgré le chant omniprésent de l’égérie du Velvet Underground ; on comprend donc sans problème ce qui a pu séduire « Sleazy » et lui donner l’envie de ce projet), qui a servi à sonoriser le film de Philippe Garrel La Cicatrice intérieure (1972 ; je plaide coupable, je ne l’ai pas vu),à l’origine de l’artwork de l’album, film qui, par un juste retour des choses, a constitué une inspiration pour les membres d’X-TG.

 

Ceux-ci se sont entourés de beau monde pour pousser la chansonnette, jugez plutôt : Antony Hegarty (Antony and the Johnsons ; une voix splendide, je ne connaissais pas si ce n’est de nom…), Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), Marc Almond (Soft Cell), le réalisateur Gaspar Noé et l’ex-actrice porno Sasha Grey (aTelecine).

 

Et le résultat est tout simplement bluffant. Déconstruction/reconstruction, une fois de plus, mais avec une inventivité intacte et un talent qui ne saurait faire de doute. Passées à la moulinette d’X-TG, les chansons de Nico se retrouvent transfigurées, mais les musiciens industriels ont su en préserver tout le sel. « Janitor Of Lunacy » donne le ton : un fond ambient/indus, dont on ne sait trop s’il est minimaliste ou complexe (les deux à la fois, sans doute et paradoxalement), porte avec subtilité, comme en contrepoint, la voix aérienne d’Antony, qui fait des merveilles. Mais tous les morceaux suivants sont également du plus grand intérêt, avec quelques moments tout simplement extraordinaires (j’avoue avoir été particulièrement séduit par « My Only Child » et « All That Is My Own », chantés par Cosey Fanni Tutti) ; chaque titre a une grande personnalité – les chansons en allemand interprétées par Blixa Bargeld au timbre si reconnaissable et « Le Petit Chevalier » récité par Gaspar Noé sortant particulièrement du lot, inévitablement –, mais le tout n’en est pas moins très homogène, constituant bel et bien un album. Le projet de reprise intégrale pouvait paraître farfelu (mais bon, c’était bien la moindre des choses de la part d’X-TG…), et était assurément casse-gueule, mais le moins que l’on puisse dire est que le pari a été remporté haut la main. Une merveille, splendide de bout en bout, un album paradoxalement unique et d’une force de séduction sans pareille.

 

The Final Report, dont le titre fait écho aux premiers enregistrements de Throbbing Gristle pour Industrial Records, joue dans une tout autre catégorie, mais avec un brio comparable. Cet album presque intégralement instrumental, et autrement plus noir et hermétique que Desertshore, s’inscrit dans la lignée de Part 2. The Endless Not, une lignée « post-Coil » aurais-je envie de dire, sans faire dans la bête copie pour autant, loin de là : une fois de plus, TG, même sans Genesis P-Orridge, a su se renouveler avec adresse, pour un résultat à même de convaincre les plus sceptiques des fans (à condition, bien sûr, de laisser la mauvaise foi de côté…).

 

Difficile d’en parler en détail, cependant ; ce sombre bijou, très ambient/indus, n’a certes pas – cela n’a rien d’étonnant – le caractère subversif et révolutionnaire des premiers albums de Throbbing Gristle (sans parler de leurs extraordinaires performances live), mais il s’en dégage une puissance et une maestria qui méritent tous les éloges. Un extrait valant mieux qu’un long discours, sans doute, je vous inciterai donc à jeter une oreille attentive (et même deux, soyons fous) à l’excellent « What He Said » ; un morceau « représentatif » ? Je ne sais pas si cela veut dire grand-chose quand on traite d’X-TG… mais c’est assurément une petite merveille, qui ne dépare pas cet album à nouveau très homogène dans son genre, sans jamais se répéter pour autant.

 

Toutes les craintes sont donc balayées : Desertshore / The Final Report d’X-TG, ultime avatar de l’une des formations les plus importantes de la musique contemporaine (oui, oui, je me répète…), est un vrai chef-d’œuvre, un double projet schizophrène absolument splendide sous ses deux aspects, une somme superbe suscitant des orgasmes en série de la première à la dernière note. Bien loin de se complaire dans la morbidité, cette réalisation est sans doute le plus beau cadeau, le plus bel hommage que Chris Carter et Cosey Fanni Tutti pouvaient rendre au génial Peter « Sleazy » Christopherson. Indispensable !

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Verti 11/01/2013 17:42

En tant qu'amateur de l'oeuvre de Tolkien, à quand quelques chroniques des albums de Summoning?