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"Deus in machina", de John Scalzi

Publié le par Nébal

Deus-in-machina.jpg

 

SCALZI (John), Deus in machina, [The God Engines], traduit de l’anglais [américain] par Mikael Cabon, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, [2009] 2011, 140 p.

 

John Scalzi s’est fait connaître avec la série du « Vieil Homme et la guerre », déjà chez L’Atalante, et qui m’avait plus que convaincu. L’éditeur nantais a récemment publié le premier roman de l’auteur, Imprésario du troisième type, qui m’avait laissé une impression plus mitigée (euphémisme). Et de continuer dès aujourd’hui sur sa lancée avec ce Deus in machina fort bref (on parlera plus de novella que de roman), qualifié en quatrième de couv’ de « science-fantasy noire », ce qui ne manquera pas de surprendre les habitués de Scalzi. Une novella ? De fantasy ? Noire ? Allons bon ! Curieux, j’ai fait l’acquisition de ce petit bouquin, me disant même (soyons fous) qu’on y trouverait peut-être enfin le Scalzi plus ambitieux que j’appelle de mes vœux, et dont on sent tout le potentiel dans ses précédents romans.

 

Adonc, Deus in machina. Dans ce que l’on supposera être un lointain futur, la science a cédé le pas devant la religion. À travers la galaxie, l’humanité (?) vénère le Seigneur, un dieu qui est devenu le Dieu après avoir asservi ses compères. Dès lors, les vaisseaux spatiaux, tels le Vertueux du commandant Ean Tephe sont propulsés par les « avilis », les dieux dont a triomphé le Seigneur. Et qui peuvent se montrer récalcitrants… D’où ce très fort incipit : « L’heure était venue de fouetter le dieu. »

 

Mais Ean Tephe, dont la foi ne saurait faire de doute, entretient une relation étrange avec le dieu du Vertueux, teintée d’une fascination sans doute pas très canonique. Et s’il est au service de son Seigneur, il n’en est pas moins une forte tête, qui ne se laisse pas mener en bateau (si j’ose dire) par le prêtre Andso, à maints égards son rival à bord du Vertueux, et un personnage parfaitement détestable.

 

Or il semblerait que les dieux se montrent de plus en plus rebelles, et que les incidents se multiplient à travers la flotte. Y a-t-il anguille sous roche ? Ean Tephe, rappelé d’urgence à Port-à-l’Évêque, la planète où tout a commencé, sera aux premières loges pour le découvrir…

 

Un bon point : en 140 pages, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Même si j’ai émis quelques réserves au cours de ma lecture – du fait d’une impression que Scalzi en dit trop ou pas assez –, la conclusion très pertinente convainc finalement que le format de la novella était le plus approprié pour ce récit.

 

Mais, pas de mystère : non, ce n’est pas encore le Scalzi que j’attendais… La faute à quoi ? Eh bien, à une foultitude de petits éléments, pas forcément rédhibitoires, surtout pris isolément, mais qui, conjugués les uns avec les autres, laissent un fâcheux arrière-goût en bouche, et l’impression d’une lecture médiocre. Les personnages sont tristement creux, par exemple, réduits à des archétypes pénibles de mauvais space op’. L’écriture n’arrange rien : fade au possible, elle n’a certes pas la vivacité des précédents romans de l’auteur, sans parler de leur humour, aux abonnés absents. La construction peut parfois laisser sceptique, avec des ellipses plus ou moins maîtrisées. Et puis, très vite, on se dit que l’idée de base n’est finalement pas si brillante que ça, et n’autorise peut-être pas grand-chose comme développements.

 

Alors, certes, on trouve bien une (inévitable) critique de la religion, mais elle est fort convenue et ne convainc guère. Tout cela fait décidément trop dans les archétypes, pour ne pas dire les clichés (mais pourquoi ne le dirait-on pas, après tout ?). Au final, que reste-t-il ? Quelques éclats de gore/sadisme bienvenus, et une indéniable noirceur vaguement cynique, amplifiée par une conclusion plutôt réussie. N’empêche, malgré ces quelques atouts qui s’accumulent notamment dans les dernières pages, c’est quand même l’impression d’avoir lu quelque chose de franchement anecdotique qui domine quand on referme ce Deus in machina.

 

J’attends toujours Scalzi au tournant… En attendant, vous pouvez faire l’impasse sur cette novella vite pliée, plus médiocre qu’autre chose.

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R

J'ai du mal à comprendre la notoriété de scalzi, je trouve son oeuvre largement surestimée.


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N


"Notoriété", c'est un bien grand mot... Cela dit, j'avais franchement bien aimé Le Vieil Homme et la guerre. Et je suis sûr qu'il pourrait faire de très bonnes choses (à condition de se
sortir un peu les doigts de l'anus).