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"Du domaine des Murmures", de Carole Martinez

Publié le par Nébal

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MARTINEZ (Carole), Du domaine des Murmures, Paris, Gallimard, 2011, 200 p.

 

Le libraire est un être foncièrement fourbe et viscéralement pervers. Oh, certes, il peut bien se la jouer « Moi, je laisse pas le bandeau indiquant que ce roman a gagné le prix Goncourt des lycéens 2011, parce que les bandeaux, c'est le mal » ; mais si c'est pour laisser ledit ouvrage exposé à la vue de tous, et doté d'un bandeau personnalisé en vantant les mérites en tant que coup de cœur de la librairie, hein, bon. Salaud. Ordure.

 

Toujours est-il que c'est ainsi que j'ai fait connaissance avec Du domaine des Murmures, second roman de Carole Martinez après Le Cœur cousu (qui a l'air assez sympathique aussi, d'ailleurs ; va falloir que). Attiré par l'avis élogieux du libraire et intrigué par la quatrième de couverture, je me suis emparé de la bête et il a bien fallu que je la lise, tout de même.

 

Donc. Le domaine des Murmures, quelque part dans le comté de Bourgogne. Notre histoire débute véritablement en 1187, le jour du mariage de notre narratrice, la toute jeune Esclarmonde ; et celle-ci, à la stupéfaction générale de l'assemblée, refuse de dire oui. C'est qu'elle s'est engagée auprès de Dieu, et entend vivre en recluse, comme cela se pratiquait alors, emmurée dans une cellule attenante à une chapelle édifiée pour l'occasion.

 

Mais Esclarmonde aura beau dire, cette tombe n'en est pas tout à fait une. Contrairement à certaines recluses qui s'imposaient un régime d'une rigueur extrême, elle ne vit pas totalement coupée du monde. Et c'est ainsi qu'il nous sera donné de connaître son histoire et celle de ses proches, sans quitter sa cellule pour autant. Et le huis-clos de porter en germe l'épopée, en ces temps de Croisades...

 

Du domaine des Murmures est ainsi un roman pour le moins astucieux dans son principe (même si l'on peut considérer, peut-être, qu'à l'occasion de quelques visions fantastiques l'auteur triche un peu...). Carole Martinez, de sa plume élégante et digne, recrée pour nous tout un univers d'une richesse indéniable, et tout cela à partir de cette petite cellule de recluse.

 

Et elle nous parle, avec une très grande subtilité tout à fait admirable, de bien des choses : la condition des femmes, la liberté, le pouvoir, la foi, la superstition, et d'autres choses encore que je ne saurais dévoiler ici sous peine de spoiler le roman, comme c'est qu'on dit.

 

Non, y a pas, c'est du beau boulot. Un court roman intelligent et beau, d'une cruauté savoureuse à l'occasion, qui se dévore l'air de rien et imprime sa marque sur le lecteur ; une marque à la fois rude et spirituelle, témoignant du grand écart permanent auquel se livre avec brio l'auteur, dans ce roman tout de tensions.

 

Et là, c'est atroce. Excusez-moi, mais, en ce moment, je manque terriblement d'inspiration pour pouvoir vous en dire plus... J'en suis le premier désolé ; mais faites-moi confiance : Du domaine des Murmures mérite bien des éloges, et, si l'on n'en fera pas un chef-d'œuvre pour autant, on en conseillera la lecture sans trop d'hésitations à tous ceux qui sont prêts à jouer le jeu de la réclusion le temps d'un roman. C'est une belle expérience, une contrainte délicieuse, admirable dans sa rigueur et son panache, et qui ne saurait laisser indifférent.

CITRIQ

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T
Content que cela t'ait plus, camarade. Le coeur cousu est également très bon malgré quelques longueurs dans sa partie centrale (défaut gommé dès ce 2ème roman). J'attends de pied ferme le
suivant...
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