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"Eclipse Phase : Rimward"

Publié le par Nébal

Eclipse-Phase---Rimward.jpg

 

 

Eclipse Phase : Rimward : The Outer System

 

Après avoir longuement mais délicieusement ramé sur Sunward, l’excellent supplément pour Eclipse Phase consacré au système intérieur (du soleil à Mars), j’ai logiquement enchaîné sur son pendant Rimward, qui traite donc quant à lui du système extérieur (de la ceinture d’astéroïdes à la ceinture de Kuiper, et même au-delà). Et ce n’est que maintenant que j’en ai achevé la lecture. Parce que j’ai à nouveau ramé devant la densité et la complexité de ce supplément de contexte (sans même parler de sa langue, relativement velue par endroits – mais tant mieux). Mais délicieusement ramé, une fois de plus ; à vrai dire, j’ai même le sentiment que Rimward est encore meilleur que Sunward

 

Rien d’étonnant à cela, sans doute, dans la mesure où c’est ce supplément qui traite des aspects les plus originaux du système solaire d’Eclipse Phase. Si Sunward présentait, avec brio certes, un futur relativement convenu, avec notamment ces hypercorps tout droit sorties du cyberpunk, Rimward, quant à lui, s’oriente sur les expériences politiques et sociétales les plus radicales, et par là même les plus enthousiasmantes pour la vilaine graine d’anar transhumaniste que je suis. Dans cet espace-là souffle un vent (si) de liberté, et un certain optimisme, fondé à bien des égards sur la science et la technologie, que je ne peux m’empêcher de trouver réconfortant. Les développements consacrés aux différentes factions de l’Alliance autonomiste – anarchistes, extropiens, écumeurs et Titaniens – sont tous plus passionnants et fascinants les uns que les autres (même si j’avoue, pour le coup, avoir été particulièrement intéressé par les développements sur l’anarcho-capitalisme, pourtant bien loin de ma propre idéologie…) ; mais étrangement (ou pas), il va de même de ceux que l’on a tout naturellement tendance (enfin, que j’ai tout naturellement tendance) à envisager comme des enflures, les gros réacs militaristes de la Junte jovienne et les parfaits petits nazillons que sont les mercenaires ultimistes, qui s’avèrent en réalité bien plus complexes qu’un simple épouvantail destiné à effrayer les joueurs, ou une cible toute désignée pour qu’ils déchargent leurs flingues…

 

C’est sans doute la force essentielle du background d’Eclipse Phase que cette remarquable complexité. Lors d’un récent « débat » sur le forum Casus NO, je me suis senti un peu seul dans mon admiration pour les cadres de jeu touffus… C’est ça, Rimward : sur les 200 pages du supplément, seules 20 contiennent des données techniques (le dernier chapitre, comme d’habitude). Tout le reste n’est que contexte, et ô combien léché et passionnant… Alors, pour reprendre un élément de ce « débat », certes, tout n’est pas directement exploitable pour donner de la matière à un scénario ; mais je maintiens cependant qu’il n’y a pas une ligne de trop dans tout cela, et que tout s’y montre, non seulement instructif, mais utile.

 

Et ça, pour le coup, c’est le principal problème d’Eclipse Phase : ce background est si riche qu’il en devient intimidant (ce que je concède à l’autre camp, du coup) ; on a envie de tout utiliser, tout en sachant que ce ne sera jamais possible ; et on ne sait pas forcément par où commencer… Plus encore que Sunward, donc, Rimward décrit un monde futur à la fois crédible et original (à la différence par exemple de The Void, dont je vous parlerai prochainement…) ; mais il n’en est que plus difficile à saisir, et l’idéal serait sans doute de partager avec les joueurs la majeure partie des informations contenues dans ce beau supplément… ce devant quoi ils peuvent légitimement renâcler.

 

Ils auraient bien tort, cependant ; car c’est bien de l’excellente science-fiction que nous avons là, qui tire le meilleur parti de la meilleure SF contemporaine (en commençant, une fois de plus, par John Varley, ce me semble). Et je suis à nouveau béat d’admiration devant l’intelligence, la richesse et la cohérence de cet univers. Avec quelques coups de cœur, comme Meathab, bien sûr, ou encore, sur Titan, l’évocation de cette émission où une pseudo-goth nippone rivalise de sarcasmes avec un pénis géant surmonté d’un casque de viking (cherchez pas)…

 

Mais l’enthousiasme suscité par la lecture des suppléments de contexte d’Eclipse Phase ne s’arrête certes pas à ces quelques vignettes amusantes, ni même à l’incroyable richesse du tout. Une chose qui me botte particulièrement, et notamment dans Rimward donc, c’est ce sentiment rafraîchissant de liberté et d’optimisme technologique, qui se conjugue bien au cadre pourtant post-apocalyptique et sombre de l’ensemble. Ce qui m’a ramené à un autre « débat » récent sur l’optimisme en science-fiction ; pour ma part, ainsi que vous l’aurez sans doute compris, je suis très pessimiste, et mes goûts me portent assez naturellement sur le « glauque ». Un article récent intimait aux auteurs de cesser d’écrire ce genre de choses (dystopies, post-apo) parce que – blah blah blah – à dépeindre un futur trop négatif, on alimenterait la technophobie du quidam. Ce que je trouve parfaitement absurde, pour rester poli. S’il y a bien un domaine dans lequel je suis malgré tout relativement optimiste (à l’encontre d’un Damasio, par exemple…), c’est celui de la science et de la technologie, justement ! Je les perçois comme riches de possibles éventuellement libérateurs, d’utopies palpitantes, mêlant liberté à tout crin et conscience sociale, expérimentations corporelles et respect de l’individu, hédonisme et altruisme… Rimward, c’est bien la preuve que l’on peut être optimiste sans faire dans le niais et le lénifiant pour autant. C’est la science-fiction que j’aime, qui fait rêver et cauchemarder, vibrer et réfléchir ; qui dépayse sans perdre pour autant en crédibilité ; qui fait œuvre de prospective sans faire montre d’arrogance. Le meilleur de la SF, vous dis-je.

 

Du coup, j’enchaîne sur Panopticon, supplément qui s’annonce particulièrement pointu… mais rien qu’à voir ce que j’en ai déjà lu du premier chapitre, consacré à la surveillance et la « sousveillance » – chapitre que devraient lire, en dehors même de l’intérêt rôlistique, tant ceux qui agitent le spectre de Big Brother que les adeptes des caméras de sécurité… –, je sens que je vais à nouveau me régaler. Même si ça va peut-être prendre un peu de temps, a fortiori pour digérer tout ça.

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